‹ Encore le P. de Bonnéchamps 1707-1790Chapitre 3 sur 4 · GOSSELIN | ENCORE LE P. DE BONNÉCAMEPS · texte numérisé non relu

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gèrent tout à coup leurs idées et réprimèrent l’avidité qu’ils avaient pour l'eau-de-vie, dont ils ne voulurent plus user que pour la nécessité.

6 On vit renaître en eux le respect pour la religion, la déférence aux avis de leurs missionnaires, leur attachement pour l'Etat et pour le Roi, leur ancienne amitié pour les habitants français, qu’ils ont depuis regardés comme leurs frères, dont ils sont devenus les protecteurs et l'appui... On en a vu un exemple dans la prise de Louisbourg, où les Sauvages micmacs ont fait la plus forte et la plus courageuse défense ”.”

La prudence et la sagesse de l’abbé de l’'Isle-Dieu lui faisaient éviter toute ingérence dans la politique : écrivant un jour au cardinal préfet de la propagande: ‘ J'ai toujours eu pour maxime, dit-il, depuis trentesept ans qu’en qualité de vicaire général j'ai eu la correspondance de nos missions françaises dans l'Amérique septentrionale, qu’il ne fallait jamais que nos missionnaires se méêlassent en rien du gouvernement temporel ; et cela m'a toujours très bien réussi aussi bien qu'à eux, grâce à Dieu et à sa divine providence, qui veille toujours efficacement sur et pour ceux qui s'y confient...? ”

Par ses vertus et ses éminentes qualités l'abbé de l’Isle-Dieu s'était acquis l'estime et la confiance de tout le monde. Il jouissait d’une si grande autorité morale, que lorsque la Louisiane fut cédée à l'Espagne par le traité de Paris, on eut recours à lui pour obtenir par son Influence et sa médiation que les colons français acceptassent de bon cœur le nouveau régime, Le secrétaire de l'ambassade espagnole auprès de la cour de France lui écrivit le 25 novembre 1765:

€ Vos conseils, monsieur, et vos lumières, joints à la profonde connaissance que vous avez du pays nous seraient très utiles pour nous mettre en état de faire de la Louisiane une colonie florissante ; et je me flatte que vous ne voudrez pas nous les refuser, connaissant votre honnêteté, votre zèle pour la religion, et votre attachement pour une cour et pour une nation intimement amie de la vôtre, et dont les intérêts et les avantages doivent être à jamais les mêmes..."

Par le traité de Paris (10 février 1763), la France, qui cédait la Louisiane à l'Espagne, céda à la Grande-Bretagne le Canada et toutes ses possessions dans le golfe Saint-Laurent, sauf les petites îles de Saint-Pierre et de Miquelon, qu’elle se réserva pour l'usage de ses pêcheurs.

1 Lettre à M. Rouillé, 1751.

2 Archives du Vatican, Lettre de l’abbé de l'Isle-Dieu au cardinal Castelli, 15 juin 1767.

3 Ibid., Lettre de M. Magallon, secrétaire d’ambassade de la cour d'Espagne, à l'abbé de l’Isle-Dieu, Fontainebleau, 25 nov. 1765.

Si l’on en croit l’abbé de l’Isle-Dieu,' ces petites îles “ n’auraient jamais fait partie de l'évêché de Québec”. Il veut dire sans doute que les évêques de Québec n’eurent Jamais occasion d’y faire acte de juridiction, car leur diocèse comprenait toutes les possessions françaises de l'Amérique septentrionale. Quoi qu’il en soit, sitôt après la cession du Canada à l'Angleterre, les évêques de Québec, devenus sujets anglais, ne pouvant pas communiquer” facilement avec Saint-Pierre et Miquelon, l’abbé de l’Isle-Dieu s’occupa de mettre ces îles en rapport avec le saint-siège. Bon nombre de Français et surtout beaucoup de familles acadiennes allaient s’y établir : il fallait leur procurer des secours spirituels. Il réussit à faire nommer un préfet et un vice-préfet apostoliques pour les îles Saint-Pierre et Miquelon.

Mais quelle ne fut pas sa surprise d'apprendre que la cour de France l’avait devancé, et que deux jésuites étaient déjà rendus sur ces îles, n'ayant d’ailleurs d’autre juridiction que les pouvoirs qu'ils avaient pris, en partant, de l'évêque de La Rochelle. Ces deux jésuites n'étaient autres que le P. Ardilliers, et notre P. de Bonnécamps lui-même, qui, privé du droit d'enseigner les mathématiques en France, n'avait pas voulu laisser échapper l’occasion qui se présentait de travailler au saint ministère. L’abbé de l’Isle-Dieu se hâta de leur écrire pour avoir des explications.

Nous n’avons pas sa lettre ; mais nous avons la réponse du P. de Bonnécamps : ce document, que nous croyons absolument inédit, peint bien le caractère de l’homme, et la situation un peu étrange que ces deux religieux s'était faite aux îles. Il est curieux de voir se répéter ainsi, après cent ans d'intervalle, la fameuse question de la juridiction de l'archevêque de Rouen.

Voici la lettre du P. de Bonnécamps à l’abbé de l’Isle-Dieu :

“ À l'Isle Saint-Pierre, 15 juin 1766. Monsieur, M. l’abbé Ardilliers. aumônier du Roy, faisant les fonctions de curé à Miquelon, m'a communiqué la lettre que vous lui avez fait l'honneur de lui écrire. Tout y respire le zèle dont vous êtes enflammé pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, tout démontre un digne ministre du Seigneur. Mais, permettez-moi de vous le dire, il paraît que vous êtes mal informé de ce qui se passe dans nos îles par rapport à la religion et à l’administration des sacrements. L'île Saint-Pierre, non plus que celle de Miquelon, n’est point privée de pasteur, et l’on y a érigé un temple très décent, où les fidèles ont la consolation d'assister tous les jours, quand ils le peuvent, à la célébration du saint sacrifice de nos autels.

“ A vous parler franchement, j'ai été dans la dernière surprise quand j'ai lu dans votre lettre que les habitants de cette île étaient sans guide et sans ministre pour les conduire dans les voies du salut et les faire participer aux grâces attachées à la réception de nos augustes sacrements. En effet, j'ai tâché jusqu'à présent de remplir autant qu'il est en moi tous

1 Voir sa lettre au cardinal préfet de la propagande, du 21 juillet 1766, citée plus loin.

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les devoirs d’un bon pasteur. Si j'ai eu le malheur d’y manquer, comme cela peut être, ça toujours été contre ma volonté, et non jamais sans repentir et sans regret.

Quant à la juridiction que nous avons ici sur les consciences, nous la tenons de ME l’évêque de La Rochelle, ! dans l'évêché duquel s’est fait notre embarquement, Etait-il en droit de nous la donner ? Il paraît qu'oui ; du moins M. de Menou, grand vicaire de La Rochelle l’assure dans une lettre qu'il écrit à M. Couturier, supérieur général de Saint- Sulpice. Une telle assurance fait notre confiance, et doit suspendre vos alarmes. D'ailleurs, monsieur, nous Croyez-vous, mon confrère et moi, assez téméraires pour nous ingérer dans le ministère sans être envoyés par ceux à qui seuls il appartient de le faire ? Ce n’est pas nous rendre la justice que, j'ose le dire, nous méritons ; c’est nous prendre, passez-moi cette expression, pour des aventuriers, où du moins pour des ignorants qui ne connaissent pas la hiérarchie ecclésiastique, ni la dépendance où sont les ministres du second ordre pour l'exercice de leurs fonctions. On la connaissait parfaitement, cette dépendance, dans le corps qu’on vient de détruire en France, et dont nous étions membres, M. Ardilliers et moi ; on ne peut donc pas nous soupçonner de ne l’avoir pas connue, et encore moins d’avoir voulu nous y soustraire, ne pouvant le faire qu'aux dépens de nos consciences et de celles du peuple confiées à nos soins.

“ Si nous n'avons pas eu recours à vous pour obtenir l'approbation dont nous avions besoin, vous ne devez pas en être surpris. Nousn’avons ni l’un ni l’autre l'honneur de vous connaître. Au surplus, quand même nous eussions su que feu M* de Pontbriand, évêque de Québec, vous avait nommé son grand vicaire pour les missions répandues dans toute l'étendue de son diocèse, nous ne nous fussions pas crus obligés de recourir à vous, vos pouvoirs de grand vicaire ayant dû cesser à la mort de ce prélat. |

“ Enfin, ce qui doit pleinement justifier notre conduite, c'est que nous nous sommes adressés à un évêque ‘ qui savait où nous allions et pourquoi nous y allions, et qui en conséquence nous a munis de tous les pouvoirs nécessaires pour faire le bien spirituel des âmes dont la cour nous avait chargé. Dira-t-on qu'il s’est arrogé un droit qu’il n'avait pas? Le dira qui voudra: pour moi, je ne serai jamais assez téméraire pour le dire ni pour le penser. Parlons ingénuement : on a voulu nous déplacer ; et pour y réussir on à supposé l’illégitimité de notre mission : une ambassade partie

1 L’évêque de La Rochelle, à cette date, était Augustin de Menou de Charnisay, Il avait d’abord été grand vicaire de Chartres : il fut nommé évêque de La Rochelle au mois d'octobre 1729 et consacré le 10 septembre 1730.

2 Probablement parent, peut-être même le frère de l’évêque.

3 Ma de Pontbriand mourut à Montréal le8 juin 1760, âgé de 51 ans, et fut inhumé dans l’église paroissiale de Notre-Dame.

4 L’évêque de La Rochelle, mentionné précédemment.

Sec. I, 1897. 8.

d'ici a formé le nœud de toute cette intrigue. Pour tout dire en un mot, on vous en à imposé, et pour vous mieux tromper, l’imposture a pris le masque de la religion.

‘J'ai l'honneur d’être, monsieur, avec un profond respect, votre, etc. DE BONNÉCAMPS.”

Inutile d’insister sur les malentendus, les quiproquos, les sophismes dont est tissue cette lettre.

Après l'avoir reçue, l’abbé de l’'Ile-Dieu, toujours calme et maître de lui-même, en fit une copie pour la propagande : puis il écrivit au cardinal préfet. Nous citerons sa lettre qui fait ressortir d’une manière frappante les qualités de sagesse, de prudence et de charité, que nous avons déjà admirées en lui; elle nous montre aussi plus nettement encore la situation fausse de nos deux jésuites aux îles Saint-Pierre et Miquelon :

“ Paris, 21 juillet 1766. Monseigneur, Je crois devoir rappeler à Votre Eminence un article dont j'ai déjà pris la liberté de lui parler et sur lequel je lui ai communiqué les mesures que j'avais prises pour remédier à un abus qui s’est introduit dans deux petites îles de l'Amérique septentrionale qui nous sont restées par le traité de Versailles et de Londres.

I] s’agit, monseigneur, des îles Saint-Pierre et Miquelon, habitées partie par des Français que nous y avons envoyés, et partie par des Acadiens qui sy sont réfugiés, après s'être soustraits à la domination anglaise, pour mettre en sûreté leur foi et leur religion.

‘€ J'ai déjà eu l'honneur d'informer Votre Eminence qu'ayant appris que ces deux îles, quoique assez habitées, se trouvaient sans pasteur et sans guide, et par conséquent dépourvues de toute espèce de secours spirituels, et de missionnaires qui eussent les pouvoirs et la juridiction nécessaires pour les leur procurer, J'avais pris la précaution d'obtenir de notre cour la permission de leur envoyer deux missionnaires avec deux brefs de Sa Sainteté, qui m'avaient été remis par Son Excellence M£ le Nonce, l’un de Préfet, et l’autre de Vice-Préfet apostoliques.

‘6 J'ai déjà pris la liberté de rendre compte à Votre Eminence du sort de ces deux missionnaires, qui, partis d’un de nos ports de France, dès le 28 juillet 1765, n’ont pu arriver à leur destination, et qui après une navigation de plus de quatre mois, la plus pénible et la plus dangereuse, ont été obligés de relâcher à la Martinique, l’une des îles Antilles du sud de l'Amérique septentrionale, où ils ont séjourné quarante jours, et d’où ils ont été obligés de repasser en France, faute de vaisseaux qui pussent les transporter et les rendre à leur première destination.

‘ J'ai également rendu compte à Votre Eminence du sort d’un de ces deux missionnaires, qui le 22 janvier dernier est mort sous voiles, de fatigue et de maladie, dans sa traversée de la Martinique en France.

‘Quant au second, sa santé a souffert au point qu'il est hors d'état de souffrir la mer, et de repasser cette année aux îles dont il s'agit, quel-

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que envie qu’il me paraisse avoir de se consacrer de nouveau à l’œuvre de nos missions, quoiqu'il y ait déjà plus de vingt-cinq ans qu'il en supporte et soutient les travaux et les fatigues.

‘Au défaut de ces deux missionnaires, je ne me suis point rebuté, monseigneur ; j'ai trouvé deux autres missionnaires, et J'étais prêt à supplier Son Excellence M® le Nonce de vouloir bien leur délivrer les deux derniers brefs de Préfet et de Vice-Préfet apostoliques que Sa Sainteté a bien voulu nous accorder; mais je me suis trouvé arrêté par les dernières lettres que je viens de recevoir des îles Saint-Pierre et Miquelon, et dont j'ai cru devoir adresser copie à Votre Eminence, du moins de celle qui m'a paru la plus intéressante, et qui fera mieux voir à Votre Eminence le risque qu'il y aurait à exposer ces deux îles au scandale d’un débat et d’un conflit de juridiction qui ne pourraient qu'en malédifier les habitants et y porter le trouble et l'inquiétude sur la validité des mariages contractés et des sacrements reçus; et j'ai d'autant moins osé risquer de faire partir cette année deux missionnaires munis des pouvoirs et de la juridiction du Saint-Siège pour les deux îles dont il s’agit, que les deux qui y sont se croient en droit d'y exercer leurs fonctions, sur le prétexte qu’en partant de France ils ont été approuvés par M l’évêque de La Rochelle: comme si sa juridiction pouvait s'étendre sur un territoire qui n’est d'aucun diocèse et qui n’a jamais fait partie du sien.

“]] est vrai, monseigneur, qu'il est d'usage en France que les évêques du lieu de l’embarquement approuvent les missionnaires qui partent, mais pour la traversée seulement ; et les pouvoirs qu'ils donnent cessent dès que le missionnaire a débarqué dans le port de la colonie pour laquelle il est destiné ; et ce même missionnaire est obligé de prendre de nouveaux pouvoirs de l'Ordinaire ou du premier de ses grands vicaires.

“ D'ailleurs, monseigneur, les deux îles dont il s’agit n’ont jamais fait partie de l'évêché de Québec; n’y pouvant plus communiquer, d'autant qu’elles appartiennent à la France, elles tombent de droit commun sous la juridiction directe et immédiate du saint-siège. Ainsi je pense que le missionnaire qui m'écrit peut être dans la bonne foi, mais qu'il est dans l'erreur, faute de connaître la matière dont il me parle; car quoiqu'il dise ne me pas connaître, il ne m'est point du tout inconnu, et Je sais que c’est un fort honnête homme, qui à été ci-devant au collège des jésuites de Québec, et membre de la Société des Jésuites avant leur dissolution en France. Je le crois de plus très bon mathématicien, mais peu versé sur ce qui regarde la discipline ecclésiastique et la juridiction gracieuse et coutentieuse de l’épiscopat ; et cela m'a fait croire ou du moins soupçonner qu'il n’en serait UE être que plus attaché à son opinion.

“ D'ailleurs, il m'a paru par les différentes lettres qui m'ont été écrites et que je viens de recevoir des puissances temporelles des deux susdites îles, qu'on y était disposé à soutenir la validité des pouvoirs des deux missionnaires qui y sont actuellement; et j'en suis d'autant moins surpris

que les gens du monde entendent peu ou mal, pour l'ordinaire, l’ordre et la subordination de la hiérarchie ecclésiastique : d’où je conclus qu'il n’y aurait aucune sûreté, et qu'il y aurait au contraire du danger à s’en rapporter à leur préjugé. Mais je conçois en même temps que les précautions à prendre sur un pareil abus, et pour y remédier efficacement et sans éclat, demandent beaucoup de prudence et de circonspection.

“ Pour cela, monseigneur, et après en avoir conféré avec ME le Nonce, j'ai cru devoir d’abord en informer le Ministère de notre cour, et le prévenir de lirrégularité d’un pareil gouvernement du spirituel des deux îles dont il s’agit, afin qu'il pût et voulût bien dissuader les puissances à qui le gouvernement temporel en est confié, des préjugés dans lesquels ils pourraient être sur cela, au préjudice de la légitimité des mariages contractés, et de la validité des autres sacrements administrés, faute d'approbation et de pouvoirs valides et suffisants pour mettre leurs deux missionnaires qui desservent actuellement ces deux colonies en état et à portée d’y exercer validement les fonctions de leur ministère.

# Par là, monseigneur, nous éviterons un éclat qui sûrement porterait l’alarme ou du moins l'inquiétude dans les consciences des habitants, qui les uns se persuaderaient aisément qu'ils ont reçu indignement les sacrements, et par des ministres qui n'avaient ni le droit ni la faculté de les leur conférer, et les autres, qu'ils n’ont pas licitement contracté, et qu'ils peuvent annuller les mariages qu’ils ont faits et enlever par là aux enfants qui en sont issus leur état naturel et civil: et ce sont, monseigneur, ces différents inconvénients que je supplie Votre Eminence de vouloir bien non-seulement prendre en considération, mais auxquels j'imagine quil convient de remédier incessamment par la voie la plus simple et qui fera moins d'éclat, pour ne pas alarmer les consciences, et ne pas donner lieu à. la dissolution de mariages contractés de bonne foi et dans la persuasion qu'ils étaient valides.

‘Au surplus, monseigneur, je suis bien éloigné de rien proposer sur cela, en fait de moyens, à Votre Eminence. Je dois m’en rapporter à ce qu'elle en décidera. Mais indépendamment de mon respect pour le saintsiège, je crois qu'il serait fort dangereux que les différents missionnaires qui se destinent à ces colonies, qui ne dépendent ni d'un évêque en titre, ni d’un vicaire apostolique évêque ïn partibus, crussent et fussent dans la persuasion qu'il leur sufit pour exercer validement et licitement les fonctions de leur ministère, d’être approuvés par les Ordinaires du lieu de leur embarquement, d'autant que pouvant partir de différents ports du Royaume, ils se trouveraient approuvés par différents Ordinaires, ils se croiraient tous indépendants les uns des autres, et il n’y aurait jamais parmi eux ni autorité reconnue ni subordination pratiquée.

‘Quant aux deux missionnaires qui sont actuellement aux îles Saint- Pierre et Miquelon, je les crois deux fort bons prêtres, très réguliers et remplis de zèle; mais comme je ne reconnais celui qui m'écrit, et dont

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j'adresse la lettre à Votre Eminence, du moins la copie, que par le bien qui m'en est revenu et les bons témoignages qui m'en ont été rendus ; et que, quant au second, je ne le reconnais point du tout; je ne prendrai point sur mon compte de leur adresser les deux brefs de Sa Sainteté, dont Son Excellence M® le Nonce est dépositaire ; et plus Elle a la bonté de s'en rapporter à moi sur le choix des sujets qui doivent être revêtus de ses pouvoirs immédiats, moins je prendrai sur mon compte d'en proposer aueun dont je ne sois aussi sûr que de moi-même. Ainsi, j’attendrai sur cela les ordres de Votre Eminence, monseigneur, et je ne prendrai aucun parti que je ne les aie reçus... Je suis, etc, L'abbé de l’Esle-Dieu.”

L'abbé de lIsle- Dieu réussit à trouver deux missionnaires pour les îles Saint-Pierre et Miquelon, MM. Pinabel et Paradis. Le nonce leur remit Jui-même les brefs de Sa Sainteté les constituant respectivement préfet et vice-préfet apostoliques. Mais ils n'avaient pas, comme M. Perreault, préfet de la Martinique, la faculté d'approuver d’autres prêtres pour leur venir en aide, L'abbé de l’'Isle-Dieu aurait voulu que ce pouvoir leur fût accordé : ils auraient pu ainsi donner la juridiction aux deux jésuites qui desservaient déjà les îles : la population de Saint-Pierre et Miquelon augmentait par le nombre d’Acadiens qui s’y réfugiaient: “Ce qu'il y a encore d’'Acadiens en Acadie, sous le gouvernement: anglais, écrit l’abbé de lfsle- Dieu, essaie continuellement de se soustraire à une domination protestante, pour mettre leur foi et leur religion en sûreté, et ne sont ni intimidés par les risques qu’ils courent, ni retenus par les promesses et les offres qu'on leur fait.” Il nous apprend, dans une autre lettre, que près de deux cents Acadiens se réfugièrent à Saint-Pierre et Miquelon vers la fin de 1766.

1 Archives du Vatican, Lettre de l’abbé de l’Isle-Dieu au card. Castelli, Paris, 6 oct. 1766.

2 Ibid. Lettre du même au même, Paris, 9 fév. 1767.—Tout ce qui regarde l’infortunée population acadienne est digne d’intérêc. Nous lisons dans une autre lettre dé l'abbé de l’Isle-Dieu, en date du 24 août 1767 : ‘ Votre Eminence verra, par le petit mémoire ci-joint, que nous avons déjà établi 78 familles (d’Acadiens) dans le diocèse de Vannes: mais il nous en reste encore de 5 à 600, c’est-à-dire plus de 3,000 habitants, que la cour et le ministère se disposent à établir en différentes provinces du Royaume, et s’il est possible, dans une seule et même, en leur donnant des terres incultes et non habitées, et les secours d’encouragement et de moyens de facultés pour s'y établir....

‘ Nous allons faire incessament la transmigration et la réunion de 5 à 600 familles sur les terres qui vont leur être destinées, dans la vue d'en faire et d’en reformer en France une nouvelle petite Acadie, j'ai pensé dire une nouvelle église de Jérusalem, car ils y vivaient comme les premiers chrétiens de la primitive Eglise. Et c’est là, monseigneur, ce qui serait capable de me faire verser des larmes de sang sur leur état actuel ou du moins ce qui me fait désirer si ardemment de pouvoir les rassembler de façon à ne faire plus pour ainsi dire qu'une seule famille, et de pouvoir leur procurer de dignes ministres qui les rappellent à leur premier esprit de religion et de piété...”

MM. Pinabel et Paradis ne purent se rendre à leur poste en 1766. Au printemps de 1767, M. Julien Becquet fut substitué comme préfet à M. Pinabel : voici ce que l’abbé de l’Isle-Dieu écrivait à la propagande au sujet du nouveau titulaire :

“M. Julien Becquet, du diocèse de Paris, a été élevé. au séminaire du Saint-Esprit, qui m’a toujours fourni, depuis trente-sept ans, tous les sujets dont j’ai eu besoin pour toutes nos colonies de l'Amérique septentrionale, et est de plus parent du supérieur de cette maison. C’est un excellent sujet à tous égards, du côté du zèle, de la capacité et de l'expérience de notre saint ministère, et qui de plus, et depuis longtemps, cherchait à se dévouer et à se consacrer à l’œuvre de nos missions...”

Puis il ajoutait au sujet des PP. de Bonnécamps et Ardilliers :

“Quant aux deux jésuites, je crois qu’ils n'ont jamais eu d’autre mission pour desservir les deux îles que celle de notre cour, ni d’autre approbation que celle de l’évêque de leur embarquement, et simplement pour leur traversée ; et comme je dois vous parler, monseigneur, avec toute la sincérité qu’exige de moi la confiance dont vous voulez bien m'honorer, j'ai toujours cru apercevoir que l'intention de notre cour était de les faire repasser en France, sous la juridiction de l’Ordinaire du lieu de leur naissance et de leur origine, et je crois de plus qu'ils n’auraient aucun moyen de l’éviter que celui de se rendre à Québec dans leur maison qui subsiste encore, et sous la juridiction de l’évêque de Québec.

‘ D'ailleurs, monseigneur, permettez-moi de le représenter à Votre Eminence, de qui tiendraient-ils leurs pouvoirs et la faculté d'exercer les fonctions de leur ministère dans les îles dont il s’agit, dès que les deux Préfet et Vice-Préfet apostoliques que le saint-siège y a nommés ne peuvent y associer que des ecclésiastiques directement approuvés par Sa Sainteté ?

& Dira-t-on qu'ils le sont de droit par les pouvoirs communicatifs que Sa Sainteté a accordés à leur général, et que leur premier supérieur majeur régulier a pu, de droit, leur communiquer ? Ce serait réveiller contre eux les dispositions peu favorables de notre cour et l’animosité de toutes les cours souveraines du Royaume contre ce saint institut, dont l'abolition nous laisse à tous égards un grand vide, sur lequel il ne nous reste, à nous autres petits particuliers, que la ressource d’en gémir devant Dieu, dès que nous ne pouvons y remédier...” ?

I] est probable que les deux préfet et vice-préfet de Saint-Pierre et Miquelon furent autorisés à s’adjoindre d’autres missionnaires, car l’abbé de l'Isle-Dieu écrivait encore à la propagande quelques mois plus tard : “ Je leur ai recommandé d’avoir beaucoup d’égards et de considération pour eux (les PP. de Bonnécamps et Ardilliers), comme de ne faire aucune difficulté de les approuver, si le besoin le requérait, mais de ne le

1 Archives du Vatican, Lettre de l’abbé de l’Isle-Dieu au cardinal préfet de la propagande, Paris, 6 avril 1767.

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