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Ah ! j'en aurais bien long à vous conter sur ces temps-là. Il s’en brassait des affaires, je vous assure ! Mais, pour le moment, vous n’avez pas besoin de tout savoir... Qu'il vous suffise, mes chers enfants, en attendant que vous soyez grands, d’en savoir assez pour bien aimer votre pays et pour voir étendue sur nous la main protectrice d’un Père infiniment bon.
18 avril 1918.
MONSEIGNEUR PLEssis
La semaine dernière vous avez eu la visite, au Foyer, de M. Bédard, l’un des champions de la cause Canadienne-française. Aujourd’hui c’est encore un champion de la même cause qui va passer devant vous, mais un champion qui occupe une place à part dans l’histoire de notre pays.
Tous « les petits de chez nous » qui ont étudié un peu l’histoire de la domination française au Canada portent, inscrit en lettres d’or, dans leur mémoire et dans leur cœur, le nom de Mgr de Laval, le premier, le grand évêque de Québec. Vous vous souvenez bien, n’est-ce pas, de Mgr de Laval? Eh ! bien, mes petits amis, les enfants qui ont étudié et bien compris l’histoire de la domination anglaise au Canada ne peuvent s'empêcher de mettre à côté de Mgr de Laval, le beau nom de Mgr Plessis. Ces deux évêques de Québec, à des époques bien différentes, ont fait de grandes choses; ils ont été d’admirables instruments entre les mains de la Providence.
Mgr Joseph-Octave Plessis naquit à Montréal le 3 mars 1763. Son père s'appelait Louis Plessis et sa mère Louise Ménard.
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Dans cette famille dont le chef était forgeron, si l’on savait travailler rudement, on savait aussi prier et pratiquer à la lettre les enseignements de la religion. Prières en commun, lectures de piété faites en famille, fréquentation des sacrements, sanctification des dimanches et fêtes, tout y était parfaitement ordonné. Le père du futur évêque de Québec, le forgeron qui peinait du matin au soir, observait, dans toute leur rigueur, les jeûnes commandés par l’Église. Sen lement, afin de rendre moins difficiles les pénitences du c: ème, on gardait pour ce temps-là les besognes les moins rudes; cela permettait aux apprentis de jeûner à l’exeraple du maîtie.
Mes chers enfants, accoutumez-vous, dès à présent, à bien faire vos prières, à vous imposer quelques petits sacrifices par amour du bon Dieu; demandez à votre papa ou à votre maman, s’ils ne le font pas déjà, de lire devant vous, vos petits frères et vos petites sœurs, quelques pages de l'Évangile ou bien de la vie des saints. Vous écouterez ces lectures-là, le soir, avant de vous mettre au lit, ct puis ensuite vous irez faire de beaux rêves. Vou-
MONSEIGNEUR PLESsIS (1763-1825)
eron, aussi de la comfaiation ificafêtes, ment futur orgein au toute com- Sen riten- 28 bepren-
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lez-vous demander cela à vos bons parents? Pour les récompenser de leur peine, vous leur promettrez d’être bien obéissants le lendemain.
Dans une famille comme celle de Louis Plessis et de Louise Ménard, les enfants eussent été bien coupables s'ils n'avaient pas été vertueux.
Aussi je vous assure que Joseph-Octave ne tarda pas à se faire remarquer par son amour du travail, son esprit d’ordre, sa droiture et sa fermeté. A la maison, à l’école, partout le jeune Plessis se distingua entre ceux de son âge. Après avoir commencé ses études classiques à Montréal, il alla
faire ses classes de rhétorique et de philosophie à Québec.
Dans ce temps-là, un voyage entre Québec et Montréal était une entreprise considérable, surtout pour des écoliers. Les élèves de Montréal qui revenaient du Séminaire de Québec, à l’ouverture des vacances, s’en allaient en bateau ou... à pied, chez leurs parents. Le voyage à pied, un peu long, ne Manquait pas de charmes pour des écoliers. C’étaient des gens bien élevés, voyez-vous, ces écoliers, et ils étaient reçus à bras ouverts, le long de la route, chez nos gens. (1) Du reste, s’en aller en bateau comportait des risques sérieux. Les vacances étaient courtes et les bateaux allaient
(1) Le Foyer Canadien, Vol. I, p. 81.
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lentement, si bien que parfois il arriva que de pauvres écoliers, partis sur un bâteau au commencement des vacances, ne mirent le pied à terre qu’au moment où les classes allaient recommencer à Québec.
Mais revenons au futur évêque de Québec.
Ses études terminées, le jeune Plessis, après avoir prié et réfléchi, décida de se donner au bon Dieu dans le sacerdoce. Il prit la soutane à l’âge de dix-sept ans. Professeur, puis secrétaire de Mgr Briand, le clere, à force de travail et grâce à sa facilité prodigieuse, poursuivit ses études théologiques et fut promu au sacerdoce le 11 mars 1786.
M. Joseph-Octave Plessis, à cause de sa piété, de sa science, de son expérience dans l’administration, était devenu déjà un homme dont on ne pouvait pas se passer. Six ans après son ordination, le 2 juin 1792, il se voyait chargé de la cure de Québec, tout en gardant ses fonctions de secrétaire de l’évéque. L’évêque de ce temps-là était Mgr Hubert. Ah ! comme M. Plessis dut travailler fort ! Debout à quatre heures du matin, il se couchait rarement avant minuit.
Au cours de son long ministère de curé et d’évêque, Mgr Plessis donna toujours une attention particulière à la formation de l’enfance et de la jeunesse. Quand les enfants avaient fait leur première communion leur curé ne les oubliait pas; il les suivait de loin, les faisait revenir auprès de lui et leur
ent
donnait des conseils.
des amusements mondains, de saint François de
Pas : « Je dis des dans des champignons ; les dis de même, les meille Ces récréations incon
dangereuses: elles dissipent l'esprit de dévotion, elles refroidissent la charité, elles réveillent mille sortes de mauvaises affections. »
Et puis, M. Plessis fonda des écoles, de découvrir des vocations.
ne cessait de faire du b possibles.
Aussi, mes chers enfants, il y avait plusieurs années que les gens désignaient M. Plessis comme devant être, dans un avenir plus ou moins
rapproché, l’évêque de Québec. Les prévisions
Populaires ne furent pas démenties comme vous
savez. Le'6 septembre 1797, Monseigneur De-
urs bals ne sont guère bons...
s’occupa C'était un apôtre qui ien par tous les moyens
Le sacre du nouvel évêque eut lieu le 25 janvier 1801. Cinq ans plus tard, Mgr Denaut mourait et Mgr Plessis montait sur le siège épiscopal de Québec.
Vous ne vous attende
Z pas, mes petits amis, à ce que je vous raconte to
ut ce qui s’est passé dans
Aux jeunes gens trop friands il répétait ces paroles Sales que vous n’oublierez es ce que les médecins disent meilleurs ne valent rien. Je
venantes sont ordinairement
l'Église du Canada sous le règne de Mgr Plessis : pour cela il faudrait veiller jusqu’à demain matin. La sollicitude de ce grand évêque s’étendit à tout ce qui pouvait tourner au bien de ses ouaiïlles. Dévelonpant le texte de l’apôtre, il disait dans son mandement d’entrée : «J'emploierai volontiers tout ce que je puis et je m’emploierai moi-même au delà de mes forces, pour votre bien et surtout pour le salut de vos âmes. »
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Les devoirs d'un évêque, mes enfants, sont toujours nombreux et remplis de responsabilités; mais songez donc que Mgr Plessis avait à administrer un diocèse qui s’étendait « depuis le lac Supérieur jusqu’au dehors du golfe Saint-Laurent », et que cet espace renfermait plus de 200,000 catholiques. Ajoutez à cela que les Anglais, nos maîtres depuis 1760, étaient protestants et détestaient, en général, la religion catholique; ils la détestaient au point de vouloir l’anéantir par tous les moyens.
Heureusement que la Providence veillait et qu’elle avait décidé de nous sauver. Vous savez, n’est-ce pas, qu’il y a une Providence qui veille sur nous, comme la meilleure des mères sur ses enfants ? Pensez à cela quand vous avez de la peine... Une marque évidente de prédilection à notre égard de la part de la Providence, fut de nous faire échapper aux horreurs de la Révolution française, et de nous
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donner comme voisin le peuple ainéricain dont l'Angleterre redoutait les ambitions.
Vous sav:z, n'est-ce pas, qu’au temps de la Révolution française les prêtres de France, le roi de France lui-même, et bien d’autres, furent mis à mort? Il nous serait peut-être arrivé de grands malheurs si, au temps de cette révolution, nous eussions encore appartenu à la France. D'un autre côté, qui dira les injustices et les cruautés que nous auraient fait subir les Anglais, sans le voisinage des Américains qui sans cesse nous invitaient À passer sous leurs drapeaux? Et puis, bénissez-en le bon Dieu, mes petits amis, aux heures difficiles, notre peuple eut des chefs prudents, éclairés, capables d'indiquer à nos pères les sentiers du devoir et de l'honneur, des chefs que les ennemis les plus redoutables ne pouvaient faire reculer, quand il y avait un principe essentiel à défendre. L'un de ces chefs, l’un des plus habiles et des plus vaillants fut Mgr Plessis.
Mgr Plessis, grand évêque et grand patriote, s'imposa des travaux, des fatigues, des sacrifices dont vous n’avez pas d'idée pour élargir, en les affermissant, les droits de la religion catholique chez nous. Elles furent nombreuses, mes chers enfants, de la part des Anglais, les tentatives d’anéantissement de notre foi, de notre langue, de notre race, malgré les craintes inspirées par le voisinage
des Américains. On essaya de diminuer le prestige de l’évêque catholique, en l’empêchant de prendre le titre d’évêque de Québec; on voulut nommer les curés, imaginez-vous ; on chercha à mettre toute l’éducation de la jeunesse entre les mains des pro- “testants. Mais Mgr Plessis qui s’appliqua toujours à faire plaisir aux gouverneurs anglais, quand la chose était possible, n’oublia jamais qu’il devait garder fidèlement les droits inaliénables de l’Église. Quelle prudence ! quelle fermeté dans cet évêque ! Rien ne lui coûte, du reste, pour faire triompher la vérité. Voyages longs et fatigants, travaux de surérogation, nuits sans sommeil, tout ela lui paraît bien peu de chose, pourvu que Dieu soit glorifié et son peuple protégé. Savez-vous qu’il alla même jusqu’à accepter un siège au Conseil législ‘4if (1817-1825), parce qu’il voyait là un moyen de protéger ses ouailles ?
Aussi quand Mgr Plessis toucha au terme de sa carrière, l’Église du Canada était bien transformée. Il y avait un évêque dans la Nouvelle-Écosse, un dans l'ile du Prince-Édouard et le N'ouveau- Brunswick, un dans le Haut-Canada, un dans le Nord-Ouest, un autre enfin à Montréal; des Anglais intelligents, comme Sir Johr Sherbrooke, Sir James Mackintosh, et d’autres, avaient compris que les Canadiens catholiques méritaient d’être
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de sa sforosse, eauns le glais
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traités honnêtement, et nos pères respiraient un peu plus à l'aise.
Mais, je vous assure que nous avions traversé des heures critiques ! Outre les empiètements des protestants anglais sur l’Église catholique, les Canadiens avaient dû tenir tête à l'invasion américaine de 1812, et forcer les drapeaux de la république à rebrousser chemin ; lis s’étaient vus, en 1822, menacés d’un projet d'Union des deux Canadas, le Haut et le Bas, qui constituait pour nous l’un des plus terribles dangers qui nous aient jamais menacés.
En toutes ces circonstances, le grand évêque de Québec, Mgr Plessis, se montra l’homme le plus ferme, le plus éclairé, le plus patriote de son pays. Tant de sollicitudes, tant de travaux usent rapidement la vie; mais quand on s’est dépensé au salut des âmes en s’oubliant soi-même, on voit venir la mort avec toute la confiance d’un enfant qui soupire après le moment où il Pourra se jeter pour toujours dans les bras de son père. Mgr Plessis mourut, à l’âge de 62 ans, le 4 décembre 1825. Vous vous souviendrez, n'est-ce pas, des noms de Mgr
de Laval et de Mgr Plessis ?
25 avril 1918.
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La semaine dernière, en vous Parlant de Mgr Plessis, je vous ai dit un mot de l'invasion américaine de 1812. Mais il me reste encore des choses à vous conter à ce sujet-là.
Saviez-vous que si l'Angleterre ne nous avait pas eus pour la secourir en 1812, la république américaine se serait installée chez nous à sa place? Eh! oui, pour la deuxième fois, en 1812, plus précisément en 1813, les Canadiens français sauvèrent le drapeau anglais au Canada. Si vous ne le saviez pas, mes chers enfants, vous êtes bien excusables, lorsque beaucoup d’Anglais à cheveux grisonnants l’ignorent encore absolument... Vous vous souvenez, n'est-ce pas, de ce qui s’est aussi passé à Québec en 1775-76 ?...
Donc, en 1812, les Américains s’impatientèrent contre l’Angleterre. L’Angleterre ne s’entendait pas avec Napoléon 1er, si vous voulez avec la France. La république américaine, elle, décida de ne pas se mêler des affaires de l’Angleterre et de la France. Mais, un bon jour, l’Angleterre se permit, avec un sans-gêne déplaisant, d’aller faire des recherches sur des bateaux américains. Il n’en
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fallait pas davantage Pour mettre les Américains de mauvaise humeur, La guerre fut déclarée, et l'invasion du Canada bientôt cou mencée.
L’Angleterre, mes petits amis, nous avait bien souvent fait du mal, même au lendemain de notre victoire de 1776; mais nos pères étaient de loyaux sujets, comme l’Angleterre n’en connut jamais de plus loyaux. Nos pères prirent les armes, encouragés et soutenus par leur évêque, par leur clergé 5n général. C’étaient de loyaux sujets, nos pères, et, c’étaient aussi des braves comme l’Angleterre n’en connut jamais de plus braves. Vous le verrez bien tout à l’heure.
La guerre commença entre l’Angleterre et les États-Unis en 1812; l'invasion du Canada fut rapidement organisée sur trois points à la fois. Au premier signal, les Canadiens français s'étaient rendus à la frontière Pour protéger le sol de la patrie. Cette année-là, 1812, les Américains n’eurent pas beaucoup de succès, en particulier sur terre.
En 1813, les choses allèrent mieux pour les Américains. Ça devenait même alarmant pour les Anglais. Mais, mes enfants, les Anglais n'avaient Pas raison d’avoir peur, car les Canadiens français étaient là pour protéger et sauver le drapeau de l'Angleterre. Les Américains se dirigeaient donc
sur Montréal, lorsque le colonel Salaberry alla à leur rencontre avec 300 Canadiens, de vrais Canadiens faits d’étofe du pays, avec aussi quelques © Écossais et une centaine d’Abénakis. Les forces, de part et d’autre, étaient en proportion d’un à quinze.
Seulement Salaberry savait bien ce que valaient ses Canadiens. Il installa sa petite armée sur la rive gauche de la rivière Châteauguay.
ruse. Après un combat opiniâtre M$ ; de quatre heures, les Améri- V aies cains furent obligés d’aban- (1778-1829) donner la lutte. Les braves de Châteauguay venaient de se battre contre une armée de 7,000 hommes: et puis, ils venaient de faire manquer le plan d’invasion le mieux combiné que la république des États-Unis eût encore formé pour la conquête du Canada.
Vous raconterez cela encore à ceux qui diront devant vous que les Canadiens sont des traîtres.
En attendant, écoutez bien ces belles strophes d’un de nos poètes, M. Fréchette :
la à analques taine s, de t en inze.
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Les reconnais-lu, France ? Angleterre, salue ! Ce sont nos voltigeurs; leur bande résolue N'atiend ni grades ni faveurs; Ils vont mourir sans crainte ou vaincre sans Jactance… Ce sont toujours 124 fils, souris d’orgueil, 6 France ! Albion, compte tes sauveurs !
Oui, France ! Ces trois cenis soldats d’une semaine, Le soleil, tout un jour de lutte surhumaine, Les vit, de leur sang prodigué, Sous le fer et le Jeu, riant des projectiles, Un contre vingt, inscrire auprès des Thermopyles Le nom rival de Châteaugay !
Maintenant, sur nos murs, quand un geste tronique Nous montre, à nous Français, l’étendard britannique Que le sang de Wolfe y scella, Nous pouvons — et cela suffit pour vous confondre — Indiquer cette date, 6 railleurs ! et répondre : — Sans nous il ne serait plus là !
Quand vous prononcez le nom de Châteaugay, mes enfants, qu’il y ait de la lumière dans vos yeux ! C’est un grand nom que celui-là !
2 mai 1918.
JOURS SOMBREs—1837-38
Vous n'êtes pas gais ce soir, mes chers enfants, et je sais pourquoi. Hier à la maison, votre maman
et vos sœurs pleuraient... Vous avez entendu votre grand frère qui disait : « Dans trois jours peut-être, il faudra partir... » Et depuis quelque
temps la prière en famille se fait plus longue; les tout petits, les mains jointes sur les genoux de leur mère, demandent la paix au petit Jésus et à sa sainte Mère. « Petit Jésus ! » disent les enfants, «sauvez le Canada! Sainte Vierge, donnez la paix au monde. Sainte Vierge, ma Mère, couvrez mon frère de votre grand manteau ! »
Ah ! c’est une lourde épreuve que le bon Dieu nous envoie, mes chers enfants. Espérons que la fin de nos maux arrivera bientôt. En attendant, cappelons-nous que n6s pères eux aussi ont bien souifert, et qu’il fut des temps où des hommes prétendaient avoir donné le coup de grâce au peuple canadien-français. Ces gens avaient oublié l’existence d’un Dieu infiniment bon, infiniment juste qui protège ses enfants.
Vous avez encore dans la mémoire, n'est-ce pas, le souvenir des dernières années de la domination française chez nous, de ces années où nos pères
fants, aman tendu jours elque e; les e leur à sa ants, ez la uvrez
Dieu ue la dant, bien pré- -uple 'exisjuste
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pères
se battirent si vaillamment contre les Anglais ? Autant de Canadiens, autant de héros, dans ce temps-là, mes enfants. Et d’autres jours sombres passèrent encore sur notre peuple, quand le drapeau de France eut disparu de chez nous.
Puisque nous évoquons de tristes souvenirs, ce soir, permettez-moi de vous redire brièvement une page triste de notre histoire. Je vais vous parler de nos malheurs de 1837-38. Oui, c’est une page triste que celle-là, une page qu’on pourrait entourer de noir.
Écoutez-moi, mes chers enfants.
Depuis 1791, le Bas-Canada et le Haut-Canada avaient chacun un gouvernement représentatif, mais un gouvernement représentatif où les ministres n’avaient pas l'obligation de rendre compte de leur administration aux représentants du peuple. Ce n’était donc pas un Jouvernement responsable. Et, mes petits amis, un gouvernement représentatif qui n’est pas responsable, peut facilement devenir un grave danger pour une nation.
Le Bas-Canada avait done un gouvernement représentatif non responsable. Nos députés savaient que leurs droits de sujets britanniques s’étendaient plus loin que cela ; ils voulaient un parlement modelé sur celui d'Angleterre. Puis ils voyaient clair, ils s’apercevaient bien que la province était administrée par des gens qui abusaient de leur
situation, et cela sans avoir la majorité. Ajoutez que les injustices et les illégalités de certains gouverneurs devenaient exaspérantes.
Durant quarante-cinq ans nos pères ne cessèrent de protester, de réclamer leurs droits, en tenant compte de la constitution anglaise. Un jour cependant les réclamations prirent, en certains quartiers, un caractère révolutionnaire, et l’on vit des gens d'ordinaire paisibles, admirables de patience, aller jusqu’à prendre les armes contre l’Angleterre. Le clergé catholique, qui avait supplié discrètement les autorités impériales d’accorder au peuple les réformes réclamées, s’efforça de calmer les esprits en rappelant les enseignements de l’Église. L'Église catholique est une école incomparable de respect et d’obéissance, mes petits amis. Aussi, grâce à son intervention, la rébellion n’embrassa qu’une petite section du district de Montréal, où l'influence de chefs étrangers avait tourné les têtes.
Ah ! mes enfants, ce fut terrible ! Après les troubles, les Anglais établirent des conseils de guerre, et les principaux rebelles subirent leur procès. Quarante-neuf furent condamnés à l’exil et quatre-vingts à mort. Douze des condamnés à mort périrent sur l’échafaud, cinquante-huit autres furent déportés à Sydney, en Australie, d’où ils ne
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pa- 'Anplié rder mer ÿgliaramis.
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revinrent qu’au bout de six ans; le reste fut mis en liberté sous caution. (1)
Après tout cela, les Anglais songèrent à trouver le moyen de nous anéantir... La Providence veillait.
Mais j'oubliais de vous dire que nos compatriotes ne furent pas seuls à se soulever contre le pouvoir. Au Haut-Canada, l'insurrection eut lieu un mois après celle du Bas-Canada. Cette fois-ci c'étaient des Anglais qui se soulevaient contre des Anglais, dans ce beau Pays qu’on appelle aujourd’hui la province d’Ontario.
Si je vous raconte ces choses c’est pour vous faire connaître une page de notre histoire nationale, et pour vous dire que nous ne devons jamais désespérer de l'avenir. Quant à la rébellion elle-même, ce fut une faute grave.
Retenez bien ce que je vais vous dire. On doit soumission aux &ouvernements légitimes: il convient de supporter patiemment ceux même qui abusent de leur pouvoir; on est obligé d’épuiser tous les moy: ns de prière, de conseil, de représentation, avan de recourir à d’autres moyens; il n'est licite d’employer la force que dans des cas extrêmes, très rares, et encore ne le peut-on qu’avec des restrictions infinies.
(1) D’autres avaient été exilés aux îles Bermudes, sous Durham.
Votre rôle à vous, dans les jours d’affliction et de deuil que nous traversons, est de prier bien fort Jésus et sa sainte Mère, afin que la Paix revienne sur la terre.
10 mai 1918.
— 1 … Louis-Joserx PAPINEAU
La semaine dernière, en vous parlant des jours malheureux de 1837-38, je ne vous ai rien dit de
: Louis-Joseph Papineau, le grand patriote dont
Vous avez peut-être vu le Portrait sur vos couvertures de cahiers. Pourtant l’histoire des tristes événements de 1837 et celle de Papineau, sans être la même chose, ont plus d’un point de contact. Le grand agitateur n’était pas en faveur de la résistance armée, Mais sa parole ardente, passionnée, retentissante contribua largement au soulèvement dont je vous ai en-
tretenus; et puis, durant Ve cl que les nôtres montaient y sur l’échafaud ou partaient (1786-1871)
pour l'exil, il vécut, loin de
sa chère patrie, des heures de souffrances et d’an-
goisses.
Je serais bien étonné si ce nom de Papineau n’était pas un nom connu dans votre famille.
Papineau, chez les Canadiens français, c’est ordinairement le synonyme d’orateur, d'homme supérieur. Aussi bien quand on veut signifier qu’un homme n’a pas la tête forte, on dit simplement : « Ce n’est pas Papineau ».
Louis-Joseph Papineau naquit en 1786, et fit ses études à Québec. Son père était Joseph Papineau, ce Joseph Papineau qui porta si vaillamment ‘une lettre à Carleton, en 1776, et qui défendit non moins vaillamment les droits de la langue française en 1792. Louis-Joseph parut en chambre en 1812, et son coup d'essai fut un coup de maître. Rien d'étonnant dans ce triomphe, puisque jeune étudiant au collège de Québec, Papineau, par son éloquence extraordinaire, avait déjà ravi l’admiration de ses professeurs et de ses condisciples.
Mais notre grand patriote ne fut pas seulement un beau parleur. Si 1812 est la date des débuts de Papineau en chambre, c’est aussi dans l’histoire une époque de guerre. Vous le saviez, n'est-ce pas? Les Canadiens, appelés en ce temps-là à la défense du drapeau anglais sur la terre canadienne empêchèrent, comme en 1775, les Américains de s'emparer du Canada. Au nombre de ces vaillants défenseurs de la patrie canadienne, il faut inscrire Louis-Joseph Papineau qui s’enrôla dans la milice et fit la campagne en qualité de capitaine. Aussi brave au feu que généreux après la bataille, il fut,
ordisupéqu’un nent :
et fit Papinment t non nçaise 1812,
Rien e étun élo- Imira-
ement lébuts istoire est-ce à à la dienne ins de illants nscrire milice Aussi il fut,
comme son père, un zélé anglais chez nous, à l’heure du danger.
Sa loyauté envers l'Angleterre, l'exprime avec e après l’avoir prouvée sur le champ de bataille ! En
» il fait un éloge neilleurs sujets
Comest facile, et vous pouvez la faire Vous-mêmes, si vous vous rappelez
ce que je vous ai dit, la semaine dernière, au sujet de la conduite d’un groupe d’expioiteurs anglais Papineau fut exasnté et les injustices de ses Et aigri Par des contrat par ne plus voir dans ses ennemis que des gens intraitables. C’est après
ardentes, au Cours desquelles la parole magnifique du tribun t par tout le Pays, que mes chers enfants, les
À cette époque, Louis-Joseph Papineau prit le chemin de la France: il fit de notre ancienne mère- Patrie son lieu d’exil. La France est un beau pays,
des Canadiens
qui parle au cœur et à l'intelligence
français, mais l’exil est toujours l'exil. Là-bas, le grand patriote pensait à sa femme, à ses enfants restés ici; il pensait à ses parents, à ses amis, à sa chère patrie qui gémissait dans les humiliations et la douleur. Canadien errant, que de fois, au soir de ses longues journées d’exil, il aurait pu chanter :
Un Canadien errant, Banni de ses foyers, Parcourait en pleurant Des pays étrangers.
Un soir triste et pensif, Assis au bord des flots, Au courant fugitif
Il adressa ces mots :
Si tu vois mon Days,
Mon pays malheureux, Va, dis à mes amis
Que je me souviens d'eux.
Louis-Joseph Papineau rentra au pays en 1845. M. La Fontaine, dont je vous parlerai dans quelque temps, lui avait obtenu la permission de revenir plus tôt que cela; il aurait pu revenir en 1843; mais des raisons particulières retardèrent ce retour jusqu’en 1845.
Le retour de Papineau au Canada, fut salué avec bonheur par les Canadiens français, comme vous pouvez l’imaginer.
Jusqu’en 1847, l’ancien chef Patriote vécut tranquillement chez lui, dans le silence de la retaite. À cette date, malheureusement, nous le voyons de nouveau dans le tumulte de la politique. J'ai dit malheureusement, Parce que, pour son bonheur et pour sa gloire Papineau eût été. mieux chez lui qu’au parlement. Pendant son absence qui avait duré huit ans, il s'était passé bien des choses, voyez-vous, et l’ancien champion n’en voulut jamais tenir suffisamment compte. La forme de notre gouvernement avait été changée, et nos nouveaux chefs s'étaient vus dans l'obligation de.se plier aux nécessités du moment, sans toutefois renoncer à leurs principes essentiels.
Ce nouveau gouvernement, mes petits amis, c'était l’Union du Bas et du Haut-Canada, qui avait été inventée pour faire disparaître la langue française et les Canadiens français. Seulement nos chefs qui voyaient clair et loin, savaient que dans cet instrument fait Pour nous détruire il y avait des éléments de vie suffisants pour nous sauver. Les événements prouvèrent dans la suite qu’ils ne ‘ .aient pas trompés. Papineau eut donc tort Lè gue”*- yer contre ses amis d’autrefois, parce qu’ils
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avaient accepté, comme pis aller, le gouvernement de l’Union.
Papineau sortit définitivement de la politique en 1854, mais il ne quitta pas pour cela certaines idées dangereuses. En attendant que vous soyez assez grands pour entendre de plus amples explications, rappelez-vous avec tristesse que Papineau n’a pas terminé sa longue carrière sous la tutelle de notre mère la sainte Église.
C’est le 23 septembre 1871 que mourut Louis- Joseph Papineau. I! avait été grand orateur et patriote sincère.
. 16 mai 1918.
Voir Papineau, par De Celles.
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Louisteur et
AUGUsTIN-NORBERT Morin
Voyez-vous sur la cheminée les silhouettes de Pierre Bédard, de Joseph Papineau, de Mgr Plessis, de Louis-Joseph Papineau? Ce soir, à côté de Louis-Joseph Papineau, je vais mettre Augustin- Norbert Morin, le «bon Monsieur Morin, »
comme on l’appelait dans son temps. Et puis, la semaine prochaine, à côté de M. Morin, je mettrai Louis-Hippolyte La Fontaine. Savez-vous Pourquoi je mets ces trois hommes ensemble ? C’est parce qu’ils ont travaillé au succès de la même cause,
et dans le même temps. Ça ne veut pas dire que
tous les trois ont toujours partagé les mêmes idées. M. Morin est né le 12 octobre 1803, à Saint- Michel de Bellechasse. Ses parents étaient cultivateurs. Quel âge aurait M. Morin s'il vivait encore ?... S'il vivait encore, comme il aurait de la peine de voir notre patrie si malheureuse ! Mais. Passons. Augustin-Norbert Morin fit de brillantes études au séminaire de Québec. Étudier, pour le jeune Morin c'était une véritable récréation. Vous voyez que ce n’était pas un écolier ordinaire. Ils sont si rares les écoliers qui préfèrent les études aux recréations ! Il arriva même que Morin attrapa des punitions pour s’être permis certaines lectures
la nuit, au dortoir. Vous pensez peut-être qu l’écolier sacrifiait à quelque roman ses heures di sommeil. Détrompez-vous. Augustin, à la lueu d’une misérable lampe, dans le grand silence di dortoir, étudiait l’hébreu. Beaucoup de jeune: garçons et de jeunes filles du monde, mes petits amis, se brûlent les yeux la nuit à des lectures moins innocentes... Vous, vous ne lisez jamais de mauvais livres, n'est-ce pas, ni le jour, ni la nuit’ Quant à l’hébreu, si vous voulez l’étudier je ne vous le défends pas, pourvu que ça ne soit pas la nuit, à l’heure où les enfants doivent dormir... Quand M. Morin eut terminé ses études classiques, il hésita un instant entre la soutane et la robe de l’avocat. Il y avait tant de noblesse, tant de générosité dans cette âme ! D’un côté ou de l’autre, il voulait se donner, se dévouer. Le barreau l’emporta. C'était en 1822. En ce temps-là, la patrie canadienne-française se voyait menacée comme jamais par toute une bande de fanatiques enragés, et l’éloquence du grand tribun Louis-Joseph Papineau avait eu son écho jusque dans le monde écolier. Augustin-Norbert Morin s’en alla donc dans le monde comme on s’en va sur le champ de bataille, à l’heure où la patrie, la terre des aïeux, est en danger. Ami de la paix, il avait aussi le sens de la justice. Timide par tempérament, il se sen-
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tait cependant capable de tenir tête aux pires adversaires, si les droits de la patrie étaient lésés.
Encore étudiant, le jeune Morin prouva aux ennemis des Canadiens français qu’ils devaient compter avec un adversaire de plus, un adversaire redoutable. Le juge Bowen, imagine:-vous, ne voulait pas reconnaître les droits de la langue française devant les tribunaux. De tout temps, vous le voyez, il s’est trouvé chez nous des gens incapables d’entendre parler français sans ressentir du malaise. Augustin-N orbert Morin prit sa plume et écrivit au juge Bowen une lettre remarquable. Le juge, en lisant cette lettre dut se dire que le jeune homme qui venait de lui écrire n’était pas le premier venu. Histoire universelle, histoire du Canada, droit naturel, droit constitutionnel, droit civil, tout y est mis à contribution. Plus tard, quand vous aurez grandi, ne manquez pas de lire cette lettre : elle vous fera aimer davantage la langue française. (1)
C’est en 1825 que M. Morin donnait une leçon au juge Bowen. En 1826, il fondait le journal La Minerve. Voici un passage tiré de l’article prospectus. « Philosophes ! Voulez-vous bien mériter de l'humanité? Cessez de parler aux peuples de leurs droits, sans leur apprendre leurs devoirs. »
(…) Biographie de Morin, par A. Béchard.
Les gens, mes chers enfants, qui ne cessent de parle des droits du peuple sont bien souvent de méprise bles hypocrites qui n’attendent que l’occasion pou devenir des tyrans. Plus loin, M. Morin écrit « Apprenez-leur plutôt à aimer leurs semblables,
honorer la vieillesse, à obéir à leurs parents, à res pecter la religion et la morale...; enseignez a cultivateur à retourner plus facilement la glèb que ses sueurs arrosent... » Vous voyez que « jeune rédacteur de 23 ans savait penser; qu’il étai plus sage que beaucoup de politiciens à cheveu: blancs. «La religion et la morale », sans elle les millions de soldats et les gros canons ne sauron que semer la désolation et la ruine sur la terre Retenez bien cela.
M. Morin, à 23 ans, était donc déjà lancé dan: la mêlée. Quand je parle de mêlée, je vous assur que ce n’est pas sans raison. Je vous l'ai dit dan: mes causeries précédentes, il y avait chez nou: toute une bande de fanatiques anglais qui préten: daient, à tout prix, empêcher les Canadiens de jouir des privilèges propres aux sujets britanniques Pour ces gens-là nous étions la race inférieure bonne tout au plus à labourer la terre, à payer le: impôts, à défendre le drapeau anglais aux heures dangereuses, mais indigne de prendre part à l’administration du pays. Il y avait de quoi exaspérer les âmes les plus calmes et les plus généreuses.
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Tous les moyens constitutionnels furent employés, et M. Morin mit au soulagement de sa patrie tout son talent et tout son dévouement. Il parla, il écrivit, il alla jusqu’à Londres. Devenu l’un des plus brillants et des plus ardents disciples de Papineau, il avait fini, sans trop s’en rendre compte probablement, par prendre le ton du grand tribun; il lui était même échappé des paroles d’une violence pour le moins téméraire, Aussi bien quand les troubles de 1837-38 éclatèrent, M. Morin qui n'avait jamais voulu l'effusion du sang, regretta vivement d’avoir contribué plus ou moins, par son influence, à la rébellion.
Mais lorsque vous serez grands, mes enfants, vous relirez ces paroles d’un Anglais instruit qui nous connaissait, au sujet des troubles de 1837-38: « La partie du Bas-Canada agitée par les troubles, n’embrassa jamais qu’une petite section du district de Montréal, sur la rivière Richelieu. Le seul endroit, au nord du Saint-Laurent, où il y ait eu des troubles, est le comté des Deux-Montagnes. Eh bien ! ce comté se trouvait justement, sous le rapport de la violence des luttes électorales, dans le même cas que la rivière Richelieu. 11 y a, Surtout à Montréal et dans les environs, des habitants anglais, auxquels tous les hommes libéraux et indépendants doivent être hostiles, et dont les actes et la conduite ont été caractérisés par un esprit de
domination sur toute la population d’origine fra çaise; ils ont toujours aspiré à posséder le pouvo ct le patronage du pays. C’est à eux qu'il fa principalement attribuer les troubles qui vienne. d’avoir lieu... » Ces paroles furent prononcées p: Lord Gosford, au parlement d'Angleterre, Vot voyez que la patience de nos pères avait été dur ment mise à l'épreuve, et de plusieurs façons.
Je ne m'étais pourtant pas proposé de vot faire veiller tard ce soir, et sur le train que vont le choses ça pourrait durer encore longtemps. Hâton: nous donc. Après les troubles de 1837-38 on fini par nous imposer, malgré nous, le gouvernement d l’Union de 1840, dont je vous ai dit un mot, | semaine dernière, je crois. Pendant plusieur années, M. Morin joua un rôle considérable dan ce gouvernement, à côté de M. la Fontaine. E avec quel désintéressement il travailla ! Il étai pauvre en entrant dans la politique, et il en sorti pauvre. Beaucoup de gens, mes petits amis, n’on pas de nos jours le désintéressement d’Augustin Norbert Morin.
Sorti de la politique en 1854, M. Morin étai nommé juge en 1855. Je vous promets que M Morin avait tout ce qu'il fallait pour faire un bon juge. Agé de 51 ans, savant comme un bénédictin, charitable peut-être à l'excès, excellent chré. tien, que pouvait-il lui manquer? Excellent chré:-
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de vous vont les Hâtonson finit ment de mot, la )lusieurs ble dans ine. Et Il était n sortit is, n’ont ugustin-
rin était que M.
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tien. Un jour M. Morin avait assisté à la me. se paroissiale à Saint-Hyacinthe. Un des chantre: qui avait remarqué M. Morin, dit à ses amis en sortant de l’église : «Ce M. Morin qui est un des plus gros messieurs du pays, prie le bon Dieu comme un habitant. » Ces paroles en disent plus long qu’un grand discours. Voulez-vous un autre trait ? Le ler janvier 1842, M. Morin arrive à Saint-Michel de Bellechasse, sa Paroisse natale, à l'heure de la grand’messe. Il se met aussitôt à rechercher son père; il le trouve, ôte sa coiffure, s’agenouille sur la neige et implore la bénédiction paternelle. Que pensez-vous des jeunesses qui rougissent de demander la bénédiction paternelle au jour de l'an ?. .
Je vous ai dit aussi que M. Morin fut charitable, à l’excès peut-être. S'il y a des excès dans la charité, M. Morin en a fait, c’est certain. Je Pourrais vous conter au moins une dizaine de beaux traits de sa charité... Il n'épargna jamais rien Pour encourager l’agriculture, et les colons le connaissaient. Un jour, un colon qui lui devait une vingtaine de piastres depuis longtemps, avait reçu une lettre sévère lui enjoignant de le Payer. Ilse rend auprès de M. Morin et lui expose sa pauvreté, le nombre de ses enfants, etc., ete., «Oui, oui, mon bon ami, lui dit M. Morin, vous devez avoir beaucoup de misère en effet, vous avez une si nombreuse famille; tenez, prenez ces cinq piastres, ça
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vous aidera. » M. Morin avait l'habitude de donner aux pauvres jusqu’à son dernier sou, et sa porte était assiégée du matin au soir par les pauvres. Il prodiguait de plus l’aumône du cœur; sa grande ambition était de faire plaisir aux plus humbles, aux plus petits. Comme vous auriez aimé le « bon M. Morin », mes chers enfants ! M. Morin mourut le 27 juillet 1865.
23 mai 1918.
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Louis-HippozyTe LA FONTAINE
Avez-vous déjà vu le portrait de Napoléon Ier ? Levez la main ceux qui l'ont déjà vu. Vous l’avez Presque tous vu... Eh bien ! mes petits amis,
vous avez vu le portrait de
Louis-Hippolyte La Fon-
taine. Ça vous surprend ?..
Écoutez-moi. La première
fois que Lady Bagot, épou-
se du gouverneur, vit La
Fontaine, elle dit à son
entourage : « Vraiment, si
je ne savais que Bonaparte
est mort, je croirais que
A DU Se c’est lui qui vient d'entrer
(1807-1864) au salon.» En 1853, La
Fontaine passait à Paris.
Des vieux soldats de Napoléon dirent en le voyant: (Tiens, voici l’empereur ressuscité. »
Comme vous l’imaginez bien, La Fontaine n’était ni le frère, ni le cousin de Napoléon Ier. Non, La Fontaine n'était pas le frère de Napoléon, ni son cousin, pourtant il lui ressemblait par la figure, et aussi par le génic. Il ne fut ni général d'armée, ni empereur, mais la race canadienne-
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française eut en lui un chef merveilleux. Comme Napoléon, La Fontaine ne promena pas ses armées à travers l’Europe épouvantée, il guerroya sur un champ de bataille beaucoup plus restreint; mais il avait ce qu’il faut, je crois, pour gouverner un empire... Mes enfants, levez-vous tous et criez ensemble : « Vive La Fontaine, le Napoléon des Canadiens français, le Napoléon qui ne versa jamais une goutte de sang pour faire valoir nos ‘roits ! » Louis-Hippolyte La Fontaine est né en 1807, et il fit ses études classiques au Collège de Montréal. Avocat en 1829, en très peu de temps il acquit une place éminente au barreau de Montréal. Dans la suite, La Fontaine ne cessa de grandir aux yeux de ses compatriotes. Savez-vous pourquoi? La Fontaine avait beaucoup de talent, mais il était surtout un amant passionné de l’étude. Et puis, retenez bien cela, il n’eut jamais peur des contrariétés, du sacrifice. Aussi vous le verrez un jour au milieu de la tourmente politique, braver les coups des assassins, pour se rendre à l’appel du devoir.
* La Fontaine fit ses débuts dans la politique, comme A.-N. Morin, sous la direction de Papineau. Lui aussi subit d’abord l’ascendant du grand tribun, et fut bien désolé quand éclatèrent les troubles de 1837-38. A l'instar de Papineau, de Morin, il réclamait les droits les plus légitimes des Canadiens français, meis, pas plus que ses deux compatriotes,
onme rmées ur un nais il er un criez n des amais »
1807, itréal.
it une ans la ux de , Fonrtout tenez és, du milieu es as-
tique, ineau.
ribun, les de in, il idiens riotes,
il ne voulait l’effusion du sang. Ah ! quelle souffrance pour La Fontaine de voir les Canadiens tomber sous les balles anglaises, de marcher aux lueurs de l'incendie allumé sur le sol de la patrie ! Loyal autant que le plus loyal des Anglais, il est mis en prison avec plusieurs autres Canadiens. Il sort de cette prison, et voit monter les siens sur l’échafaud. Qu'ils furent sombres ces jours-là, mes chers enfants! La Fontaine qui avait toujours demandé un gouvernement où nous pourrions jouir de nos privilèges de sujets britanniques, La Fontaine voit revenir le régime militaire. Ah! quelle souffrance ! quelle souffrance ! Et puis, les Anglais, après avoir réfléchi longuement, décident de nous imposer l’Union du Haut et du Bas- Canada, parce que cette Union doit, suivant leurs calculs, nous anéantir. (1) C'était une forme de gouvernement qu'on nous imposait contre toutes les règles du droit constitutionnel et de la justice la plus élémentaire. Pour vous convaincre de la vérité de ce que je vous dis, vous n’avez qu’à jeter un coup d’œil dans votre manuel d’histoire du Canada. Entre autres injustices, on proscrivait l’usage de la langue française. On avait pris toutes les mesures pour nous faire écraser par l'élément anglais. Cette Union de 1840, avait été poussée
(à) Dix ans au Canäda, Antoine Gérin-Lajoie.
surtout par des marchands anglais qui y trouvaient leur profit. En 1822 ,c’étaient encore des marchands qui avaient travaillé le plus efficacement à nous perdre. Mes chers enfants, gardez-vous bien de l’amour désordonné de l'argent. Ceux qui aiment trop l’argent deviennent égoïstes et cruels. Ceci est vrai des peuples comme des individus, ne l’oubliez pas.
Le Bas-Canada et le Haut-Canada furent donc unis. Des Canadiens français intelligents prétendaient qu’on ne devait pas accepter cette forme de gouvernement; que l’accepter c'était un suicide pour notre race. La Fontaine, je vous l’ai dit, avait du génie, le génie surtout de la politique. Examinant jusque dans ses détails l’acte d'Union de 1840, il y vit toute l'injustice de nos ennemis: mais songeant à ce que les Canadiens français pourraient tirer d’un véritable gouvernement responsable, il se dit que, Dieu aidant, nous saurions bien l’emporter un jour. Et c’est à ce moment surtout que La Fontaine fut notre Napoléon.’ Le génie est plutôt dans la prévision que dans l’exécution. s
Mais dans ce coup d’œil sur j’avenir, La Fontaine avait vu se dresser des obstacles nombreux, des obstacles capables de décourager un autre homme que lui... Il a des convictions basées sur la réflexion et l'étude, il a du caractère, il aime son
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pays; qu'est-ce qui pourra l'arrêter ? Il se lance sur le champ de bataille.
On lui offre des titres de ministre : il n’acceptera ces titres que le jour où la constitution anglaise aura le même sens au Canada qu’en Angleterre, qu’au jour où nous aurons le gouvernement responsable. L'usage de la langue française est proscrit par l’acte d'Union de 1840 ; La Fontaine n’en fait pas moins son « premier discours dans la langue de ses compatriotes canadiens-français ». Sir Allan McNab appelle les Canadiens français des « étrangers ». 4 Quoi ! les Canadiens français étrangers sur leur terre natale !»... s’écrie La Fontaine. « Si ce n’eût été du courage des Canadiens français en 1775 et en 1812, les Canadas feraient aujourd’hui partie de la Confédération américaine, et l’honorable député ne serait pas ici pour jouer le rôle qu’il joue.» En 1849, La Fontaine propose d’indemniser les victimes de l'insurrection (1837- 38). La haine des fanatiques anglais se déchaîne en tempête. Les insurgés du Haut-Canada ont été indemnisés, mais peu importe. Le gouverneur Lord Elgin est insulté, il est assailli par une grêle d'œufs gâtés et de pierres, le parlement est incendié, la demeure de La Fontaine est assiégée, or en veut à la vie de La Fontaine. Et ces forcenés en révolte ouverte contre l'autorité de l'Angleterre, ces misérables qui ne reculent devant rien pour
assouvir leur haine brutale, ce sont les mêmes qui hier encore trouvaient cent fois mérités les châtiments terribles infligés aux quelques rebelles canadiens-français de 1837-38 ! Mais, mes chers enfants, si vous aviez vu La Fontaine durant ces jours de troubles, comme vous eussiez été fiers de votre chef ! Ilest poursuivi par des assassins, il le sait, et cependant il ira jusqu’au bout, jusqu’à ce qu’il ait accompli tout son devoir. Aussi, après quelques années de bätailles incessantes, de luttes ardentes toujours conduites avec la plus grande habileté et la plus grande prudence, La Fontaine avait conquis à son pays le véritable gouvernement responsable et les droits officiels de la langue française. Nous devons bien d’autres choses à La Fontaine, mais il n’est pas nécessaire que vous sachiez tout cela à présent.
Vous voyez donc que nous avons raison d’être fiers de notre La Fontaine, de notre Napoléon ler. Quand vous serez grands, vous comprendrez encore mieux ce qu’il y eut de génie dans ce champion de notre race.
En attendant que vous ayez de la barbe au menton, souvenez-vous que cet homme merveilleux ne rougissait pas de sa foi. Comme il faisait un beau signe de croix avant de s’asseoir à la table des gouverneurs protestants ! Écoutez plutôt ce
1es qui châti- ; CANArs en- 8 jours > votre le sait, e qu’il s queltes are habie avait mé resmçaise.
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que disait Mgr Bourget en prononçant l’oraison funèbre du grand Canadien :
« En se sentant frappé du coup qui allait l’enlever, il s’est armé de ce signe de salut et a invoqué le nom de Jésus dont il est dit’ que quiconque invoque avec conviction ce nom béni sera sauvé. Il ne faut pas s’en étonner, car il se faisait une gloire de faire sur lui ce signe de salut, même à la table des gouverneurs, tout exprès pour qu’on sût bien qu’il tenait à passer pour catholique. C’est aussi pour cette raison qu’il lui est arrivé de se prosterner en pleine rue, devant le Saint-Sacrement que l’on portait publiquement pour la communion des malades. » (1)
Vous n’oublierez jamais ce nom-là, n’est-ce ] pas ?
30 mai 1918.
(1) La Fontaine, De Celles.