QUELQUES APÔTRES — JEAN NICULET
Vous m'avez si bien écouté, mes chers petits amis, quand je vous ai parlé de François Marguerie et de Godefroy de Normanville que je vais vous entretenir ce soir de leur ami Jean Nicolet...
Est-ce que ça vous déplaîtt? Je vous vois sourire...
Il y avait, dans les premiers temps de la colonie, des jeunes gens actifs, intelligents qui parlaient facilement les langues sauvages, et servaient d’interprètes aux Français de chez nous. Voulezvous mettre dans vos calepins les noms de quelquesuns de ces interprètes? Écrivez: N icolet, Godefroy, Hertel, Cousture, Marguerie. Deux au moins de ce groupe vous sont déjà connus, n'est-ce pas ? Si nous en avions le temps, j'aurais bien des choses à vous dire sur tous ces gens-là. Mais je ne veux pas vous faire veiller trop tard. Un mot seulement, s’il vous plaît, sur Cousture et Hertel.
En 1642, Cousture faisait partie d’une excursion de Hurons, avec le P. Jogues et René Goupil. Tous les trois, à la suite d’unc rencontre avec les Iroquois, sur le lac Saint-Pierre, je crois, furent tourmentés par ces derniers. Cousture, pour sa part, eut les ongles arrachés, une épée passée à
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travers les mains; les Iroquois lui broyèrent les doigts avec leurs dents, et lui firent subir bien d’autres tourments. Après tout cela l'interprète finit par avoir sa liberté. Dans la suite il s'établit à la Pointe-Lévis, où il mourut à l’âge de 94 ans.
Goupil fut moins heureux que Cousture :
un sauvage lui donna un coup de hache sur la
tête; il expira en prononçant le saint nom de Jésus.
Quant au P. Jogues, après deux ans dé tour-
ments et de inisères sans nombre, il retourna en France.
Mais nous n'avons rien dit de Hertel, l’un des interprètes entrés dans votre calepin. Souche de la famille Hertel de Rouville, il épousa une sœur du vaillant Marguerie, et. fut le père de François Hertel, «le plus célèbre des Trifluviens », dit M. Sulte dans ses Chroniques trifluviennes, « et qui porta de son vivant, dans toute la Nouvelle-France, le surnom de Héro, à cause de ses exploits miliaires ». (1)
Du train que vont les choses ce soir, mes etits amis, vous allez peut-être vous coucher un peu tard. Dire que je n’ai pas encore commencé à vous parler de Nicôlet ! Heureusement que vous À
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ne me paraissez pas avoir «du sable dans les yeux ».
Vous souvenez-vous que, la semaine dernière, je vous ai dit un mot de la prise de Marguerie et de Normanville dans le voisinage des Trois.
Rivières ? Eh bien, quelques mois après cet événement qui avait jeté la petite colonie dans la tristesse, les Iroquois, campés à peu près à l'endroit
où se trouve Sainte-Angèle de Laval, déléguaient
Marguerie aux Trois-Rivières pour faire des propositions de paix aux Français. Or pci! s’'imaginer si Marguerie fut bien reçu. Les négociations furent aussitôt entamées; elles furent conduites, du côté des Français, par Montmagny, le P. Ragueneau et Jean Nicolet. Après bien des pourparlers qui ne donnèrent pas satisfaction aux Iroquois, les deux prisonniers, François Marguerie et Godcfroy de Normanville, recouvrèrent leur liberté. Disons tout de suite que Nicolet était partout où il y avait quelque bien à faire.
Nicolet naquit à Cherbourg vers 1598, ct vint au Canada en 1618. Le jeune Normand apportait avec lui des habitudes de vertus contractées dans une famille foncièrement chrétienne. Quel beau modèle pour la jeunesse, mes chers petits amis. M. l’abbé Gosselin a écrit sa vice: lisez-la, si vous le pouvez.
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Dans ses longues courses chez les sauvages, loin du prêtre, loin de la civilisation, Nicolet resta le modèle du chrétien et de l’apôtre. «Il nous à laissé, écrivait le P. Vimont, des exemples qui sont au-dessus de l’homme marié, ils tiennent de la vie apostolique, et laissent une envie aux plus fervents religieux de l’imiter. »
Pour travailler plus efficacement à la gloire de la France et de l’Église, Nicolet résolut d’apprendre les langues sauvages; il commença par
D'uivre deux ans chez les Algonquins de l'Ile des
Aïlumettes, sujet à bien des fatigues, à bien des dangers, à des privations de toutes sortes. «Il Passa plusieurs fois sept ou huit jours sans rien Manger; et il fut sept semaines entières sans autre nourriture qu’un peu d’écorce de bois,» dit le P. Vimont. Bientôt, devenu un sauvage extraordinare, Jean Nicolet fut élevé par les Algonquins à la dignité de capitaine,
Rappelé à Québec dans l'été de 1620, il repartit peu de temps après, à la demande de Champlain, pour le lac Nipissing. Encore une fois il devint capitaine.
Savez-vous pourquoi Nicolet acceptait ces itres de capitaine? C'était simplement dans l'espérance de faire plus de bien parmi les sauvages qui le considéraient ainsi comme leur supérieur.
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