‹ En veillant avec les petits de chez nous [microforme]Chapitre 8 sur 35 · MAISONNEUVE · texte numérisé non relu

MAISONNEUVE

Avez-vous déjà vu la ville de Montréal, mes petits amis? Pas tous, n'est-ce pas? Même sans l’avoir jamais vue, vous vous imaginez bien

qu’elle a grandi depuis ‘e jour de sa fondation par M. de Maisonneuve. Si j'ai bonne souvenance, quand M. de Maisonneuve débarquà le 18 mai 1642, à la Pointe-à- Callières, pour venir fonder Montréal, il avait avec lui une cinquantaine de colons.

Aujourd’hui on dit que l’ancienne Villemarie compte à peu près 600,000 âmes. Vous voyez que les choses ont changé.

C’est une bien belle figure que celle de M. de Maisonneuve. Quand je vous dis que c’est une belle figure j'entends que le fondateur de Montréal avait un grand cœur, une âme noble, agréable à Dieu. Souvenez-vous-en toujours, ct dites-le bien à vos petites sœurs, la beauté, la vraie beauté, celle qui doit l’emporter sur les charmes d’un jour,

+ c'est la beauté d’une âme éprise de l’amour de Dieu, et remalie de nobles sentiments. Ù

Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, naquit en France, près de Troyes, vers l’an 1600. Aussi brave que pieux, à l’âge de treize ans il avait commencé ses campagnes dans la guerre de Hollande. N’allez pas croire que le jeune Chomedey ignorait les dangers de la vie des camps. Au contraire, il les connaissait si bien qu'il évitait le plus possible la société de ses compagnons d'armes. Puis pour chasser l'ennui il pinçait le luth et s’adonnait à la prière et aux lectures édifiantes. Si tous les soldats de nos jours étaient aussi sages que le fut M. de Maisonneuve !

Pour présider aux commencements de la ville de la Vierge, pouvait-il se trouver un chrétien plus accompli que Paul Chomedey? Chaque jour il récitait le chapelet et le petit Office de la sainte Vierge. La «Société de Notre-Dame de Montréal » fut donc inspirée du ciel quand elle le chargea de fonder Villemarie.

Mais c'était une tâche héroïque. M. de Maisonneuve s’en allait fonder une colonie à soixante lieues de Québec, à plus de trente lieues au dessus du dernier poste français. Il lui faudrait lutter contre le fleuve, contre la forêt, contre la rigueur des saisons, contre les bêtes fauves et contre les barbares anthropophages, des sauvages qui

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nangeaient le monde, mes petits amis. Et puis, ans ce temps-là il n’y avait pas de grandes routes ‘omme aujourd’hui entre Québec et Montréal, il n’y avait ni téléphone, ni télégraphe. Néanmoins M. de Maisonneuve avait confiance en sa mission providentielle, et il répondait à M. de Montmagny, ainsi qu’à tous ceux qui voulaient le dissuader d'aller à Montréal : «Je ne suis pas venu pour délibérer, mais pour exécuter, et tous les arbres de l’île de Montréal seraient-ils changés en autant d’Iroquois, il est de mon devoir et de mon honneur d'aller y établir une colonie. » (1)

Quand la voie du devoir était bien définie, on savait marcher droit et aller jusqu’au bout en ce temps-là, mes petits amis.

C’est le 18 mai 1642, nous l’avons dit ilya un instant, que M. de Maisonneuve et sa suite débarquèrent à Montréal. Le P. Vimont entonna le Veni Creator,et puis célébra la sainte messe pour la première fois à Villemarie. Comme l'assistance devait être émue et recueillie ! Comme la sainte Vierge dut sourire en voyant son divin Fils descendre sur l'autel rustique, ce pendant que les oiseaux de la forêt mêlaient leurs notes suaves et gaies aux cantiques des colons en prière ! Avant de bénir

(1) Vie de P. de Chomedey, par l'abbé Rousseau, p. 41.

l’assist: nce le célébrant prononça ces paroles pr phétiques :

« Ce que vous voyez ici, messieurs, n’est qu’un grain de sénevé, mais il est jeté par des mains pieuses et si animées de l'esprit de foi et de la Religion, que sans doute, il faut que le ciel ait de grands desseins puisqu'il se sert de tels instruments pour son œuvre, et je ne fais aucun doute que ce petit grain ne produise un grand arbre, ne fasse, un jour, des merveilles, ne soit multiplié et ne s’étende de toutes parts. » Tout le jour le Saint-Sacrement fut exposé.

Pouvait-on mieux faire, en prenant possession de cette terre barbare ?

Ah ! Villemarie, puisses-tu ne jamais oublier que ton Maître c'est le Christ, et que la Vierge est ta patronne !

La petite ville qui débutait ainsi sous la protection du ciel fut merveilleusement gardée. Mais que de jours sombres et difficiles elle traversa !

Quand les maisons furent construites, quan( l’Hôtel-Dieu fut achevé, quand Villemarie fut fortifiée, les attaques des Iroquois commencèrent, et elles furent terribles.

Un jour, pour se rendre aux désirs de ses gens, pour satisfaire leurs ardeurs, M. de Maisonneuve, avec une petite troupe marche au-devant de l’ennemi.

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Le combat est engagé. Les Agniers ont l’avan-

tage du nombre et de la position, mais les Français redoublent de vaillance. La lutte devient trop inégale. M. de Maisonneuve, pour sauver ses hommes que les Iroquois cernent de toutes parts, commande la retraite, Les soldats s’enfuient, et le gouverneur reste seul avec les barbares. Les barbares s’approchent tranquillement. Le chef iroquois bondit comme un tigre ct saisit M. de Maisonneuve à la gorge. Le brave d’entre les braves lève son pistolet par-dessus l'épaule de l’Agnier, lui brise le crâne et le renverse par terre. Maisonneuve s’échappe et entre au Fort.

Et les barbares ne laissaient pas de repos aux pauvres colons.

Une fois c’est Jean Boudart qui est abattu d’un coup de hache sur la tête, tandis que sa femme Catherine Mercier est emmenée captive chez les Iroquois pour y subir le martyre; une autre fois ce sont les colons de la Pointe-Saint-Charles qui tombent dans une embuscade et finissent par mettre l'ennemi en fuite. Un jour Mlle Mance elle-même est sur le point d’être prise dans l’Hôtel-Dieu.

Avez-vous entendu parler déjà du major Closse? Ce fut un brave, je vous l’assure, encore celui-là ! Il s’était joint à M. de Maisonneuve dans la fondation de Villemarie. En 1652, avec une | poignée de Français, Closse tient tête à deux cents

Iroquois. En 1653 les Iroquois vont attaquer la redoute de la Pointe-Saint-Charles défendue seulement par quatre soldats. Vingt bravess’agenouillent reçoivent l’absolution et, sous la conduite de Closse. volent au secours des leurs. Le temps de le dire trente-deux sauvages sont couchés sur le sol; les autres s’enfuient. Partout où il y avait du danger on trouvait Closse. Il mourut victime de sa bravoure en 1662.

Le croirez-vous, en 1653, par exemple, il ne se passa pas un mois sans que les Iroquois ne fissent quelques tentatives sur Montréal.

Songez-vous parfois, mes petits amis de Montréal, en vous promenant dans votre belle grande ville, que des héros ont passé les premiers chez vous, à travers la forêt, au milieu des barbares ? Songez-vous que ces héros étaient nos pères ?

En 1653, M. de Maisonneuve revint de France où il avait été chercher du secours; il revint en compagnie de la Sœur Marguerite Bourgeois, vénérable fondatrice de la Congrégation Notre- Dame. Avec quel bonheur Mlle Mance vit arriver cette nouvelle compagne d’apostolat !

En 1657, des Prêtres de Saint-Sulpice venaient à Montréal fonder un séminaire. Ah ! comme la colonie sera toujours redevable d’une dette immense à l'égard de ces saints prêtres !

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Mais, mes petits amis, je m'aperçois que je prolonge encore votre veillée... Elle est si belle, voyez-vous, notre histoire ! Pour moi d’en parler ça m'ôte le sommeil. Et vous autres?... Ah!

lisez-la souvent cette sainte histoire à mesure que vous deviendrez des hommes.

Je vous parlerai une autre fois de Dollard des Ormeaux.

En attendant, souvenez-vous que ce vaillant Maisonneuve, ce serviteur dévoué de la Vierge, fut un modèle de désintéressement, de simplicité, de frugalité. Son grand bonheur était de rendre les autres heureux en s’oubliant lui-même. «Il ne se souciait non plus d’argent que de fumier, écrit la sœur Morin... S'il eût voulu négocier, il aurait amassé de grandes richesses par la traite des pelleteries...; mais l'amour de la pauvreté évangélique, qui était dans son cœur, en fermait la porte à tout désir de poskéder des biens périssables. » Nos hommes d’État, mes petits amis, devraient étudier attentivement la vie de M. de Maisonneuve.

Après vingt-quatre ans passés à Montréal, M. de Maisonneuve vécut encore onze ans à Paris où il mourut le 9 septembre 1676.

Vous aussi, n'est-ce pas, vous serez braves et vertueux quand vous serez grands ?

23 novembre 1917.

+ ve Les PP, Isaac Joques ET ANTOINE DANIEL

Il y a quelque temps, nous avons vu défiler des sauvages convertis. Mais, en les voyant, estce que vous ne vous êtes pas dit que dans le voisinage de ceux-là il devait y avoir bien d’autres sauvages amenés à la religion chrétienne par nos saints missionnaires? En effet, elle est considérable et belle l’œuvre civilisatrice de nos Jésuites et de nos Récollets. Mais aussi cette œuvre elle a germé, s’est développée dans le sacrifice et dans le sang des martyrs. Ah ! qui nous dira, mes chers petits amis, ce qu’il a fallu de souffrances, d’efforts héroïques, d’abnégation, de générosité surhumaine pour planter la croix chez nous !

En parlant de nos missionnaires, je songe que je pourrais peut-être vous dire un mot du Père Isaac Jogues. Qu'en pensez-vous ?

Ce bon Jésuite naquit à Orléans, en France, le 10 janvier 1607. Entré au noviciat de Rouen à dix-sept ans, il était ordonné prêtre en 1636, et partait immédiatement pour les missions du Canada. A cette époque-là son père était mort depuis longtemps, mais sa mère vivait encore. Quel sacrifice pour le fils et pour la mère, mes petits amis !

Le premier poste du P. Jogues chez nous fut le village d’Ihonatiria, au pays des Hurons. Le P. Ragueneau raconte l'accueil qu'il fit au nouveau missionnaire. Quand vous serez tentés de faire votre petit bec à table vous relirez ce passage : « Je lui préparai ce que nous avions pour le recevoir; mais quel festin, une poignée de petits poissons secs avec un peu de farine. J’envoyai chercher quelques nouveaux épis que nous lui ftmes rôtir à la façon du pays. Mais il est vrai que dans son cœur et à l’entendre, il ne fit jamais meilleure chère. La joie qui se ressent à ces entrevues semble être quelque image du contentement des bienheureux à leur arrivée dans le ciel tant elle est pleine de suavités !» Cette dernière phrase, voyezvous comme elle est encore plus belle que le reste ? Ah ! les mondains, les ambitieux qui courent après les honneurs, l'or et les plaisirs, ne comprendront jamais ce qu’il y a de douceurs dans l’abnégation évangélique et la charité fraternelle des apôtres.

En 1640, le P. Jogues est chargé de visiter la nation du Pétun qui résidait aux pieds des Montagnes-Bleues. L'année suivante, il est chez les Ottawas du Sault-Sainte-Marie. C’est en quittant cette mission que l’apôtre Jésuite fut attaqué, sur le fleuve, par un parti d’Iroquois qui le firent prisonnier, lui et ses compagnons. Après une longue et dure captivité, d’où il s'échappa comme par

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miracle, le P. Jogues finit par aborder en Bretagne, le jour de Noël 1643. La reine Anne d’Autriche disait en parlant de ce saint missionnaire : « On fait tous les jours des romans qui ne sont que mensonges, en voici un qui est une vérité, et où le merveilleux se trouve joint à l’héroïsme le plus admirable. » Ah !'mes petits amis, si l’on ne lisait que des romans comme celui du P. Jogues, il y. aurait beaucoup moins de cerveaux troublés dans le monde, beaucoup moins de malheureux et de malheureuses !

Le croirez-vous? Le bon Père Jogues demanda instamment à retourner au Canada. Il y revint en effet, en 1644.

Après avoir dirigé la jeune colonie de Villemarie exposée tous les jours aux attaques des Iroquois, il s’en alla au pays même des Iroquois. La grande paix générale conclue aux Trois-Rivières, au mois de juillet 1644, et acceptée par les Iroquois, semblait favoriser les rêves apostoliques du P. Jogues. Malheureusement avec les Iroquois on n’était jamais sûr du lendemain, même en temps de paix. Bientôt ils se soulevèrent contre le missionnaire et ses compagnons, et un jour que le P. Jogues entrait dans sa cabane, il reçut sur la tête un coup de hache qui l’assomma sur place. L’'apôtre des Iroquois venait de tomber martyr de son

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zèle pour le salut des âmes. C'était en l’année

Connaissez-vous le P. Antoine Danicl, Jésuite ? Si vous le connaissez c’est pour l'avoir rencontré, dans vos livres, car il est mort en 1648. II avait quarante-sept ans à sa mor Quel âge aurait-il à présent s’il vivait encore? Qui le dira le premier ? Jean ?... Florimond?... Paul?... Bien! Voyez-vous comme on se souvient longtemps parfois des saints et des saintes, même quand ils ne sont pas encore canonisés ?

Le P. Antoine Daniel se dévoua pendant quatorze ans aux missions huronnes. Il eut comme compagnon d’apostolat le P. Brébeuf dont je vous parlerai bientôt. Que de sacrifices, que de dangers durant ces années passées au milieu des sauvages !

Un jour, en 1648, les Iroquois toujours remuants, au moment où l’on s’y attendait le moins se jetèrent sur la bourgade Saint-Joseph. Le P. Daniel était là. Il venait de terminer sa messe, et les Hurons priaient encore dans la chapelle quand le cri d'alarme retentit. Voulez-vous savoir, mes petits amis, ce que fit alors le saint missionnaire ? Il dit aux sauvages qui étaient dans la chapelle : « Mes frères, nous serons aujourd’hui dans le ciel. Fuyez cependant, et tâchez de vous échapper; quant à moi, mon devoir est ici, et j'y resterai en

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