LE PAYS DE LAMANDIER 5S
c'est-à-dire les Afîfeii, en arabe Nfîfa ; ces Afifen dépendent du caïd des Mtoûgga. A dix heures nous avons à gauche la montagne des Imdensiren et vingt minutes après nous passons à la dechera de Tîbet. Le paysage est âpre, la verdure sèche et cendrée du chîh' {Arlemisia herba. alha, Asso) couvre seule les espaces laissés incultes. Çà et là, autour des villages surtout, des amandiers, d'une petite taille, étalent leur verdure claire (pi. XXVIII, fig. 53) : au demeurant, la terre est bien cultivée et le pays n'est pas si pauvre qu'il le paraît. Sa richesse principale est l'amandier.
A onze heures moins dix^, à droite, c'est la fraction d'Id el Mah' foûd, toujours dans les Afîfen; nous nous rapprochons des hauteurs de gauche et le terrain devient plus inégal encore, et plus dur, et plus sec. Nous ne faisons que monter et descendre povu* remonter et redescendre encore, sur un calcaire bleu contenant de nombreux noyaux de silex, au milieu du chfh' et d'un Oiionis jaune (du groupe de l'O. viscosa).
Il est onze heures vingt-cinq quand nous laissons sur la droite Amorjàn ; le terrain se fait de plus en plus caillouteux et la marche est très fatigante. Nous entrons ensuite dans une petite r'àha, c'est-à-dire un macjuis de c/uh', d'oliviers sauvagc!-' ral)Ougris et de toiiiîes de retem : au milieu de cette maigre broussaille s'épanouissent les fleurs jaunes du même Ononis, les belles fleurs d'une grande sauge du groupe de la S. paliila et cette grande linaire jaune que nous voyons depuis Marrakech.
A midi enfin, nous sommes à l'Oued Amcamaz où nous
Edm. Doltté. — Missions au Maroc. 17
nous arrêtons pour déjeuner; l'Oued Amesmaz est ici la limite des Mtoûgg'a et des Afîfen. Nous prenons notre repas sous de grands oliviers, la chaleur est intense^, des troupeaux de moutons stationnent à l'ombre en attendant que les rayons du soleil aient perdu leur ardeur. Le troupeau qui est près de nousest gardé par un petit berger d'une dizaine d'années, pour qui je suis un sujet de crainte et de curiosité.
A une heure quarante nous quittons l'endroit où nous avons fait halte, près d'une ou deux maisons (1), et nous reprenons notre route en remontant le long d'une des branches de l'oued; c'est la même r'âha que nous venons de décrire, les cultures sont rares, les accidents de terrain s'accentuent encore et nous cheminons dans des grès d'allures très mouvementées. A deux heures vingt-cinq nous avons au loin Tarcel sur la droite et à gauche un 'azîh où il y a, nous dit-on, des grottes et des ruines chrétiennes. Notre informateur ajoute qu'un chrétien est venu en cet endroit pour y faire des fouilles, il y a environ deux ans, et qu'il en a rapporté d'immenses trésors !
A trois heures dix nous sommes auprès de Taoulouqoult, grande dechra entourée de cultures étendues de céréales avec de nombreux et maigres amandiers. L'amandier est à peu près le seul arbre qiù orne ce pays peu arrosé : mais les amandes des Mtoùgga, comme celles du Soûs, sont dans le commerce la dernière qualité. Gela est dû à ce que les producteurs mélangent souvent les amandes douces et
(4) Le nom de cet endroit manque dans mes notes.