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LE 'AR

du Nord : il est curieux que sa signification a souvent échappé aux Européens. On lit par exemple dans l'ouvrage de Féraud sur la région de Djidjelli et du cap Bougarone que lorsqu'un Kabyle de ces pays veut demander une fille en mariage et craint le refus des parents, il égorge sur le seuil de la maison où réside la fille, un chevreau : le père se trouve irrévocablement engagé par ce sacrifice (1). A la suite de Féraud tous les auteurs ont reproduit cette coutume prétendue locale sous le nom de « mariage au chevreau » et se sont plu à en souligner la singularité. Il est de toute évidence que Féraud s'est trouvé là en face d'un cas banal de 'àr dont il n'a pas compris le sens et qu'il a rapporté plus ou moins exactement.

Tel est le type primitif du 'ûr: mais ce mot s'entend dans l'arabe parlé actuel, de tout rite ou de tout acte qui engage l'honneur de cdui vis-à-vis duquel on le fait en présentant une demande ; c'est en ce sens atténué qu'il faut prendre le 'à/' dans le cas présent. Nous sommes un chrétien, il ne saurait être question de nous plier aux coutumes rigoureuses des Berbères^ et les paroles de notre homme ne sont qu'une recommandation suppliante.

Pai- une extension singulière de ces concci)tions, on conjure par le 'àr même les marabouts. Quand on fait par exemple un nœud à une tige de retem près d'un marabout, on fait cela, 'àr lechchikh, ce ([ui signifie « par honte pour le saint » (s'il ne vous guérit pas), c'est-à-dire (juc l'on se met

(I) FiînAUi), Djidjelli, in llcc. Consl., I8G8,

SOUS sa proicction, sous la sauvegarde de son honneur de marabout : pai' ce nœud on force le saint à une sorte de pacte en l'obligeant à une cure où sa réputation est pour ainsi dire engagée ( 1 ). Cette explication est donnée aussi pour les haillons noués aux arbres.

Elle se rattache à deux conceptions différentes : d'abord le pouvoir magique accordé aux nœuds chez tous les peuples (2), ensuite la possibilité d'obtenir du mai-about quelque service par la violence, ce dont on a de nombreux exemples dans l'Afrique du Nord (3).

Mais dans l'esprit des Musulmans le 'ar n'a rien d'offensant pour celui à qui il s'adresse, c'est au contraire un hommage rendu à sa puissance et à sa magnanimité. C'est ainsi qu'à Marrakech, lorsqu'un individu est atteint d'une grave maladie, lorsqu'une femme est longtemps dans les douleurs de l'enfantement, on se rend à Sidi Bel'Abbès ou à quelque autre grand marabout et l'on voile un des candélabres du sanctuaire avec un h'àïk : c'est engager d'honneur le marabout à favoriser le supphant ; c'est se mettre 'ala Wrou, « sous sa honte, sous sa protection ».

Nous avons connu le 'àr pour la première fois dans les débuts de notre carrière administrative en Algérie. Nous étions alors administrateur adjoint de commune mixte dans

(1) Rapprocher les récils (I'Ibn el Atsîb, trad. Fagnan, p. 109, et JEl Oufhani, Noziiel el Hâdi, Irad. Hondas, p. 129.

(2) GoLDZiHER, Einige arabische Ausrufe und Formcin, W. Z. K. M., p. Ii2. Sur les nœuds en général, voy. Frazer, Golden Bough, 2" éd., III, pp. 392 seq.

(3) Merrâkech, I, pp. 384-385.

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