LA SYNTHÈSE MINÉRALOGIQUE AU POINT DE VUE GÉOLOGIQUE
On peut dire que le but principal des synthèses minérales est d’éclairer la science sur le mode de formation des espèces dans le sein de la terre; s’appuyant sur une expérience de laboratoire, le géologue pourra remonter avec une certaine probabilité aux conditions qui, dans la nature, ont présidé à la production de tel ou tel type. 11 convient donc de rappeler sommairement ici même la façon dont les minéraux s’offrent à nous dans la nature.
Ceux-ci, en effet, ne sont pas distribués au hasard sur tous les points du globe et à toutes les profondeurs de l’écorce terrestre. Au contraire, certaines espèces sont infiniment plus répandues que les autres ; en même temps chacune d’elles s’associe toujours de préférence à une ou plusieurs autres. Les grandes masses qui composent l’écorce terrestre ont reçu le nom de roches; quelquefois une roche est simple, c’est-à-dire formée d’un seul élément chimique comme le calcaire, le gypse, l’argile, etc., le plus souvent on a affaire à une roche composée de deux ou plusieurs espèces simples.
Tous les géologues distinguent les formations sédimentaires et les formations éruptives. La composition des premières est généralement peu variée : on se trouve en présence de calcaire, de dolomie, de gypse, d’anhydrite, de quartz, de silice, ou de fragments déterminables de roches éruptives plus anciennes. Les roches éruptives sont pour nous bien autrement intéressantes à considérer; leurs éléments constitutifs sont, en effet, la silice à ses divers états, des silicates de nature variée et quelques oxydes; la plupart des éléments affectent l’état cristallin et s’associent suivant des modes très divers, mais aussi d’après des lois précises dont la connaissance constitue la pétrographie.
Le microscope appliqué aux roches dans ces dernières années a fait voir que l’état cristallin y est prédominant et que les éléments constituants se sont, à des époques diverses de consolidation, séparés aux dépens d’un magma amorphe, qui dans un grand nombre de cas a disparu sans laisser de traces, parce que sa cristallisation a été complète.
Les plus anciens de ces cristaux {grands cristaux) se sont développés librement et se montrent isolés de toutes parts parce qu’ils nageaient dans un magma fluide; les plus récents ( microlithes ) sont finement enchevêtrés.
Il existe encore une autre catégorie importante de minéraux des roches ; nous voulons parler de ceux d’origine métamorphique. Des roches sédimentaires formées d’éléments amorphes ou presque amorphes, se sont, sous des influences encore très mal connues, transformées profondément et sont devenues plus ou moins complètement cristallines.
Enfin les minéraux non compris dans les divisions précédentes ne sont autres que ceux des filons; ce sont de beaucoup les plus nombreux et les plus variés. Les plus belles espèces de nos collections appartiennent à cette classe. Ainsi des fentes existant dans des roches se sont lentement remplies après coup par voie d’injection hydrothermique, quelquefois par sublimation. Un grand nombre de minerais métallifères sont venus au iour de cette manière. Dans cette sorte de
gîtes, par suite du mode de formation, les cristaux sont presque toujours implantés par une de leurs extrémités.
Nous aurons soin de donner, avec le nom de chaque espèce, une indication très sommaire de son mode de gisement ; cette notion ne saurait être indifférente, même au chimiste.
Dès à présent, nous pouvons faire remarquer que les méthodes de reproduction les plus nombreuses se sont appliquées aux espèces filoniennes. Par contre on ne possède que très peu de documents expérimentaux ayant trait au mécanisme chimique du métamorphisme. Enfin, comme nous le verrons plus loin, la reproduction des roches éruptives basiques a été poussée avec le plus grand succès dans ces dernières années. Mais on ne sait rien du mode de consolidation des types acides ou même de certaines roches intermédiaires ; on est encore moins avancé en ce qui concerne les formations gneissiques ou cristallophylliennes, qui constituent le soubassement de l’écorce terrestre.