IMANIEMENT DES ARMES DE' LA MODE" EXERCICE DE LA CANNE ET DU LORGNON
L'homme sauvage porte une massue, le Huron son tomahawk, — Thomme des temps chevaleresques sa grande épée ou sa masse d'armes ; — puis on vient graduellement aux épées de parade et à la canne. — La canne devrait être une arme capable, pendant qu(5 vous êtes robuste, de préserver vous et ceux à qui vous devez protection contre une agression ou un accident, et de vous appuyer lorsque vous êtes vieux. — Eh bien ! non ; la canne est un bijou à tête ciselée 09 garnie en or, en ivoire, en cornahne.
Je n*ai rien contre les belles armes, mais la canne à la node Q*est pas hdj^ canne, -— c*est une badine da
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bois précieux qui se casse comme une porcelaine, et qui ne pourrait défendre sa précieuse poignée.
Vous ne porterez jamais une canne avec la grâce que met une femme qui a de la grâce à porter une ombrelle; d'ailleurs, eussiez-vous celte grâce, elle ne vous siérait pas, au contraire ; mais vous ne la cherchez pas : vous portez des cannes à la mode, et vous les portez comme la mode veut qu'on les porte. — Il y a quelque temps, on portait la pomme apposée sur les dents. Tous les hommes élégants de Paris. et du reste du monde obéissent à ces commandements, comme, un jour de revue, quand on fait manœuvrer dans un vaste terrain de la troupe de ligne et de la garde nationale. Pour la première, au commandement de : € Portez armes ! » il n'y a qu*un bruit, il n'y a {]u"un homme. Les troupes bourgeoises se suivent du plus près possible, souvent même de très-près , mais B'iarnvent que bien rarement à FensemWe.
Eh bien I la mode commande : « La pomme de la canne devant les dente F » — D*un seul mouvement, tous les éléganrfs de Paris portent la pomme de la canne devant tes dents; le reste du monde suit avec plus ou moins de régularité. Tout à coup, la mode reprend : — € Garde à vous t la canne dans la pocbe 1 1 — Et la jeunesse élégante de Paris et du monde met la
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canne et la main qui la porte dans la poche du paletot
Un peu avant ou après, je n^afBrme pas le moment, mais j*aflirme le fait, la mode voulut que le bras s'enlaçât autour de la canne comme le pampre autour du diyrâe, que la canne sortant sous Taisselle, se dressât derrière celui qui la portait, en forme d*éperon.
On fut très-longtemps à faire remarquer qu^ainsi placée, elle commettait de perpétuelles incivilités, et exposait les passants à des dangers sans cesse renaissants; qu'elle renversait les chapeaux, crevait les yeux; que c*étaient là des allures provocantes, bonnes tout au plus quand elle était tomahawk , masse d'aimés , estocade ou dague ; qu'à la rigueur, un bâton de houx, un rotin choisi, un jonc même, pouvaient se permettre ces façons de matamore ou de rai&né ; mais quand on est fragile, il faut être plus modeste, et se réciter de temps en temps le matin, à jeun, avant de sortir, la fable où Lafontaine raconte comment le pot de terre se brisa contre le pot de fer, comme une cruche qull était.
Parlerons-nous du « lorgnon T » — Cêtaît un accèsloire obligé de l'air impertinent, « de Tair froid. »
Un jour la mode a fait un signe, et toute la jeunesse a pris « l'air froidj » — c'est-à-dire qu'il a été dédarê de bon goût de ne laisser paraître par les mouvements
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de la physionomie, ni plaisir, ni peine, ni sensibi* blé, ni bienveillance, ni enthousiasme, ni intelligence» Bi politesse. Cette mode, facile à suivre pour le plus grand nombre, a eu et a encore un succès très-grand. ^ Cela complète pour les élégants Timitation déjà avancée des figures de cire de la montre des coiffeurs : teint blanc et rose, tête creuse, raies correctes entre dos cheveux frisés, bouche rose. — Il ne manquait (jue « Tair froid, » qu'elles ont au plus haut degré. — L'air froid étant adopté, c'est complet, c'est à s'y tromper; il ne reste plus rien à leur prendre, — que leur place.
Pour le lorgnon, la mode a fait un signe, ^ et a dit : € Il sera élégant d'être infirme. »
£t on a adopté la plus triste des infirmités, la cécité à un certain degré. » Certes, c'est aussi étrange que s'il était à la mode de se teindre les cheveux en blanc (ah! pardon, c'a été à la mode], de se faire arracher des dents blanches pour s'en faire mettre des noires, de se faire arracher les cheveux pour être chauve -* ^ça peut venir I).
Mais le lorgnon, c'était si commode : — on voulait avoir rtir impertinent, mais on avait des habitudei
efféminées, mais on avait perdu les traditions chevaleresques, mais on avait remplacé la rapière par la pet:io badine à la tête de cornaline; on pouvait être em l>::rrassé parfois et de son regard et de celui d*u R::tre.
Au moyen du lorgnon, on s*est fait nn regard pos* iiiiie, un regard qui ne cligne passons un regard jus* ichient irrité.
Parlons encore de la mode, puisque les hommes dits élégants lui obéissent comme les femmes.
Je comprends, à la rigueur, Tabsolutisme, — de la mode bien entendu,— dans des circonstances comme cciles-ci : Marie-Antoinette, reine par le rang et par la beauté, imaginait, quand elle travaillait avec mademoiselle Bertin, des parures qui ne tardaient pas à être fort imitées.
En effet, il y a un double charme à penser qu'une îeiume doit une partie de sa beauté à des ornements extérieurs, et qu'on va s'approprier ses ornements.
On comprend la mode de la « couleur des cheveux de la reine. » C'était une très-jolie idée do comte d'Artois. — Disons, entre parenthèses, que les courtisans,
avec la dignité qui les distingue , imaginèrent , par-