Comptes rendus, t. UI, p
carbonique, tandis que je n’ai pu décolorer ni même faire pâlir un fragment de la pierre de Sétif, en le soumettant au rouge dans l’hydrogène.
Dans d’autres expériences, j’ai reconnu que si le chauffage a lieu en présence d’un excès d’air, le produit n’est plus noir, mais d’un rouge ocreux; et les fragments chauffés dans un creuset, et qui sont noirs à l’intérieur, présentent souvent sur leurs sui’faces externes une coloration rubigineuse. L’influence de l’air est encore plus nettement visible quand on chauffe dans un creuset un peu grand un petit fragment de montréjite. Tandis que les globules compacts deviennent franchement noirs, le ciment très poreux, et, partant imprégné d’air, devient rouge.
On pouvait se demander si la pierre ne perd rien pendant sa transformation ; je me suis assuré que la calcination n’en dégage aucune substance.
D’ailleurs, et cette remarque est décisive en même temps contre toute idée d’action oxydante, le poids de la pierre n’est pas sensiblement changé par la calcination.
Il résulte de ces faits que la transformation qui nous occupe est due à un changement dans l’état moléculaire de la roche et non pas à l’addition ou à la soustraction d’éléments particuliers. Aussi était-il indiqué d’examiner au microscope la disposition de la matière noire à l’intérieur de la pierre.
Contrairement à ce que l’on aurait pu croire, cette matière est très loin de constituer la masse tout entière; et même on trouve beaucoup de parties où elle ne se montre pas. Ces parties sont incolores et très cristallines, comme le prouve leur action sur la lumière polarisée. La matière noire, au contraire, est opaque, et comme elle n’offre pas de contours définis, il est impossible de dire si elle est amorphe ou cristalline. Elle est, du reste, disposée d’une manière tout à fait irrégulière, encadrant les grains incolores ou bien formant à leur intérieur, tantôt des lignes plus ou moins contournées, tantôt les ponctuations plus ou moins serrées.
J’aurais voulu déterminer la proportion de cette matière noire, mais aucun procédé ne permet de la séparer des substances avec lesquelles elle se trouve en mélange.
En combinant ensemble les résultats des expériences et des observations microscopiques ci-dessus rapportées, on arrive à penser que la coloration noire s’explique en admettant que les météorites grises contiennent un ou plusieurs silicates multiples à base de magnésie et de fer, qui se dédoublent sous l’influence de la chaleur en silicates magnésiens incolores et en silicate de fer noir. .
Reste à déterminer la composition de ce dernier composé. Ainsi que je Tai dit, on ne peut parvenir à le séparer, mais celles de ses propriétés que l’oii arrive à constater permettent de se faire une idée très précise de sa véritable nature.
Ce silicate est attaquable aux acides et cela même à froid, pourvu que l’expérience dure assez longtemps. Si, en effet, on abandonne dans l’acide chlorhydrique pur la poudre fine obtenue par la porphyrisation de la pierre de Pultusk, préalablement noircie par la calcination, on observe, après un temps suffisant (l’expérience a duré près d’un mois), qu’elle est complètement décolorée. Lavée à l’eau pour enlever l’acide et les sels solubles, puis à la lessive de potasse pour dissoudre la silice gélatineuse et enfin à Teau pour entraîner l’excès d’alcali, elle donne une poudre qui, desséchée, est d’un gris très clair, tout à fait comparable à la couleur qu’avait la météorite avant sa transformation. Il résulte de là que, dans la pierre de
Sétif, la substance noire fait partie de la matière attaquable dont l’analyse m’a donné
les résultats suivants ‘ '
Oxygène.
Silice . ■ 18,64 - 9,95
, Magnésie-. . 47,89 6,95 i o
Soude . traces
Alumine . traces
Fef nickelé . 12,62
Troïlite . 5,01
Cette matière attaquable présente, comme on voit, presque exactement la composition du péridot. Il faut donc que le silicate noir, mélangé sans doute à un silicate magnésien, ait lui-même la composition du péridot. La première pensée est de le rapprocher de l’espèce nommée fayalite, et l’on doit reconnaître qu’il en offre à peu près les caractères extérieui’s ; toutefois il' en diffère complètement par son inertie à l’égard de l’aimant.
La matière séparée par l’aimant, du produit obtenu en pulvérisant la pierre noircie, est bien noire elle-même ; mais il est facile de voir que les grains magnétiques sont simplement enduits de matière noire, car si l’on dissout tout le métal au moyen d’un acide' faible, il reste une très petite quantité d’une poudre parfaitement noire qui n’est plus altérable. 1
Après avoir reconnu la nature péridotique du silicate noir, il faut chercher aux dépens de quelle matière ce silicate est produit. On peut se demander en effet s’il résulte d’une simple modification subie par les matières péridotiques, ou s’il dérive de minéraux plus acid.es.. Or,, sans trancher positivement la question et sans affirmer que des minéraux péridotiques ne peuvent point donner naissance à un silicate de ce genre, on doit reconnaître que le silicate noir se forme dans les parties pyroxéniques ou amphiboliques. Ainsi, les globules de la météorite de Montréjeau, qu’on regarde, à la suite du travail de M. Damour, comme formés de feldspath et de pyroxène, deviennent parfaitement noirs ; et cela, ainsi qu’on l’a vu plus haut, même dans des conditions où le ciment, bien plus riche en péridot, ne change pas de couleur.
De plus, on reconnaît que ces globules, insolubles comme on sait dans les acides, deviennent partiellement attaquables après la calcination et se dépouillent alors de la nuance noire que celle-ci leur communique;
Ajoutons’, en passant, que cette sorte de liquation explique peut-être comment certains silicates deviennent partiellement attaquables dans, les acides à la suite d’une calcination : il s’y ferait une espèce dé départ, dont le produit serait un ou plusieurs protosilicates solubles.
En résumé, il paraît bien démontré que la coloration noire éprouvée par les météorites grises sous l’influence de la chaleur, est due à la séparation, dans ces météorites, d’un composé particulier de nature péridotique, qui résulte d’une