‹ En veillant avec les petits de chez nous [microforme]Chapitre 15 sur 35 · TERRES · texte numérisé non relu

TERRES

Le FRÈRE DiDACE PELLETIER

Comme j'étais heureux, il y a quelque temps, de vous dire que d’Iberville, le grand guerrier, fut un Canadien; que la Vérendrye, le grand découvreur de l’Ouest, fut aussi un Canadien. Ce soir, mes petits amis, c’est encore d’un Canadien que je veux parler. Mais il ne s’agit plus d’un grand soldat, ni d’un grand découvreur, pas plus que d’un grand écrivain ou d’un grand orateur. Vous allez voir passer devant vous le plus humble des hommes, le moins digne d’attention, aux yeux des mondains. Il n’a jamais porté l’épée, n’a jamais parlé en public, et le monde littéraire et celui des savants ignorent son nom. Il appartenait à une illustre famille religieuse, la grande famille de saint François d’Assise, mais il ne fut pas prêtre. Simple Frère convers, il était habile menuisier et charpentier passé maître. Il se distingua surtout par l’excellence de sa vie religieuse, Mes petits amis trifluviens, peutêtre d’autres aussi, ont reconnu déjà le Frère Didace Pelletier, religieux Récollet, dans les traits que je viens d’esquisser.

Comment se fait-il donc qu’on se souvienne encore de ce modeste Frère convers, disparu de la scène du monde il y a plus de deux cents ans? La

réponse est bien simple et elle est capable de nous faire réfléchir; elle nous rappelle qu’il n’y a rien de solide et de durable comme la vertu basée sur l’amour du bon Dieu. Le Frère Didace fut un saint, un véritable saint; c’est pour cela: qu’on se souvient de lui. Nous ne devons pas devancer en l'appelant saint Didace, mais nous. ne pouvons nous empêcher d’admirer ses vertus et de redire ses miracles, vertus et miracles dont on parle depuis plus de deux siècles.

Le Frère Didace Pelletier naquit à Sainte- Anne-de-Beaupré le 28 juin 1657, du mariage de Georges Pelletier et de Catherine Vannier, et reçut au baptême le nom de Claude. Il allait pousser sous la garde de sainte Anne, mais il était né au temps héroïque de la Nouvelle-France, où l’[roquois ne cessait de Poursuivre nos pères. Aussi bien au mois de juin 1661 les barbares, après avoir enlevé ou massacré sept personnes dans l’île

quillement en âge et en vertu, sous le regard vigilant de ses bons parents, ‘omme vous-mêmes vous grandissez aujourd’hui. Le 28 février 1666, il recevait des mains de Mgr

de Laval, à Château-Richer, le sacrement de confirmation. Ce fut probablement l’année suivante, 1667, que Claude eut le grand bonheur de faire sa première communion.

Le cher enfant savait bien, sans aucun doute, son catéchisme, mais savait-il d’autres choses ? Put-il aller à l’école comme vous le faites vousmêmes? Il n’y avait pas d'écoles à toutes les portes en ce temps-là; cependant vous savez que nos pères, d’une façon ou d’une autre, trouvaient les moyens ordinairement d'acquérir au moins une certaine instruction élémentaire. Je vous ai parlé de ces choses-là la semaine dernière. Le jeune Claude Pelletier dut donc aller à l’école. Du reste, Mgr de Laval, il ne faut pas l’oublier, mes petits amis, avait fondé l’école de Saint-Joachim, au pied du Cap Tourmente, cela vers 1668, si j’ai bonne souvenance. Vous pouvez bien penser alors que Claude fréquenta cette école qui était une excellente école, « où les jeunes gens qui paraissaient moins propres aux études classiques apprenaient à lire, à écrire et à chiffrer, tout en s’occupant aux travaux de la terre et à différents métiers». Je viens de vous le dire, Claude Pelletier était excellent menuisier et charpentier, comme il possédait aussi d’autres connaissances usuelles. Puis son premier biographe affirme qu’il était « doué de beaucoup d’esprit et de pénétration pour tous les

arts ». Il est permis de croire après cela que Claude développa ses heureuses dispositions à l’école de Saint-Joachim.

Georges Pelletier, du reste, le père de Claude, devait tenir à faire donner à son fils une éducation convenable. Remarquez bien que M. Pelletier était l’un des plus honorables citoyens de Sainte- Anne; il eut même à remplir la charge de premier marguillier de sa paroisse; il fut aussi bedeau de l'église pendant vingt-cins ans. Comme Claude dut avoir du bonheur à servir la messe, à travailler . À l’embellissement du temple du Seigneur !

C'était une belle âme, celle de Claude Pelletier, Elle était demeurée vierge, vierge de toute faute mortelle, au témoignage du Père Joseph Denis, son directeur spirituel durant quatorze ans. On peut bien supposer que sa mère lui répéta souvent ces paroles de Blanche de Castille à son fils saint Louis : « Mon fils, j'aimerais mieux te voir mourir, plutôt que te savoir souillé par un péché mortel. » Avez-vous bien peur du péché mortel, mes petits amis? Craignez-le plus que tous les malheurs.

Oui, c'était une belle âme celle de Claude Pelletier, et une âme généreuse, capable de tous les sacrifices pour plaire au bon Dieu. L’abnégation, la recherche des biens qui ne passent pas, ses parents les lui avaient enseignées dès sa plus tendre

enfance. Aussi quand l’appel du ciel se fit entendre, ni le fils, ni le père, ni la mère ne reculèrrnt devant le sacrifice. Claude était le seul garçon de la famille et toute l'espérance de ses parents. Néanmoins ceux-ci «le donnèrent à Dieu d’un grand cœur quand ils connurent qu’il était véritablement appelé ».

Dans l’automne de 1678, Claude alors âgé de vingt et un ans, fit ses adieux à ses parents, à ses amis, à son village natal, à l’église où il avait prié tant de fois, et prit le chemin de Québec; il entrait au couvent des Récollets de Notre-Dame-des- Anges. Ce fut le 3 février 1679 qu’il échangea les livrées séculières pour la bure franciscaine et son nom de Claude pour celui de Didace; le 5 février de l’année suivante, 1680, le Frère Didace prononçait les trois vœux de la profession religieuse.

Et puis, notre saint religieux fut envoyé en mission. Je vous assure qu’il était bien capable de rendre de grands services à sa communauté, comme menuisier et comme charpentier, lui qui était si habile; mais croyez bien surtout que les plus grands services il les rendit en vivant saintement comme il le fit. Il fut envoyé d’abord à l'Ile Percée, qui se trouve située sur le golfe Saint- Laurent, dans le diocèse actuel de Rimouski, à cent cinquante lieues de Québec. Ensuite il alla

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