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APPLICATIONS DE LA SYNTHÈSE MINÉRALOGIQUE

Nous avons déjà parlé de la haute portée géologique des opérations synthétiques appliquées au règne minéral ; la minéralogie pure n’a pas un moindre profit à tirer des expériences effectuées dans cette voie.

Il est, en effet, d’un extrême intérêt de comparer les formes cristallines, les

macles, les clivages, etc., des composés naturels à ceux des produits artificiels. On sait que la prédominance de certaines formes est un élément très variable pour la même espèce suivant le gisement, suivant les conditions de la formation.

La voie expérimentale constitue un moyen de combler les lacunes que présentent certaines séries; c’est par ces procédés qu’on est arrivé à connaître parfaitement tous les types de quelques-unes d’entre elles, par exemple celles des spinelles ou des apatites.

On sait d’autre part le rôle que joue l’isomorphisme dans la constitution des minéraux; la voie synthétique permet souvent de préparer des corps ne renfermant qu’un seul des éléments isomorphes. La comparaison de ces types francs avec les combinaisons mixtes qu’offre la nature, est des plus intéressantes ; on a ainsi procédé, par exemple, pour la série des pyroxènes, grâce aux travaux de M. Lechartier. Dans d’autres cas, comme pour les feldspaths produits par fusion ignée, les expériences de MM. Fouqué et Michel-Lévy démontrent qu’on ne peut par cette voie mettre en évidence l’isomorphisme de l’albite et de l’anorthite.

Les variations de composition des minéraux tiennent encoi'e à une autre cause qu’à .l’isomorphisme de leurs éléments constituants. Les inclusions de minéraux étrangers conduiraient à une formule d’une extrême complication, si l’on acceptait sans contrôle les résultats de l’analyse en bloc. La synthèse minérale permettra souvent de préparer le corps en question absolument pur, ou encore avec des inclusions toutes différentes ; la véritable formule pourra ainsi être rigoureusement déterminée ; tel est le cas de la pétalite préparée par M. Hautefeuille.

De même certains minéraux d’une extrême rareté, se préparent sans difficulté dans les laboratoires; on aura donc ainsi un moyen détour-né mais sûr de fixer leur formule; il en a été ainsi pour la hopéite, reproduite par MM. Friedel et Sarasin.

11 y a lieu enfin de dire quelques mots de l’utilité technique de la synthèse minérale, laquelle est, on le pense bien, des plus restreintes.

En effet, les minéraux ne sont industriellement utilisés qu’à raison de leur constitution chimique ou comme matériaux de construction ; la classe seule des gemmes fait exception ; dans celles-ci, la pureté chimique, la forme cristalline bien développée, les dimensions, la coloration vive et uniforme jouent un rôle capital. Un assez grand nombre de pierres précieuses ont été reproduites ; quelques-unes, comme le diamant et la topaze, ont défié les efforts de tous les expérimentateurs. En général les produits obtenus sont de dimensions beaucoup trop restreintes pour se prêter à la taille; il en est ainsi même des beaux échantillons de corindon préparés par MM. Fremy et Feil. D’ailleurs presque tous les essais ont été faits dans un but de science pure, sans préoccupations industrielles ; il semble que le moment ne soit pas encore venu où des produits de laboratoire pourront rivaliser commercialement avec les gemmes naturelles.

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