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« Adieu donc, mes pauvres enfants, pour un peu de temps, parce que j'espère que nous nous rreveons dans le paradis, pour louer Dieu pendant toute l'éternité, sans jamais être séparés. C’est à où nous nous entretiendrons cœur à cœur. » (1)
Il fut un temps, mes petits amis, où dans la famille de Boucherville les adieux du Grand-Père Boucher étaient lus en entier, tous les ans, en famille et à genoux.
Ces paroles si belles du patriarche elles devraient être conservées dans toutes nos familles canadiennes et lues annuellement, au commencement de l’année.
Le saint vieillard mourut à Boucherville, à
l’âge de 95 ans.
Est-ce celui-là que vous connaissiez ?
Bonne et Heureuse année, avec le paradis à la fin de vos jours !
3 janvier 1918.
(1) Histoire de Boucherville par le R. P. Lalande.
DozLanD ET SES COMPAGNONS
Avez-vous des cahiers avec couvertures illustrées? Oui. Mais-qu’est-ce qu'il y a sur ces couvertures ?,.. Demandez donc toujours des cahiers canadiens, avec des illustrations canadiennes. Comme elle est belle la couverture de cahier qui représente la bataille du Long-Saut ! Si vous ne l'avez pas déjà il faut nécessairement vous la procurer. Vous avez sans doute entendu raconter bien des fois la bataille du Long-Saut?... Vous vous souvenez, n'est-ce pas, de Dollard des Ormeaux et de ses braves Compagnons? Ah! mes chers petits amis, comme on doit être fier de son Pays quand on est de la race de Louis Hébert, de Champlain, de Montmagny, de Pierre Boucher, de Madeleine de Verchères, de Marie de l’Incarnation, de Maisonneuve et de Dollard des Ormeaux !
Voulez-vous, je vais vous raconter un peu la bataille du Long-Saut ?
C'était au printemps de 1660. Les Iroquois, ‘es sauvages excessivement cruels dont je vous ai déià parlé, étaient devenus un danger plus menaçant que jamais pour Montréal et pour toute la colonie, Alors Dollard des Ormeaux, brave entre les braves, conçut le généreux dessein d’aller, avec un petit
nombre de colons, à la rencontre des barbares. Il fait part de son projet à seize jeunes gens qui promettent de le suivre. Tous les dix-sept, après avoir obtenu l’assentiment du gouverneur, M.
de Maisonneuve, font leur testament, s’approc hent religieusement des sacrements de Pénitence et d’Eucharistie, et, en présence des saints autels, s'engagent par un serment solennel à ne demander et à n’accepter aucun quartier, et à combattre jusqu’à leur dernier souffle de vie. (r)
Voyez-vous où ces braves vont chercher le courage et la force ? Ils se confessent et reçoivent la sainte communion avant de partir pour le champ de bataille. Souvenez-vous bien toujours que la vie est un combat continuel, et que les ennemis de nos âmes sont innombrables. Allez donc souvent à Jésus par la Pénitence et l’Eucharistie.
Ce fut le ler de mai que les braves arrivèrent au pied du Long-Saut, sur la rivière des Outaouais à huit ou dix lieues au-dessus de l’île de Montréal. Là Dollard et ses compagnons s’enfermèrent dans un mauvais retranchement que les Algonquins avaient construit l’automne précédent, et ils attendirent les Iroquois.
Bientôt les ennemis furent aperçus. C'était l’avant-garde d’un corps d’armée iroquoise com-
(1) La Colonie française en Canaca, Vol. 2. Faillon, p. 398.
posée de trois cents hommes qui allaient se joindre à cinq cents autres aux îles Richelieu, pour après cela attaquer ensemble les Trois-Rivières et Québec. Un danger réel, et très grave, menaçait donc la colonie, vous le voyez. Mais ji fallait passer au Long-Saut, et Dollard était là avec ses braves.
Les Iroquois qui avaient pris les devants débarquèrent et furent reçus comme il convenait par la petite troupe du Long-Saut. Malheureusement quelques-uns des survivants allèrent avertir leurs amis restés en arrière qu'ils avaient été défaits, puis revinrent avec toute l’armée iroquoise, La bataille ne tarda pas à s'engager. Dollard et ses Compagnons se défendirent avec vaillance. Les premiers assauts de l'ennemi furent repoussés. Bientôt même les Iroquois furieux virent les têtes de leurs soldats border le haut du fort des Fran- Sais. Désespérant de vaincre ils députèrent un canot vers les cinq cents Iroquois quiles attendaient aux Îles Richelieu. Avec l’aide de ces derniers ils comptaient l'emporter. En attendant ils se contentèrent de bloquer le réduit.
Dans ce réduit, il n'y avait point d’eau.
Songez si ça devait être terrible. Aussi vous comprenez bien que le manque d’eau incommodait beaucoup plus nos braves que les assiégeants euxmêmes. Ils ne Pouvaiert plus avaler la farine qu’ils avaient apportée Pour ne pas mourir de faim.
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De temps en temps, devant l'ennemi, au milieu des plus grands dangers, ils allaient chercher un peu d’eau à la rivière qui se trouvait à deux cents pas du fort.
Mais je ne vous ai pas dit que quatre Algonquins et quarante Hurons avaient demandé et obtenu la faveur d’aller combattre avec Dollard. Hélas ! à la guerre comme ailleurs il faut se défier des mauvaises compagnies. Les I roquois devinant les souffrances de leurs adversaires, et sachant que des Hurons étaient là, crièrent aux Hurons que s’ils voulaient se rendre immédiatement ils auraient la vie sauve, qu’autrement les plus grands tourments leur étaient réservés. Effrayés, tous les Hurons, à l'exception du brave Anahotaha, sautèrent par-dessus la palissade et se livrèrent aux Iroquc 3.
Le cinquième jour, les cinq cents Iroquois de Richelieu arrivèrent. Vingt-deux braves allaient se trouver aux prises avec environ huit cents barbares.
Les assauts recommencèrent plus furieux que jamais. Durant trois jours, d’heure en heure, tantôt tous ensemble, tantôt par groupes, les Iroquois marchaient sur le petit fort. « Aussitôt que ies Français avaient repoussé l'ennemi, ils se mettaient incontinent à genoux, et ne se relevaient que pour le repousser encore, employant ainsi à la prière
le peu de temps qu'ils avaient entre chaque attaque. » Enfin les Iroquois exaspérés abattirent sur le réduit plusieurs arbres. C'était habile de la part des barbares. La chute de ces arbres occasionna un grand désordre dans le fort, mais ne put ébranler les assiégés dans la résolution où ils étaient de combattre jusqu’au dernier vivant.
Les Iroquois qui ne s’attendaient pas à une pareille résistance crurent un instant que les lâches Hurons les avaient trompés, et que les Français étaient bien plus nombreux qu'on le prétendait. C'était au huitième jour du siège.
s'en aller, d’autres redoutaient la honte d’une défaite par quelques Français. Les Hurons transfuges furent questionnés de nouveau et ils affirmèrent encore que les Français n'étaient que dix-sept
Algonquins.
Alors les Iroquois, décidèrent de périr tous au pied du fort ou de l'emporter de vive force.
L'heure décisive at terrible venait de sonner. Le siège recommença. Dollard et les siens par des décharges incessantes abattent. des Iroquois, mais les Iroquois s’avancent toujours; de nouveaux assaillants remplacent les blessés et les morts. Enfin les barbares gagnent la palissade. Pour mettre fin aux décharges qu’on fait sur eux ils
essayent de sauter par-dessus la palissade ou d’en arracher les pieux. Mais les Français armés de haches et de sabres remettent à leur place les Iroquois qui montrent la tête. Dollard jette au milieu des ennemis un petit baril de poudre auquel est ajustée une fusée. Malheureusement une branche arrête le projectile et le rejette dans le fort où il fait explosion et porte la mort au milieu des combattants. Cet accident encourage les Iroquois qui font brèche de toutes parts. Les braves restés debout dans le petit fort se défendent comme des lions. Mais la résistance est devenue impossible, il faut mourir. Au milieu d’un affreux carnage le vaillant Dollard est tué. Et puis c’est bientôt le tour des autres. Les Iroquois réussissent à ouvrir la porte du fort. Il reste encore quelques Français qui se battent toujours et tombent les uns après les autres... Le combat cesse quand le dernier compagnon de Dollard est abattu; il avait duré dix jours. Un seul de ces héros avait encore assez de vie pour être traîné et torturé par les Iroqueis. Quels tourments il endura !
Voilà, mes chers petits amis, brièvement raconté, le récit du combat du Long-Saut, combat héroïque qui sauva la colonie d’une ruine certaine.
N'oubliez pas que les Français furent soutenus jusqu’au bout par le brave Anahotaha, chef huron, et par le vaillant capitaine Metiwimeg