‹ En veillant avec les petits de chez nousChapitre 4 sur 7 · LÉVIS · texte numérisé non relu

LÉVIS

celle d'un héros chrétien. Quelques jours plus tard, Québec rendue à la dernière extrémité capitulait.

Et nos pères espéraient toujours. Ce qu'ils avaient souffert, Dieu seul le savait. Malgré tout, ils voulurent se ranger encore une fois sous les drapeaux de la France. Quel dévouement ! Des enfants de douze à treize ans, des vieillards de quatre-vingts ans se rendaient au camp et voulaient à tout prix défendre la patrie. Plus de la moitié de l'armée du Chevalier de Lévis se composait de ces recrues volontaires. Quand on défend son village, mes enfants; quand on se bat pour protéger ses biens, sa famille, son église; quand on marche audevant de l'ennemi pour sauver la vraie patrie de l'invasion étrangère, oh ! la mort est bien peu de chose.

Le 28 avril 1760 se livra la grande bataille, la bataille suprême de Sainte-Foye. Murray commandait les troupes d'Angleterre, Lévis les nôtres. Quelle journée encore, mes chers' enfants ! « L'eau et la neige, qui couvrait encore le sol par endroits, étaient rougies du sang que la terre gelée ne pouvait boire, et les malheureux blessés nageaient dans des mares livides où l'on enfonçait jusqu'à mijambe. » (i) Voyez ces braves de chez nous, reste d'un peuple qui veut rester français et catho-

(i) Histoire du Canada de Garneau.

A lire : Montcalm et Lévis, de Casgrain; Montcahn de Chapais; Histoire du Canada de Ferland, etc.

lique, comme ils savent se battre et tomber pour la patrie. Entendez-vous les fanfares guerrières, les décharges de l'artillerie, les cris des combattants, les plaintes des mourants, et, dominant tout cela, la voix majestueuse du tonnerre qui gronde dans le ciel lourd et sombre? Voyez-vous de pauvres soldats épuisés qui grelottent sous les torrents de pluie ? Oui, les nôtres, mes petits amis, c'étaient vraiment des héros. . . A la fin, les Anglais comprirent que cette fois encore ils ne l'emporteraient pas, et) laissant 1,500 hommes des leurs sur le champ de bataille, ils prirent la fuite. Chez les nôtres 800 manquaient à l'appel.

Oh ! si les secours de France pouvaient venir, la victoire resterait encore à nos drapeaux.

Le lendemain le siège de Québec commençait. La vieille cité de Champlain, le berceau de la patrie, nos pères voulaient la reprendre. . . Mais les secours n'arrivaient pas encore. . . Enfin, le 9 mai une frégate apparaît là-bas. Quel drapeau va-t-elle arborer? Oh ! si c'était le drapeau de France! On regarde, on attend... Les couleurs de la Grande-Bretagne flottent au vent. . . Il ne reste plus aux héros de Sainte-Foye qu'à se retirer devant les renfoïts de l'ennemi. Lévis se replie sur Montréal, suivi par le général Murray.

C'était, mes chers enfants, la dernière scène du grand drame.

Montréal ne pouvait pas soutenir un siège, avec ses pauvres murs et ses 3,500 hommes. Non il ne le pouvait pas; il capitula à son tour. Le chevalier de Lévis brisa son épée et fit brûler les drapeaux, afin de ne pas les rendre à l'ennemi.

C'était fini.

Quand à Québec, à Montréal, aux Trois-Rivières, dans nos campagnes, la triste nouvelle fut connue, comme les vieillards durent gémir, comme nos mères durent pleurer ! Et puis, durant que dans chaque famille on évoquait le souvenir des morts tombés au champ d'honneur, durant qu'on songeait au drapeau de France parti pour toujours peut-être, l'Église canadienne était dans le grand deuil : Mgr Pontbriand, le saint évêque de Québec, miné par ses travaux continuels et par le chagrin de voir sa ville épiscopale aux mains des Anglais, venait de mourir à Montréal.

Partout des ruines, partout des deuils. Mais l'espérance vivait toujours au cœur de nos pères. . . Longtemps ils attendirent le retour des anciens drapeaux. . . Et puis, la France catholique avait jeté sur nos bords une semence immortelle; elle nous avait laissé la foi qui fait des miracles. Les souffrances n'étaient pas finies pour nous,, mais nous devions vivre quand même; nous devions être « le peuple du miracle ».

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