CHAMPLAIN
Comme je suis heureux de vous retrouver si nombreux au Foyer ! .Il faut admettre aussi Que ce doit être un bonheur pour vous d'entendre parler d’histoire du Canada, de l’histoire de la Patrie.
Dans vos beaux grands yeux d’enfants je crois voir briller vos âmes, ces âmes qui demain aideront notre cher pays à devenir grand, glorieux.
Mais lun d’entre vous m'a demandé ces jours derniers de vous dire où se ALL A trouvaient, a temps des sauvages, : llages de CORRE Stadaconé et d’Hochelaga. Avant d'aller plus loin, je réponds à cette question. Stadaconé était à peu près à l’endroit où l’on voit Québec aujourd'hui, et Montréal a remplacé Hochelaga.
Ces choses étant dites, continuons notre excursion.
L'histoire de notre peuple, c’est comme on dirait celle de l'enfant gâté du bon Dieu. Soins
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tendres et incessants, sollicitudes toutes paternelles, miracles même, la Providence a tout prodigué à notre peuple au berceau. Remarquez principalement comme le Père infiniment bon a voulu que nos origines fussent sans taches. François Ier et Henri IV, rois de France, avaient essayé de jeter les bases d’une colonie chez nous avec des repris de justice, inais leurs tentaiives échouèrent. Ce fut heureux. Quelle honte pour nous si l’on pouvait dire que les Canadiens français sont des descendants de malfaiteurs ! Et puis, quel peuple serions-nous devenus !
Nous devions être un peuple avant tout catholique, et il fallait ici des pionniers honorables. Ces pionniers se firent attendre soixante ans après les tentatives malheureuses de François Ier; mais, Dieu merci, à l’heure marquée par la Providence, ils vinrent implanter ici la civilisation française et catholique; ils vinrent continuer l’œuvre de Jacques Cartier.
Alors, mes chers petits amis, parut un homme dont le génie, la vertu et l'influence devaient laisser dans la Nouvelle France un souvenir immortel. Cet homme, ce fut Samuel de Champlain, le fondateur de Québec. Vous savez que Québec fut fondé en 1608 ?
De notre temps beaucoup de gens s’imaginent qu’un homme du monde, à la fois intelligent,
instruit ct excellent chrétien, est un « oiseau rare », si rare qu'il est presque impossible de le trouver. Quelle erreur ! Les bons chrétiens intelligents et instruits ne sont pas aussi rares qu’on le pense: il n’est pas nécessaire d’aller au bout du monde, ni dans les siècles passés pour en trouver, croyezmoi. Vous connaissez de ces gens-là comme moimême j'en vois tous les jours. Toutefois avouons que les lâchetés et les défaillances abondent en notre siècle de progrès; que les bons chrétiens sont souvent enclins à mettre en poche leur drapeau ; qu’ils sont peut-être trop empressés de sacrifier leur place et leurs droits.
Ça pourra donc vous être utile, mes chers petits amis, tout en tenant compte des bons exemples que vous avez sous les yeux, de contempler, à l’aurore de votre vie, les belles silhouettes de nos héros et de nos héroïnes. Nous ne saurions nous arrêter trop souvent et trop longtemps devant les gloires de la Patrie.
Quel chrétien que Champlain ! Un seul mot échappé de sa grande âme et gravé dans l’histoire le montre bien tel qu’il fut: « La conversion d’un infidèle vaut mieux que la conquête d’un royaume, »
Champlain se montra l’apôtre de Dieu à l’égal des missionnaires qu’il avait amenés avec lui. « Le Fort, où il faisait sa résidence, dit l’abbé
Faillon, semblait être une école de religion et de vertu. » Comme saint Augustin et les moines de notre temps, il faisait lire à sa table : le matin c'était quelque bon historien, et le soir la Vie des Saints. A la fin du jour, rapporte le P. Le Jeune, il y avait l'examen de conscience, et puis récitation des prières à genoux. Par ordre de Champlain on sonnait la salutation angélique, au commencement, au milieu et à la fin de la journée.
De tels exemples devaient produire des effets merveilleux dans la colonie. Aussi bien le P. Vimont écrivait : «On vit ici dans une grande innocence, la vertu y règne comme dans son empire .:.» Plusieurs, après s'être négligés en France, changeaient de vie en Canada.
C’est dans l’esprit chrétien qu’on trouve la vraie sagesse; et c’est l’Église qui possède et inspire les meilleures méthodes d’organisation sociale. L'histoire de (Champlain, de nos héros, de nos héroïnes le prouve bien. On parle aujourd’hui, plus que jamais, de la nécessité du retour à la terre. Champlain lui, il y a trois siècles, savait toute l'importance de l’agriculture pour un pays; et ce fut sur ses instances que Louis Hébert, dont nous parlerons bientôt, se détermina à passer en Canada avec sa famille. Ah ! si ces hommes eussent été mieux compris en France et au Canada, la colonisation chez nous eût marché plus rapidement.
La vraie sagesse ne peut se trouver dans l’égoïsme de la vie purement matérielle. L’égoïste ne voit en tout que son avantage du moment, et ne cherche le plus souvent qu’un gain méprisable, cela sans songer au bien commun. Champlain eut à lutter contre les égoïstes de son temps. En ce temps-là, mes chers petits amis, il y avait déjà des gens qui, pour un peu d’argent, semaient la ruine et la mort autour d’eux. En homme clairvoyant, le fondateur de Québec défendait de vendre de la boisson aux sauvages... Est-ce que vous ne pensez pas qu’il y a une grande ressemblance entre les sauvages ivrognes du temps de Champlain et les gens qui aujourd’hui sortent ivres de nos buvettes? Hélas ! les plus sauvages sont peutêtre les buvetiers qui font boire ces pauvres misérables, la honte de notre civilisation.
Il faudrait causer jusqu’au matin si nous voulions repasser toute l’histoire de Champlain.
Ce fut le jour de Noël, 25 décembre 1635, que retourna vers Dieu Samuel de Champlain, dans les sentiments de la plus tendre piété. Il y avait vingt-sept ans que Québec était fondé, et la civilisation française et catholique avait déjà pénétré au loin, à travers les forêts du Nouveau-Monde.
Cette nuit de Noël dut remplir les âmes d'émotions indicibles. Champlain, le conseiller, le protecteur, le fondateur de la petite colonie s’en
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allait pour toujours... Mais dans le silence solennel de la nuit, nos pères durent entendre, avec une joie ineffable, ces paroles pleines de mystères et d’cspérances : « Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ! »
27 septembre 1917.
Louis Hégerr
Vous savez peut-être que le 4 septembre dernier on a célébré le troisième centenaire de l’arrivée à Québec de Louis Hébert, le premier colon et le premier cultivateur du Canada. Ah! ce nom de Louis Hébert gravez-le bien dans votre Cœur, car c’est le nom d’un grand patriote et d’un grand chrétien.
Louis Hébert était un apothicaire de Paris.
Demeurer à Paris aujourd’hui, c’est demeurer dans une ville de plusieurs millions d’hommes, et dans la plus belle ville du monde, après Rome. Au commencement du XVIIe siècle, Paris était déjà une ville magnifique où la richesse, les arts et les plaisirs se donnaient la main. Cependant Hébert quitta sa patrie Pour s’en venir au Canada; une voix intérieure lui disait de marcher.
C’est en 1617 qu’il mit le pied pour la première fois sur la terre de Québec.
Voyez comme il y a de la différence entre Hébert et beaucoup de gens de nos jours. Il quitte une grande ville, où pourraient le retenir sa profession, de nombreux parents, des amis et les vanités du siècle; il traverse la mer et va s'établir au milieu de la forêt, au milieu des sauvages san-
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guinaires; d’autres, à notre époque de progrès, tournent lâchement le dos à des terres riches et fécondes, aux terres qui donnèrent si généreusement le pain des fortes races aux anciens de chez nous, ils courent vers les villes où des misères sans nom les attendent peut-être, eux et leurs enfants.
Louis Hébert voyait clair. Il voyait plus clair et plus loin que beaucoup de gens de notre temps. Il savait que la vraie source de la richesse c’est la terre, et que la vie du cultivateur avec sa frugalité, sa simplicité, sa grande paix, son esprit de foi, donne plus sûrement le bonheur que la vie fiévreuse et troublée du citadin. Oui, il savait tout cela, et dès son arrivée à Québec il commença sa vie de défricheur, de colonisateur.
Voyez-vous, là-bas, sur les hauteurs de Québec encore sauvage, le premier cultivateur canadien ? Il a travaillé bien fort tout le jour, mais l'espérance adoucit ses labeurs. Comme elle est droite et belle la silhouette qui se dessine dans le lointain. On dirait un chêne resté debout au milieu de l’éclaircie. Vêtu de l’or et de la pourpre du soir, Hébert tranquillement s’en va d’un pas mesuré, en faisant le beau geste du semeur. C’est le blé de chez nous qui tombe dans la terre où doit germer tant d’héroïisme et tant de gloire! Soyez bénis, cher blé et chère terre qui avez donné le premier pain à notre ancêtre glorieux.
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Qu'elle est admirable, mes petits amis, la lignée de nos cultivateurs qui depuis Louis Hébert ont jeté dans nos sillons le blé du bon Dieu, et dans nos cœurs l'amour de la Patrie et de l’Église !
Pardonnez-moi si j'élève un peu la voix. Il faut tant aimer la terre canadienne et ceux qui l'ont mouillée de leurs sueurs et de leur sang !
Mais savez-vous pourquoi Hébert et Cham-
plain n’eurent jamais peur du travail et du sacrifice? Je vais vous le dire. Champlain avait dit: «Mieux vaut le salut d’une âme que la conquête d’un royaume »; Hébert, en faisant ses derniers adieux à sa femme et à ses enfants, leur dit : «Je meurs content, puisqu'il a plu à Notre-Seigneur de me faire la grâce de voir mourir avant moi des sauvages convertis. J'ai passé les mers pour les venir secourir, plutôt que pour aucun intérêt particulier, et je mourrais volontiers pour leur conversion si tel était le bon plaisir de Dieu ». Comprenez-vous à présent que c’est toujours dans l’amour du bon Dieu et de sa sainte religion que se trouvent la force et le courage, en face des obstacles les plus redoutables ?
Mais vous aimeriez peut-être à connaître un peu la famille de Louis Hébert. Vous vous dites, avec raison, que le héros n’était pas seul à Québec, qu’il avait une famille. C’est vrai, Louis Hébert était venu à Québec avec sa femme, Marie Rollet,
et ses trois enfants : Guillaume, Anne et Guillemette. Vous souvenez-vous que j'ai déjà raconté au Foyer comment Hélène Boullé, l'épouse de M. de Champlain, venait chercher des distractions auprès de Marie Rollet, Margu. : Le Sage, Françoise et Marguerite Langlois ?...
Une autre particularité qui va peut-être vous intéresser c’est celle du premier mariage fait au Canada : «Le Père Joseph, dit Sagard, fit le premier mariage en Canada, entre Étienne Jonquest, de Normandie, et Anne Hébert, fille aînée de Louis Hébert, qui depuis un an était arrivé à Kébec. ».…..
Les mariages, je le sais bien, vous intéressent moins que vos grandes sœurs. Avez-vous remarqué comme elles se lèvent parfois de grand matin vos grandes sœurs pour aller à l’église... assister à un mariage. Il paraît que ce n’est pas pour implorer les bénédictions du ciel sur les nouveaux époux; on dit que c’est simplement pour voir la toilette de la mariée...
Mais pourquoi nous attarder à faire de semblables remarques en parlant du premier cultivateur canadien et du premier mariage canadien ?
Du reste, vous devez être fatigués, et vous attendez sans doute que je vous donne votre congé pour aller vous mettre au lit. Je m’empresse donc de terminer ma causerie par deux mots sur la mort
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de Louis Hébert. Je laisse encore parler le Frère Sagard : «La mort du sieur Hébert fut une affiction pour tous, non seulement pour les Français, mais aussi pour les sauvages, car ils perdaient en lui un vrai père nourricier, un bon ami, et un homme aussi zélé pour leur conversion, comme il l’a toujours témoigné par ses actions, jusqu’à sa mort qui fut comme sa vie, laquelle avait pieusement correspondu à celle d’un vrai chrétien sans fard ni artifices... Avant de mourir il reçut avec une piété touchante les sacrements de la Sainte Église, du Père Joseph le Caron, et disposa de ses affaires au grand contentement de tous les siens. ..»
Après avoir dit qu cette vie est de courte durée et que celle à venir est pour l'éternité, il se recommanda aux prières des siens, et puis, dit Sagard, € levant la main il leur donna à tous sa bénédiction, et rendit son âme entre les bras de son Créateur, le 25 janvier 1627, jour de la conversion de saint Paul ». d
4 octobre 1917.
LE FRÈRE PACIFIQUE Du PLEssis
Durant que Champlain et Louis Hébert se vouaient à l’avancement de la colonie, des prêtres, des missionnaires les soutenaient dans leur œuvre.
Vous savez que les premiers religieux missionnaires de la Nouvelle-France, les Récollets, arrivèrent au Canada en 1615. Les Jésuites devaient venir en 1625, partager leurs labeurs, leurs souffrances et leurs consolations.
En 1615, on trouve donc en notre pays les PP. Denis Jamay, Jean Dolbeau, Joseph le Caron et le Frère Pacifique Du Plessis.
Comme ils travaillèrent, ces missionnaires; comme ils rendirent de grands services à la France et à l’Église sur la terre du Canada !
Saviez-vous que les Récollets furent nos premiers maîtres d'école? Pourtant, il y a des gens qui prétendent, même en notre pays, que l’Église cherche à tenir les fidèles dans l'ignorance pour mieux assurer sa domination.
Oui, nos premiers maîtres d'école furent les Récollets, et je crois bien que la première école ouverte au Canada le fut aux Trois-Rivières, par le Frère Pacifique Du Plessis.
« Dès 1616, lisons-nous dans le Mémorial de l'éducation du docteur Meilleur, le Frère Pacifique (Dubplessis) tenait une école dans le canton où s’assemblaient les sauvages avant l'établissement de cette ville (Trois-Rivières). »
En ce temps-là l'instruction n'était pas très étendue. Comment, du reste, eût-elle pu l'être avec les sauvages? On enseignait la lecture, et les élèves s’exerçaient à l'écriture sur des feuilles d’écorce.(r)
Je suis bien tenté, de vous entretenir un peu du Frère Pacifique Du Plessis, même au risque de paraître négliger ses compagnons d’apostolat. Cette figure si modeste, si bonne du Frère Pacifique me fascine, et je veux essayer de vous faire partager mon admiration. Qu'on aime donc à découvrir le mérite qui se dérobe au regard des hommes !
Natif de Vendôme, en France, ainsi que Louis Hébert le Frère Pacifique fut d’abord apothicaire. Les occasions ne lui manquèrent pas après 1615, au Canada, de mettre à contribution ses connaissances médicales,
C’est en 1617 que débarquèrent aux Trois- Rivières les premiers colons, et ces jours furent terribles pour nos pères. Entre autres épreuves il fallut subir les ravages du mal-de-terre. Que
(1) Bulletin des Rech. Hist., VIII, p. 354.
de nuits sans sommeil dut passer le bon Frère Pacifique auprès des malades !
Voulez-vous avoir en quoi consistait le malde-terre? Je vais vous le dire.
Les personnes qui en étaient affligées perdaient d’abord leurs forces, puis leurs jambes enflaient, devenaient noires et tachetées de sang; l’enflure finissait par gagner le haut du corps, les gencives pourrissaient et tombaient avec les dents. Cette maladie durait deux ou trois mois entiers et tenait les malades jusqu’à huit jours à l’agonie. Ceux qui en étaient atteints répandaient une si infecte puanteur que, quoiqu’ils fussent renfermés dans leurs cabanes, cette odeur s’étendait jusqu’au milieu du fort.
Mais le bon Récollet ne fut pas seulement maître d’école et garde-malade. Un jour il sauva toute la colonie d’une ruine certaine, tout comme Pierre Boucher, et Dollard des Ormeaux le firent
L après lui.
Ce que je vais vous raconter se passa durant l'hiver de 1618.
Les sauvages s'étaient révoltés et avaient commencé par tuer deux Français à coup de hache. Se rassemblant ensuite aux Trois-Rivières ils avaient tenu un grand conseil. Là, ils décidèrent de couper la gorge à tous les Français de la colonie. Mais les misérables avaient compté sans le Frère
Pacifique Du Plessis. Le Récollet eut vent du complot; il donna l'alarme, et la colonie fut sauvée. Les sauvages se voyant découverts eurent recours aux voies de conciliation.
Connaissiez-vous cette page d’histoire ?
Le Frère Pacifique succoemba bientôt aux fatigues qu'il s'était imposées pour la conversion des infidèles, le soulagement des Français, le salut et le progrès de la colonie. Il mourut sans bruit, à Québec, le 23 août 1619. |
Ah ! mes chers petits amis, s’il fallait élever des monuments à tous nos héros et à toutes nos héroïnes, c’est tout un peuple de marbre et de bronze qui surgirait sur notre terre canadienne
11 octobre 1917,
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PREMIERS MISSIONNAIREE
FRANÇOIS MARGUERIE GoDEFROY DE NORMANVILLE
La semaine dernière je vous disais que les PP. Récollets furent les premiers missionnaires de la Nouvelle-France. Cependant, mes petits amis, bien avant 1615 Jacques Cartier avait amené des prêtres chez nous. On conserve même les noms de deux de ces prêtres : Dom Guillaume le Breton et Dom Antoine, probablement de l’ordre de saint Benoît. Et puis, au commencement du XVIIe siècle, les abbés Aubry (1604) et Fléché (1610) précédèrent, en Acadie, l’arrivée des PP. Jésuites (1611). En donnant aux Récollets le titre de premiers missionnaires de la Nouvelle- France, j'ai simplement parlé le langage de l’histoire qui p'ace en 1615 l'établissement de la foi au Canada.
Mais ce n’est pas de ce sujet que je voulais vous entretenir aujourd’hui. Je voulais causer un peu de deux jeunes gens qui nous ont laissé dé bien beaux exemples : Thomas Godefroy de Normanville et François Marguerie.
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Originaires tous les deux de la Normandie, ils arrivèrent en Canada vers 1616, à peu près un an avant Louis Hébert. |
Ah ! si- j'étais artiste je ferais les portraits de Godefroy de Normanville et de François Marguerie, puis je vous les offrirais en cadeau. Il me semble que leur souvenir vous ferait du bien. Il y a tant de jeunes gens de notre temps qui ne comprennent pas le sens de la vie, et paraissent avoir pris pour devise : «Il faut que jeunesse se passe. » Ces insensés s’en vont vers l'éternité sans songer que l’homme est créé et mis au monde pour aimer et servir Dieu, pour le faire aimer et servir par les autres; ils oublient que les jours de l’homme sont peu nombreux.
Godefroy et Marguerie, qui contribuèrent puissamment à donner du prestige à la France, furent aussi des aides puissants pour les missionnaires auprès des sauvages. En 1642, on trouve Normanville au fort de Richelieu, où il est assistant du P. LeJeune. «Le sieur de Normanville, écrit le P. Vimont, faisait faire les prières tout haut aux sauvages, au commencement de la messe.
Sur le soir, le père prenait une partie des cabanes, et le sieur de Normanville l’autre, et ainsi on faisait prier tout le monde. »
Au mois de février 1641, Marguerie et son
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èrent ance, sionouve stant ville, haut esse.
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dans le voisinage des Trois-Rivières. Emmenés captifs chez les barbares, ils souffrent de bien des manières, mais comme ils sont édifiants ! Matin et soir, ils se mettent à genoux pour prier Dieu, font le signe de la croix avant les repas; tous les deux chantent l’Ave maris slella, et les sauvages les écoutent, la tête baissée, avec recucillement. Et, n'allez pas voir dans ces hommes de simples bigots, bons à mettre dans des niches. © P. de Brébeuf qui avait vu Marguerie à l'œuvre, manifeste son admiration dans les Relaions de 1636. « Nous fûmes surpris d’étonneent, dit-il, de voir qu’un jeune homme comme Jui, âgé de vingt à vingt-deux ans au plus, eût e courage de suivre les sauvages sur les glaces, ans les neiges et au travers des forêts, quatre ours continus, et l’espace de quelque trois cents ieues, portant, traînant et travaillant autant et lus que pas un de sa bande, car ces barbares étant rrivés au gîte, lui faisaient faire leur chaudière, andis qu'eux se chauffaient et se reposaient. » on, ni Marguerie, ni Normanville n'étaient ons à mettre dans des niches. Les Hurons condéraient comme une note de supériorité la rapiité à la course. Grande fut la surprise des sauages quand « le 18 août 1636, le sieur Godefroy, une homme fort leste, et dispos de son corps, Vança à la course un Huron, aux yeux de quatre
-persévérant et ardu, par des mortifications de
ou cinq nations, sur une gageure qu'avait faite pour lui un Montagnais. »
Demain, mes petits amis, vous aurez grandi, vous serez devenus des jeunes gens. N'oubliez pas alors que la force physique est un don qu'il faut utiliser pour la gloire de Dieu, que la gaieté chrétienne et les honnêtes délassements sont permis; mais sachez aussi que les dons de l’intelligence l’emportent sur la force brutale, et que seules sont légitimes parmi les joies de la terre celles qui conduisent, avec la souffrance, au bonheur éternel. Marguerie et Normanville, par un travail
toutes sortes, acquirent une force et une agilité prodigieuses; ils furent même ce qu’on appellerait aujourd'hui des sportsmen; mais ils se souvinrent toujours que l’homme possède une âme immortelle, infiniment plus précieuse que l'or et les plus bruyants championnats de sport.
François Marguerie se noya au mois de mai 1648, en face du fort des Trois-Rivières, avec Jean Amiot, jeune Français d’une force et d’une vail lance extraordinaire. Tomas Godefroy de Nor manville accompagnait Duplessis, au mois d’aoû 1652, dans sa rencontre avec les Iroquois, près de Trois-Rivières. Pris pour la troisième fois pa les barbares, il mourut dans les tourments. Écou tez ce qu’il écrivait peu de temps avant d’être pris
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« Étant tous les jours dans les occasions, je suis sans cesse exposé à être pris par les Iroquois. Mais j'espère que Dieu me fera la grâce de souffrir leurs feux avec constance, et que j'aurai le bonheur de baptiser quelques enfants moribonds, et même quelques malades adultes, que j'instruirai dans leur pays, avant de mourir. »
N’avais-je pas raison de vouloir mettre les
portraits de ces admirables chrétiens dans votre chambrette ?
18 octobre 1917.
SRE A Meet