Ibid., t. LXVl, p. 1299 et
Plusieurs nébuleuses ont pu être soumises au spectroscope Nous ne parlons, bien entendu, que des nébuleuses irrésolubles, les autres ne pouvant point être distinguées des étoiles dont elles sont de simples amas. Depuis plus de 150 ans, les astronomes étaient très préoccupés de déterminer la véritable nature des nébuleuses. Après les beaux travaux d’où William Herschel avait conclu que ces masses sont formées de matière cosmique accumulée, les perfectionnements des appareils optiques avaient résolu en étoiles un très grand nombre de nébuleuses considérées comme bomogènes, et l’on put douter qu’il y eût vraiment des nébuleuses irrésolubles. Il paraissait même bien difficile d’arriver jamais à la solution du problème, puisqu’on pouvait toujours supposer un appareil plus puissant que celui dont on disposait. Cependant la question fut complètement élucidée par M. William Huggins qui, au mois d’août 186-4, examinant au spectroscope la nébuleuse désignée dans les catalogues par le signe 57, H, IV, du Dragon, reconnut, au caractère de son spectre, exclusivement formé de trois raies brillantes, que la lumière de cet astre n’émane pas d’une substance solide ou liquide, mais d’un gaz lumineux. En outre, la position des raies dans le spectre devait, d’après ce qu’on a vu, faire connaître la composition de ce gaz. Les mesures prises au micromètre montrèrent que la plus brillante de ces raies occupe une position très voisine de l’une des raies les plus nettes du spectre de l’azote ; une deuxième ligne correspondait à l’une de celles de l’bydrogène ; quant à la troisième, elle était très voisine de celle du baryum, mais ne coïncidait pas absolument avec elle, et l’on doit se demander si elle indique un élément inconnu on simplement un état particulier de l’un de nos corps simples. Outre ces raies brillantes, signes d’un gaz incandescent, on voit un spectre continu extrêmement faible. Ce spectre n’a pas do largeur apparente, et doit par conséquent provenir d’une lumière diffuse et peu intense qui semble correspondre au centre de la nébuleuse. Celle-ci a donc un noyau, premier degré, sans doute, de la condensation qui la transformera en soleil.
En somme, il résulte de l’énumération qu’on vient de lire que, sauf quelques indications spectrales douteuses, les astres n’offrent guère que les corps simples existant sur la. Terre. Beaucoup des éléments connus dans nos laboratoires ne se montrent pas dans les spectres astronomiques; mais on ne saurait sans témérité conclure à leur absence plutôt qu’à leur rareté ; et l’on avouera que les faits qui précèdent fournissent un argument bien décisif au principe de l’unité de la constitution de l’univers.
Une conclusion pareille va nous être fournie par l’examen de la composition minéralogique des astres, quelque incomplet que cet examen soit encore à présent.
Ajoutant une merveille à celles qu’on lui devait déjà, l’analyse spectrale donne dans quelques cas le moyen de reconnaître dans les corps célestes l’existence de composés définis ou, si l’on veut, à' espèces minéralogiques^
Ainsi, on a pu affirmer, d’après l’étude de leurs spectres, que le Soleil et quelques étoiles renfermefit de la vapeur d’eau®. Il y a même des étoiles, et le Soleil est du nombre, qui contiennent certains gaz composés qüe Secchi était conduit à rapprocher de quelques hydrocarbures et^ spécialement de la vapeur de benzyle®.
i. Voy. les mémoires de Secchi dans les Comptes rendus, t. LVI, p. o43 et 1167.
2; Comptes rendus, t. LXVIII, p. 350.
: 3. IM, t. LXVIII, p. 1086.
L’atmosphère de Jupiter et celle de Saturne ont donné à M. Janssen le spectre caractéristique de la vapeur d’eau.
La détermination des roches qui entrent dans la composition des astres est extrêmement difficile; aussi sommes -nous encore bien incomplètement renseignés sur cet important sujet.
Nous trouvons à citer d’abord les notions acquises sur Mars, où l’on a reconnu la présence de continents, de mers et de glaces polaires ; car l'eau est une roche au même titre que le granit ou le calcaire.
Pour la Lune, les données sont un peu plus précises, et il e.st certain que l’on trouverait les analogies des roches lunaires parmi nos roches volcaniques, les unes poreuses et scoriacées, sans doute trachytiques, qui constituent les cratères; les autres lisses, unies, épanchées comme nos frass et les déjections de nos volcans. Les grands cirques ont une physionomie qui portait H. Lecoq à les comparer aux escarpements de porphyre.
Le même jour, jeté d’une façon si inégale sur la composition chimique, minéralogique et lithologique des astres, s’est étendu dans quelques cas à leur constitution géologique, c’est-à-dire à la manière d’être relative des diverses loches qui les composent.
Un des corps célestes qui ont donné les résultats les plus nets est le Soleil, dont nous avons déjà énuméré les différentes couches superposées. On a vu que sur un noyau obscur, et sans doute gazeux, repose une enveloppe liquide ou même solide, qui doit à son état physique le vif éclat qu’elle répand et qu’on a voulu rappeler en la nommant photosphère. Sur la photosphère, et peut-être séparée d’elle par une substance que caractérise un spectre continu, se trouve la chromosphère, formée d’un gaz incandescent et qui est enveloppée elle-même par une immense atmosphère.
Si nous passons aux planètes, nous trouvons une stiaicture toute différente, que l’étude de la Terre nous dévoile, au moins pour ses parties externes. La Terre présente, comme on sait, sur un noyau central, soustrait par sa situation à nos recherches directes, mais que divers ftiits, développés ailleurs, nous conduisent à regarder comme fluide, un épais revêtement de roches dont on a le type dans le granit des trottoirs. Cette croûte se brise de temps en temps et laisse échapper, sous forme de fdons, un certain nombre de roches inférieures, auxquelles on donne le nom ül éruptives, et parmi lesquelles les plus connues sont le porphyre, la serpentine, etc.
Des éruptions plus ou moins analogues ont lieu encore aujourd’hui, et avec un appareil spécial qui porte le nom de phénomènes volcaniques : le basalte, le trachyte, etc., ont une origine de ce genre.
Dans certains cas ces exsudations de roches sont remplacées par des exhalaisons gazeuses ou par des sources thermales. Celles-ci, suivant leur nature, se condensant ou précipitant parfois le long des parois de la crevasse qui leur livrait passage, les substances qu’elles dissolvent ont donné naissance à ces filons métallifères dont la recherche et l’exploitation constituent le travail du mineur. Sur le revêtement granitique, et par suite de l’action des eaux, se sont empilés successivement de très nombreux dépôts, auxquels on donne le nom général de terrains stratifiés et qui, par les restes appelés fossiles qu’ils renferment, nous renseignent sur les êtres vivants qui nous out précédés sur la Terre.
l’Océan forme comme un revêtement superposé aux sédiments, et d’où ils émergent par place sous forme de continents; de même l'Atmosphère ou océan aérien peut être considéi'ée comme formant la couche la plus externe du globe.
Grâce à sa proximité et à la transparence de son atmosphère, la surface de Mars a pu être soumise à un examen approfondi. On y a reconnu comme sur la Terre des continents et des océans.
Même, M. Procter* signale comme une des plus remarquables particularités de cette planète le grand nombre des passes longues et 'étroites et des mers en goulots de bouteille [bottle-necked) . Cette disposition diffère essentiellement de tout ce que l’on connaît sur la Tei're. Ainsi, la passe d’Huggins e.st un long courant fourchu, beaucoup trop grand pour qu’on puisse le comparer à aucune rivière terrestre. 11 s’étend sur 3000 milles anglais environ et joint la mer d’Airy à celle de Maraldi. La passe de Bessel est presque aussi longue. Un autre canal, que les cartes désignent sous le nom de Nasmyth, est encore plus remarquable : commençant près de la mer de Tycho, il coule vers l’est, parallèlement à elle et à celle de Beer, puis se courbe brusquement vers le sud et, s’élargissant alors, forme le fond de la mer de Kaiser.
Les mers en goulots de bouteille ou lacs constituent un trait singulier de la planète Mars. Celles que réunit le canal d’Oudemann forment une paire très remarquable.
On en voit deux autres qui se ressemblent encore bien plus entre elles : elles sont séparées de l’océan Delarue par un isthme courbe si étroit que, n’étaient ses vastes dimensions, on serait tenté de voir dans tout cet ensemble le résultat d’un travail artificiel. Mais chacune des deux mers a 3000 milles de long et 130 milles de large ; un canal qui les réunit à l’océan Delarue n’a pas une longueur moindre de 230 milles.
On sait que sur la 'ferre les océans ont trois fois la surface des continents, et l’on doit noter que l’Europe, l’Asie et l’Afrique forment ensemble une seule grande île, tandis qu’une autre île consiste dans la réunion des deux Amériques. Or, sur Mars il existe une disposition tout à fait différente. D’abord, il y a une égalité presque complète entre les surfaces occupées par les continents et par les mers, et, en second lieu, ceux-ci sont mêlés les uns aux autres de la manière la plus compliquée. C’est au point qu’un voyageur pourrait, soit par voie de terre, soit en bateau, visiter presque tous les quartiers de la planète sans avoir à quitter l’élément sur lequel il aurait commencé son voyage.
Un trait caractéristique de la structure de la Terre consiste dans l’existence de montagnes ; on observe des accidents du même genre à la surface de Mars, de Mercure et de Vénus. Pour Mercure, dont l’étude est très gênée par la proximité du Soleil, on a reconnu la présence d’une montagne à ce fait que le croissant présenté par la planète dans certaines de ses phases n’a pas ses deux parties également aiguës ; l’une d’elles, la méridionale, s’émousse sensiblement et présente une véritable troncature. 11 est indiqué, en effet, pour rendre compte de cette inégalité des cornes, d’admettre que près de la pointe sud il existe une montagne très élevée qui arrête la lumière du Soleil, et l’empêche d’aller jusqu’au point que la
1, Scientific Review du 1" mars 1869.
corne aiguë aurait occupé sans cela. L’étendue de cette troncature peut servir à calculer la hauteur de la montagne qui la produit. Cette hauteur a été trouvée égale à 5 lieues de 4 kilomètres ; c’est la i 25® partie à peu près du rayon de la planète. Cette montagne est donc extrêmement grande si on la compare à celles'qui existent sur la Terre.
Pour Vénus, les résultats sont bien pins nets, et l’on est autorisé à dire que sa surface est couverte de hautes montagnes* ; souvent en effet les cornes des croissants sont tronquées et leurs bords dentelés comme ceux des croissants lunaires. Les plus hautes de ces montagnes sont cinq fois plus élevées que les plus hautes montagnes de la Terre; leur hauteur atteint 44 kilomètres.
De même que la Terre, ces planètes sont enveloppées d’une atmosphère. On remarque même que celle-ci est plus épaisse dans Mercure que, dans Vénus et surtout que dans Mars. Les petites planètes situées entre Mars et Jupiter se distinguent des précédentes sous ce rapport par l’absence de toute enveloppe gazeuse.
Autant qu’on en peut juger dès maintenant, les planètes les plus éloignées du Soleil semblent avoir une constitution différente de celles des planètes dites inférieures. Ainsi, Jupiter et Saturne se comportent comme des masses qui seraient liquides ; et Ur.anus et Neptune, peut-être faiblement lumineuses par elles-mêmes, donnent des spectres tout à fait pareils à ceux que produisent les comètes et les nébuleuses irrésolubles ; c’est-à-dire qu’ elles se présentent comme des corps gazeux.
Dans la Lune on reconnaît sans peine une constitution essentiellement volcanique; mais outre les cratères ou jmys, pour employer l’expression consacrée en Auvergne, on a pu observer à la surface de notre satellite de largos surfaces unies ou peu accidentées que l’on désigne sous la dénomination, sans doute fort impropre, de mers. Dans quelques régions on a pu constater, à des signes plus ou moins nets, une espèce de stratification.
Certains observateurs ont signalé des corrosions manifestes, analogues à celles que produit l’Océan, et le pouvoir que possèdent diverses plaines de polariser fortement la lumière a conduit à supposer qu’elles peuvent bien être remplies par des glaciers.
Il n’existe dans la Lune aucune trace d’atmosphère. Voici comment on s’en est assuré : lorsqu’on fait l’observation du spectre d’une étoile un peu avant son occultation par le bord sombre de la Lune, ou au moment de cette occultation, on peut espérer de saisir quelque phénomène caractéristique du passage de la lumière de l’étoile à travers l'atmosphère lunaire. Car s’il existe nne telle atmosphère, qui puisse, soit par les substances dont elle est composée, soit par les vapeurs tenues en dissolution exercer une absorption élective sur la lumière de l’étoile, cette absorption doit être indiquée par l’apparition dans le spectre de nouvelles raies sombres, immédiatement avant son occultation par la Lune. Or, M. Huggins*, partant de ces idées, a observé avec le plus grand soin la disparition du spectre de l’étoile s des Poissons lors de son occultation le 4 janvier 1865, mais il n’a découvert