‹ En veillant avec les petits de chez nous [microforme]Chapitre 14 sur 35 · MAITRES D'ÉCOLE D’'AUTREFOIS · texte numérisé non relu

MAITRES D'ÉCOLE D’'AUTREFOIS

L'autre jour je vous disais que si j'étais peintre je tapisserais les murs de nos écoles avec de... « l'étoffe du pays». Ce n’est peut-être pas cela tout à fait que je vous disais, mais ça doit être quelque chose d’équivalent. Aujourd’hui imaginezvous que je voudrais être sculpteur. Savez-vous pourquoi? Si j'étais sculpteur et commencement de millionnaire, je peuplerais vos cours de récréation avec des maîtres et des maîtresses d'école... de l’ancien temps. Et pour ne pas vous mettre à la gêne dans vos courses, je ferais agrandir les alentours des écoles. Parmi tout ce monde bienveillant, modeste et grave qui surveillerait vos amuscments, il y aurait bien des gens, c’est certain, complètement inconnus pour vous. A côté des bons Pères Jésuites, des Récollets, de Marie de l’Incarnation et de Marguerite Bourgeois, vous verriez, par exemple, Martin Boutet et Gilles Mesnard, Séverin Ameau et Jean-Baptiste Pothier. Vous en verriez beaucoup d’autres... En attendant ces statues qui seront probablement encore dans le chaos lorsque vous serez des hummes aussi grands que vos papas, voulez-vous que je dise un mot de ceux qui instruisirent nos pères et contribuèrent

S premiers

exceptions, n'étaient pas des grands seigneurs. C’étaient ordi-

assure que pour l’édusation religieuse ils n'étaient pas toujours faciles à prendre. Et ces gens qui furent nos pères, firent tout en leur pouvoir pour donner à leurs enfants au moins i

Jusqu'en 1635 il n’y avait pas eu à Québec d'école régulière pour les Français. A vrai dire le besoin ne s’en était pas fait sentir encore beau- Coup. Mais alors les colons demandèrent des écoles, et les jésuites ouvrirent une petite école, à « C’est là qu’on trouve ce maître d'école dont je viens de vous parler, Martin

Boutet. Ce M. Boutet pouvait faire bien des choses : arpenteur, professeur de mathématiques et d’hydrographie, il savait le plain-chant et connaissait, plus que le Commun, les cérémonies dr l'église». Gilles Mesnard aussi se dépensa à la petite école des jésuites, et cela pendant au moins vingt ans. Je Pourrais bien, si je le voulais, vous

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donner d’autres noms avec ces deux-là. De son côté, Mgr de Laval qui était si bon, qui aimait tant les enfants, vint au secours des jésuites, en procurant aux enfants pauvres les moyens de s’instruire. Voyez-vous comme l’Église catholique n’a jamais perdu l’occasion d’encourager l’éducation et l’instruction de la jeunesse. Du reste, notre histoire du Canada, comme celle de la France, est remplie de ces dévouements de nos évêques, de nos prêtres, de nos Frères, de nos Sœurs, de nos laïques chrétiens et dévoués. Que serions-nous devenus sans nos écoles catholiques et ceux qui les firent subsister? La famille, l’église et l’école, quelles forteresses pour une nation, mes petits amis ! Puissiezvous bien comprendre cela plus tard.

Mgr de Saint-Vallier, successeur de Mgr de Laval, ne manqua pas de fonder, à son tour, une petite école au Séminaire de Québec. Cette école dura de 1700 à 1760. Mais il y en eut bien ailleurs des petites écoles. Il y en eut dans plusieurs paroisses de la région de Québec, notamment au Cap-Tourmente, au Château-Richer, à la Pointede-Lévy,-à Notre-Dame-de-Foy, à l’île d'Orléans. Savez-vous qu'au Cap-Tourmente il y avait, dès ce temps-là, une ferme modèle? Voulez-vous, je vais vous donner encore des noms de maîtres d’école, de ces maîtres d’écoles d'autrefois qui ne mettaient pas de bornes à leur dévouement ?

Écoutez : Charles Roger, Toussaint Lefranc, François Labernade dit Laprairie. Et si j'entreprenais de nommer les noms des prêtres éducateurs d'alors... (C’est le clergé presque seul qui dans ces temps héroïques fit tous les frais de l’éducation élémentaire. Que ne devons-nous pas, SOUS ce rapport, aux Pères J ésuites, à Mgr de Laval, à Mgr de Saint-Vallier à M. Soumande ! Et puis, au nombre des premiers bienfaiteurs de la jeunesse canadienne, il faut mettre les abbés Guillaume Gaultier et François Lamy, les abbés Philippe et Nicolas Boucher. Vous vous souvenez, n'est-ce pas, du « grand-père Boucher », ancien gouverneur des Trois-Rivières ? Mes petits amis, les abbés Philippe et Nicolas Boucher étaient ses deux fils.

Il y eut aussi des écoles à Montréal : la pre- Mmière école régulière y fut ouverte en 1657, par les soins de Marguerite Bourgeois. Savez-vous dans quelle espèce de château Marguerite Bourgeois fit la classe en 1657 ? Vos petites sœurs le savent, elles... Dans une étable de pierre. Elle y ouvrit une école de filles et de Earçons. Mais après quelques années, les petites filles furent seules à suivre les classes de Marguerite Bourgeois. MM. les Sulpiciens se chargèrent de l'instruction des gar- Çons, et cela aussi longtemps que dura le régime français. Ils furent puissamment aidés dans cette Œuvre par les Frères Charon qui rembplirent le

rôle de maîtres d'école dans les campagnes durant plusieurs années. Tous ces détails vous aideront surtout À vous souvenir qu’il y eut des écoles dans le temps passé. :

Mais la région des Trois-Rivières ne demeura pas plongée dans l'ignorance. Pourtant je vous assure qu’il n'y avait pas grand monde aux Trois- Rivières dans ce temps-là, non plus que dans la région avoisirante. En 1681, des paroisses comme Batiscan, Champlain, le Cap-de-la-Madeleine ne renfermaient guère plus de 200 âmes chacune; lu ville elle-même n’en contenait que 150. (1) Vous comprenez bien, n’est-ce pas, qu’il ne s’agit ici que des petites écoles à l’usage des petits Canadiens français, puisque dès 1616 il y eut aux Trois-Rivières une école pour les sauvages. (11) Oui, aux Trois- Rivières, de bonne heure les nôtres eurent leurs écoles, probablement à partir de la fondation de la ville par M. de Laviolette, en 1634. Les Jésuites étaient là, voyez-vous. Et puis, dans la suite, Mgr de Laval envoya aux Trois-Rivières des Sœurs de la Congrégation. Il est bien possible que la Sœur Raisin et sa compagne, premières institutrices des Trois-Rivières, aient enseigné à la fois aux

(1) Recensement de 1871, Vol. IV, p. 11, cité par l’abbé Amédée Gosselin, dans son magistral ouvrage : L'instruction au Canada, (1635-1760).

(nr) Voir Causerie IV.

arçons et aux filles. (Ce nom de Raisin vous fait sourire. Tant mieux, vous le retiendrez plus facliement. Vous vous Souviendrez aussi que la bonne Sœur Raisin fit ln classe non seulement aux Trois-Rivières, Mais aussi à Champlain, à la.Pointeaux-Trembles de Montréal et ailleurs. (1)

J'ai nommé, en commençant, Séverin Ameau ct Jean-Baptiste Pothier. C'étaient deux notaires. Le premier fit La classe durant 35 ans. 35 ans, mes petits amis, notaire, chantre et maître d'école ! Le notaire Ameau fut tout cela à la fois, ct se crut toujours cependant un homme ordinaire. Du reste, ces sortes de dévouements, aimons à le redire, n'étaient pas rares aux temps héroïques de la Nouvelle-France. Le notaire Pothier, à Lachine, fut lui aussi maître d'école et chantre, avant de venir exercer sa profession aux Trois-Rivières. Voulez-

dans le temps passé ? Jean-Baptiste Tétro, Pierre- George Guelte, François Simonet et Louis Pillard.

Il ne faudrait Pas oublier non plus que les Frères Charon et les Récollets eurent des écoles aux Trois-Rivières, sous la domination française. Et puis, Sainte-Anne-de-la-Pérade, aussi bien que Champlain et Batiscan eurent leurs écoles. Quant aux autres Campagnes, elles ne furent certainement

(1) Les Ursulines des Trois-Rivières, Vol. I, p. 184.

pas privées complètement des moyens d’instruire leurs enfants, pas plus dans le voisinage ds Trois- Rivières qu'ailleurs. Et savez-vous pourquoi ? C'est parce qu’il y avait des maîtres qui passaient par les campagnes pour enseigner; c’est parce que dans les familles ceux ou celles qui savaient lire, écrire et calculer l’enseignaient à ceux qui ne le savaient pas; c’est parce que les prêtres tenaient à ce que le peuple fût instruit autant que possible. Les prêtres donnaient leur argent et se faisaient souvent maîtres d'école, pour empêcher leurs ouailles de rester dans l'ignorance. Si malgré tout cela il s'est rencontré des Canadiens français qui ne savaient pas signer leur nom avec une plume, pourra-t-on s’en étonner ? En cetemps-là, mes petits amis, il fallait défricher arpent par arpent des terres en bois debout, il fallait faire la guerre aux Iroquois et aux Anglais: on était pauvre et les routes n'étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui. Mais je reviendrai peut-être sur cette question. En attendant, saluez avec amour et avec admiration tous nos vieux maîtres. Saluez aussi leurs dignes élèves qui, dans les annales de la patrie, avec l’épée et la charrue, signèrent leurs noms en caractères indélébiles et d’une main sans pareille.

Et moi qui voulais, ce soir, vous parler des études classiques aux temps héroïques de la Nouvelle-France... Je ne le pourrai pas, ce serait bien

trop long. Mais écoutez bien ce que je vais vous dire. N’allez jamais vous imaginer que dans le temps passé on ne pouvai classique chez Nous. À Québec et eneignait très bien le latin.

nant comme dans ce temps-là philosophie, les mathématiques et bien d'autres choses,

on put étudier la » le grec même, Il y avait alors, voyez-

Etes-vous fiers de votre titre d français, mes petits amis ?

21 février 1918.

e Canadiens

P.8. — Nous avons déjà parlé de PV’ dans nos Causeries : “Pour

éducation des filles es petites de chez nous’?,

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