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CORROSION DES CRISTAUX

Lorsqu’un cristal est soumis à une action chimique susceptible de le détruire, soit par décomposition, soit par dissolution, cette action, si elle est ménagée, commence par corroder inégalement la surface cristalline. Il se produit alors

(1) Mémoire sur la sursaturation, parM. Lecoq deRoisbaudran. Ann. chim., 4e s., t. XVIII, 1869.

sur cette surface de petites cavités plus ou moins nombreuses qui ont reçu des observateurs allemands le nom de figures de corrosion (1) (Aetzfiguren).

Ces cayités sont limitées par des surfaces planes et figurent l’empreinte en creux de véritables polyèdres cristallins qui changent, avec la nature de l’acide et avec l’orientation de la face cristalline sur laquelle ils sont placés, mais restent les mêmes pour toutes les faces d’une même forme simple. En tout cas ces polyèdres ont toujours la même symétrie que celle du cristal. En général on n’observe, parce que cela est plus facile, que les figures d’intersection de ces cavités polyédrales avec la surface du cristal. Ces polygones ont donc une symétrie qui est déterminée à la fois par celle du cristal et par l’orientation de la face sur laquelle elles sont placées. On peut énoncer à cet égard les deux règles suivantes : 1° lorsque la face est perpendiculaire à un plan de symétrie du cristal, le polygone est symétrique par rapport à une droite parallèle à l’intersection de la face et du plan de symétrie; 2“ lorsque la face est perpendiculaire à un axe de symétrie d’ordre p, le polygone aune symétrie d’ordre p par rapport à un point du plan.

C’est ainsi, par exemple, que les cristaux de calcite corrodés par l’acide chlorhydrique sur les faces de clivage rhomboédriques, donnent des figures triangulaires à côtés un peu courbes, symétriques par rapport à une direction parallèle à la diagonale inclinée du rhombe. Avec l’acide sulfurique les figures sont des quadrilatères présentant la même symétrie. Les faces perpendiculaires à l’axe ternaire donnent des triangles à côtés courbes, ayant une symétrie ternaire par rapport à leur centre de gravité.

Les cristaux de calamine (silicate de zinc hydraté) qui sont antihémiédriques et ne sont point terminés de la même façon aux deux extrémités de l’axe vertical (fig. 85, p. 54) montrent la même dissymétrie dans les figures de corrosions sur les faces verticales.

On peut encore citer les cristaux de quartz attaqués par l’acide fluorhydrique. Les faces p et elri (fig. 58 et 59, p. 44) ne donnent pas les mêmes figures de corrosion, ce qui montre bien que la symétrie du cristal n’est pas senaire, comme le donnerait à penser la symétrie apparente des cristaux. Les figures de corrosion sont d’ailleurs en accord avec l’existence d’un clivage difficile sur les faces p et l’absence de clivage sur les faces e1'2. Aucune figure de corrosion, sur aucune face, ne possède d’axe de symétrie, ce qui montre bien l’absence de plan de symétrie et par suite la nature hémiédrique du cristal. Enfin, les figures tracées sur les faces y? sont allongées suivant une horizontale, tandis que celles des faces elP le sont suivant des droites inclinées; or, pour passer d’une face p de la pyramide supérieure à une face e1/2, en rencontrant sur e1/2 une figure inclinée montante, il faut tourner dans le sens des aiguilles d’une montre pour les cristaux droits, dans le sens contraire pour les cristaux gauches. Les figures de corrosion apprennent donc à elles seules que le quartz est un cristal hémiédrique holoaxe, et permettent de distinguer les cristaux droits des cristaux gauches, même en l’absence de toute facette hémiédrique.

(I) Leydolt. Sitzt». d Wien. Akad. Bd. 15 et 19. — Hirschweld. Pogg. Ann. Bd. 137. — Exher. Sitzb. d. Win. Akad. Bd. «9, Abth. 2. — H. Baumhauer. Sitzb. d. Baier. Akad. 1874 'et 1875. — Neues Jahib. f. Min.t 1876 et Zeitschr. f. Krist. depuis 1877.

MALLARD. — CRISTALLOGRAPHIE. 721

On peut donc, avec ce procédé d’investigation, déceler dans un cristal des symétries que le polyèdre cristallin n’accuse pas. C’est ainsi que M. Baumhauer a pu, en corrodant des cristaux de sulfate de strychnine, montrer que bien que quadratiques et d’apparence holoédrique, ils sont en réalité hémiédriques holoaxes, ce qui est d’accord avec la rotation que ces cristaux font subir aux plans de polarisation des rayons lumineux.

M. Baumhauer a aussi très heureusement appliqué l’observation des figures de corrosion des cristaux à l’étude des cristaux formés de groupements complexes. Si en effet un cristal cubique est formé par la juxtaposition de plusieurs cristaux rhombiques, les figures de corrosion tracées sur les plans cristallins n’auront que la symétrie rhombique et les diverses orientations de ces figures pourront déceler le travail de marqueterie naturelle auquel le cristal doit sa structure.

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