‹ En veillant avec les petits de chez nous [microforme]Chapitre 21 sur 35 · LL TEA F · texte numérisé non relu

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régime militaire, c’est-à-dire qu'ils eurent pour les gouverner et pour les juger des militaires. C'était l’abolition de leurs tribunaux, de leurs juges naturels, c'était le bouleversement de leur vie ordinaire. Aussi, les Canadiens en gens de bon sens qu'ils étaient, tout en respectant le drapeau d'Angleterre, ne firent pas grand cas, je vous assure, de ces juges nouveaux qui portaient des éperons. Occupés tranquillement à réparer les désastres de la guerre ches eux, ils se livrèrent à l’agriculture; et quand il survenait des difficultés à régler, ils s’en rapportaient au jugement de leur curé ou des notables du lieu. De cette façon, mes enfants, il arriva ce qui devrait toujours arriver : la loi à la mode fut à morale de l'Évangile. Les gens de chez nous comprirent plus que jamais que le meilleur ami du peuple c’est le prêtre.

Le régme militaire dura trois ans. Durant ces trois années-là nos pères espéraient toujours que le Canada serait rendu à la France. Ce fut une grande déception quand ils apprirent que la France nous avait cédés pour toujours à l’Angleterre, par le traité de Paris du mois de février 1763. Ils avaient bien raison de se désoler en songeant à ce qui venait de se passer à Paris. Que de souffrances, que d’humiliations les attendaient !

Après le traité dont je viens de vous parler, l'Angleterre commença par démembrer le Canada.

Démembrer leur territoire c'était priver nos pères des avantages naturels que leur offrait l'étendue du

conservation n'était plus garantie, faute d’une protection efficace, Puis, comme sujets de l’Angle-

Canadiens qu'ils ne croyaient plus À l’Eucharistie, ni au saint sacrifice de la messe; on voulut les empêcher d’invoquer la sainte Vierge et les saints. Pourtant c'était une chose entendue dans les traités qu’on respecterait la religion catholique... Le gouverneur Murray était protestant, mais il avait appris à connaître nos compatriotes, À les aimer même, et il n’osa pas exiger d’eux des choses impossibles, surtout au sujet de la religion. I] leur rendit aussi, en partie du moins, l'usage des lois françaises, Il faut bien ajouter que M. Briand, le grand vicaire de Québec et le futur successeur de Mgr Pontbriand À avait pour Murray de grands ménagements. Ça ne veut pas dire, mes petits amis, qu’il fallait être sans défiance à l'égard du gouverneur...

Et puis, Murray avait un bien triste entourage ! Des marchands de réputation perdue, des cabaretiers crapuleux composaient la majorité des Anglais de chez nous. Et quoiqu'ils fussent environ 500 sur une population de 69,275 habitants, ils occupaient toutes les charges. Le juge en chef avait été tiré du fond d’une prison; il ignorait com. plètement la langue française et le droit civil. Vous Pouvez penser si c'était facile pour les nôtres d’obtenir justice devant un juge de cette espèce. II suffisait d’être anglais et protestant pour occuper un poste d'honneur et lucratif; mais il fallait être anglais et protestant. Et cependant, souvenezvous toujours que la France en nous cédant à l'Angleterre ne nous avait pas abandonnés comme des esclaves vendus sur les marchés. .. Mais, en ce temps-là, comme aujourd’hui, il y avait des gens qui croyaient que le droit du plus fort peut légitimer toutes les injustices et toutes les barbaries... Murray lui-même qui désirait pourtant, dans le fond de son âme, faire de nous des protestants, se plaignit amèrement en Angleterre des gens qui l’entouraient. Il les appelait « les fanatiques les plus cruels, les plus ignorants, les plus rapaces qui aient jamais existé ». (1) Vous voyes qu’il n’était pas tendre pour ses compatriotes.

(1) L'Église du Canada, après la Conquête (1760-1775), par PE ro Gosselin. p. 135.

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représentants du peuple, parce qu britanniques, mais ils avaient droi respectât leur religion. Et Savez-vous ce qu’on exigeait des Canadiens pour être représentants ? On exigeait ce dont je viens de vous parler : de ne plus croire à l’Eucharistie

que ça n'avait pas de sens commun. L'assemblée ne siégea pas.

Murray fut remplacé par Guy Carleton qui, comme son prédécesseur, se montra l’ami des Canadiens ! Carleton ne tarda pas à constater que les nôtres avaient souffert des injustices crian-

tes, et qu’il était urgent d'apaiser les esprits. Aux instructions intolérantes et vraiment iniques qu'il avait reçues de la Cour d'Angleterre, il donnait le sens le plus favorable aux Canadiens. Enfin vint un temps où l'Angleterre comprit qu'il lui fallait se souvenir un peu plus des engagements qu’elle avait contractés lors des Capitulations de Québec et de Montréal et du traité de Paris. Elle voulut user d’une politique plus douce à l'égard des Canadiens. Elle commença par suspendre l'exécution des instructions royales ordonnant d’expulser du pays tous les habitants qui refuseraient de prêter le serment du test, ce fameux serment qui consistait pour un catholique à renier ses croyances à l’Eucharistie, etc. Je vous ai dit déjà ce qu'était ce serment. Les bonnes raisons ne manquaient pas à l’Angleterre pour nous rendre justice, mes petits amis; cependant sans la révolution américaine qui fit craindre à nos nouveaux maîtres de nous perdre, il est permis de croire que la persécution et l'exploitation auraient suivi leur cours. (1) Mais la Providence veillait sur nous. Pour s'assurer de notre fidélité, l'Angleterre consentit à nous donner une partie de nos droits de sujets britanniques. Depuis 1763, nous avions eu le gouvernement civil

(1) Histoire du Canada, de Garneau. j; Voir aussi De la liberté religieuse en Canada, de Pagnuelo.

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absolu; en 1774 l’Acte de Québec nous fut accordé.

Vous verrez dans vos manuels d'histoire du Canada

ce qui nous était rendu par cet Acte de Québec. J'ai voulu, mes petits amis

survivants de Carillon et de Sainte-Fo être contents de leur race, Nos pères luttèrent done vaillamment, sans oublier de rester loyaux à l'Angleterre; ils luttèrent scus la haute direction du clergé qui ne cessait de leur indiquer le chemin du devoir et de l'honneur.

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28 mars 1918.

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