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LA PORTE DU SOUS

s'étend entre l'Oued Idouîrcn et l'Oued Imi n Tanout et nous passons devant des campements de nomades sahariens venus estiver ici avec leurs chameaux : les hommes et les femmes sont habillés de khent bleu ; ce sont sans doute des Ouled Bon S'ba'. Enfin à quatre heures vingt, nous sommes à Imin Tanout sans avoir rencontré d'autre dechra.

Imi n Tanout est un des points les plus importants de cette région du Maroc ; il commande en effet la route du Soûs où l'on se rend en franchissant l'Atlas par un col facile (pi. XXVII, fig. 52), le col de Bibaouân (1). Il sépare la chaîne de l'Atlas occidental en deux parties : la première plus massive et plus élevée; la seconde, à l'ouest, plus étalée et plus fertile. M. Gentil a montré que ces deux parties, du point de vue géologique, ont une histoire et une contcxture différente (2).

Imi n Tanout , au pied des montagnes, est entouré par elles à l'Ouest et au Sud ; la sécurité y est précaire par suite du voisinage des Idouîrcn et des Seksàoua. Nous campons hors du village, le long du marché, le plus loin possible de la casba du caïd ; celui-ci est absent, ce qui ne peut que nous être agréable. Les habitants sont fort émotionnés de nous voir camper si loin des maisons cl s'empressent de nous fournir de nombreux 'ossâs ou gardiens de nuit. Il paraîl que la nuit que nous passâmes fut agitée et que l'on roda autour de nos hôtes, mais j'avoue que je ne m'aperçus de rien.

Nous subissons ici un véritable inlerrogaloire et tout en assiiranl uoIrc sécurité, l'on nous regarde d'un (lil peu syni-

(1) Voy. MoNTET, in Tour du Monde. ("2) (iENTii., iI<:ror /ihi/.iifjue.

pathique : on craint que nous ne voulions prendre la route du So"ûs, malgré nos dénégations. Les habitants d'Imi n Tanout sont en quelque sorte responsables devant le Makhzcn du passage d'un chrétien clans le Soûs par cette voie ; ils s'apprêtent à nous disputer le chemin qu'il n'est pas dans notre plan de tenter.

Lorsqu'on nous demande qui nous sommes, nous hésitons à dire que nous exerçons la profession de médecin : le marché a heu demain, et nous serions accablés dès ce soir par un excès de clientèle. Nous nous donnons donc comme h'arrâb : c'est ainsi que Ton désigne au Maroc les officiers de la mission militaire française près du sultan. J'espère que le commandant Burckhardt me pardonnera ce mensonge qui du reste ne m'a pas beaucoup réussi; car j'ai été traité un peu moins courtoisement après l'avoir fait qu'auparavant, et j'avoue que j'en ai été quelque peu mortifié dans mon patriotisme.

Nous cherchons maintenant à louer deux mulets pour demain, car toutes nos bêtes sont blessées et nous allons entrer dans un pays montagneux. Mais nous n'éprouvons que des refus, malgré nos pi-ières instantes, et Si T'ayeb finit par nous dire : £'r ras elli tsellem 'alîha, zid'alîha qîral' ou qt' a^ha, c'est-à-dire : « La barbe que tu dois embrasser, ajoute un centime et coupc-la », ce qui signifie : plutôt que de prier quelqu'un, achète lui ses services. Nous suivons son conseil et, moyennant une augmentation, nous obtenons enfin les deux animaux (pie nous cherchions.

La route que nous devons suivre en effet n'est pas habi-

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