‹ En veillant avec les petits de chez nous [microforme]Chapitre 7 sur 35 · RE A · texte numérisé non relu

RE A

consoler... Mon Père je vous

prie de bénir Ja main qui vous écrit, et qui a un doigt brûlé dans un calumet, pour amende honorable à la majesté de Dieu que j'ai offensé, l’autre a un pouce coupé, mais ne le dites pas À ma mère... »

Est-il possible de n’avoir pas l’Âme grande et

noble, et de n’être pas bons chrétiens quand on +ppartient À une race comme la nôtre ?

2 novembre 1917.

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Jesté MEuBerTOU, NENASCOUMAT, ANDEHOUA,

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La dernière fois que je vous ai VUS, je vous ai | on l J

parlé du pauvre petit Antoine de la Meslée et de François Hertel. Pauvres enfants ! Mais le bon Dieu et la sainte Vierge devaient les aimer beaucoup : ils étaient si bons !

Je vous disais aussi la semaine dernière que notre sainte religion arrange bien des choses, qu’elle sait même transformer les sauvages les plus cruels en des chrétiens doux et fervents. Est-ce bien cela que je vous ai dit ?...

Ce soir, je vais faire passer devant vous cinq sauvages convertis. Ils ont des noms qui ne vous sont pas familiers, mais je crois que les redire sou-

vent pourra vous fournir un excellent exercice de prononciation.

Avez-vous déjà entendu parler de Démosthines? C'était un grand orateur grec. Pour s’habituer à bien articuler ses discours, il parlait avec des cailloux dans la bouche. Vos mamans n’aimeéraient peut-être pas À vous voir avec des cailloux dans la bouche. A la place des cailloux mettezvous sur la langue les noms sauvages qui suivent,

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et puis, les uns après les autres ou tous ensemble, dites vingt-cinq fois : Membertou... Nenascoumat... Andehoua... Negabamat... Garaconthié..…

Bien, voilà un bon exercice terminé. Il nous reste à dire ce que furent ces sauvages.

J’ai vu quelque part le portrait de Membertou. Je ne sais pas s’il s'était fait la barbe avant d’aller chez l’artiste, mais sur son portrait, comme les sauvages ordinaires, il n’a pas de barbe. L'abbé Ferland dit pourtant, dans son Histoire du Canada, que Membertou portait la barbe.

Membertou était un Micmac. Du temps que Champlain vivait à Port-Royal, en Acadie, il paraît que Membertou avait déjà commencé son instruction religieuse. En tout cas, le 24 juin 1610, peu de temps après l’arrivée du missionnaire Jessé Fléché, le grand capitaine sauvage et une vingtaine d’autres Micmacs reçurent le baptême.

Depuis ce temps jusqu’à sa mort, Membertou donna des preuves de sa piété et de sa foi profonde. Il voulait être l’apôtre du Christ; il eût pu être d’un Æ grand secours pour les missionnaires Jésuites qui arrivèrent en Acadie en 16i1. Mais, mes petits amis, Membertou commençait à vieillir : il avait cent ans et plus. Jacques Cartier et lui s’étaient

rencontrés à la Baie des Chaleurs en 1534.

Bientôt, comme on pouvait s’y attendre, Membertou tomba gravement malade. Il vit |

venir la mort avec confiance. Après avoir reçu les sacrements et avoir béni sa famille au nom de

la très sainte Trinité, il expira doucement le 18

x septembre 1611.

__ Membertou était un ami de Champlain, de a: aller Louis Hébert et des Jésuites. On l'avait surnom- as re mé le « Grand Capitaine », et c'était un sauvage Ù : abbé de beaucoup d’esprit. | dr bÉ re Nenascoumat fut baptisé aux Trois-Rivières Ë 4

Ç le 9 août 1637, par le Père Buteux. C'était un ‘ER

Algonquin des plus en vue et des mieux notés. Il CR sé alla demeurer à Sillery avec sa famille, à la mis- à. ji il sion des Jésuites. Là il assistait à la messe tous sE er les jours, il fréquentait les sacrements avec assi- É ee duité, il s’astreignait au jeûne et à l’abstinence !

avec une rigueur sans pareille.

6 Savez-vous, mes petits amis, que beaucoup un de messieurs de notre temps sont loin de la ferveur rtou de ce pauvre sauvage, tout en se disant cependant nde. bons catholiques. | d’un François-Xavier Nenascoumat tomba malade

en 1639, et fut conduit à l’Hôtel-Dieu de Québec. Un Jésuite lui administra le saint Viatique et l’Extrême-Onction en présence du gouverneur Montmagny, et d’autres Français. « Mes amis, dit-il, vous me faites plaisir de me visiter et de prier

* était de la tribu huronne. Venu enfant à Québec,

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Dieu pour moi; je vous assure que si je vais au ciel, comme je l'espère, je le prierai pour vous. » Nenascoumat mourut avec tous les signes de la prédestination.

Vous souvenez-vous du troisième nom?...

Allons ! Allons! C’est Andehoua. Andehoua

il entra au séminaire Notre-Dame des Anges, que les Jésuites avaient ouvert vers 1635 avec l’intention de recruter parmi les indigènes des vocations religieuses pour les missions, afin aussi de grouper plus efficacement les sauvages, et de les rendre sédentaires.

Andehoua appartient au premier groupe des séminaristes de Notre-Dame des Anges.

Baptisé en 1638, il eut pour parrain le gouverneur Montmagny.

Andehoua une fois chrétien comprit bien vite qu’on ne peut appartenir à l’Église, qu’on ne peut aimer le bon Dieu, sans être apôtre en même temps. Aussi l’on peut dire qu’il fut une des lumières du catholicisme parmi les siens. Il était un véritable prédicateur de l'Évangile.

Mais Andehoua prêchait encore plus éloquemment par ses exemples que par ses paroles. « Depuis son baptême, dit le Père Le Jeune, il se confesse et communie tous les huit jours, avec une dévotion et une modestie qui nous fait connaître

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n lui la présence de la grâce. Surtout il a une version grande pour le péché, notamment de ’impureté. »

Dans son pays, Andehoua fut un apôtre mereilleux. «En vérité» dit le Père Le Jeune, nous sommes dans l’étonnement et dans les énédictions de Dieu, voyant ce que nous n’osions httendre d’une plante née au milieu de la barbarie et si nouvellement entrée dans l’Église de Dieu.» Gravement malade Andehoua obtint son admission à l’Hôtel-Dieu de Québec, où il mourut uni du sacrement des mourants. Il était âgé e trente-six ans.

Noël Negabamat, chef Algonquin, fut un des remiers établis à la mission des Jésuites à Sillery. - | reçut le baptême, avec sa femme et son fils aîné, e jour de l’Immaculéc-Conception de l’année

Ce fut le 19 mars 1666, dans les sentiments e la plus grande ferveur, que mourut Négabamat.

« C'était un capitaine, dit la Relation, qui s'était acquis par son esprit, par sa conduite et par : son éloquence naturelle, toute l'autorité parmi eux de sa nation et la première place dans leurs onseils. Toutes les plus rudes épreuves, dont l a plu à Dieu d’épurer sa foi, n’ébranlèrent jamais sa constance... »

Vous avez bien peur des Iroquois, n'est-c pas? Vous avez raison, car ils sont fort dangereu Je veux dire qu'ils étaient dangereux autrefoi Aujourd’hui, il faut bien l'avouer, mes petits ami: les Iroquois les plus redoutables ne sont plus & chefs de tribus...

Je vais vous présenter, ce soir, un chef [roquois

Garaconthié zppartenait à la tribu des Onnon tagués. Après plusieurs années d'épreuves, reçut le baptême en 1670. Ce fut Mgr de Lav:

lui-même, mes petits amis, le premier évêque dé Québec, qui le baptisa. Quelle fête dans la cathé drale de Québec ce jour-là ! Français, Hurons

Algonquins, Outaouais, Mahingans, Iroquois dk

toutes les tribus remplissaient l’église. Le gou

verneur de Courcelles agit comme parrain,

Mademoiselle de Bouteroue, fille de l’intendant t la marraine.

A partir de ce jour, je vous assure que Garacon thié ne fut pas un catholique à gros grain. Le P Millet écrivait de lui en 1670: « Garaconthié doit être plus estimé et plus considéré que tous le: autres. Il faut avouer que c’est un homme incomparable : il est l’âme de tout le bien qui « fait ici... »

Retourné dans son pays Garaconthié fut un sujet d’édification pour tous.

Voulez-vous que je vous raconte une petite aventure arrivée à Garaconthié? Lors d’u:; voyage à New-York pour faire la traite des pelleteries, il était entré dans une église protestante, au milieu du sermon. Sans se soucier de personne, le chef sauvage s’agenouilla et se mit en prière. On imagine facilement, mes petits amis, que l’attention de l’auditoire fut un peu distraite. Le prédicateur enjoignit à Garaconthié de s’en aller. Garacorthié lui répondit tout haut : « Attendez je n’ai pas encore achevé ma prière. Vous faites bien voir que vous n'êtes pas chrétien, car vous n’aimez pas la prière. »

Le pauvre sauvage eut tort d’aller prier dans ce temple protestant, mais on voit bien quand même qu’il ne rougissait pas de sa foi.

Le Père Lamberville qui l’assista dans sa dernière maladie, raconte des choses fort édifiantes . à son sujet, et que vous trouverez, mes petits amis, dans « Serviteurs et Servantes de Dieu en Canada » par M. N.-E. Dionne.

Je vous fais veiller tard, mais c’est votre faute : vous m’écoutez trop bien. Bonsoir !

9 novembre ‘17.

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Il y a déjà longtemps que nous avons assisté à la mort de M. de Champlain, et nous n'avons pas

‘ encore eu des nouvelles de son successeur.

Vous rappelez-vous à quelle date mourut M. de Champlain ?.…. Oui, ce fut le 25 décembre 1635. Et son successeur... M. de Montmagny, n’arriva à Québec que le 15 juin 1636.

Je vous assure que la joie fut grande quand le nouveau gouverneur débarqua avec sa suite.

Plusieurs familles nobles de Normandie l’accom- Pagnaient. L'arrivée de ces nouveaux colons mit de la vie dans la colonie. Jusque là, malgré tous les efforts de M. de Champlain, les choses n'avaient pas marché rapidement, allez ! Savez-vous qu’en 1626, par exemple, il y avait à peine 18 à 20 arpents de terre cultivée, et que là-dessus Louis Hébert en possédait 10 arpents ? (1) Saviez-vous ?..…. Non, cela vous ne le saviez pas. Saviez-vous que le premier cheval qui ait mis le pied sur le sol canadien fut débarqué à Québec le 25 juin 1647 ? Le poète se trompe donc quand il parle d’« Hébert, qui suit ému le pas de ses chevaux » (1). Il est

(1) Faillon, Vol. I, p. 163.

(ir) Rech. Hist. VL p. 218.

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vrai que les chevaux n'étaient pas absolument nécessaires, dans ces terres neuves, à l'avancement de l’agriculture; mais il fallait des bras, et jusqu’en 1634 la population du Canada ne s'était guère élevée au delà de 60 personnes et comptait à peine deux familles établies dans le pays. (1). Aussi, mes petits amis, M. de Champlain eut beau faire voyage sur voyage en France pour obtenir des secours, il vint un temps où la colonie tomba aux mains des Anglais qui la gardèrent trois ans, de 1629 à 1632. Ah! que M. de Champlain dut souffrir ! Tout le monde, voyez-vous, n'avait pas son désintéressement et son zèle pour la gloire de l’Église et de la France. Comme âujourd’hui il y avait de grandes compagnies qui voulaient avant tout s'enrichir; elles s’occupaient du commerce des fourrures, sans se soucier de leurs engagements; loin d’encourager l’agriculture, elles allèrent parfois jusqu’à tenter de la paralyser.

Je vous rappelle ces choses, pour vous dire comment il se fait que la colonie n’était pas florissante à l’arrivée de M. de Moztmagny.

Mai M. de Montmagny était un homme de courage; c'était bien, je vous assure, le digne successeur de M. de Champlain. On ne pouvait être

(G) Hist. des T.-R., Suite, p. 59.

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meilleur chrétien, ni meilleur gouverneur, je crois bien, que M. de Montmagny, chevalier de Malte.

C'est dommage que nous n’eussions pas été À quand il arriva à Québec le 15 juin 1636. Vous auriez vu un beau grand gouverneur qui ne rougissait pas de sa foi. Après les compliments d'usage, sur la grève, M. de Montmagny se rendit à la chapelle de Notre-Dame de la Recouvrance où fut chanté un Te Deum solennel. Mais voici ce qui vous aurait le plus édifié peut-être. En gravissant la côte de la Montagne, le gouverneur s'arrêta devant un crucifix et dit: « Voici la première croix que je rencontre sur le pays, adorons le crucifié en son image. » Ilse jeta à genoux, et, à son exemple, toute sa suite, comme aussi tous ceux qui étaient venus le saluer. En ce temps-là, mes petits amis, vous le voyez, les gens instruits et haut placés ne craignaient pas d’afficher leur piété.

Du reste, le nouveau gouverneur de Québec avait bien des motifs pour n’être pas un peureux. Sur les galères de l'Ordre de Malte, dont il était chevalier, il avait jadis combattu contre les Turcs, les Marocains et les Corsaires d'Alger et de Tripoli. (r) Le sourire moqueur des esprits forts et des petits émancipés de nos jours ne l'aurait pas intimidé, c’est certain.

(1) La Nouvelle-France, 1906.

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Savez-vous en quelle année les Ursulines et les Hospitalières débarquèrent à Québec?... Vos petites sœurs le savent, elles. C’est en 1639, sous le gouvernement donc de M. Montmagny. Le i 3 jour de l’arrivée des servantes de Dieu les travaux ne cessèrent, les boutiques furent fermées. Il fallait voir les sauvages en contemplation devant Mme de la Peltrie et les religieuses. 4« N’ayant jamais vu des femmes comme nous », dit Marie de l’Incarnation, «ils étaient tout surpris, et mettaient la main sur leur bouche en signe d’admiration. »

Je vous ai parlé bien des fois des Iroquois.

Ils étaient bien redoutables. Ce furent les Iro-

et, ; : s : ê

es quois et les Anglais, mes petits amis, qui causèrent à, le plus d’ennuis à nos ancêtres. M. de Montmaet gny se donna beaucoup de peine pour détourner les été. dangers causés par les Iroquois. «Tout autre, dit 4 la Relation, aurait cent fois perdu courage. »

ux. Et puis M. de Montmagny s’appliqua à proait mouvoir l’agriculture, par sa parole et par son "CS, exemple.

oli. Vraiment on peut difficilement imaginer un des gouverneur plus accompli que le successeur de iti- M. de Champlain. Avec quelle joie sincère il

allait visiter les malades. Il leur envoyait perdrix, volailles et autres oiseaux qu’on gardait pour sa table; il leur envoyait même des confitures, mes

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petits amis. - Partout ct toujours M. de Mont- Magny était bon. Aussi personne ne disait du mal de lui, je vous assure.

: Quand vous aurez grandi, vous serez bons, charitables, pieux ; Vous serez bons, n'est-ce pas ? Vous n’aurez pas peur non plus de prier devant le monde, quand l’occasion s’en présentera, de faire le signe de la croix avant et après les repas? Vous le promettez?...

M. de Montmagny fut douze ans gouverneur du Canada. Bonsoir.

16 novembre 1917.

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