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CONVERSATION POLITIQUE

que nos canons portent à des centaines de kilomètres et qu'un seul de nos obus peut détruire plusieurs villes comme Marrakech. Ce n'est que par ces exagérations que l'on arrive à convaincre les primitifs ; aucun raisonnement ne les frappe s'il n'éveille en même temps chez eux une forte émotion, la crainte par exemple.

Le mchâoûri nous cause ensuite de l'affaire du Touàt : il nous dit que c'est le sultan qui a donné le Touât à la France. Nous corrigeons cette erreur et, nous inspirant des principes que Si Bon Médiène met en pratique, nous lui faisons un récit terrifiant de l'expédition des Oasis. Une question qui l'intéresse beaucoup est de savoir si, au Touât on paie des impôts élevés. Nous lui répondons négativement; alors il se lève en nous disant avec violence : « Ici le Makhzen nous écrase, il nous a enlevé une oreille et il ne lui reste plus qu'à nous enlever l'autre. » C'est assez explicite: le caïd du pays est prêt pour la révolte (1).

Il Mai. — Nous c[uitlons notre campement de Tiggui à six heures et demie et nous prenons une direction ouest-sudouest. La joiu'née est magnin(]ue, une brise l'afraîchissante soulève la houle blonde des épis et les moissonneurs ont déjà commencé leur li-avail (pi. XXX, tig. f)8). Quelquesuns scnlcnienl sont en retard; en A'oici un groupe ([ui

(1) On connaît, le rôle du Mtoûggui dans loi? év<5nements qui se sont déroulés au Maroc dfpuis 19(H, date à laquelle ces notes furent rédigées.

arrive au champ déjà entamé ; tous en chœur, avant de se mettre à l'ouvrage, entonnent une invocation reUgieuse.

Leur prière s élève vers le ciel : c'est une mélodie un peu lente dans laquelle chante Téternel sanglot humain. Elle est grave comme le devoir austère qui ramène chaque jour ces humbles au dur labeur et monotone comme les longs espaces de leur vie. Il dit, ce chœur de paysans berbères, leurs espoirs toujours ardents et souvent déçus, leur résignation mystique et inconsciente dans le torrent de vie de la nature qui les enveloppe et les entraîne vers leur destin fatal.

Devant nous les villages sont nombreux ; à six heures quarante nous avons à gauche, et non loin de nous, Anacel, avec des ruines que l'on nous dit encore être les restes d'édifices construits par les chrétiens. A sept heures cinq nous sommes à la dechra d'Izzâl : les moissons étalent toujours leurs tapis fauves constellés par les fleurs écarlates des coquelicots et par les fleurs violettes des Rœmeria. Les seuls arbres sont les amandiers, car l'olivier est à peu près absent de ce pays sec et pierreux.

Ait Zàïd' est près de nous à sept heures vingt, Dar Ait Bella cinq minutes après; nous remarquons que dans toute cette vaste contrée des Mtoûgga, même dans les parties les plus fertiles comme celles que nous Iraversons en ce moment, il n'y a presque pas de sanctuaires marabout iqucs. Nous rencontrons un chérif beqqûU <.\\ù fait le méfier exercé par beaucoup de sû'ih' ou saints vagabonds. Ce métier facile consiste à faire des vctux poiu- les voyageurs qu'ils rencontrent et à recevoir les remerciements de ceux-

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