‹ Encore le P. de Bonnéchamps 1707-1790Chapitre 2 sur 4 · GOSSELIN ] ENCORE LE P. DE BONNÉCAMPS · texte numérisé non relu

GOSSELIN ] ENCORE LE P. DE BONNÉCAMPS

passe définitivement à M°° d'Youville, et l'intérêt qu'il porte à la communauté naissante des sœurs grises :

« Je rendrai compte ci-après, écrit-il à M. Rouillé, des propositions que fait la dame Veuve Youville, qui est actuellement à la tête du gouvernement de l'Hôpital-Général de Montréal. Voici les termes dont m'en parle M. lEvêque de Québec : * C’est, dit ce Prélat, une de ces personnes « d'un rare mérite, et je pense que cet hôpital sera bien entre ses mains.” L'abbé de l'Isle-Dieu ajoute : ‘La Dame d’Youville me fait envisager que si la cour voulait lui accorder des Lettres patentes pour la petite communauté de Filles de Piété qu’elle a formées au service des pauvres et au soulagement des malades, elle est sûre de rassembler 8,000 francs qu’elle m’enverra bientôt pour acquitter les dettes de lhôpital...Elle ajoutera l'instruction au soulagement des pauvres, le soin des femmes à celui des hommes, par conséquent le soulagement des deux sexes. Cette nouvelle petite communauté se consacrerait non seulement à l'instruction des filles, mais à retirer du libertinage les personnes de mauvaise vie, sans que le temps et les soins qu'elles y donneraient fissent aucun tort au soulagement des pauvres malades...”

Ailleurs, il s'occupe des ursulines de la Nouvelle-Orléans : ‘ Elles me demandent, dit-il encore à M. Rouillé, de leur faire l’emplette de livres pour leurs écoles, comme des alphabets, des psaumes, des livres français pour apprendre à lire à leurs pensionnaires, externes et négresses,! quelques livres de piété et surtout des heures, dont elles prétendent qu’aucun marchand ne porte dans la colonie : aussi prétendent-elles qu'il ne s’en trouve plus et que tout le monde en manque. Elles n’y ont pas, non plus, de catéchismes pour l'instruction des enfants: ainsi il est difficile qu’elle soit uniforme.

« J'avais eu le dessein de leur en faire ou d’en adopter un tout fait en France, en prenant la précaution de faire imprimer en tête un mandement par forme d'instruction propre à la colonie, et que je n’aurais fait partir qu'après vous l'avoir communiqué pour le faire examiner par qui vous auriez jugé à propos, monsieur ; mais les circonstances de la œuerre ont dérangé ce projet, que mes mauvais yeux auraient présentement (1746) peine à exécuter.

« A l'égard des livres que demande la supérieure des Ursulines de la Nouvelle-Orléans, je les crois très nécessaires, et je voudrais de tout mon cœur pouvoir en faire un présent à la colonie ; mais l’état actuel de mes affaires ne me le permet pas. Je leur en avais fait en 1746 une petite pacotille, qui montait à 150 frs, Le tout à été perdu avec mes lettres. Si j'avais actuellement une vingtaine de pistoles, dont la cour voulût bien gratitier cette maison, je recommencerais sur nouveaux frais, en y ajoutant

1 L'esclavage était alors généralement admis dans le sud de l'Amérique du Nord : & Les ursulines de la Nouvelle-Orléans ont été obligées d'acheter 24 testes de Nègres pour le prix de 30,000 francs.” (Lettre de l'abbé de l’Isle-Dieu à M, Rouillé, 1746.)

ce que je pourrais quêter d’ailleurs ; mais les temps et les circonstances m'empêchent de rien demander...”

Et puis, après la capitulation de Louisbourg, en 1758, et la cession à l'Angleterre des possessions françaises dans le golfe Saint-Laurent, quel intérêt ne montre-t:1l pas aux pauvres missionnaires qui desservaient cette contrée! Il envoie au duc de RUN Eu un “Tableau sommaire des missionnaires séculiers qui étaient à l’île Royale et à Louisbourg, sa capitale, à l’île Saint-Jean et au port Lajoye, son fort, à l’Acadie française et anglaise et à la rivière Saint-Jean”, il lui expose “ ce qu'ils sont devenus” et le supplie de leur faire tenir “ce qui peut leur être actuellement dû des pensions que la cour leur faisait à chacun dans leurs postes”. Il s'intéresse spécialement aux pauvres religieuses de la congrégation de Notre-Dame : “ Je ne puis m'empêcher, dit-il, de supplier M£ le duc de Choiseul de jeter un coup d'œil de compassion sur les trois pauvres filles de la congrégation de Louisbourg, qui sont actuellement à La Rochelle, et à qui M. Berryer (faute de fonds) ne put fixer qu'une pension de 260 f" à chacune, dont sûrement elles ne peuvent subsister et fournir à leur entretien!,”

L'abbé de l’Isle-Dieu inclinait toujours vers les mesures de conciliation, de préférence à celles de rigueur. [1 raconte lui-même à M. Rouillé ce qu'il fit, à l’occasion des grands désordres causés en Acadie par l’eaude-vie que ‘‘les Anglais s'étaient imaginés de distribuer et de verser aux Sauvages” en 1736 et 1737 :

‘Sur les plaintes, dit:il, qui en vinrent à la cour de la part des missionnaires, et dans une circonstance où M. Dosquet, évêque de Québec, était à Paris, M. le cardinal de Fleury, premier ministre, parut désirer que l’abbé de l’Isle-Dieu, en qualité de vicaire général de tout le diocèse, eût recours aux censures de l’Eglise, et qu'il portât une excommunication encourue par le fait contre ceux qui distribuaient de l’eau-de-vie aux Sauvages qui en boiraient avec excès.?

L'abbé de l’Isle-Dieu prévoyant bien que cette voie ne réussirait pas vis-à-vis des Anglais, et que la peine canonique pourrait irriter les Sauvages, et non pas les retenir, s’imagina de recourir à la voie de douceur et de persuasion. |

‘Il écrivit une lettre circulaire en forme d’[nstruction pastorale, qui fut traduite en langue micmaque et expliquée aux Sauvages par les missionnaires. Le nom et les ordres du Roy qu'on y fit entrer, l'intérêt que Sa Majesté prenait à leur conservation, l'esprit de religion et de subordination que peu à peu on fit revivre en eux, l'horreur qu’on leur donna pour l’état où les réduisait cette liqueur... toutes ces réflexions réunies et toutes ces raisons comprises et combinées par les chefs des Sauvages, chan-

1 Lettre de l’abbé de l’Isle-Dieu à M. Rouillé, 1746.

2 Ilest à noter que le cardinal de Fleury, près d’un siècle Bprée ME" de Laval, proposait, lui aussi, d'employer les censures de l'Eglise pour arrêter la traite de l’eaude-vie.

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