PRINCIPE DU TRAVAIL MAXIMUM
Tout changement chimique accompli sans l'intervention d’une énergie étrangère tend vers la production du corps ou du système de corps qui dégage le plus de chaleur.
2. On peut concevoir la nécessité de ce principe, en observant que le système qui a dégagé le plus de chaleur possible ne possède plus en lui-même l’énergie nécessaire pour accomplir une nouvelle transformation. Tout changement nouveau exige un travail, lequel ne peut être exécuté sans l’intervention d’une énergie étrangère.
3. Au contraire, un système susceptible de dégager encore de la chaleur par un nouveau changement, possède en lui-même l’énergie nécessaire pour accomplir ce changement, sans aucune intervention auxiliaire.
C’est ainsi qu’un ensemble de corps pesants tend vers une distribution telle que le centre de gravité soit le plus bas possible ; cependant ils n’arriveront à ! cette distribution que si aucun obstacle étranger au système ne s’y oppose. Mais c’est là une comparaison et non une démonstration.
4. Les énergies étrangères dont il s’agit ici sont celles des agents physiques (voy. p. 34) : électricité, lumière, chaleur ; et l’énergie de désagrégation dé-
veloppée par la dissolution (laquelle est une conséquence indirecte de l’énergie calorifique).
5. A quel signe pourrons-nous reconnaître l’intervention des énergies étran-, gères? C’est ce qu’il convient de dire d’abord.
On la distingue à ce caractère général, que : les énergies étrangères s’exercent seulement pour régler les conditions d'existence de chaque composé, envisagé isolément, sans intervenir dans le jeu des réactions chimiques réciproques. Ainsi elles se manifestent dans les conditions où elles provoquent: soit le changement d’état physique (liquéfaction, vaporisation) de quelqu’un des corps en expérience, envisagé isolément; soit sa modification isomérique ; soit sa décomposition, totale ou partielle.
6. Le conoours d’une énergie de cette espèce est surtout manifeste dans l’étude des systèmes réversibles ; c’est-à-dire tels que l’état de combinaison des éléments, modifié dans un certain sens par le changement des conditions d’existence du système, puisse être reproduit, lorsqu’on revient, en sens inverse, aux conditions primitives. Un tel système ne saurait résulter du seul jeu des énergies chimiques, lequel s’exerce toujours dans un sens exclusif. Mais il se développe, au contraire, par suite du concours de l’énergie chimique avec une énergie étrangère, celle de la chaleur en particulier.
7. Observons ici que, dans le calcul des quantités de chaleur dégagées par une transformation, on doit envisager, autant que possible, les corps correspondants dans le système initial et dans le système final, en les prenant sous le même état physique (gazeux, liquide ou solide). Cette manière de procéder (t. Ier, p. 5) offre l’avantage d’écarter sans autre discussion tout un ordre d’énergies étrangères, telles que les énergies consommées dans les changements d’état physique (voy. p. 447).
8. Le principe du travail maximum, tel qu’il vient d’être exposé, est tout à fait général; mais ce principe règle seulement la possibilité des réactions, sans qu’il soit permis d’en conclure leur nécessité. Celle-ci dépend à son tour de certaines conditions qui seront discutées tout à l’heure, conditions fort simples et qui se résument dans le théorème suivant.