DES FILLES Â MARIER
Plusieurs familles de celles qtii ont tous les droits à voir leurs membres exercer les professions libérales, ont placé leurs enfants dans les écoles d'agriculture ; ils en sortiront citoyens utiles et distingués ; mais, dès le commencement de leur carrière, ils trouveront un obstacle qui mérite qu'où s'en occupe.
Il faut que ragriculteur se marie jeune ; il a besoin d'une compagne qui s'associe à ses travaux et soit le charme de sa vie. L'isolement où le place l'exercice de sa belle profession ne met à sa disposition que les heureuses , complètes et sérieuses joies de la famille. Èh bien I Tagriculteur dont nous parlons, l'agriculteur instruit, dont l'esprit cultivé se sera enrichi de fleurs
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et de fruits, trouvera difficilement ù se marier convenablement.
Si certains bons esprits commencent à voir ce qu'il y a de noble, d'Olevé, d'indépendant dans la profession d'agriculteur, je doute que Ion ait rien fait jusqu'ici pour faire naître et cultiver ces sentiments et ces idées dans l'esprit des femmes. Une jeune fille de la bourgeoisie rêve de devenir la femme, d'abord d'un homme riche, puis d'un médecin, d'un avocat, d'un notaire. Si vous lui parlez d'un agriculteur, elle fera des moues dédaigneuses et ira pleurer dans sa chambre.
De sorte que notre jeune agriculteur n'aura à choisir que parmi les filles qui feraient galerie et tapisserie, cl qui se verront exposées à coiffer sainte Catherine. De sorte que dans l'état actuel des idées, le jeune agriculteur sera considéré comme un «pis-aller, » et ne Tcrra sa recherche accueillie que lorsqu'oji sera sûre de ne plus voir se présenter de notaire, d'avocat ou de médecin, ou môme de riche industriel.
Cela n'est qu'un des côtés et un des points de vue de la question.
Toute jeune fille bien élevée est toute prête à remplir convenablement les fonctions de femme d'un médecin, d'un notaire, d'un avocat, d'un ûégocionl.
Il n'en est piis do môme des fonctions de la femme
d'an agriculteur. Il faut pour les exercer avoir certaines connaissances.
Il faut qu'elle partage les goûts de son mari, qu'elle comprenne la grandeur, la noblesse et l'indépendance de sa profession, et qu'elle en soit fiëre. Il faut qu'elle connaisse les grands et les petits bonheurs decette noble vie des champs, et qu'elle ne la prenne pas pour un exil.
n faudrait ensuite qu'elle fût en état de surveiller une ferme et une nombreuse famille de servantes et de domestiques; qu'elle pût diriger la basse-cour, suppléer son mari pour les ordres à donner dans les absences ou pendant la maladie du maître ; ce qui ne l'empêcherait nullement de dessiner si elle le voulait, et surtout d'avoir son piano , de faire de la musique , de chanter, de lire ; en un mot, d'avoir tous les plaisirs intellectuels.
Mais le jeune agriculteur, qui d'abord aura été pris faute de mieux , non-seulement ne trouvera pas dans sa jeune femme ces connaissances utiles, qu'au besoin il pourrait lui procurer lui-même, mais il ne rencontrera pas le désir de les acquérir. Sa femme , au lieu de lui être un aide et un bonheur, sera un obstacle et nn chagrin.
Los jeunes fxWcé rêvent aujourd'hui la position bi-
zarre et anormale qu*ont les femmes de la classe dite bourgeoise. Les maris travaillent, et les femmes n*ont d'autre souci que de s'habiller, de se déshabiller et de babiller. Elles sont d'une condition supérieure à celle de leurs maris, qui sont des ilotes obligés de travailler et de faire pis pour les entretenir dans un luxe qui est. toujours tellement croissant que Ton abandonne les professions correctes, qui ne peuvent plus nourrir les familles, et que Ton se jette dans un jeu effréné , déguisé sous le nom d'affaires.
Les femmes ont la situation, commode peut-être, mais peu honorable» de jolis animaux que Ton nourrit pour le plaisir des yeux, des ouistitis, des bengalis» ou de petits chiens bichons^ ou pis encore, de filles entretenues.
Or, il n'est pajs dii&cile de remarquer que l'empressement pour les doux nœuds del'hyménée, vieux style, «*en va fort diminuant de la part des hommes, et que, «i elles n'étaient retenues par la bienséance et la fierté, ce serait ,au tour des femmes de t^oigner par leurs |;estes qu'elles manquent de maris, comme les Romains du ballet des Sabines faisaient savoir au public qu'ils manquaient de femmes.
On dit bien encore aux filles, moins qu'aux femmes cependanti parce que celles-ci ne peuvexi t prendre leurs
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admirateurs an mot; on dit bien encore aux filles qu'un de leurs regards vaut toutes les jtnines dé TAustralie , qu'on est prêt à se faire tuer pour un sourire , que baiser le bas de leur robe est un rêve dont on n'ose presque pas imaginer raecomplissement, que Tor n'est rien auprès de leurs cheveux blonds, que les perles sont moins que rien auprès de leurs dents, que leurs yeux bleus ont plus de charmes et surtout plus de prix que les plus belles turquoises, etc.
Mais, par exemple, si la jeune ûlla répondait: «,£h bien ! prenez ces cheveux d'or, ces dents de perle, ces yeux de turquoises, ce sourire à perpétuité, etc. ; prenez cela pour vous seul, prenez-le pour toujours, » on lui dirait : « Minute, mademoiselle^ Combien monsieur votre papa me donnera-t'ii d'argent pour que je consente à entrer en possession de tant de charmes et d'un aussi grand bonheur? :»
£t malheureusement cette avarice masculise, qui lutrefois était une chose honteuse et justement vili* pendée par les poètes^ est devenue aujourd'hui pailaltement raisonnaUe.
En effet, supposons que la jeune fille réplique et dise :
€ Mais \çms partez ffîaintraani ûd richeases ! Qixe parliez-votis doac tout àrbeore de mes dtoveux d'6r« de mes yeux de turquoise» de smien^^^p&rU^ ism
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trésors dont le moindre était, disiez-vous » plus désirable que les mines de l'Australie !
— J'en parlerais volontiers encore , mademoiselle , si vous vouliez bien n'avoir jamais d'autre parure , d'autre or, d'autres perles , d'autres turquoises, que vos cheveux, vos dents et vos yeux. Je consentirais encore à les faire entrer dans le chiffre de la dot, si vous vouliez ne pas promener dans de riches carrosses ces dons précieux de la nature. »
Le monde et le mariage ressembleront bientôt à un bal où il n'y a pas assez de cavaliers.
Triste!
Ce serait donc trouver un débouché que d*élever des femmes pour les agriculteurs, en même temps qu'on commence à élever des agriculteurs intelligents,- savants, distingués;
Lesquels feront de l'agriculture, la plus noble et la
plus indépendante des professions (c'est à dessein que
je me répète], et aussi une des plus lucratives ; une
profession où le nécessaire embrasse une partie du
luxe des autres professions, luxe laborieusement acquis.
Les beaux jardins, les beaux chevaux, une table abondante font partie pour ainsi dire du mobilier nécessaire de l'exploitation.
0 faudrait d'abord inspirer anx jeunes filles le goût de la vie des champs. Pour eelail suffit de la leur faire connaître. Ce n*est que par ignorance qu*on ne préfère pas cette vie à toutes les autres.
n faudrait leur donner certaines connaissancea in-, dispensables ;
Sans négliger les arts d'agrément, surtout la musique, repos, joie et fête de la maison.
: Après tout, supposez qu'une fille élevée ainsi n'épouse pas un de ces heureux, nobles et libres paysans que je rêve et qui vont se réaliser, au pis-aller elle serait pour tout autre mari une bonne ménagère, simple, économe, en même temps qu'une femme modeste, sensée et agréable.
Pourquoi, par exemple, ne donnerait«on pas un peu cette tendance à l'éducation de la maison de Saint- Denis, où sont élevées par l'État les filles des légionnaires?