‹ En veillant avec les petits de chez nous [microforme]Chapitre 22 sur 35 · GOUVERNEMENT LÉGISLATIF — BRAVOURE ET LOYAUTÉ DES NÔTRES · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT LÉGISLATIF — BRAVOURE ET LOYAUTÉ DES NÔTRES

Je vous disais l’autre jour, qu’en 1774 l’Angleterre nous donna l’Acte de Québec. Cela signifie simplement que nous recevions alors une nouvelle forme de gouvernement, un gouvernement plus acceptable que les deux précédents. Vous souvenez-vous des noms sous lesquels sont désignés les deux premiers gouvernements de la domination anglaise chez nous?... Qui s’en souvient?...

Je vais vous le dire encore une fois. Le premier s’appela le régime militaire, et il dura dé 1760 à 1763; le second, qui dura de 1763 à 1774, s’appela le gouvernement civil absolu. Et puis, durant que nous sommes en frais de nommer les gouvernements, ajoutons que l’Acte de Québec est aussi conu sous le nom de gouvernement législatif. Ce dernier dura de 1774 à 1791.

Le gouvernement législatif offrait moins d’inconvénients pour nos compatriotes que les deux précédents, mais ce n’était pas encore la perfection, c’en était loin. Je vous dirai peut-être tout à l'heure ce que les Canadiens eurent à souffrir sous ce gouvernement. En attendant, je veux faire passer rapidement sous vos yeux quelques silhouet-

tes de braves, de ces braves de chez nous qui n’auront probablement jamais de statues, et qui rendirent cependant de fameux services à l'Angleterre. Écoutez-moi bien. Dans ces temps dont je vous parle les Américains, nos voisins, n’étaient pas encore indépendants de l’Angleterre. Ce n’est que depuis 1783 qu’ils ne sont plus obligés de reconnaître l’Angleterre pour leur maîtresse. Mais avant 1783, je vous assure qu’il y en a eu des batailles entre les Anglais des colonies américaines et les autres Anglais. Ce qui mit la discorde entre eux ce fut l’ambition de l’Angleterre qui voulait retirer le plus d’argent possible des Américains au moyen des impôts et les prétentions des Américains qui disaient à l’Angleterre : Nous n’avons pas de députés dans vos parlements, par conséquent vous n’avez pas le droit de nous faire subir vos impôts, pour avoir notre argent... Ils se battirent à bien des places: et les Américains auraient bien aimé à gagner nos pères à leur cause. Ces bons Américains n’aimaient pas la religion catholique, ils avaient même reproché :'éjà à l'Angleterre sa tolérance à notre égard; mais, d’un autre côté, ils savaient bien que les Canadiens étaient des braves 2t que, sans les armes canadiennes, l'Angleterre ne pouvait pas conserver le Canada. Les Canadiens se demandèrent ce qu’ils devaient faire, ils avaient tant souffert de la part de l’Angleterre... Enfin

avisés par le clergé, ils se firent les défenseurs du drapeau britannique. Retenez bien cette parole du grand historien Garneau : « L’on peut dire que c'est le clergé qui fut, à cette époque, le véritable sauveur des intérêts métropolitains dans la colonie. » Les «intérêts métropolitains » ça veut dire les intérêts de l’Angleterre.

Mais il vous tarde sans doute, chers enfants, de voir passer de belles figures de Canadiens, des silhouettes de braves. Encore un instant, et ça va venir.

Les Américains voulaient absolument s’emparer du Canada. Imaginez-vous qu’ils s'étaient rendus maîtres du fort Saint-Jean, de Sorel et des Trois-Rivières. Bien plus que cela, ils avaient pris Montréal. Il leur restait à prendre Québec : ce n’était pas une chose très facile. Le gouverneur Carleton s'était précautionné. Il avait dit à tous -ceux qui ne se sentaient pas assez courageux et assez loyaux pour défendre la ville, de sortir au plus tôt. Savez-vous, mes petits amis, quels sont ceux qui s’en allèrent, et quels sont ceux qui restèrent pour défendre Québec? Vous me comprenez bien, il s’agissait de défendre le drapeau anglais qui flottait sur les remparts de Québec... Les braves Canadiens restèrent au poste; nombre de marchands anglais se retirèrent dans l’île d'Orléans, à Charlesbourg et dans d’autres campagnes, attendant le

résultat de Ja lutte, pour crier : Vive le roi! ou Vive la l'que américaine ! Dans l’île d'Orléans et à Charlesbourg, vous savez, c'était bien moins dangereux que dans Québec, surtout si pour rester à Québec il fallait prendre les armes.

Les Canadiens français, eux, prirent les armes. Oui, ils les prirent si bien que sans eux Québec était perdue pour l'Angleterre. Ah ! si vous aviez vu Charland, Dumas, Marcoux, Chabot, Dambourgès et les autres ! Montgomery s’avance avec ses Américains, il s’avance toujours.. Le capitaine Chabot commande de faire feu. Des cris etdes gémissements ! ! ! Montgomery tombe avec ses deux aides de camp, plusieurs officiers et des soldats. Les Américains s’enfuient. Après cela, les Américains essayent encore d’entrer dans la ville, Une barrière les empêche de passer, et elle est gardée par les Canadiens. Des échelles avaient été dressées par les ennemis sur la barrière. Charland, un brave qui avait du poignet, s’en va à travers les balles et tire les échelles en dedans de la barricade. Dumas était là avec sa compagnie; et le capitaine Marcoux arrive bientôt avec des Canadiens, des artilleurs et des fantassins anglais. Mais ce n’est pas tout. Dans la basse ville les Américains s’étaient installés dans les maisons pour tirer sur les gens. Si vous aviez vu le capitaine Dambourgès entrer par les fenêtres dans les maisons. Je vous

promets que ça ne fut pas long avant que les Bostonnais eussent débarrassé les maisons. Les pauvres Américains virent bien qu’ils ne pourraient jamais s'emparer de Québec...

Mais je pique au plus court pour vous parler d’une autre affaire. Après avoir évacué la ville des Trois-Rivières, il prit fantaisie à messieurs les Américains d’y revenir. Partant de Sorel ct de Saint-François ils s’avancèrent par la Pointe-du- Lac. Là ils forcèrent un nommé Gauthier de les conduire jusqu'aux Trois-Rivières à travers la forêt. Gauthier, un bon Canadien, pas bête, je vous assure, se mit à leur tête. Il leur fi: faire cinquante détours inutiles, si bien que ces pauvres Américains n’en pouvaient plus de fatigue. Mais durant ce temps-là Carleton qui avait été prévenu aux Trois-Rivières, se prépara à recevoir ses visiteurs. .Quand les Américains scrtirent des bois le matin, ils se trouvèrent en face de 7,000 hommes prêts à les recevoir. Il y eut une bataille, mais vous comprenez que les armes anglaises eurent l’avantage. (1) Retenez bien le nom de Gauthier, mes enfants; plus tard vous conterez cette histoire-là aux Anglais qui nous prennent pour des traîtres. Il ÿ a des Anglais, vous savez, qui nous prennent pour des traîtres.

, (1) Deux voyages sur le Saint-Maurice, par l'abbé Napo léon Caron, p. 264.

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Voulez-vous que je vous raconte encore une autre affaire ? Ça ne sera pas long. Au printemps de 1776, il était venu d'Angleterre une lettre au

Montréal, pour dérouter la Surveillance des Américains. Quand M. Mongolfier, le grand vicaire de Montréal, eut reçu la lettre, il se demanda comment, il s’y prendrait pour la faire Parvenir à M. Carleton. Écoutez-moi bien. Il fit venir deux jeunes gens de confiance, deux Canadiens français, et leur dit: « Vous sentez-vous assez de courage et de bonne volonté Pour aller porter cette lettre à Québec, à travers bien des dangers? » Sur la réponse affirmative des deux jeunes gens, il leur remit la lettre destinée à Carleton. Mes petits amis, je vous Promets que la lettre fut portée à Québec. Vous voulez connaître les noms de ces deux braves ? C’étaient MM. Lamothe et Joseph Papineau. Joseph Papineau est justement le père du grand patriote Louis-Joseph Papineau: il fut aussi un ardent défenseur de nos droits sous la constitution de 1791. (1)

(1) L'Église du Canada, ( 1775-1789), par l'abbé Auguste Gosselin, p. 67. :

Mes petits amis, les veillées sont trop courtes au Foyer. J'avais bien d’autres choses à vous dire encore ce soir. Mais nous nous reverrons, n'est-ce pas? En attendant, nous pouvons toujours dire que les Canadiens sont des braves, et que les Anglais ont eu de la chance de les avoir au Canada.

Bonne nuit, mes enfants.

4 avril 1918.

SOUFFRANCES DES CANADIENS — CoxsrirTurions DE 1791 — Josgpy PAPINEAU — NoTre LANGUE

L’Acte de Québec, mes petits amis, nous rendait

noS lois civiles françaises, remplaçait le fameux nt du test par un serment plus acceptable

aux catholiques : c'était Mieux, sans être parfait, que le régime des années précédentes, C'était mieux, et Cependant que de choses nos pères eu- En 1777, le gouvernement

tyranniques. La même

ent accablés de corvées,

édommagements : il n’y

royalistes ou non, qui rdeau. Le Conseil légisu gré de ses désirs. Sous nd, qui

que nous fussions

» Heureusement que Carleton val

Carleton, quoique

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