PI. XXVII
LA ROUTE DE MOGADOR 2ol
tuelle, bien qu'elle soit la plus courte et l'on n'ose pas nous conduire en passant par Tiggui : le chemin que l'on prend ordinairement passe par Chichaoua. La route de Mogador est cependant familière aux gens d'Imi n Tanout, car ils s'approvisionnent dans cette ville et non pas à Marrakech; même Imi n Tânoût, dont le marché est très important, marque la limite extrême de l'influence commerciale de Moffador.
13 Mai. — Au matin, il se trouve que nous ne pouvons pas partir parce que tout est remis en question pour la location de nos deux mulets de supplément. Leur maître pose à notre sujet mille questions, s'enquiert de notre nationalité, de nos attaches, du but de notre voyage; Qhel th'awwes'al et'i'rîq, tk'âwwes 'al er reffq, dit le proverbe arabe : « Avant de l'inquiéter du chemin, inquiète-toi de ton compagnon », c'est-à-dire: en voyage mieux vaut un mauvais chemin et un bon compagnon.
Enfin on finit par s'entendre et nous partons à sept heures trente-cinq, après avoir photographié le marché, cpri commence à s'animer. Nos deux mulets sont conduits [)ar un jeiuie homme et par un enfant : lorsque nous passons près de la maison du [)ère, il sort, vient à nous et nous fait les plus grandes recommandations.
Ce n'est pas seulement par mauvaise volonté qu'on a mis si peu d'empressement à nous louer deux bêles de somme; c'est aussi ])ar crainte cpic le caïd, toujours à l'affût
d'une amende à infliger dont il profite, n'incrimine ceux qui ont facilité le voyage d'un chrétien et ne saisisse ce prétexte pour les pressurer, voire les molester et les emprisonner. Celui qui nous loue ses bêtes court donc en réalité quelques risques, mais c'est peut-être là une des raisons qui le décident. C'est un notable personnage de l'endroit, et, en se permettant d'assister un chrétien, il montre qu'il jouit près de l'autorité d'un crédit suffisant pour ne pas être inquiété, en sorte qu'il s'ensuit pour lui-même un surcroît de considération.
Cependant il est mal rassuré, il invoque notre protection éventuelle et tout en nous regardant partir il nous crie pendant que nous nous éloignons : 'Ala 'ârkoum, 'Ala 'ârkoiim » ; mot à mot : « Sur votre honte, sur votre honte (pi. XXVIII, fig. 54) ! » Cette honte, ce 'ar, c'est la mise en jeu de notre propre responsabilité, c'est l'obligation pour nous de répondre de la sécurité de son fils, sous peine, non seulement de la déconsidération, mais de malheurs qui pourraient nous être suscités par la divinité (i).
Primitivement le 'à/^ n'est mis enjeu que par un sacrifice : il faut que du sang soit versé. Nous reviendrons sur le 'âf sacrificiel tel qu'il se pratique encore dans le Nord Africain ; rappelons ici que le sacrifice d'une victime oblige celui pour lequel est fait le sacrifice à protéger celui qui en est l'objet et îi lui donner satisfaction.
Le'r*5r est encore d'un usage courant dans toute l'Afrique
(1) Sur le 'dr, Weslorsnarck, in Sociol. jkiji.
PI. WVIIl
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