‹ En veillant avec les petits de chez nous [microforme]Chapitre 9 sur 35 · ET · texte numérisé non relu

ET

attendant la mort.» Quelques minutes après il tombait frappé par une balle iroquoise. En tombant il prononça le nom de Jésus.

Je m'arrête pour ce soir. Mais répondez-moi : est-ce qu’on peut trouver dans les livres inventés par des hommes des histoires plus belles que celles de nos fondateurs et de nos missionnaires ?.

30 novembre 1917.

+; vu Les PP. GARNIER ET CHABANEL

On ne se prépare pas à la vie de missionnaire, non plus qu’à la vie de bon chrétien dans le monde, sans s’habituer de bonne heure à la charité et au sacrifice. N’oubliez pas cela, je vous en prie.

C’est en songeant au Père Garnier qu’il me vient à l’esprit Ce vous rappeler ces choses. Le Père Garnier... C’est un nom que vous connaissez peut-être? Il est sur la liste de nos martyrs canadiens.

Ce saint missionnaire naquit à Paris le 26 mai 1606. Tout jeune encore Charles Garnier était déjà un apôtre. L'argent de ses menus plaisirs était consacré à des auménes ou à d’autres bonnes œuvres. Vous autres, mes petits amis, que faitesvous des sous qu’on vous donne ?

Pieux, d’une conduite exemplaire, au collège des Jésuites de Clermont où il fit ses études, le jeune Garnier fut remarqué surtout pour sa dévotion à la sainte Vierge. « C’est elle, disait-il, qui m’a tenu dans ses bras durant ma jeunesse, et qui m’a fait entrer dans la Compagnie de Jésus. »

En 1636, le P. Charles Garnier arrivait au Canada. Voyez ce qu’il écrivait, du pays des Hurons, à son frère Henri de Saint-Joseph, carme

on

déchaussé : « La vie est dure dans les missions et, dans mes nécessités, je pense quelquefois aux douceurs de la France... Mais aussitôt, je me dis : il faut renvoyer toutes ces douceurs au Paradis, où nous trouverons tout en Dieu, et alors il y a plus que du plaisir à la privation de ce qui est le plus agréable sur la terre. »

« Rien au monde ne le touchait », dit le P.

Ragueneau, « ni repos, ni consolation, ni peines, ni fatigues. Son tout était en Dieu, et hors de lui, tout ne lui était rien. »

Ah ! comme le P. Garnier aimait le sacrifice et la souffrance ! Il soignait les maladies les plus répugnantes, endurait le froid, s’imposait de grandes fatigues pour le bien des âmes; d’une constitution délicate, il portait cependant le cilice et deg ceintures aux pointes aiguës.

Pour baptiser un scul sauvage il eût fait des prodiges de valeur. Tout à la conversion des pauvres sauvages il ignorait même complètement les choses de France.

Incapable de mettre des bornes à son zèle, il voulut travailler à la conversion de la nation du Pétun. Après bien des efforts, son œuvre avait eu des succès chez les Pétuneux, lorsque le 7 décembre 1649, trois cents Iroquois tombèrent À l'improviste sur la mission de Saint-Jean des Pétuneux. Le P. Garnier était alors occupé à vi-

siter ses ouailies de cabane en cabane. À l’approche des barbares, il court à sa chapelle et crie aux chrétiens qui sont là : « Sauvez-vous, nous sommes morts. » Puis il sort et court à droite et à gauche, baptisant, bénissant ou absolvant. Bientôt il tombe la poitrine percée d’une balle, Une autre balle le frappe à la cuisse. Mais il n’est pas mort. A quelques pas de lui un chrétien va mourir. Le missionnaire se met à genoux, puis se lève pour aller au secours de cette âme en détresse: mais les forces lui manquent : il s’affaisse, Il ge relève une seconde et une troisième fois. Sur l’entrefaite arrive un sauvage iroquois qui enfonce sa hache dans le crâne du Père.

Au lendemain de cette mort, voici ce qu’écrivait le Père qui avait présidé à l’inhumatior : « Je puis dire en général que je ne connaissais point de vertu qui lui manquât, et qu il les avait toutes à un haut degré, je puis assurer qu’en quatre ans que j'ai été son compagnon, je ne l’ai jamais vu faire une faute qui fut directement contre quelque vertu... Il était très exact dans l'observation de nos règles, et quelque occupation qu’il eût pour la conversion des sauvages, jamais il n'eût perdu aucun temps de ses oraisons, de ses lectures spirituelles, ni de son examen. Sa chasteté était si pure qu’elle me paraissait angélique, dans une modestie aussi rare, que j'en aie point vu en France.

Mais surtout j'admirais son humilité, il avait un très bas sentiment de soi-même et quoiqu'il eût des talents éminents pour ces missions, néanmoins il se postposait à tous les autres... La gloire de sa mort a couronné l'innocence de sa vie. »

Avez-vous remarqué que le P. Garnier, pour aucune considération n’eût omis ses exercices spirituels? Il comprenait si bien, ce saint missionnaire, la vérité du proverbe : « Charité bien ordonnée commence par soi-même. » Il savait qu’avant de se prodiguer pour les autres il faut commencer par assurer son propre salut en se sancti-

fiant soi-même. Il est si facile, mes petits amis, de se faire illusion sur ce que l’on appelle candidement du «zèle». Vous vous souviendrez de cela plus tard, n'est-ce pas ?

Deux jours avant la destruction de la bourgade de Saint-Jean, le P. Chabanel, compagnon du P. Garnier, était parti avec sept ou huit Hurons chrétiens pour se rendre à la résidence de Sainte- Marie. Durant la nuit les voyageurs furent surpris par les Iroquois et s’enfuirent. On ne revit plus le P. Chabanel. Plus tard, la nouvelle arriva que le missionnaire avait été tué par un Huron. (1)

(:) Relation de 1650.

FRS. 0e

Ah ! mes chers petits amis, si vous saviez tout ce que dut endurer le bon P. Chabanel ! La fumée, la vermine, la plus grande malpropreté, l’immodestie des cabanes sauvages, le vacarme des femmes qui disputaient, des enfants qui pleuraient, : des chiens qui jappaient, tout cela lui était un supplice continuel. Puis il apprenait bien diffcilement les langues du pays.

Eh bien, voulez-vous savoir comment cet héroïque missionnaire tourna la difficulté? Il s’en- Bagea par un vœu à rester dans ces misérables missions jusqu’au dernier jour de sa vie, s’en remettant toutefois à l'interprétation et à la disposition de ses supérieurs.

Admires ici particulièrement l'esprit d’obéissance qui anime ce saint religieux. Jusque dans le sacrifice héroïque il est obéissant. L’'obéissance est si nécessaire pour donner à nos actes la vertu surnaturelle dont ils ont besoin ! Les choses que l’on fait par goût naturel, mes chers petits amis, Pour satisfaire son amour-propre, finissent par arracher ce cri de ceux qui avaient pêché sans avoir Jésus dans leur barque : Nous avons travaillé toute la nuit et nous n’avons rien pris. Ils n’avaient rien pris pour eux-mêmes, ni pour les autres. Comprenez-vous bien? L’obéissance est de tous les âges; elle doit être simple et droite. Vouloir s’en

passer c’est s’en aller dans la vie l’âme vide de mérite pour le ciel, entachée de bien des fautes plus ou moins graves. Les résultats obtenus en agissant À sa guise ont parfois une apparence brillante : ce sont de belles pommes rouges qui ont un ver au

cœur.

Nos saints missionnaires nous enseignent bien des choses, vous le voyez. Bonsoir !

6 décembre 1917.

ER, LE PERE ANNE ne Nous

Cette semaine encore, je vais vous parler de nos missionnaires, mes petits amis. Leurs exemples font tant de bien à nos âmes, en nous préchant l'abnégation, l'oubli de soi; en nous rappelant qu'une seule chose est nécessaire sur cette terre d'exil. -Vous êtes bien jeunes, c’est vrai, pour penser à ces vérités, mais quand on est assez vieux pour connaître, aimer et servir Dieu, on est capable de comprendre le vrai sens de la vie. Dans vos âmes vierges, encore pleines de la lumière et des fleurs du printemps, installez bien pour toujours l’amour de Dieu et des choses qui ne passent pas.

Vous souvenez-vous d'avoir vu quelque part une image représentant un missionnaire mort à genoux dans la neige? Il regarde le ciel et a les bras en croix sur la poitrine. Vous souvenez-vous ? C'est l’image du Père Anne de Noue. Vous aimeriez peut-être à entendre raconter son histoire ?

Le P. de Noue naquit près de Reims, le 7 août 1587. D'une beauté remarquable, il fut page à la cour du roi, où il dut résister à des sollicitations diaboliques. Mais au milieu de tous les dangers le page resta bon. Savez-vous comment il s'y

prit pour garder intacte sa vertu? Je vais vous le dire. Il pria beaucoup et mit sa confiance dans la sainte Vierge. Comment rester chaste sans être l'enfant affectueux de la sainte Vierge? Et puis, vous vc1s imaginez facilement que le page ne se plaisait pas dans ce milieu et qu’il fuyait les occasions dangereuses. A quoi servirait-il de prier si on n’évite pas les occasions de péché, si on les recherche? Mes chers petits amis, vous serez bientôt de grands garçons, des hommes, et vous allez devenir des apôtres ardents, convaincus. Oh ! alors gardez bien votre cœur. «Le cœur vierge t inexpérimenté, sensible et droit, quelle pièce fragile ! »

Mais revenons au véritable apôtre que fut le bon Père Anne de Noue. La gloire, l’appât des richesses, des plaisirs, ne purent le retenir au milieu du monde où il s'était toujours conservé pur comme un ange. En 1612, il entra chez les Jésuites de Paris, et fut ordonné vers 1622.

Quelques années plus tard, en 1626, on le trouve à Québec, où il demeure jusqu’en 1629. Lorsque la Nouvelle-France fut rendue à son fondateur le P. de Noue dit adieu de nouveau à sa patrie et s'en revint chez nous. A Québec, à Sillery, à Tadoussac, aux Trois-Rivières, il travailla à la conversion des sauvages et au soutien des Français dans la foi. C’est aux Trois-Rivières qu’il

donna la plus grande partie de ses labeurs évangéliques. Humble, obéissant, le P. de Noue était prêt

à tout quitter comme à tout embrasser à la voix de son supérieur.

Sur la fin de sa vie il disait avec candeur à quelqu'un qui lui proposait de retourner en France : « Je’ sais bien que la Mission est chargée et que je tiens la place d’un bon ouvrier, je suis prêt de la soulager et d’obéir en tout; mais je serais bien aise de mourir dans le champ de bataille. » Cette faveur, qu’il demandait avec tant de délicatesse et de soumission à la volonté de ses supérieurs, devait lui être accordée

Mais vous vous demanderez peut-être, mes petits amis, comment il a pu se faire que le P. Anne de Noue soit mort gelé au milieu des neiges. Je vais vous le dire. Écoutez-moi bien. Est-ce qu’on s'endort ?...

Le 30 janvier 1646, le P, Anne de Noue partit de la résidence des Trois-Rivières en compagnie de deux soldats et d’un Huron pour aller célébrer la chandeleur à Richelieu, on dirait aujourd’hui à Sorel. Ce n'était pas facile de voyager en ce temps-là. La première journée, ils ne firent que six lieues, et encore avec beaucoup de peine. Le Père avait remarqué que les Français ne marchaient

pas à l’aise, en raquettes, avec leurs bagages. A deux heures après minuit, il se leva et partit, afin d’aller donner avis aux sc ‘'ats de Richelieu de venir secourir leurs camar, es. «Cette charité, dit le P. Jérôme Lalemant, lui a ôté la vie : heureux martyre de mourir des mains de la charité ! »

Le Père de Noue s’en alla donc seul sur le lac Saint-Pierre, à la clarté de la lune. Peu à peu le ciel se couvrit, la lune et les étoiles disparurent, la neige se rait à tomber, et la nuit devint très sombre. Le Père ne voyait plus les bords du iac, ni les tles. N'ayant point de boussole, ni de cadran pour se guider, il s'égara.

Les soldats qu'il venait de quitter, à leuf tour se mirent en route, sans pouvoir suivre ses traces que la neige avait cachées. Ils marchèrent toute la journée encore, et passèrent la nuit dans l’île de Saint-Ignace, sans soupçonner que le Père était dans le voisinage. Le Huron parti avec eux, fila es soir même jusqu’à Richelieu où il fit connaître es lcraintes au sujet du Père de Noue.

L’'inquiétude s’emp.re de tout le monde. On cherche, on crie, on appelle; les soldats tirent des coups d’arquebuse : tout cela est vain. Le missionnaire ne revient p2s. L2 2 février, un soldat et deux Hurons s’en ‘ont à la reche:che du Pére. Ils trouvent le gîte où les quatre voyageurs avaient

ne

passé leur première nuit ; puis de là, à force d'ohse: vation, suivent les traces du pauvre mission aire. Ils découvrent l'endroit où il avait campé ourant la seconde nuit, et constatent qu’ensuite il à tra: versé la rivière devant l'habitation de Richelieu, sans pouvoir se reconnaître. Ils vont encore. Vous suivez bien, n'est-ce pas, mes petits amis ? Au Cap de Massacre, les traces indiquent que le Père s’est assis pour se reposer. Trois lieues plus haut, vis-à-vis de l'Ile Plate (l'Ile de M. de Saint- Ours, à quatre lieues de Sorel), entre deux petits ruisseaux, ils trouvent le corps du missionnaire, à genoux, tout raide et gelé sur la terre qu'il avait découverte en rond. Son chapeau et ses raquettes étaient près de lui; il avait les yeux ouverts, regardant le ciel, les bras en croix sur la poitrine.

Le soldat français qui le cherchait, en le voyant en cette posture, fut saisi d’un saint respect et tomba à genoux. Puis, après une prière, il enveloppa le corps du missionnaire dans une couverture le conduisit sur une traîne à Richelieu, et de là aux Trois-Rivières. «Il croit, dit la Relation qu’il rendit l’âme le jour de la Purification de la Vierge à laquelle il avait une dévotion très particulière, » o

« Quelques âmes ulcérées, dit encore le P. J. Lalemant, ne purent cacher plus longtemps leurs plaies à la vue de ces saintes dépouilles; ils se vin-

rent confesser au plus tôt, disant qu’il leur semblait que ce bon Père les en pressait; d’autres ne pouvaient prier pour lui, mais bien se recommander à ses prières. »

Le Père Anne de Noue fut enterré aux Trois- Rivières dans le cimetière public.

Chaque année, la fête de la Chandeleur vous rappellera, n'est-ce pas, l’héroïsme et la sainteté du P. Anne de Noue ?

Bonsoir !

13 décembre 1917.

té

PE er Les PP. de BRéBeur gr LALEMANT

Quels sont ceux d’entre vous qui n’ont jamais entendu parler du martyre des PP. Jésuites de Brebeuf et Gabriel Lalemant? Vous connaissez tous cette belle et touchante page d'histoire Re Pourtant je vais vous en parler, ce soir, comme si vous n’en saviez rien. (Ça ne vous fera toujours pas de mal, n’est-ce pas ?...

C'était en 1649. Les Iroquois avaient entrepris de détruire toutes les bourgades huronnes. Leur œuvre était déjà commencée. Au printemps, le 16 mars, ils s’'emparèrent d’abord, sans difficulté, du bourg de Saint-Ignace; puis immédiatement se dirigèrent sur celui de Saint-Louis. Ici la lutte fut plus vive, mais les Iroquois qui avaient le nombre finirent par l'emporter. Après Saint-Louis on alla vers Sainte-Marie. Une troisième fois, les Iroquois restèrent maîtres du champ de bataille.

Les PP. de Brébeuf et Gabriel Lalemant se trouvaient au bourg Saint-Louis lors du passage des Iroquois. Ils avaient refusé de suivre les fuyards; ils étaient restés pour secourir ceux des chrétiens qui allaient être exposés aux dangers du combat.

Au milieu de leur œuvre d’apôtres ils furent bientôt

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