DANS UKE PETITE CHAMBRE
comme dans ses contrastes, l'avait abusé luimême en celle circonstance, en lui laissant cette erreur consolante, qui porte les gens atteints (le surdité à se flatter eux-mêmes, el à se persuader qu'ils ne sont pas aussi infirmes que l'on pourrait le croire.
Quant à son avenir, il ne devait plus s'en inquiéter : Gossec et MéhuI, le citoyen sénateur y aidant, lui avaient fait obtenir une petite pension sur les fonds du Conservatoire, laquelle, en définitive, ne devait servir (|u'à son entretien; attendu que le protecteur d'Henriette, sous le délicat prétexte qu'il continuerait à donner ses leçons ou ses conseils à sa jeune élève, entendait que le vénérable professeur prit ses Invalides chez lui, et devînt à jamais le commensal de sa maison. Les alfaires ainsi arrangées, la force de son tempérament ayant repris le dessus, le bonhomme Ménageot, à peu près remis sur ses jambes, commençait à
2!)8 ENCLUME OU MARTKAU,
se faire à su nouvelle position, qu'après tout il Irouvaii fort douce; traité avec déférence par son hole, choyé et dorlollé outre mesure par la bonne et tendre Henriette. Sa chambre, son clavecin , sa commode revenaient bien de temps en temps traverser d'un regret amer son bonheur présent , mais à prendre les choses dans la réalité, il gagnait cent pour cent au changement (pie lui avaient fait les circonslances ; l'appartement qu il occupait était plus spacieux, mieux aéré que celui de la rue de Malte; bien plus, il n'y était jamais seul, tous les loisirs de cette chère Henriette, qu'il appelait aussi sa fille, lui étaient consacrés. Le temps se passait en causeries, en petites conlidences; on faisait aussi de la musique, <|ue le convalescent devinait plutôt qu'il ne l'entendait. Combien sa nuit eût été plus triste et plus noire encore dans sa chambrette solitaire, après la<|uelle il avait l'injustice de