‹ Encore les femmes (volume 3)Chapitre 6 sur 39 · DEFENSE DE L'AMOUR · texte numérisé non relu

DEFENSE DE L'AMOUR

Ah 1 moQsieqr TattorBey général, '^çetmUHmùi da vous tendre )a main par-dessus le 4étroit qui sé*^ pare l'Angleterre du continent» — Va»« m'avez prû^ curé une double satisfaction, monsieur T^ttorney géné-^ rai : la première^ c'est de me faire lire de bonnes choses bien dites ; la seconde, c'est de me donner de nouveau! arguments, de nouvelles munitions pour une des nom^ ))reuses guerres que je fais depuis longtempSt

Un monsieur Carden avait envie d'épouser une miss Arbuthnot, riche héritière, r- que je supposa extrê^ mement jolie, ne trouvant a qe ^ujet aucun renseigOie^ ment dans les journaux qui se sont occupés de l'affalris. Uioni^ieur Carden demanda « la mm » de mm Ax^

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buthnot, il était dans son droit; mademoiselle Ârbuthnot refusa « sa main, » elle était dans le sien.

S'il est un trope honnête et nullement MoKn^r, c*est celui qui fait que Ton demande « la main » d*une personne que Ton veut épouser. — <]!e qui m'étonne, c'est qu'il ne se soit pas rencontré des précieux et des précieuses pour enchérir sur cette expression, et demander seulement « le doigt » auquel on passe l'anneau de mariage.

Mais ce n'était pas monsieur Carden qui aurait raffiné ainsi.

Monsieur Carden, avec quelques aiSdés, attendit mademoiselle Arbuthnot à la sortie de l'église. On coupa, à coups de serpe, les traits des chevaux qui traînaient la voiture où miss Arbuthnot était avec ses deux sœurs et une amie, miss Linden. Monsieur Carden, armé d'un fouet, empoigna miss Louisa Arbuthnot, mais il trouva une vive résistance. Quelque horreur qu'inspire une violence amoureuse à la personne qui en est l'objet, il est à remarquer qu'elle en inspire encore davantage aux femmes à qui elle n'est point faite. Ainsi qu'on Ta vu dernièrement dans un procès correctionnel auprès de Paris , un jeune soldat embrassa malgré elle une blanchisseuse ; celle-ci se contenta de lui donner un soufiQet ; mais ses corn-

pagnes ne pardonnèrent pas aussi bien la double offense qu*on leur faisait en embrassant leur amie et en

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ne leur donnant pas h elles-mêmes Toccasion de mon-

I trer avec quelle vertu vigoureuse elles repousseraient une pareille attaque : elles assommèrent plus d*à moi- ^ tié le pauvre soldat à coups de battoirs, et on Farra- ^ cha tout meurtri de leurs mains vengeresses. ^ I Miss Linden, amie de mademoiselle Arbulhnot, appliqua au ravisseur, de sa main délicate, un coup de poing si correct, si bien asséné , que le « sang jaillit du nez de monsieur Carden. »

On n'enseigne pas assez à boxer aux filles. « Une lutte dans toutes les formes s'établit entre miss Linden et monsieur Carden, » dit monsieur Tattorney général, mais monsieur Carden fut vainqueur; il arracha mademoiselle Linden de la voiture et la jeta par terre. — Il allait ressaisir miss Louisa, lorsque miss Arbuthnot rainée prit la place de miss Linden. Monsieur Carden l'arracha à son tour de la voiture, mais elle ne lâcha pas prise, et les deux combattants roulèrent dans la poussière.— Pendant ce temps, deux braves gens survinrent,— deux hommes du peuple, Magrath et Gmithwick, le second, berger, — qui, sans hésiter, engagèrent la lutte contre six hommes armés.— Monsieur Carden, très-rossé par le berger Gmithwick, s'enfuit

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eû criant au seeour s. Ces cris attirèrent un officier de police, qui Farréta. Monsieur Carden fut ensuite mis en jugement et risquait fort d*être pendu, d*après la loi anglaise, qui ne badine jamais sur les questions de liberté individuelle.

On a attribué à une grande faveur et à cent causes diverses « le bonheur » qu*a eu monsieur Carden d*en être quitte pour deux ans de prison avec travail

J'en arrive à ce qui m*a touché d'une si vive sympathie pour monsieur l'attorney général.

« Quelques fous, dit-il, parlent d'indulgence pour monsieur Carden, en attribuant à Tamour les excès de Faccusé ; c'est prostituer le nom de Famour : Far mour est un sentiment noble et n'emploie {>as de pa« reils moyens. »

Oui, monsieur Fattornéy général, je vous demande la permission de vous tendre et de vous serrer la main ; je maintiens qu'il n'y a pas de magistrat sur le continent qui eût osé prononcer ces paroles, tant est grande la puissance du préjugé qui empèse outre mesure le rabat de la magistrature continentale.

Et c'est un membre d'une magistrature qui a con- 8a*vé Fenorme perruque, sans laquelle on ne peut' plaider ni |uger en Angleterre, qui devait^ ô magistrats

éfâ atftneè pays ! vous donner œt exempte de véritable simplicité \

Voyons, de bonne foi, -^ est-tl bien rassurant de voir des magistrats feindre de ne pas connaître les passions, et entre les passions ceQe qui est réellement la plus grande, la plus noble, la plus puissante sur les âmes fortes et les esprits élevés?

Le magistrat ne dolt-il pas, afin de tempérer la se- Térité de ses sentiments, et donner toute garantie k l'accusé, dire avec le poète comique: « Je sufe homme, et rien de ce qui appartient S l'humanité ne m'est étrange. » Homo 9îm , et nihil kumani à me alienum puto.

Je maintiens que des anges seraient des juges absérdes e! incapables de juger des hommes. Je con^ nais quelques magistrats, et ils ont certainement trop d'esprit pour penser aussi mal de l'amour qu'ils en parlent à l'audience quand l'occasion s'en présente ; mais ils obéissent au préjugé, à^la pruderie publique ; ils s'étudient à chercher des périphrases dédaigneuses, à afficher une horreur extrême pour l'amour, qu'ils n'osent jamais nommer qu'en accolant à son nom quelque épithète fâcheuse.

Tou^ les passions malsaines, égoïstes ou bètes, l'ambitioDi l'avarice» l'avidité, en les cite sans haint

et sans colère ; mais Famour, la seule passion qui cherche son bonheur dans celui d*un autre, Tamour qui grandit l'homme au-dessus de Thumanilé, on semble n'oser y toucher qu'avec des pincettes. Rien n'égale la moue dédaigneuse et Tair dégoûté d'un jeune substitut ayant à parler de l'amour.

Ce que je dis là n'est pas un jeu d'esprit, ni un paradoxe de romancier; il est évident que le magistrat, que le juge n'a rien à perdre à se montrer humain dans le sens que j'ai adopté plus haut, c'est-à-dire à manifester qu'il voit, qu'il sent, qu'il comprend.

Attaquez la débauche, mais reconnaissez et respectez l'amour.

L'opposé de la débauche, ce n'est pas la pruderie, ce n'est pas l'austérité, ce n'est pas l'abstinence : c'est l'amour.

L'amour, c'est ce que Dieu a cr^é le soir du septième jour, après tout le reste, pour donner le mouvement et la vie à son œuvre.

Faites régner l'amour dans les âmes, — je parle de l'amour, « ce sentiment noble, » comme l'appelle avec tant de haute raison monsieur l'altorney général, — et vous aurez moins de crimes à punir, — surtout de crimes bas et honteux comme les font faire l'avarice et l'ambition.

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Pourquoi celte hypocrisie, aussitôt que Von est plus de quatre assemblés, de parler de Tamour avec ce dédain et ces mines rechignées ?

Pas plus que vous je n'esîime cette horde dépassions bêtes et infimes qui usurpent le nom de Tamour. Le plaisir médiocre qu'éprouvent des gens avinés à boire et à manger, le soir, avec les beautés vénales, n'est pas de lamour.

Ce que j'appelle l'amour, c'est ce sentiment qui vous rend pour vous-môme un juge si sévère , qui vous (ait penser que vous ne serez jamais assez grand, assez noble, assez brave, assez désintéressé, assez dévoué, pour mériter que deux yeux s*arrôtent sur vous un instant.

L'amour, c'est le parfum de Tàme qui s'épanouit.

C'est l'amour qui vous donne le désir et la force de construire et d'embellir un siège sur lequel on ait en- Tie de s'asseoir auprès de vous.

C'est l'amour seul qui vous fait pauvre avec orgueil et remplit votre vie de bonheurs gratuits.

MEIVUS PROPOS

Je remercie beaucoup M. N. F..., qui me met à même de réparer une injustice, et de ne pas ressembler à quelqu'un que je signalais il y a queLjue temps, qui ne lient que les serments des autres et ne répare que les injustices d'autrui.

J'avais écrit, à propos du procès de monsieur Carden, que pas un magistrat sur le continent n'aurait osé parler de l'amour en termes nobles et élevés comme avait fait monsieur Fattorney général qui portait la parole dans celte affaire.

On me rappelle que, à la cour d'assises de Paris, dans le procès de l'assassin Poulmann, le président, dont je regrette de ne pas savoir le nom, s'écria, en parlant à la fille Simonin, mêlée à cette affaire :

« Ne profanez pas ainsi le nom de Tamour ; ce n'est pas Taniour qui vous a liée à cet homme. Que peut-il y avoir entre vous et ce noble sentiment? »

J'ai retrouvé, dans un livre imprimé en 4 640 et rapporté à une princesse ou duchesse de Toscane, un mot cruellement et injustement attribué depuis à Marie- Antoinette : « Si le peuple n'a pas de pain, qu'il mange de la brioche. »

Ce mot, d'ailleurs, prouverait plus d'ignorance que de dureté. Il est des gens qui, nés dans l'aisance, croient que le repas suit l'appétit, comme le 3ommeil suit l'envie de dormir. C'est à une erreur de ce genre, sans aucun doute, qu'il faut attribuer uu abus que me signale M. C, juge, que je remercie très-cordialement de m'avoir pris pour secrétaire, et je lui pardonne de m'appeler Kaar depuis trente ans.

Je suis convaincu que cet abus aussitôt signale II l'administration, mourra de lui-même, comme les crapauds meurent au soleil.

On a créé à l'administration des postes, un certain nombre de places, réservées aux femmes et Qlle$ des miciens employés de l'État, morts avant l'âge de Is retraite ; — à la plupart de ces places, il n'est alIecM qu'un traitement de 600 francs, et ces 600 fr. son

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bien gagnés. — En général, en France, on est trèsexigeant pour les petites places, et très-indulgent pour les grosses.

On ne peut se figurer Ténorme travail imposé h ces pauvres protégées et privilégiées. Elles n'ont pas deux heures de repos par jour, et celles qui se trouvent sur la ligne d*un chemin de fer sont obligées de se relever une ou deux fois chaque nuit.

On comprend que ces pauvres femmes ne font guère d'économies. Il est rare même que le cautionnement de 600 fr., qui répond de leur gestion leur appartienne, et alors elles ont à payer une différence d'intérêt. Eh bien, un arrêté, pris dans un but d'ordre et de régulsM-ité, vient d'aggraver leur situation, sans j prendre garde. Elles doivent dorénavant faireà TÉtat l'aYance du prix des nouveaux timbres-poste, c'est-àdire d'une somme d*à peu près 150 fr. Trois mois de leurs appointements I

C'est une véritable désolation ; j'aurai soin que ces lignes soient mises sous les yeux de monsieur le directeur des postes, qui trouvera, j'en suis sûr, quelque moyen de concilier l'ordre et 4'bumanité.

Quelques magistrats ne s'aperçoivent pas qu'ils di*

sent quelquefois à Taudience « la dame une telle » ou € la femme une telle » selon que la femme appartient à telle ou telle classe, pauvre ou riche. — C*est une exception fort rare. -^ La plupart des magistrats comprennent tout ce qu'il y a de rigoureusement sacré dans régalité devant la justice.

ou L'AUTEUR PROPOSE

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