FRANÇOIS HERTEL
Avez-vous déjà vu des sauvages? Peut-être que non. Il faut dire qu’ils sont rares les sauvages aujourd’hui dans nos régions. Et puis, ceux qui restent sont bien différents de ceux d’autrefois. La religion catholique, voyez-vous, les a bien changés. Notre sainte religion arrange tant de choses !
Les sauvages du temps de Champlain, du Père de Brébeuf, de Dollard des Ormeaux, étaient bien méchants. Mais les Iroquois étaient certainement les pires de tous. Ah! ceux-là, si vous les aviez rencontrés dans les bois et que vous eussiez été seuls, sans votre papa ou vos grands frères pour vous défendre, ils vous auraient pris, emmenés dans leur village, et là ils vous auraient mangés, après vous avoir fait souffrir longtemps.
Aussi, dans ce temps-là, les papas et les mamans ne laissaient pas courir leurs enfants À droite et à gauche, et le soir je vous assure qu'ils savaient ordinairement où les prendre. De notre temps, il y a une autre sorte de sauvages qui ravissent les âmes des enfants et les entraînent en enfer. Vos parents en ont-ils assez peur de ces sauvages-là ? Et vous autres?
— Ah
Vous savez déjà que malgré ‘a prudencc habituelle de nos ancêtres, il arrivait souvent des malheurs. Les sauvages étaient si dangereux | Un jour le petit Antoine de la Meslée tomba aux mains des barbares. Le pauvre enfant ! Ils le maltraitèrent longtemps, et puis finirent par le tuer à la chasse, à coup de couteau. Vous vous souvenez que la semaine dernière je vous ai parlé de François Hertel? Je ne vous ai pas dit que jeune il avait été pris, lui aussi, par les sauvages. François était alors un enfant délicat que sa mère aimait de tout son cœur, comme votre maman vous aime aujourd’hui, n’est-ce pas ?
Écoutez bien la lecture d’une lettre que le petit François écrivait à sa mère du milieu de sa captivité :
« Ma chère et Très Honorée Mère,
Je sais bien que ma prise vous aura bien affligée, je vous demande pardon de vous avoir désobéi. Ce sont mes péchés qui m’ont mis dans cet état où je suis. Vos prières m'ont redonné la vie, et celles de M. de Saint-Quentin, et celles de mes sœurs. J'espère que je vous reverrai devant l'hiver. Je vous prie de dire aux bons confrères de Notre- Dame qu'ils prient Dieu et la sainte Vierge pour moi, ma chère mère, et vous et toutes mes sœurs.
C’est votre pauvre