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LES PRÉTENDUES RUINES « PORTUGAISES

les amandes amères : il y a parfois jusqu'à trente pour cent d'amandes amères dans le « Mogador » (on appelle ainsi soit les peaux de chèvres, soit les amandes expédiées par le port de Mogador). On est obligé de faire examiner ce mélange d'amandes à Marseille et cet examen, fait par des femmes qui goûtent dans la journée des centaines d'amandes, est très coûteux.

L'amande de Marrakech est au contraire très estimée ; elle s'expédie par Mazagan et non par Mogador. Les commerçants de Mogador ont bien essayé d'embarquer des amandes à Mazagan pour les faire qualifier « Marrakech », mais leur ruse n'a pas réussi. L'amande de Marrakech vaut donc beaucoup plus cher : la meilleure est celle dite de Meghran (probablement Aït Imeghrân), puis vient celle dite 'atab (Aït'Atâb), puis celle d'Entifa. L'amande du Soûs se vend aussi à Marrakech, mais on ne l'y achète pas pour être exportée par Mazagan.

Taoulouqoult compte plusieurs agglomérations sur une vaste étendue couverte de cultures. Deux mamelons, auprès desquels nous passons, portent des constructions qui, nous dit-on, ont été édifiées par les chrétiens. Toute ruine un peu ancieime est ici attribuée aux chrétiens et, si l'on presse un peu les informateurs, aux Portugais, el Borlyiièz .

Ce mot est le seul souvenir ([ue nous ayons rencontré de la domination portugaise dans le Maroc occidental. Même à Mazagan, qui fut cependant occupé par les Portugais pendant trois cent cincjuanic ans, jusqu'en 17C9, le souvenir de tous les faits est perdu, il ne reste que le nom des

Portugais. Bien que les Portugais n'aient jamais possédé que la côte, leur nom est connu dans l'intérieur du Maroc et on leur attribue toutes les ruines anciennes dans tout le H'oûz, même au delà de Marrakech et jusque dans le Goundafi (1). Il est cependant hors de doute qu'il n'y a jamais eu aucune construction portugaise à l'intérieur.

Comme ces légendes de ruines d'édifices construits par les chrétiens se renouvellent, nous visitons celles-ci, par scrupule : il ne nous est pas difficile de nous convaincre qu'il n'y a là que des constructions indigènes (pi. XXIX, fig. 36). Au surplus, la fréquence même des ruines dans le pays que nous traversons est certainement un fait à retenir.

Tout le long de notre chemin nous remarquons que des collines isolées sont surmontées par des ruines de constructions plus ou moins anciennes. Souvent, ce sont des vestiges d'enceintes grossières en pierres sèches, depuis la simple rangée de grosses pierres jusqu'aux murs formés de dalles entre lesquelles se trouvent des cailloux. On sait que c'est là le type habituel des refuges dans lesquels les anciens Berbères, ceu.x qui taillaient la pierre en haches à forme de boudin, s'abritaient et réunissaient leurs troupeaux en cas de danger ou peut-être même journellement (2).

Après Taoulouqoult, le sol devient plus plat, mais vers quatre heures trente-cinq il est de nouveau montueux et caillouteux. Les terrains des pentes sont formés alternativement d'assises dures et tendres, ce ({ui fait que les couches

(1) Suprà, p. 130.

(2) Voy. GsELL, Mon. ont. Alg., in pr.

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