‹ En veillant avec les petits de chez nous [microforme]Chapitre 23 sur 35 · ES · texte numérisé non relu

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pour donner satisfaction aux Canadiens; et, pour lui, la situation était d'autant plus délicate que l'Angleterre lui envoyait des instructions dirigées contre la liberté de la religion catholique. Oui, grâce à la largeur de vues de Carleton, grâce aussi à la prudence et à la fermeté de Mgr Briand, évêque de Québec, l'Église du Canada put traverser ces années d'épreuves sans succomber.

Mgr Briand fut un grand évêque, et le peuple cana.lien-français auquel il a servi de guide pendant dix-huit ans, lui doit une éternelle reconnaissance. Retenez bien son nom. Du reste, mes enfants, vous savez que ce sont les évêques, les prêtres en général, qui ont toujours été les amis les plus désintéressés, les défenseurs les plus éclairés du peuple canadien-français ?...

Sous l’Acte de Québec, je viens de vous le dire, nos pères souffrirent bien des injustices, malgré tout. Entre 1774 et 1791, il y eut plusieurs tentatives d’anglifications, je vous assure. Par une enquête qui eut lieu sous Lord Dorchester (Carleton), on constata que les dispositions expresses de l’Acte de Québec au sujet des lois françaises étaient violées. Sans l'intervention de Mgr Hubert, évêque de Québec, une’ savante combinaison d’instruction publique supérieure protestante eût eu des succès.

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Mais hâtons-nous de changer de &ouvernement : PassOns À la Constitution de 1791. Vous allez voir encore des choses tristes ‘ VOUS aurez au moins la consolation de voir les Canadiens un peu plus à l'aise pour défendre nos droits. La Constitution de 1791, mes petits amis, divisait la colonie en deux province. ;, le Haut et le Bas Canada, et accordait à chacune d'elles un Conseil législatif et une chambre élective. Nos pères allaient donc, sous ve nouveau gouvernement, envoyer des députés au parlement, des députés qui Pourraient parler à l’occasion devant les Anglais du Bouvernement, pour faire connaître nos droits et nos besoins, C'était bien quelque chose, vous le comprenez; c'était mieux que par le passé où les Canadiens n'avaient personne, ou à peu près, pour les défendre. Mais Vous allez voir que tout n'était pas rose encore.

Jusqu'à ce temps-là, nos pères avaient toujours été laissés plus ou moins dans l'ombre; ils n'avaient pas eu beaucoup d'occasions de montrer leurs talents. A partir de 1792, notre chambre des députés voit arriver des hommes, des hommes

capables de tenir tête aux Anglais : le champ de

bataille n’est plus celui de Carillon, ni de Sainte- EFoye, mais la valeur des nôtres est toujours la

même. Les deux Premiers héros que j’apercois, Mes enfants, ce sont Pierre Bédard et Joseph Papi-

neau qui n’eurent pas peur, je vous le promets, de défendre nos droits.

Voulez-vous que je vous parle un peu de ces deux hommes-là? Vous vous souvenez, n'est-ce pas, de ce Joseph Papineau qui alla porter une lettre à Carleton, à Québec? C’est le même que vous retrouvez en 1792 au parlement. Joseph Papineau fut bientôt le principal orateur du parlement. Les Anglais virent bien, allez, que les Canadiens n'étaient pas plus bêtes que d’autres. Toujours fidèle à l'Angleterre, Papineau fut en même temps animé du plus pur patriotisme canadien-français. Comme il sut garder jusque dans sa vieillesse le respect et la confiance des nôtres !

Imaginez-vous, mes enfants, que cès la première réunion des chambres, les Canadiens qui avaient eu la générosité d’élire 16 Anglais sur 50 représentants, se virent sommés par plusieurs Anglais d’élire un président de langue anglaise, et d'abandonner l’usage du français au parlement. Vous voyez que ça cymmençait bien. Cette sottise des Anglais fit connaître mieux les Canadiens français. Papineau, Bédard, d’autres encore se chargèrent de répondre à ces messieurs; puis un président caradien-français fut élu, et l’on décida de garder à la langue française la place d'honneur qui lui appartenait. « Eh quoi ! s’écria Papineau, parce que les Canadiens, devenus sujets de l’Angle-

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terre, ne savent pas la langue des habitants des bords de la Tamise, ils seront privés de leurs droits?» Ce qui revenait À dire: « Pour avoir le droit de vivre librement faut-il nécessairement parler l’anglais ? »

reste, que faisait-on de cet article de la Capitulation de Québec qui disait : Avec leurs biens les Canadiens conservent leurs Privilèges ? Est-ce qu’il Y a, je vous le demande, des biens et des privilèges qui nous soient plus chers que notre religion et notre langue ?

Notre langue, mes enfants, la plus belle des langues qui se parlent de notre temps, c’est une reine puissante que les siècles rajeunissent et Parent des joyaux les plus précieux. Oh ! cette

Notre langue, Jacques Cartier l’a parlée en plantant des croix sur le sol canadien ; Louis Hébert aussi l’a parlée en abattant les grands arbres et en béchant la terre de Québec. Nos Martyrs, nos soldats, avant d’expirer, ont dit des mots que nous aurions compris.

Notre langue, c’est celle que chuchotaient les enfants de chez nous, durant les classes de Marie de l’Incarnation et de Marguerite Bourgeoys.

Notre langue, c’est celle que vous avez balbutiée sur les genoux de votre mère: celle qui la première a fait monter votre prière vers le bon Dieu.

Et

Quand vous étiez tout petits, c'est avec des chants de France que votre maman vous endormait,

‘8 Notre langue, c’est celle que nos petits frères f d’Ontario, nos petites sœurs, défendent si vaillam- É ment, si héroïquement là-bas.

A Ah ! qu’ils ont bien fait, les braves de 1792, Fi d'apprendre aux Anglais que nous parlerions LE français toujours !

‘: Je vous parlerai de M. Bédard la semaine prochaine.

11 avril, 1918.

hants

frères llam-

1792, rions

naine

Mi … P:ERRE Béparp

Nous nous sommes quittés un peu brusquement l’autre soir. Après m'être engagé, ou presque, à

laissé notre grand patriote... dans la nuit, et je me suis retiré pour la nuit. Savez-vous pourquoi j'ai agi de cette façon-là ? C’est parce que j'ai toujours peur de vous fatiguer. La fatigue, voyez-vous, conduit facilement au dégoût. S'il fallait qu’un jour vous fussiez dégoutés de l’histoire du Canada, et cela par ma faute !. Y pensez-vous ?

Allons, M. Bédard, sortez de la nuit dans laquelle nous vous avions abandonné. M. Bédard est un homme qui ne s’est jamais laissé mener par le bout du nez, mais pour vous faire plaisir, Voyez avec quel empressement il obéit à mon commandement. Il s’avance tranquillement dans la lumière du Foyer; vous le distinguez bien, n’est-ce

grande distinction. Le voilà tout près de nous; à vrai dire je me l’étais figuré d’abord un peu autrement. N'importe, je prends mon pinceau, et je veux que quelque chose de son portrait reste ici. Regardez bien. La tête d’abord : traits fortement prononcés irréguliers et durs. Et puis, le maintien : maintien

en di ET

peu gracieux, avec un extérieur très négligé. La longueur et la forme du nez, la couleur des yeux, c’est singulier, mais je ne puis rien voir de tout cela à la lumière de ce soir. Et moi qui ambitionnais de laisser un portrait presque complet sur la cheminée... Par exemple, si je pouvais peindre l'orateur, Pierre Bédard orateur, j'aurais de quoi exercer mon pinceau, je vous le promets. Dans les temps ordinaires, Bédard avait l’air de se soucier bien peu de ce qui se disait à la chambre; s’il parlait alors il parlait négligemment. Mais, mes petits amis, ce n’était plus la même chose, quand se présentaient des questions graves. Non, ce n’était plus la même chose. Il commençait à parler avec un peu d’embarras, puis petit à petit il s’échauffait, parlait plus fort; et après quelque temps, mes enfants, les Canadiens et messieurs les Anglais avaient devant eux un orateur dans toute la force du mot, un orateur qui disait éloquemment la vérité et que personne ne pouvait empêcher de parler. Il paraît que c'était beau de l'entendre. Aussi les Anglais ne l’aimaient pas...

Bédard qui fut l’un des champions de la langue française, fut aussi l’un des champions les plus habiles de tous nos droits de sujets britanniques au Parlement. Je vous l’ai dit, depuis 1792 les Canadiens vanvovaient des députés à la chambre; mais ces députés étaient presque toujours en chicane avec les

Anglais. Il y avait plusieurs causes de discorde; je vais vous faire connaître celle que Pierre Bédard considérait comme la principale, je crois. Les Anglais réglaient toutesles affaires dela province, dépensaient même l’argent du Bouvernement sansrendre compte de leur administration aux députés. Bédard avait raison de n’être pas content, lui qui avait si bien étudié la constitution anglaise. Les choses ne se passaient pas ainsi en Angleterre, et il voulait que les «hoses se fissent chez nous comme en Angleterre; il désirait Pour nous simplement un JOuvernement responsable. Il fallut, mes petits amis, encore bien des années et de grands malheurs avant que l'Angleterre se décidât à nous accorder une chose qui nous était due,

En attendant, les Canadiens tenaient bon en face des Anglais ; ils se défendaient de leur mieux. Bédard ne fut pas seul orateur puissant: l’un Le Canadien, il compte niers du journalisme c

Heureusement que Bédard aimait l'étude ; il passait une partie de son temps à faire des mathématiques, en prison. Comme on ne savait pas au

EL OP CRT ni PR ENS CSST

Ho.

juste quoi lui reprocher, au bout d’un an il fut simplement sommé de n'être plus prisonnier.

« Je ne sortirai d’ici, répliqua Bédard, que lorsqu'un corps de jurés aura bien et dûment déclaré mon innocence, }»

“ {a le laissa tranquille pendant une dizaine de jours, espérant lasser sa constance, mais à l’expiration de ce terme, le geôlier lui signifia que s’il ne sortait pas le lendemain, de bon gré, il avait reçu ordre de le mettre à la porte. M. Bédard haussa les épaules et continua ses calculs algébriques. Comme plusieurs membres de sa famille, M. Bédard était un profond mathématicien.

« Le geôlier patienta le lendemain jusqu’à une heure de relevée, mais voyant alors que son prisonnier ne faisait aucun prére :.‘* de départ, il lui déclara que s’il n’évacuait ,. . 1es lieux de bonne volonté, il allait, avec l’aide de ses porte-clefs, le mettre à la porte. M. Bédard voyant que l’on prenait les choses au sérieux, et que contre la force il n’y a pas de résistance, dit au gardien : «Au moins, monsieur, laissez-moi terminer mon problème. » Cette demande parut si juste au sieur Reid, le geôlier, qu’elle fut accordée d’assez bonne grâce. Monsieur Bédard satisfait, à l'expiration

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d’une heure, de la solution de son problème géométrique, s’achemina à pas lents vers sa demeure. » (1)

Ceci, mes enfants, se passait sous le gouvernement de Craig, l’un des gouverneurs les plus intraitables que l’Angleterre nous ait envoyés.

Sir George Prevost succéda à Craig et devint un ami des Canadiens. Aussi les choses changèrent : Bédard fut nommé juge aux Trois-Rivières.

Vous voyez que sous la Constitution de 1791, la vie n’était pas toujours rose pour nos pères. Vous voyez aussi que, même dans la souffrance, les Canadiens ne perdaient pas l’occasion de s'amuser aux dépens de leurs ennemis.

Et puis, remarquez bien avec quel désintéressement on servait la patrie dans ce temps-là. M. Papineau, par exemple, proposa à l’assemblée des députés d'examiner s’il ne serait pas juste d’indemniser un peu le président de la chambre et les représentants du peuple, pour leurs frais de voyage et la perte de leur temps. Cette suggestion fut repoussée avec indignation par la grande majorité. Ceci eut lieu en 1799 (11). Ce n’esi qu’en 1833 que nos députés commencèrent à recevoir régulièrement une indemnité. (rrr).

(1) Mémoires de Gaspé, pp. 341, 342.

(1) Hist. de Cinquante ans, par T.-P. Bédard, p. 36. (ni) Bull. des Recherches hist., X., p. 121.

Voir aussi Pierre Bédard et ses fils, par N.-E,. Dionne.

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