DISSOCIATION DES GAZ
Les phénomènes que nous venons de passer en revue offrent tous un caractère commun : ils sont limités par une tension qui dépend uniquement de la température. En est-il de même pour tous les phénomènes en général? Par exemple, la décomposition de la vapeur d’eau en ses éléments, oxygène et hydrogène, estelle limitée par une tension de dissociation .qui soit une fonction seule de la température?
L’analogie de cette décomposition avec les phénomènes physiques ne paraît pas aussi facile à concevoir; le système de trois corps gazeux en équilibre est en réalité plus complexe que le systèmè fourni par un changement d’état physique.
Les recherches de M. Ditte sur les acides sélénhydrique et tellurhydrique (1), de M. Hautefeuille (2) et de M. Lemoine (3) sur l’acide iodhydrique, fournissent des données expérimentales très utiles pour élucider cette question (4).
Prenons comme exemple l’acide sélénhydrique. Si l’on chauffe en vase clos de l’hydrogène avec du sélénium, une partie de l’hydrogène se combine avec le sélénium, un équilibre s’établit. Si l’on chauffe de l’acide sélénhydrique en vase clos, une partie de cet acide se décompose; il s’établit un nouvel équilibre, et ce nouvel état d’équilibre est identique au précédent.
Considérons cet état d’équilibre indépendant du point de départ. Un espace clos de volume v renferme, à la température t, de l’acide sélénhydrique, de l’hydrogène et du sélénium. Ce sélénium est liquide à la température des expériences; négligeons-le pour le moment. La pression dans le vase clos p est la pression du mélange d’acide sélénhydrique et d’hydrogène. Pour apprécier la proportion d’acide sélénhydrique, M. Ditte refroidissait brusquement le mélange; soit r le rapport du volume de l’acide sélénhydrique ou de l’hydrogène combiné avec le sélénium au volume total de l’hydrogène libre ou combiné L’expérience montre que ce rapport est indépendant de la pression entre certaines limites et dépend uniquement de la température.
Dans lem élange d’acide sélénhydrique et d’hydrogène en équilibre, l’acide sélénhydrique occupe le volume rv à la pression p ; par conséquent, si l’acide sélénhydrique occupait seul le volume entier du mélange, il exercerait la pression rp. Dans le même mélange, l’hydrogène non combiné occupe le volume (1 — r)v,
(1) Annales scientifiques de l'École normale supérieure, 2° série, 1. 1, p. 293.
(2) Comptes rendus des séances de l’Académie des sciences, t. LXIV, p. 608.
(3) Annales de chimie et de physique, 5° série, t. XII, p. 145
(4-) Bulletin de la Société philomathique, 7e sér., t. IV, p. 32.
sxcyclop. chim. 27
si cet hydrogène libre occupait le volume entier du mélange, il exercerait la pression (1 — r)p.
A une même température, le rapport r conserve une valeur constante indépendante de la pression ; par conséquent, il faut en conclure qu’à une même température les tensions de l’acide sélénhydrique et de l’hydrogène non combiné sont proportionnelles aux pressions ou, ce qui revient au même, dépendent des volumes occupés par le mélange en équilibre.
Ainsi, dans le cas de l’acide sélénhydrique, il ne peut être question de tensior s de dissociation qui dépendent uniquement de la température. Les tensions de l’acide sélénhydrique, de l’hydrogène libre ou du mélange dépendent à la fois de la température et de la pression, ou bien de la température et du volume. Si l’on tient compte de la vapeur fournie par le sélénium liquide, cette vapeur a une tension constante à la même température, qui s’ajoute à la tension du mélange considéré sans modifier la conclusion précédente.
M. Ditte a fait voir que le rapport r du volume de l’acide sélénhydrique formé au volume total de l’hydrogène varie avec la température ; ce rapport augmente à mesure que la température s’élève, passe par un maximum et diminue ensuite. On ne peut conclure de laque la tension de dissociation passe par un maximum, lorsque la température s’élève; il n’y a plus ici de tension de dissociation qui soit fonction de la température seule.
Le principe de Watt s’applique uniquement aux cas de dissociation où il existe une tension de dissociation qui dépende de la température seule ; ce principe n’est pas applicable aux composés gazeux. Si l’on suppose, par exemple, de l’acide sélénhydrique renfermé dans une enceinte composée de deux parties maintenues à des températures différentes, l’équilibre final s’établira de manière que la proportion d’acide sélénhydrique décomposée dans chacune des parties de l’enceinte soit celle qui correspond à la température de cette partie, et que la pression du mélange d’acide sélénhydrique et d’hydrogène soit la même dans les deux parties de la masse gazeuse.
Les expériences de M. Lemoine sur la dissociation de l’acide iodhydrique conduisent aux mêmes résultats que les expériences de M. Ditte sur l’acide sélénhydrique.
IL — La dissociation d’un composé gazeux se présente donc, d’après l’expérience, dans des conditions bien différentes de la dissociation d’un corps solide. Peut-on concevoir à priori la raison de cette différence entre les deux phénomènes?
Considérons un système de deux corps A et B en équilibre ; il est indifférent de supposer d’ailleurs les deux corps A et B séparés l’un de l’autre, ou bien de les supposer à l’état de mélange.
Désignons par a et b les masses de deux points matériels qui appartiennent à ces deux corps en équilibre. D’après ce que nous savons sur les forces moléculaires, nous pouvons regarder ces deux points comme sollicités par une force mutuelle f, proportionnelle au produit des masses a et b et fonction de la distance r qui sépare les deux points. Le système des deux corps A et B est en équilibre sous l’action de l’ensemble des forces f.
Si l’on double les masses de tous les points matériels du système, si l’on fait varier toutes les masses dans le même rapport, toutes les forces f resteront proportionnelles entre elles et l’équilibre subsistera.
Considérons un système de deux gaz A et B en équilibre dans un vase clos. Pour doubler la masse de chaque point matériel, il suffit d’introduire une masse de gaz en équilibre identique à la première, c’est-à-dire de doubler la pression. L’équilibre subsistera et la pression de chacun des gaz A et B rapportée au volume entier du système sera doublée ; c’est ce qui arrive dans la dissociation des composés gazeux. Le rapport du volume de la combinaison non dissociée à la somme des volumes des éléments dissociés sera dès lors indépendant de la pression à une même température, au moins entre certaines limites de pression. L’existence de cette limite est facile à concevoir : à mesure que l’on augmente les masses a et b, les dimensions de ces masses s’accroissent par rapport à la distance qui les sépare et la fonction de la distance varie lorsque la pression dépasse certaines limites.
Examinons au même point de vue la production d’une vapeur saturée. Un corps solide ou liquide A est en contact avec sa Vapeur saturée B à une certaine température : l’équilibre est établi. Introduisons à la même température un volume égal de vapeur : la pression de la vapeur double, mais le corps solide ou liquide est tellement peu compressible que rien n’est changé à ce corps. Les forces qui se rapportent aux actions mutuelles de la vapeur ont varié dans un rapport déterminé, différent du précédent ; les forces relatives au corps solide ou liquide sont restées les mêmes. L’équilibre n’est donc plus possible ; il ne peut donc y avoir à une même température qu’une seule tension de la vapeur saturée.
Le raisonnement est le même pour la dissociation des corps solides, du carbonate de chaux ou des chlorures ammoniacaux. La dissociation des corps solides et liquides est donc très différente de la dissociation des composés gazeux.
Le même raisonnement s’applique à d’autres phénomènes, tels que le mélange des gaz et des vapeurs, ou la production des vapeurs émises à une même température par un même corps sous des états différents.
Considérons une vapeur saturée en équilibre avec le liquide générateur. Introduisons un gaz dans la vapeur : si le gaz n’exerce aucune action sur la vapeur ou sur le liquide, l’équilibre nest pas troublé, la tension de la vapeur conserve la même valeur. Mais si, au contraire, le gaz exerce des actions sur la vapeur, et le phénomène de la diffusion en fournit la preuve, l’équilibre sera troublé en général, la tension de la vapeur formée dans le gaz ne sera plus la même que dans le vide. La loi du mélange des gaz et des vapeurs cessera d’être correcte, comme le montrent les expériences de Régnault.
Considérons maintenant de l’eau liquide en contact avec sa vapeur saturée : il y a équilibre. Remplaçons l’eau liquide par un égal volume de glace à la même température. Les actions mutuelles de la vapeur sont restées les mêmes, mais l’action de la glace sur la vapeur n’est pas nécessairement la même que l’action de l’eau liquide sur sa vapeur; si ces deux actions diffèrent, la tension de la vapeur ne sera pas la même dans les deux cas. C’est la propriété que j’ai essayé d’établir par des raisonnements directs empruntés à la thermodynamique et indépendants d’ailleurs de toute hypothèse relative aux actions moléculaires.
III. — Dans la dissociation des composés gazeux on arrive au même état d’équilibre, lorsqu’on part soit du corps composé, soit de ses éléments. Yoyonssi la théorie précédente peut rendre compte de cette propriété remarquable (1).
Considérons une masse gazeuse contenue dans un certain volume à une certaine température et à une certaine pression. On sait que des actions moléculaires, qui ne sont pas en général négligeables, s’exercent entre les différentes parties de la masse gazeuse.
Soient deux points M et M' pris à l’intérieur de la masse gazeuse à une distance MM' = r; soient m, m' deux masses de gaz infiniment petites prises en ces deux points. Chacune de ces masses est sollicitée par une force dirigée vers l’autre masse, que l’on peut représenter par mm'f(r ) en désignant par f(r) une fonction de la distance.
Cette fonction doit diminuer d’ailleurs très vite à mesure que la distance augmente: les propriétés d’un gaza une certaine pression sont indépendantes de la forme de la masse gazeuse ou de la forme de l’enceinte qui renferme le gaz.
Supposons que la distance des deux points M et M' augmente d’une quantité infiniment petite et devienne r -f- dr ; à ce déplacement correspond un travail de la force attractive qui a pour valeur
— mm'f(r)dr.
Désignons par <p(r) une fonction de la distance telle que la dérivée changée de signe soit égale à f(r), <f'(r ) =— f(r) ; cette fonction f(r) sera telle par conséquent que f(r) diminue lorsque la distance augmente. Le travail élémentaire . considéré sera alors la variation infiniment petite de la fonction de force qui a pour expression mm'<p(r).
Supposons maintenant que le volume de la masse gazeuse reste le même, que la température reste la même, et que l’on introduise une masse de gaz égale à la première. En chacun des points M et M' la masse des gaz a doublé, la pression a doublé également, la force attractive qui s’exerce entre les deux points M et M' a quadruplé. Le travail élémentaire qui correspond à une même variation infiniment petite de ladistance r a également quadruplé.
La fonction de force qui correspond aux deux points M et M' est donc proportionnelle au carré delà pression.
•Au lieu de prendre deux masses infiniment petites m, m', on peut considérer toutes les masses élémentaires prises deux à deux. Un changement de disposition de ces masses correspond à un travail élémentaire qui est la variation infiniment petite d’une certaine fonction de force proportionnelle au carré de la pression du gaz.
Ceci posé, considérons dans une même enceinte un mélange homogène formé par un composé gazeux en partie dissocié. Ce mélange est composé de deux parties : 1° le gaz non décomposé que nous désignerons, pour abréger, par A; 2° le mélange formé par les éléments dissociés que nous désignerons
(i) Bulletin de ia Société philom- Ihique, 7» série, t. V, p. 24.
MOUTIER. - SUR QUELQUES RELATIONS DE LA PHYSIQUE ET DE LA CHIMIE. lâl
Le gaz À, s’il occupait seul le volume de l’enceinte, exercerait une pression p ; le gaz B, s’il occupait seul le volume de l’enceinte, exercerait une pression q. La pression du mélange est donc p-\-q ; désignons-la par P. Si l’on suppose, pour simplifier, que le composé gazeux soit formé sans condensation de ses éléments gazeux, la pression P sous le même volume et à la même température sera indépendante de la proportion du corps gazeux décomposé partiellement.
A un instant donné nous avons au point M une masse m de gaz Ar et une masse n de gaz B ; nous avons de même au point M' une masse m' de gaz A, et uiie masse n' de gaz B. Ces masses éprouvent des actions mutuelles au nombre de quatre :
1° L’action de m sur m' ;
2° L’action de n sur n' ;
3° L’action de m sur n1 ;
4° L’aetion de n sur m'.
Supposons que le point M' éprouve un déplacement élémentaire. A chacune de ces actions correspond un travail élémentaire qui est la variation d’une fonction de force. Si au lieu de considérer le déplacement d’un seul point M', on déplace tous les points du système, le travail élémentaire qui correspond à l’ensemble de ces déplacements, sera la variation d’une fonction de force qui sera la somme de quatre termes correspondant à chacune des actions partielles considérées :
1° A l’action de m sur m' correspond une fonction de force représentée par ap 2, en appelant a la fonction de force qui correspond à une masse de gaz A exerçant une pression égale à l’unité;
2° A l’action de n sur n' correspond une fonction de force représentée par bq2, en appelant b la fonction de force qui correspond à une masse de. gaz B exerçant une pression égale à l’unité ;
3° A l’action de m sur n' correspond une fonction de force représentée par cpq, en appelant e la fonction de force qui correspond à deux masses de gaz A et B exerçant une pression égale à l’unité ;
4° A l’action de n sur m1 correspond, par symétrie, une fonction de force égale à la précédente.
Finalement, la fonction de force qui coirospond au système est exprimée par la formule
Y — ap2 + bq 3 + tepq.
Si l’on suppose que la pression de l’un des gaz A ou B augmente d’une quantité infiniment petite, la pression de l’autre gaz B ou A diminue de la même quantité infiniment petite, le système gazeux éprouve une modification élémentaire, une quantité infiniment petite du gaz A se forme aux dépens de ses éléments, ou inversement, une quantité infiniment petite de gaz A se décompose en ses éléments.
A une modification élémentaire du système gazeux correspond un travail qui est la variation de la fonction de force Y. Pour la stabilité de l’équilibre,
cette fonction Y doit être un maximum. Les valeurs des pressions p et g qui rendent Y maximum déterminent par conséquent les proportions respectives des deux gaz A et B qui existent dans l’enceinte, lorsque l’équilibre est établi.
Cet état d’équilibre final est indépendant de l’état initial du système. L’équilibre final est donc le même, soit que l’on parte du composé A, soit que l’on parte du mélange B formé par ses éléments.
L’existence de cet équilibre final est liée à l’existence d’un maximum de la fonction Y pour des valeurs positives des pressions p et q comprises entre zéro et P, et telles que leur somme soit égale à P ;
La fonction Y peut se représenter par l’ordonnée d’une courbe qui aurait pour abscisses les pressions g; cette courbe est une parabole.
A l’origine g =0, p= P, la valeur correspondante de Y est «P3, Désignons par a le point correspondant de la parabole.
La plus grande valeur de l’abscisse est g = P. La valeur correspondante de Y est èP2. Désignons par (3 le point correspondant de la parabole,
La courbe considérée est donc l’arc de parabole qui s’étend entre les deux points a et |3. Si dans cet intervalle l’ordonnée de la courbe passe par un maximum, il y aura un état d’équilibre final. Si l’ordonnée de la courbe croît ou décroît d’une manière continue entre les deux points « et |3, il n’y aura pas d’équilibre final. Le corps composé éprouvera une décomposition complète, ou bien les éléments se combineront d’une manière également complète.
Si l’on cherche la condition pour que l’ordonnée de la courbe passe par un maximum dans l’intervalle «3, on trouve que la constante c doit être supérieure à la plus grande des valeurs des constantes a et b particulières à chacun des gaz A et B.
Les valeurs de p et de g qui correspondent au maximum de l’ordonnée de la courbe ou à l’état d’équilibre final sont données par la relation
Le rapport des pressions p et g des deux gaz A et B, au moment de l’équifibre final, est indépendant de la pression finale P. Il faut ajouter « au moins entre certaines limites »; j’en ai indiqué déjà la raison. Si l’on considère deux masses m et m! placées à la distance r, la force qui agit entre ces deux masses est mm'f(r). Si l’on augmente la pression dans le rapport de 1 à k, les masses considérées augmentent dans le rapport de 1 à 7c, mais la force n’augmente dans le rapport de 1 à ¥ qu’autant que les masses logées aux points M et M' occupent en chacun de ces points une étendue très petite par rapport à la distance r considérée. L’expérience seule peut faire connaître entre quelles limites de pression le raisonnement est applicable (1).
(1) Bulletin de la Société philomathique, T série, t. V, p. 43.
IV, On a supposé, pour plus de simplicité dans ce qui précède, le cas où le gaz composé est formé sans condensation de ses éléments gazeux. On peut examiner au moyen .de la même méthode l’influence exercée par un gaz étranger dans le cas plus général où le volume du gaz composé n’est plus égal à la somme des volumes des éléments gazeux qui le composent.
Considérons un espace clos à une température déterminée occupé par les éléments gazeux en liberté, par le gaz composé et par un autre gaz qui ne puisse contracter aucune combinaison, soit avec les éléments gazeux, soit avec le gaz composé.
Désignons par A le mélange des éléments gazeux, par p la pression de ce mélange, par B le composé gazeux, par q sa pression, par G le gaz étranger, par f sa pression dans l’espace clos considéré à la température invariable qui règne dans cet espace clos.
Considérons deux points M et M' pris dans l’espace considéré. En chacun de ces points, nous avons les trois gaz A, B, G ; la fonction des forces dépend des actions mutuelles de ces trois gaz.
La fonction des forces relative aux deux premiers gaz A et B est de la forme Y = ap2 + bqt + 2cpg,
si l’on désigne par a une constante relative au gaz A, par b une constante relative au gaz B, par c une constante relative à l’action mutuelle de A et de B.
Nous avons en outre à considérer ici l’action du gaz A sur le gaz G et l’action du gaz B sur le gaz G. La première action introduit dans la fonction des forces un terme Hapy, en désignant par « une constante qui dépend de l’action du gaz A sur le gaz G. La seconde action introduit dans la fonction des forces un terme 2%, en désignant par ç une constante qui dépend de l’action du gaz B sur le gaz G.
L’action du gaz G sur lui-même introduirait de même dans la fonction des forces un terme constant, qui n’est pas à considérer ici, puisque la stabilité de l’équilibre dépend de l’existence d’un maximum pour la fonction des forcés.
La fonction des forces, dans le cas présent, a pour valeur
T = ap- + ô?2 + 2 cpq + 2 «p<p + 2%.
Cette fonction doit être maximum, pour l’équilibre.
Si l’on désigne par m le poids du gaz A sous le volume considéré à la température considérée lorsque la pression du gaz est égale à l’unité, le poids du gaz est Ici égal à mp. Si l’on désigne par S la densité du gaz composé B par rapport au mélange A, le poids du gaz composé est ici mqS.
La somme de ces deux poids est une quantité constante, soit que le mélange des deux gaz A donne lieu à la formation du composé B, soit que le composé B se décompose partiellement et, comme d’ailleurs m est une quantité constante, ta somme p -(- qS a une valeur constante dans les conditions de l’expérience. En désignant par P cette valeur, on a entre les deux pressions p et q la relation
p + gS=P.
La constante P représente la pression exercée par le mélange A contenu dans le vase clos à la température de l’expérience avant que toute combinaison gazeuse B soit opérée.
Si l’on remplace la pression p du mélange A par sa valeur déduite de cette relation, la fonction des forces se trouvera exprimée d’une manière très simple en fonction de la variable q. Si l’on prend pour abscisse cette variable q, la fonction des forces Y sera l’ordonnée d’un arc de parabole. Pour obtenir un équilibre stable, il faut que cette ordonnée passe par une valeur maximum pour une
valeur de l’abscisse q comprise entre zéro et la valeur 7.
On ne connaît jusqu’à présent aucune relation entre les diverses constantes a, b, c, a, 6, relatives aux différents gaz dans cette théorie et les autres constantes relatives à ces gaz, que l’on étudie habituellement. Il paraît donc difficile de déterminer l’influence que peut exercer le gaz étranger sur l’équilibre final; on peut cependant obtenir quelques résultats généraux, indépendants de toute valeur numérique attribuée aux quantités constantes dont il vient d’être question.
Partons d’abord de l’abscisse 5=0, ce qui revient à supposer que l’espace clos renferme au début le mélange gazeux A et le gaz étranger G. Supposons que l’abscisse q augmente, c’est-à-dire qu’une partie du mélange A entre en combinaison et forme le composé B. Pour que l’ordonnée Y de l’arc de parabole atteigne une valeur maximum, il faut que le coefficient angulaire de la tàngente à la courbe à l’origine soit positif.
On a ainsi une première condition
(t) P(c — aS) + <p(ë — a8) > 0.
Les deux gaz qui forment le mélange A peuvent d’ailleurs se combiner et on peut obtenir un état d’équilibre lorsque le gaz étranger G n’existe pas. Cela suppose que la condition précédente se trouve réalisée lorsque la pression <p est nulle; on a donc l’inégalité
La pression q du composé B, formé au moyen de ses éléments gazeux, s’obtient en exprimant que la fonction des forces a une valeur maximum. En égalant à zéro la dérivée de cette fonction par rapport à q, on trouve pour la valeur de la pression q relative à l’état d’équilibre :
P(C — <fcî) + o(S— *X) ta — ad'2 — b
Cette valeur de la pression q doit être positive. Le numérateur de la fraction est positif d’après la condition (1), par conséquent le dénominateur de cette fraction doit être positif. On a donc la condition
D’ailleurs, la valeur de la pression q relative à l’équilibre doit être telle que le produit qS soit inférieurà P. Cette condition, après réduction facile, est exprimée par l’inégalité
Cette condition doit subsister, quand il n’y a pas de gaz étranger, c’est-à-dire quand <p=0. On a donc l’inégalité
Le rapport du poids du gaz B formé aux dépens de ses éléments gazeux au poids du mélange A formé par les éléments a pour valeur
Ceci posé, examinons l’influence du gaz étranger : elle dépend du terme ç — u8. Ce terme peut être nul, positif ou négatif.
L’équilibre final est indépendant de la présence du gaz étranger. La proportion du gaz composé formé au moyen de ses éléments est indépendante de la pression initiale exercée par les éléments séparés, à l’état de mélange, lorsque ce mélange a été introduit dans le vase clos à la température de l’expérience.
La condition (l)est toujours satisfaite. Pour que la condition (5) soit également satisfaite, il faut que l’on ait
Le second terme de cette inégalité est positif d’après la condition (6).
On n’obtiendra donc un équilibre final qu’autant que la pression du gaz étranger sera inférieure à une certaine valeur limite. Dans ce cas, la proportion du composé formé dépend à la fois de la pression initiale du mélange et de la pression du gaz étranger : elle sera plus grande que si le gaz étranger n’existait pas.
La condition (5) est toujours satisfaite. Pour que la condition (1) soit également satisfaite, il faut que l’on ait
Le second terme de cette inégalité est positif d’après la condition (2).
On n’obtiendra donc un équilibre final qu’autant que la pression du gaz étranger sera inférieure à une certaine valeur limite. Dans ce cas, la proportion du composé formé dépend à la fois de la pression initiale du mélange et de la pression du gaz étranger; elle sera plus petite que si le gaz étranger n’existait pas.
On voit donc d’une manière générale que la présence d’un gaz étranger peut influer sur l’équilibre final d’une combinaison gazeuse en présence de ses éléments. Si le gaz étranger a une action sur le mélange gazeux A ou sur le composé B, quelle que soit d’ailleurs cette action, l’équilibre final n’est possible qu’autant que la pression du gaz étranger est inférieure à une certaine limite. En augmentant la pression du gaz étranger, on peut donc emp.ê.ch'"? la combinaison de se produire.
Les mêmes considérations restent applicables dans le cas où le mélange des éléments gazeux serait constitué avec un excès de l’un de ses éléments. Le gaz en excès, qui ne pourrait par conséquent entrer en combinaison, se compte alors comme un gaz étranger et peut modifier par sa présence l’équilibre final.
Les mêmes considérations subsistent si l’on part d’un composé gazeux pour revenir aux éléments ; la dissociation d’un composé gazeux est limitée par le même état d’équilibre que la formation du même composé au moyen de ses éléments gazeux.
Il y a donc lieu de distinguer deux cas dans l’élude de la dissociation. Dans les systèmes hétérogènes, il existe une tension de dissociation qui dépend de la température seule. Dans les systèmes homogènes, il n’existe pas de tension de dissociation qui dépende uniquement de la température.
Y. — La théorie que l’on vient d’exposer n’est autre chose qu’une extension de la théorie de Gauss relative aux phénomènes capillaires. Cette théorie est par conséquent applicable aux transformations que peuvent éprouver les liquides. Les recherches de MM. Berthelol et Péan de Saint-Gilles sur l’éthérification en offrent des exemples.
Lorsqu’un acide et un alcool sont en présence, il se forme, en général, à part toute réaction secondaire, un éther avec élimination d’eau. Au bout d’un certain temps, il s’établit dans le système un équilibre entre l’acide et l’alcool d’une part, l’éther et l’eau d’autre part. Inversement, un éther en présence de l’eau régénère partiellement au bout d’un certain temps l’acide et l’alcool; dans les deux cas la limite qui correspond à l’état d’équilibre est la même.
Si l’on désigne par A le mélange d’acide et d’alcool, par B le mélange d’éther et d’eau, et si l’on suppose le mélange des deux corps A et B parfaitement homogène, les considérations précédentes sont encore applicables en remplaçant les pressions par les poids des deux corps A et B qui sont en présence. La stabilité de l’équilibre correspond à un certain rapport de poids des deux corps A et B, indépendant de l’état initial, de sorte que cet équilibre est le même lorsqu’on part soit de l’acide et de l’alcool, soit de l’éther et de l’eau.