POUR CARACTÉRISER UN SEL MÉTALLIQUE EN DISSOLUTION
Les élèves qui voudront devenir très habiles dans l’analyse qualitative, devront s’attacher avant tout à n’opérer que sur de très petites quantités de liqueur, de façon que n’ayant, par exemple, que quelques gouttes de liquide à leur disposition, ils puissent déterminer aussi facilement le sel en dissolution, que s’ils avaient un volume sensible de liqueur.
Pour arriver à un pareil résultat j’engage les élèves à éliminer dans ces opérations analytiques, les verres à expériences, même les plus petits, et à les remplacer par des verres dé montré.
Trois ou quatre verres de montre ; un ou deux agitateurs en verre, et un linge propre (serviette ou torchon) que l’on peut remplacer par des fragments de papier à filtrer, voilà le matériel nécessaire pour constater la nature d’un sel métallique en dissolution ; à la rigueur un seul verre de montre, un agitateur et le linge propre sont suffisants.
Manière d’opérer. — On place le verre de montre sur une feuille de papier blanc, on doit également avoir à sa disposition un fond noir quelconque, pour juger des précipités blancs transparents : on plonge, à plusieurs reprises, l’extrémité de l’agitateur dans le liquide à examiner et chaque fois on touche le verre de montre dans le milieu de façon à obtenir une gouttelette du liquide ; on essuie avec soin l’agitateur et l’on mouille son extrémité avec le réactif que l’on veut employer, puis on met cette extrémité en contact avec la goutte de liquide du verre de montre. Les précipités se produisent dans ces conditions avec une très grande netteté ; lorsqu’on suppose n’avoir pas employé assez de réactif, ou lorsqu’on veut s’assurer si le précipité est soluble dans un excès de réactif, on plongera à plusieurs reprises l’agitateur dans ce dernier, mais chaque fois on n’oubliera point A’essmjer l’agitateur avec soin. Après chaque opération on lave le verre de montre et on l’essuie.
Recommandations. — Voici les recommandations expresses que je fais aux élèves qui suivent cette manière d’opérer :
1° Les verres de montre doivent toujours être secs et transparents;
2° Ne jamais plonger l’agitateur dans une liqueur ou dans un réactif sans l’avoir préalablement essuyé avec soin ;
3° On ne doit mouiller avec les réactifs que la partie extrême de l’agitateur, surtout lorsqu’il s’agit du sulfhydrate d’ammoniaque; on fait exception pour la dissolution d’hydrogène sulfuré qui est étendue ;
4° Les verres de montre peuvent être chauffés en prenant la précaution de les placer bien au-dessus de la flamme, pour que leur température ne s’élève que graduellement ;
5° Les verres de montre que j’emploie pour cet usage sont des verres blancs bombés, n° 28 ou 29.
Marche à suivre pour caractériser un sel métallique en dissolution. — 1° Constater la réaction de la liqueur au papier de tournesol, et n’opérer que sur une liqueur à réaction franchement acide; donc si la liqueur est à réaction neutre ou alcaline, on l’acidifie avec quelques gouttes d acide chlorhydrique; l’addition de l’acide chlorhydrique peut déterminer dans certains cas des précipités dont je ferai, connaître la nature plus loin ; je suppose actuellement que l’acide ajouté ne précipite rien, et que la liqueur ne contient aucun sel insoluble, tenu en solution à l’aide d’un acide.
2° On ajoute à la liqueur de l 'hydrogène sulfuré : il y a ou il n’y a point de précipité.
S’il y a précipité, on y ajoute du sulfhydrate d'ammoniaque en excès. Si le précipité se dissout dans le sulfhydrate, on a atïaire à un métal du cinquième groupe. Les principaux métaux de ce groupe sont :
L’arsenic, dont le sulfure est jaune vif ;
L’étain au maximum, dont le sulfure est jaune sale ;
L’antimoine, dont le sulfure est orangé ;
L’étain au minimum, dont le sulfure est brun ;
Le molybdène, dont le sulfure est brun ;
L’or, dont le sulfure est brun ;
Le platine, dont le sulfure est brun noir.
Je rappelle que les sulfures d’or et de platine ne se dissolvent qu’avec une extrême lenteur dans le sulfhydrate.
Le premier réactif à employer pour spécifier le métal en dissolution est la potasse ; avec l’arsenic, ce réactif ne donne rien (on se rappellera que lé sulfure d’arsenic est dissous instantanément par l’ammoniaque) ;
Avec l’étain, précipité blanc, soluble dans un excès de potasse ;
Avec l’antimoine, précipité blanc, également soluble dans un excès de réactif ; mais la coloration orange du sulfure d’antimoine est suffisante pour le distinguer de l’étain dont le sulfure est blanc sale ou brun ;
Avec le molybdène, précipité brun ;
Avec l’or, précipité jaune foncé ;
Avec le platine, précipité jaune foncé.
Pour distinguer ensuite l’or du platine, qui donnent avec la potasse des précipités se ressemblant, on emploie le sel ammoniac qui ne produit rien avec le sel d’or, et qui donne un précipité jaune clair avec le platine.
Lorsque le précipité obtenu avec l’hydrogène sulfuré n’est pas soluble dans le sulfhydrate d’ammoniaque, on a affaire à un métal du quatrième groupe :
Cadmium, dont le sulfure est jaune vif;
Plomb, \
Bismuth, J
Cuivre, dont les sulfures sont noirs ou noir brun foncé.
Mercure, l Argent, J
Après avoir constaté que la liqueur contient un métal de ce groupe, le réactif à employer pour spécifier le métal est la potasse.
Le cadmium donnant avec l’hydrogène sulfuré un sulfure jaune insoluble dans le sulfhydrate, ce métal se trouve caractérisé par ce précipité jaune.
L potasse caractérise les autres métaux du quatrième groupe, par la couleur des précipités qu’elle donne dans les dissolutions de leurs sels ; ainsi :
Précipité blanc, soluble dans un excès de potasse, plomb ;
Précipité blanc, insoluble dans un excès de potasse, bismuth ;
Précipité bleu, insoluble dans un excès de potasse, cuivre (bioxyde) ;
Précipité jaune, insoluble, verdissant à l’air, cuivre (protoxyde) ;
Précipité jaune, insoluble, inaltérable, mercure (maximum);
Précipité noir, insoluble, mercure (minimum) ;
Précipité brun clair, insoluble, argent.
Après avoir ainsi spécifié le métal avec la potasse, l’élève pourra contrôler le caractère à l’aide des réactifs particuliers indiqués dans les tableaux.
Des cas particuliers qui peuvent se produire dans l’emploi de l’hydrogène sulfuré. — Les élèves devront se souvenir qu’une liqueur présentant une réac tion acide au papier de tournesol, et ne contenant point de métaux des quatrième et cinquième groupes, peut néanmoins donner naissance à un pré cipité blanc ou blanc jaunâtre. Ce précipité peut être du sulfure de zinc ou du soufre.
Les sels de zinc, dont les dissolutions rougissent le tournesol, précipitent la moitié de leur métal par l’hydrogène sulfuré.
Le sulfure de zinc, qui est blanc, se dissout dans les acides faibles. Ce sulfure ne se produit plus lorsqu’on acidifie la liqueur par de l’acide chlorhydrique.
Le précipité blanc jaunâtre de soufre se produit dans les circonstances suivantes :
Dans les liqueurs trop acides ou contenant de l’acide azotique libre ou de l’eau régale ;
Dans les liqueurs contenant, à l’état de liberté, du chlore, du brome, de l’iode, de l’acide sulfureux et tous les composés .réduisant l’hydrogène sulfuré ;
Dans les liqueurs contenant un sel de fer au maximum d’oxydation ; ce sel de fer est réduit au minimum avec dépôt de soufre ;
Dans les liqueurs contenant des sels à acides métalliques facilement réductibles (chromâtes, manganates, etc.) ; ordinairement dans ce cas les liqueurs colorées changent de couleur et les liqueurs incolores se colorent soit en bleu, soit en vert, soit en violet.
3° Quand la liqueur ne précipite point par l’hydrogène sulfuré, on la traite par le sulfhydrate d’ammoniaque, en ayant soin de la saturer préalablement par un peu d’ammoniaque, lorsqu’elle est trop acide.
Si la liqueur précipite, elle peut contenir les métaux suivants, dont la couleur des sulfures ou des oxydes est souvent caractéristique :
Aluminium, oxyde blanc;
Zinc, sulfure blanc;
Manganèse, sulfure rose chair;
Uranium, sulfure rouge brun;
Chrome, oxyde verdâtre;
Fer, sulfure noir ;
Nickel, sulfure noir ;
Cobalt, sulfure noir. .
Lorsque le précipité donné par le sulfhydrate est blanc, le reactif à employer pour distinguer l’aluminium du zinc, est l'ammoniaque : l’ammoniaque donne dans les dissolutions de ces métaux, des précipités blancs d’oxydes, mais celui de l’aluminium est à peine soluble dans un excès d’ammoniaque, tandis que celui du zinc se dissout instantanément dans un excès de réactif.
En outre, lorsque l’ammoniaque produit dans une liqueur un précipité blanc insoluble dans un excès d’ammoniaque, l’élève devra constater que la liqueur, traitée par la potasse, donne un précipité blanc soluble dans un excès de réactif; ce qui caractérisera l’alumine. Dans le cas d’insolubilité du précipité dans un excès de potasse, l’élève devra porter son attention sur les sels insolubles tenus en dissolution dans les acides et voir plus loin le chapitre consacré à ces sels.
Pour tous les autres métaux de ce groupe, ta potasse est le réactif qu’il faut employer pour les distinguer les uns des autres, même quand la couleur du précipité donné par le sulfhydrate est caractéristique, comme pour le manganèse, l’uranium et le chrome. En effet, la potasse donne dans les dissolutions salines de ces métaux du troisième groupe, les précipités suivants :
Manganèse, précipité blanc, brunissant à l’air ;
Uranium, précipité jaune ;
Chrome, précipité verdâtre, soluble dans un excès de potasse;
Fer au minimum, précipité blanc verdâtre, passant au rouille;
Fer au maximum, précipité rouille ;
Nickel, précipité vert pomme ;
Cobalt, précipité bleu lavande, devenant rose dans un excès de potasse.
Une fois cette distinction faite à l’aide de la potasse, et qui est suffisante, l’élève pourra toujours la contrôler, à l’aide des caractères fournis par les réactifs particuliers qui se trouvent indiqués dans les tableaux.
Cas particuliers qui peuvent se présenter lorsqu’on emploie le sulfhydrate d’ammoniaque. — L’élève qui emploie le sulfhydrate d’ammoniaque doit se rappeler les faits suivants :
Le sulfhydrate introduit dans une liqueur acide s’y décompose, l’ammoniaque sature l’acide, il se dégage de l’hydrogène sulfuré et il se forme toujours un dépôt de soufre, blanc ou blanc jaunâtre, que l’on peut confondre avec les précipités donnés par les sels d’alumine et de zinc; il est donc nécessaire, comme cela a été dit plus haut, de saturer l’acide libre de la liqueur par de 1 ammoniaque et il n’y a pas d’inconvénient à ajouter un léger excès
ce réactif, mêmelorsqu’il donne lui-même un précipité, car ce précipité en
contact avec le sulfhydrate, donnera toujours les caractères indiqués' plus haut.
Il est rare que les sels d’alumine et de zinc soient purs'; ils contiennent presque toujours des traces de fer, principalement les sels d’alumine et le sulfhydrate d’ammoniaque: vérs'é dans les- dissolutions' de ces sels, au lieu de produire un précipité blanc, il donne un précipité plus ou moins vert sale, que les élèves confondent avec le précipité donné par les Sels de chrome. Cette erreur cesse, si Ton se souvient que les dissolutions de Chrome sont vèrtes ou violacées, tandis que les' dissolutions dë§ sels d’almhinë et dé SiUc sont! incolores ; d’autre part, si l’on traite la dissolution examinée pa’r’ un Cx'cëS de potasse, les précipités formés' par ralumine’etlézincse diséôîveiit dans l’excès de réactif ; les liqueurs sont incolores, et elles' tiennent étf suspension dé l’oxyde de fer couleur rouille ; dans les mêmes circonstances, les sels de chrome donnent un précipité vert, également soluble dans’ urt excès de potasse, mais la dissolution est d’un beau vert.
Enfin, lorsqu’on emploie un trop grand excès de sulfhydrate, ce r'éactif, qui •est presque toujours coloré en jaune, communique à la liquëur et aux précipités blancs, cette teinte jaunâtre, qui peut tromper l’élève sur la nature du précipité.
4° Lorsque la liqueur à essayer ne précipite ni par l’hydrogène sulfuré, ni par le sulfhydrate d’ammoniaque, onia traite par le carbonate de soude ; .si ce- réactif déterminé un' précipité blanc, cela indique que la liqueur' contient uh des qüatres métaux» du' deuxième groupe :
Baryum ;
Strontium ;
Calcium ;
Magnésium.
Pour distinguer ces métaux entre eux, on doit employer d’abord une dissolution de sulfate de chaux qui ie'S» divisé' en deux groupés': ceux qui donnent un précipité blanc avec ce réactif (baryum et strontium) et ceux qui ne donnent rien (calcium et magnésium).
Le précipité de sulfate de' baryte1 que détermine le siflfate déchâüx dans les dissolutions du baryum1, se fait instantanément. Lâprêci'pitâtiôn du sulfate de* strontiane dans les' dissolutions dé cette» base’, sé' fâit'aü contraire assez 'lentement et l’on doit toujours attendre quelques instants, avant1 dè sé’prônoncer1 sur la précipitation de la liqueur.
Lorsque le sulfate de chaux produit un précipité dans la liqueur, on distingue le baryum du strontium, tout simplement à' la coloration que la dissolution communique» à la-flamme; la Coloration verte indiqué le baryum, la coloration rouge indiqué le strontium; on' peut encore distinguer cOS1 métaux l’un de l’autre, à l’aide d’une- dissolution étendue' de bidkroirlatë de potasse, qui précipite en jaune clair les' sels» de b‘àryte(- et qui ne’ donne rien avec les sels de strontiane.
Quand le sulfate de chaux ne donne point de précipité dans la liqueur, cela indique que celle-ci contient-un sel de chaux où un sfel dé nfàghésie ; pouf dis-
tinguer ces deux bases l’une de l’autre, il faut employer oxalate d' ammoniaque; ce dernier précipite en blanc les sels de chaux, et ne donne rien avec les sels de magnésie.
Soins à prendre dans l’emploi du carbonate de soude. — Les liqueurs sur lesquelles on opère étant toujours acides, les premières portions de carbonate de soude que l’on ajoute, saturent d’abord l’acide libre avant de réagir sur le sel, et ce fait pourrait causer des erreurs, si l’opérateur se contentait d’ajouter seulement quelques gouttes du réactif, pour s’assurer qu’il n’y a point formation de précipité ; dans ce cas, on doit toujours se rendre compte de la réaction que la liqueur présente au papier de tournesol après l’addition du carbonate de soude, et ne porter un jugement définitif, que lorsque la liqueur bleuit le papier rouge de tournesol.
Le carbonate de soude se transforme assez facilement en bicarbonate en absorbant l’acide carbonique de l’air; et lorsque cette transformation est opérée, ce réactif ne précipite plus à froid les sels de magnésie, mais si l’on chauffe légèrement le mélange, le carbonate de magnésie se précipite. Donc, loi’squ’on suppose que le carbonate de soude a pq passer à l’état de bicarbonate, il est important, dans le cas où il n’y aurait pas de précipité, de chauffer légèrement la liqueur, pour s’assurer que la chaleur ne détermine pas la précipitation du carbonate de magnésie.
5° Lorsqu’une dissolution saline ne précipite ni l’hydrogène sulfuré, ni le sulfhydrate, ni le carbonate de soude, cela indique que le métal en dissolution appartient au premier groupe :
Potassium ;
Sodium ;
Lithium ;
Ammonium.
Dans ce cas le premier réactif à employer est le chlorure de platine, qui précipite en jaune clair le potassium et l’ammonium, et ne produit rien avec le sodium et le lithium.
Lorsque le sel de platine précipite en jaune clair, on distingue le potassium de l’ammonium en versant dans la liqueur ou même sur le précipité jaune formé par le platine, de la potasse; si le sel en dissolution est ammoniacal, il se dégage immédiatement de l’ammoniaque, reconnaissable à son odeur caractéristique, et aussi aux vapeurs blanches qui se produisent lorsqu’on approche du liquide une baguette de verre trempée dans de l’acide chlorhydrique un peu étendu d’eau; avec les sels de potasse il ne se produit rien.
Quand le sel de platine n’a produit aucun précipité, il reste à distinguer la soude de la lithine, distinction qui se fait tout simplement, d’après la coloration que la liqueur communique à la flamme :
La soude colore la flamme en jaune ;
La lithine colore la flamme en rouge pourpre.
Précautions à prendre dans l’emploi du chlorure de vlatine comme réac-
tif. — Lorsqu’on emploie le chlorure de platine pour déceler la présence des sels de potasse et des sel ammoniacaux, il faut se rappeler que les chloroplatinates de potassium et d’ammonium qui se produisent ont une certaine solubilité ; ce qui fait que dans les liqueurs un peu étendues, la précipitation du chloroplatinate jaune est assez lente à se faire, principalement pour les sels de potasse ; on active ordinairement cette précipitation en frottant le verre où se fait l’essai, avec l’agitateur en verre, ou mieux en ajoutant un peu d’alcool à la liqueur. Dans tous les cas, le précipité se manifeste toujours, après quelques minutes d’attente.
Lorsque le sel en dissolution est un iodure, la liqueur se colore fortement en rouge brun, presque noir, sous l’influence du sel de platine, ce qui empêche souvent de voir le précipité jaune caractéristique ; si il’on opère sur un verre de montre, il suffit de regarder le dessous du verre, en élevant celui-ci au-dessus des yeux, pour apercevoir le précipité jaune au fond, ou de décanter le liquide et de laver le précipité avec de l’eau mélangée d’alcool. Le même incident se produit avec les sels de potasse et les sels ammoniacaux à acides colorés, chromâtes, manganates, ferricyanures, etc.
Cas particuliers dans lesquels la dissolution d'un sel à réaction neutre ou acide, précipite en blanc lorsqu’on l’acidifie par l’acide chlorhydrique. — Lorsqu’un sel métallique en dissolution précipite en blanc par l’addition de l’acide chlorhydrique, le métal eh dissolution est l’argent, le mercure au minimum d’oxydation ou le plomb. On distingue immédiatement le précipité fourni par ces métaux à l’aide de l’ammoniaque, employée en excès pour saturer l’acide.
Si le précipité se dissout dans l’ammoniaque, argent ;
Si le précipité devient noir, mercure ;
Si le précipité reste blanc, plomb.
D’autre part, le chlorure d’argent précipité est complètement insoluble dans l’eau et dans l’eau régale. Le protochlorure de mercure est insoluble dans l’eau, mais il se dissout dans l’eau régale. Le chlorure de plomb est [soluble dans l’eau bouillante, d’où il se dépose sous forme d’aiguilles par le refroidissement. Les dissolutions très étendues des sels de plomb ne précipitent pas' par l’acide chlorhydrique.
Lorsqu’on acidifie la dissolution d’un sel de baryte, soit par l’acide chlorhydrique, soit par l’acide azotique, il peut se produire un précipité blanc cristallin de chlorure ou d’azotate de baryum, insolubles dans les liqueurs acides; ce précipité disparaît lorsqu’on étend la liqueur de beaucoup d’eau. Ce caractère doit toujours être présent à la pensée, principalement lorsqu’on emploie le chlorure de baryum pour la recherche des acides.
Une dissolution saline neutre ou à réaction acide, peut encore présenter les caractères suivants lorsqu’on l’acidifie par l'acide chlorhydrique :
Un chlorate dégage du chlore ;
Un sulfite dégage de l’acide sulfureux;
Un hyposulfite dégage de l’acide sulfureux en même temps qu’il se fait un dépôt de soufre.
Des dissolutions contenant un sel' insoluble dissous dans un acide. — Lorsqu’on veut embarrasser un élève dans la détermination de la base d’un sel en dissolution, on> lui donne une liqueur qui contient un sel alcalino-terreux ou terreux, insoluble dans l’eau, mais dissous dans l’acide azotique ou dans l’acide chlorhydrique; une pareille liqueur se comporte avec les trois principaux réactifs comme Un sel d’alumine ou comme un sel de zinc : elle précipite en blanc plus ou moins pur', par le sulfhydrate d’ammoniaque, et par le carbonate de soude. Les phosphates et les borates alcalino-terreux ou à base de magnésie, sont les seuls qui peuvent entrer dans la composition de ces liqueurs; les arséniates précipitant par l’hydrogène sulfuré, ne peuvent être employés.
Donc, lorsqu’un élève se trouve en présence d’une liqueur' qui précipite en blanc par le sulfhydrate, par le carbonate de soude, ou par l’ammoniaque, il devra, avant de se prononcer, essayer sa liqueur par un excès de potasse, et si le précipité blanc qui se forme reste insoluble dans l’excès de potasse, cela indique que la base n’est ni du zinc ni de l'alumine.
Voici maintenant comment il faut procéder pour distinguer la base et l’acide dans ces conditions :
1° Dans une partie de là liqueur, on ajoute une goutté d’ acide sulfurique, ou d’un sulfate ; s’il y a Un précipité, cela indique la présence de la baryte ou de la strontiane ; dans’ ce cas, on recueille le précipité et on l’essaie à la flamme pour constater la coloration qu’il communique à cette flamme :
Coloration vert pâle, baryte ;
Coloration rose, strontiane.
2° Si la liqueur ne précipite point par l’acide sulfurique, on en sature une autre portion par Y ammoniaque, puis on redissout le précipité qui se forme, dans Y acide acétique , enfin on y ajoute de Yoxalate d’ammoniaque qui précipite en blanc, lorsque la base est la chaux, et qui ne donne rien lorsque la base est la magnésie.
Pour déterminer l’acide, on sature une certaine quantité de la liqueur par Y ammoniaque, on jètte le précipité qui se forme, sur un filtre, on l’y lave à l’eau distillée, jusqu’à ce que l’azotate d’argent ne précipite plus la liqueur qui filtre, puis on met une portion du précipité sur un verre de montre, et ob le mouille avec Y azotate d’argent: si le précipité devient jaune, l’acide est dél l’acide phos'phorique si le précipité reste blanc et prend une teinte brun clair, l’aeide est de l’acide borique.
On peut encore distinguer l’acide contenu dans* le précipité donné' par l’ammoniaque, en desséchant ce précipité et en le chauffant à la flamme du chalumeau, après l’avoir mélangé avec du bisulfate de potasse et du spath fluor : si la flamme ne se colore pas, ou présente seulement une légère teinte jaune verdâtre, on est en présence de l’acide ph'osphorique.
Si la flamme se colore en vert émeraude, on est en présence de l’acide borique.
, Observations sur les dissolutions à’ réaction alcaline, ou contenant un se a acide métallique. — Une liqueur qui présente une réaction alcaline au papier'
de tournesol doit être saturée par un léger excès d’acide chlorhydrique, avant d’être soumise aux réactifs qui doivent caractériser la base en dissolution.
L’alcalinité d’une liqueur est ordinairement due à la potasse, à la soude ou à l’ammoniaque : soit que ces bases soient en combinaison avec des acides faibles, comme dans les carbonates, borates, etc. ou avec des acides métalliques, comme dans les tungstates, les stannates, etc., soit que ces bases servent de dissolvants à certains oxydes métalliques.
Lorsqu’on sature une liqueur alcaline par l’acide chlorhydrique, il arrive souvent que l’on voit se produire un précipité ; lorsque ce précipité se redissout dans un excès d’acide, on opère à la manière ordinaire, pour caractériser la base métallique, en dehors des alcalis qui servaient de dissolvants ou de bases aux acides métalliques.
Lorsque le précipité ne se redissout pas dans l’excès d’acide, cela indique un acide métallique, tel que les acides tungstique, molybdique, stannique, antimonique, etc. ; du chlorure de plomb si ce métal est dissous dans de la potasse ou dans de la soude ; ou du chlorure d’argent; si la liqueur doit son alcalinité à de l’ammoniaque ;4ans ce cas l’élève spécifiera l’acide métallique ou le métal de la manière suivante :
Dans la liqueur rendue acide, mettre quelques morceaux de zinc qui réduisent le précipité métallique, et on constate :
Si la liqueur devient bleue et reste bleue, tungstène ;
Si la liqueur devient bleue, puis brune, molybdène ;
Si la liqueur reste incolore, tandis que le précipité devient noir gris- métallique, et que le zinc se recouvre lui-même du métal réduit, étain, plomb, antimoine, argent.
Pour distinguer dans, ce cas ces derniers métaux, on sature de la liqueur alcaline par Y hydrogène sulfuré : si l’hydrogène sulfuré produit un précipité noir, le métal est du plomb, si la liqueur est alcaline par la potasse ou la soude; le métal est de l’argent, si l’alcalinité de la liqueur est due à l’ammoniaque. Lorsque l’hydrogène sulfuré n’a pas donné de précipité, on précipite le sulfure métallique formé par l 'acide chlorhydrique:
Précipité blanc jaunâtre, étain;
Précipité orangé, antimoine.
Une liqueur contenant de la potasse ou de la soude libre peut contenir les métaux suivants :
Aluminium, chrome, zinc, tungstène, molybdène, étain, antimoine; plomb et arsenic.
Toutes ces dissolutions sont incolores, à l’exception de' celle du chrome qui est d’un beau vert, et cette dissolution est également la seule qui se décompose lorsqu’on la fait bouillir; elle dépose de l’oxyde vert de chrome et devient incolore.
Une. liqueur qui contient de l’ammoniaque libre- peut contenir les; métaux suivants, en dehors des métaux alcalins :
Baryum, strontium, calcium, magnésium, manganèse, nickel, cobatf, zinc, cadmium, cuivre, argent et arsenic.
Une dissolution ammoniacale peut également contenir du protoxyde de fer en dissolution, mais au contact de l’air, cet oxyde se précipite instantanément en noir verdâtre, puis passe à la couleur rouille ensuite.
La dissolution du manganèse dans l’ammoniaque dépose aussi de l’oxyde de manganèse qui est brun, lorsque la liqueur ne contient pas assez de sel ammoniac pour retenir tout le manganèse en solution.
La dissolution ammoniacale du cuivre est bleu azur très foncé; celle du nickel est bleu violacé; celle de cobalt, jaune d’abord, brunit à l’air. Toutes les autres dissolutions sont incolores.
Une dissolution ammoniacale peut également contenir des traces d’alumine et d’oxyde de plomb.
Les dissolutions dont l’alcalinité est due à du carbonate d’ammoniaque, peuvent encore contenir de l’urane ; dans ce cas la liqueur est jaune clair.