SYNTHÈSE DE LA PÏRRHOTINE
On a hésité longtemps, comme on l’a vu, avant d’être fixé sur la nature du sulfure métallique (troïlite) qui se présente dans un très grand nombre de météorites. A la suite de M. Lawrence Smith, la plupart des chimistes pensaient que cette substance consiste en protosulfure de fer. Des analyses directes et des expériences sur l’action réductrice exercée par les sulfures sur les dissolutions métalliques m ont prouvé, il y a plus de dix ans, que la troïlite a en réalité la même composition que la pyrrhotine nickélifère terrestre *.
Le fer de Sainte-Catherine, en fournissant de la troïlite en quantité inconnue
t. Stanislas Meunier : Cosmos, livraison du 18 janvier 1868 et Comptes rendus du 10
jusque là, est venu lever tous les doutes et donner raison complète aux résultats que j’avais publiés*.
Or, c’est par l’étude de ce même fer que j’ai été conduit à réaliser la reproduction synthétique de la pyrrhotine météorique. Un coupe polie au travers de la masse brésilienne fait voir qu’elle consiste en une brèche métallique cimentée après coup par le sulfure. Il est même légitime de supposer que le sulfure a été produit par un agent convenable aux dépens du fer lui-même, dont l’état corrodé est manifeste à première vue.
L’agent de corrosion qui paraît le plus propre à produire ce résultat est l’hydiogène sulfuré à haute température: de petits fragments de fer pur ou allié de nickel ont été placés dans une cornue de terre et soumis pendant plusieurs heures à l’action simultanée de la température rouge et d’un courant contenu d’hydrogène sulfuré. Après refroidissement, les fragments métalliques étaient incrustés de pyrrhotine et plusieurs d’entre eux étaient même cimentés ensemble par cette substance La pyrrhotine ainsi produite a toutes les propriétés physiques et chimiques du composé naturel.
Des observations et des expériences plus récentes, assignent une origine également épigène à la pyrrothine contenue en petits grains dans certaines sporadosidères et tout spécialement dans celle de Knyahinya. On s’assure, en effet, que ces grains de pyrrhotine résultent d’une altération par l’hydrogène sulfuré de granules originairement constitués par des fers nickelés : outre que la forme et la saturation sont les mêmes, je regarde comme parfaitement probant le fait présenté par divers échantillons de Knyahinya de contenir des granules dont une moitié est transformée en pyrrothine, tandis que l’autre moitié est restée à l’état de fer nickelé.
On s’en aperçoit facilement à l’œil nu et le cuivrage rend le fait encore plus évident. Ces granules rappellent les pépites cuivre et argent du lac Supérieur, et peuvent être imités en chauffant des sporadosidères dans un courant d’hydrogène sulfuré.