RÉSUMÉ
Nous venons de passer en revue les laboratoires les plus récents, que l’on peut considérer, ajuste titre, comme les mieux appropriés aux besoins de la science chimique.
On a vu que le système adopté en Allemagne est basé sur la division des salles suivant le genre d’opérations qu’on y exécute, et l’attribution des dépendances à des usages souvent commodes, mais quelquefois aussi bien inutiles, et compliquant la marche régulière des travaux.
A notre avis, les grandes salles, adoptées généralement pour éviter la dépense de quelques assistants, préparateurs ou chefs des travaux chimiques, sont préjudiciables à •l’enseignement et incommodes pour les recherches. Ces grandes salles sont très difficiles à ventiler, et le jour ou les quarante ou cinquante élèves exécutent ensemble les manipulations dn chlore ou de l’hydrogène sulfuré, l’atmosphère devient complètement délétère. On a cherché à remédier à ces inconvénients, pour ces pièces et pour celles qui servent aux analyses, en entourant chaque salle de dépendances, pour les préparations, pour l’hydrogène sulfuré, pour les fusions et calcinations, etc., mais on est tombé dans un autre écueil, car un élève en train de surveiller une de ces opérations ne peut plus rien faire à sa place.
La meilleure disposition d’uu laboratoire serait d’avoir de petites salles de 10 à 12 places au plus, bien éclairées des deux côtés, pourvues abondamment d’eau et de gaz ; ces salles doivent posséder des hottes suffisantes et assez bien ventilées pour que les chimistes puissent faire toutes les opérations à leur place même et sous la hotte située latéralement ou derrière eux sans que la moindre vapeur se répande dans le laboratoire. Des hottes vitrées et bien ventilées pourront être réservées pour l’hydrogène sulfuré et les corps très volatils.
Toutes les salles doivent être de plain-pied, afin que le professeur puisse exercer son inspection et les préparateurs leur surveillance, sans être obligés de monter et descendre sans cesse des escaliers. La chambre noire, la bibliothèque, la salle des balances, doivent être à portée des laboratoires, mais isolées des vapeurs acides : on peut reléguer au sous-sol les dépendances telles que magasins, chauffage des tubes scellés ou des autoclaves qui, avec les régulateurs de température que l’on possède actuellement et que construit si bien M. Uiesnegg, n’ont besoin que d’une surveillance relative. Enfin la vapeur est devenue si précieuse de nos jours, que si l’on ne pouvait installer une chaudière à vapeur suffisant au chauffage et à la ventilation, il faudrait au moins une petite chaudière portative susceptible de fournir à volonté de la vapeur sous la pression variable de 1 à 3 ou i atmosphères. Presque tous les grands laboratoires sont
aujourd’hui pourvus d’une chaudière à vapeur avec une machine qui fait mouvoir les ventilateurs.
Nous avons indiqué, pour chaque laboratoire, le système de ventilation qu’il avait adopté. Ces systèmes différents peuvent se ranger en quatre classes :
1” Appel d’air mécanique dans une cheminée centrale ;
2“ Appel d’air dans chaque hotte, avec prise d’air dans les salles ;
3” Appel d’air dans chaque hotte, avec prise d’air extérieure ;
4° Appel combiné avec insufflation d’air.
Sans vouloir entrer dans la discussion et les détails de l’installation de ces systèmes, queslion qui ressortit surtout des architectes et des ingénieurs, nous nous contenterons de présenter les observations suivantes :
Si l’on puise l’air dans le laboratoire, il faut supposer que cet appel sera assez énergique et assez puissant pour enlever toutes les vapeurs au fur et à mesure de leur production, et avec la quantité d’air dans laquelle elles se diffusent immédiatement au sortir des appareils; ce qui revient à aspirer un volume gazeux énorme, bien supérieur à ce que peuvent fournir les fuites aux jointures des portes et des fenêtres ; il y aura donc un tel déplacement d’air, que la dépression produite pourra à juste titre être considérée comme entièrement préjudiciable à la santé des travailleurs, exposés en outre aux courants d’air.
Le second système a en outre un grand inconvénient : chaque hotte étant ventilée par un bec de gaz, qu’on allume pour déterminer le tirage, la dépense est telle qu’on n’allume le gaz que si cela est absolument nécessaire ; et les cheminées froides fournissent l’air aux autres, rabattant dans les salles toutes les vapeurs et gaz méphitiques, qui viennent combler le vide produit par l’aspiration des cheminées allumées : il ne faut pas oublier non plus que les tuyaux des cheminées condensent sur leurs parois une partie des produits infects qui les traversent, et que l’air qui rentre par le tirage renversé se sature de ces produits et les rapporte dans le laboratoire, surtout si ces tuyaux sont en grès non vernissé.
C’est pour ces raisons que M. Hofmann a imaginé ces hottes vitrées que nous avons décrites à propos de Bonn, et dans lesquelles l’air aspiré est remplacé par de l’air puisé à l’extérieur. Ce système, plus ou moins modifié dans presque tous les laboratoires, donne les meilleurs résultats. Mais il n’est applicable qu’aux hottes fermées, et il est difficile d’exécuter dans ces hottes un grand nombre d’opérations qui exigent une surveillance minutieuse et ne donnent pas de vapeurs nuisibles ; il est donc nécessaire d’avoir aussi des hottes ouvertes, bien éclairées et bien ventilées. On peut se dispenser de fermer les hottes, et par conséquent ventiler une paillasse ou une table quelconque, au moyen d’une hotte disposée au-dessus, en remplaçant l’air aSpiré par de l’air refoulé, qu> arrive, soit en avant de la table (à peu près comme M. Hofmann fait arriver l’air extérieur dans ses hottes fermées), soit sur les côtés, comme nous l’avons expliqué pour le Laboratoire municipal.
En résumé, pour nous le meilleur système est celui de l’aspiration combinée avec l’insufflation. C’est également l’avis de notre collègue, M. Ch. Herscher, qui s’est créé une compétence spéciale dans les questions de ventilation, et qui,