LES SERPENTS DES AIÇAOUA 26T
ci, principalement sous forme de menue monnaie. Celui-ci prend la main de Moulaye 'Ali et se met à faire des vœux pour lui. Sans doute il ne sait pas qu'il a affaire à un confrère : Moulaye 'Ali reçoit la baraka avec componction, mais il ne débourse pas un flous.
A sept heures quarante, auprès de quelques ruines, parmi des amandiers^ nous rencontrons des 'Aiçâoua qui viennent du Sous et qui vont vendre des serpents à leurs confrères de Marrakech. Ces serpents, enfermés dans un sac avec de la verdure, viennent d'Admîn dans les Houwàra, où il y en a une grande quantité. Là se trouvent, à ce qu'ils prétendent, des sortes de fosses oii on les jette et qui servent de réserves aux 'Aiçâoua ; on les exporte dans tout le Maroc.
Une vipère cornue, le fa {Vipera arietans, L.), vaut cinq pesetas et le serpent appelé Bou sekka vaut deux douros et plus. Nous demandons à ces 'Aiçâoua s'ils ont des Bon sekka avec eux, mais ils nous répondent que non. Ils ajoutent sur notre demande que ces Bou sekka sont des serpents noirs qui ont des oreilles auxquelles on accroche même des boucles ; il s'agit là du naja, le fameux aspic des anciens qui existe encore dans l'Afrique du Nord, le Naia haie, L., des naturalistes : dans le Sahara et dans le Soûs il atteint près de deux mètres de longueur.
A huit heures, à notre gauche, nous avons la dcchra d'Aït Bou la'qoûb; depuis ce matin le pays est plus florissant qu'hier, de belles orges et des plantations d'amandiers reposent la vue (pi. XXX, fig. o7). Nos hommes sont gais; l'idée ([u'ils se ra])procbent de Mogador les stimule, ils
s'amusent à cueillir des artichauts sauvages ou khovchef, pour les manger ce soir.
Notre bon vieux Si T'ayeb prend avec satisfaction des prises répétées dans une vieille tabatière en corne et, lui qui n'est pas très causeur quand on ne le provoque pas, il se met spontanément à nous faire l'éloge du tabac à priser « car, nous dit-il, il se prend par le nez et dégage le cerveau ; et aussi par la bouche, car il est très agréable à mâcher, et même, introduit dans le derrière, il rend de grands services pour chasser les vers. » Après cette explication, notre mkhàzni reprend sa marche silencieuse d'un air satisfait. Vers huit heures et demie, sur une crête, à notre gauche, comme toutes les dechra près desquelles nous sommes passé, jusqu'ici, se trouve Aït ben Hàdi. Le vent salubre de la mer se fait déjà sentir et nous rafraîchit : de loin, nous apercevons au sommet des montagnes qui deviennent plus hautes, la maison de l'ancien caïd Bihi, Dar ould Bihi. Les premiers arganiers apparaissent, les hommes changent en même temps que le paysage : nous quittons les Mloûgga pour les II 'ah 'a (pi. XXXI, fig. 59). Ces H 'ah 'a sont beaucoup i)Ius doux que leurs voisins : sans doute leur contact plus direct avec les Européens a pu atloucir leurs mœurs, mais il semble, ([u'en dehors de l'influence de ce voisinage, ils soient naturellement moins faiouchcs que les Mtoùgga. A huit heures cinquante, près d'Ail Il'açain et du marabout de Sîdi Boulnouàr (Abou l'anouâr), le palmier nain fait son aj)parilion ; le sol est maintenant plus mouvementé et mcmcsa constitution géologique paraît avoir changé. Autres