‹ Encyclopédie chimique. Tome II.- Métalloïdes. 2e section (volume 2)Chapitre 110 sur 197 · CYANURE DE POTASSIUM · texte numérisé non relu

CYANURE DE POTASSIUM

Nous avons déjà vu certaines circonstances dans lesquelles on forme du cyanure de potassium, comme par exemple l’action du cyanogène ou de l’acide cyanhydrique sur le potassium, ou l’action de l’azote sur un mélange de charbon et de potasse à haute température.

La préparation industrielle de ce corps étant intimement liée à celle du ferrocyanure de potassium, c’est à propos de ce corps que nous traiterons de la fabrication des composés cyaniques.

Préparation. — On peut le préparer par l’action de l’acide cyanhydrique concentré sur la potasse concentrée ; il est préférable de faire passer un courant de vapeurs d’acide cyanhydrique anhydre dans une dissolution alcoolique de potasse. Dans ce cas le cyanure, à peu près insoluble dans l’alcool concentré, se dépose sous forme d’une masse blanche que l’on exprime rapidement à la trompe, que l’on lave avec de l’alcool à 90" et que l’on sèche rapidement ; on peut ensuite le fondre et le couler. On doit éviter l’emploi, dans cette préparation, d’un excès d’acide cyanhydrique qui fait brunir la matière ; il est aussi important de maintenir froide la dissolution de potasse pendant qu’on y fait arriver l’acide cyanhydrique.

On a également indiqué l’emploi d’une solution de cyanure de mercure, dont on pi’écipite le métal par le monosulfure de potassium employé en quantité équivalente.

Les procédés suivants donnent un produit moins pur ; ils reposent sur l’emploi du ferrocyanure de potassium. On déshydrate d’abord complètement ce corps, à une douce chaleur ; puis on le chauffe dans un vase’ en fer à l’abri du contact de l’air ; il se dégage de l’azote et il reste dans la cornue un mélange de carbure de fer et de cyanure de potassium. On retire ce dernier corps en épuisant la masse par de l’eau ou de l’alcool. On peut aussi, lorsque la matière est encore en fusion, la laisser reposer (le carbure de fer tombe au fond), et on la décante alors. On ne doit pas trop élever la température, car l’on obtient alors une masse qui dégage de l’hydrogène lorsqu’on la traite par l’eau ; le cyanure de potassium a été décomposé et il s’est formé un carbure de potassium, tandis que de l’azote s’est dégagé.

On peut aussi chauffer un mélange de ferrocyanure de potassium et de carbonate de potasse bien secs. Il se forme dans cette réaction du cyanure et du cyanate de potasse ; on épuise la masse fondue par l’alcool ou par l’eau :

2K^FeCy’ 2KO,GO^ = 5KCy -+- KO.CyO -l- 2C0= -f- Fe.

On trouve en réalité un peu d’o.xyde de carbone, et par suite il y a un peu plus de cyanate de potasse formé que ne l’indique cette théorie.

On recommande dans cette préparation de s’assurer de la marche de l’expérience en trempant de temps en temps dans la masse fondue une baguette et, laissant

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refroidir la goutte qui s’y est attachée, on observe sa couleur; elle est jaunâtre au début, blanche lorsque l’opération est terminée.

Il est nécessaire d’employer encore ici des sels parfaitement secs pour éviter la formation d’ammoniaque ; les produits doivent être purs, ils ne doivent pas contenir en particulier de sulfate de potasse.

Ce dernier procédé donne, on le voit, un rendement un peu plus fort en cyanure de potassium (plus fort d’un quart environ).

Dans cette dernière méthode, on peut remplacer le ferrocyanure de potassium par le bleu de Prusse; on le chauffe avec du carbonate de potasse en vase clos; on traite la masse fondue comme précédemment.

Voici maintenant d’autres procédés donnant des produits moins purs, mais susceptibles d’en fournir de grandes masses. On calcine du carbonate de potasse avec des matières organiques azotées, c’est-à-dire capables par leur décomposition de donner de l’azote et du carbone dont une partie réduira à l’état de potassium le carbonate de potasse et dont l’autre donnera, avec ce métal et l’azote, du cyanure de potassium. On peut mettre avec le carbonate de potasse, soit les matières animales ellesmêmes, soit ces matières déjà calcinées ; la masse est ensuite traitée par l’eau.

On a également employé de l’azote libre provenant de l’air atmosphérique et passant sur un mélange de carbone et de potasse chauffé au rouge; ce procédé est ' aussi employé dans l’industrie.

1. — Le cyanure de potassium est anhydre ; il fond au rouge et se volatilise même au rouge blanc, sans se décomposer. Il cristallise dans le système cubique, par fusion, et en cubo-octaèdres dans ses dissolutions aqueuses. Il a une saveur et une réaction fortement alcalines. Au contact de l’air, il sent l’acide cyanhydrique ; il est très vénéneux. Il est déliquescent ; il se dissout en grande quantité dans l’eau. Insoluble dans l’alcool absolu, il se dissout dans l’alcool ordinaire, d’autant plus qu’il contient plus d’eau.

2. — Un courant électrique décompose la solution de ce corps en donnant de l’acide carbonique, de l’ammoniaque et de la potasse caustique.

5. — La solution aqueuse de ce corps se décompose lentement, même à la température ordinaire, en donnant du formiate de potasse et de l’ammoniaque ; à la température de l’ébullition, la décomposition est beaucoup plus rapide :

KC*Az -P 4110 = C^HKO*-!-Azff.

4. — Lorsqu’on fond du cyanure de potassium au contact de l’air, il se forme toujours une petite quantité de cyanate de potasse, par suite de la fixation de l'oxygène sur le cyanure; il faut rapprocher de cette action celle du soufre sur le cyanure de potassium, qui donne le composé correspondant, le sulfocyanate de potasse. Il se forme de plus grandes quantités de cyanate lorsque l’on chauffe le cyanure de potassium avec des oxydes comme l’oxyde de plomb, d’antimoine, le sesquioxyde de fer ou même l’acide arsénieux, l’acide antimonique ; mais le corps le plus fréquemment employé est le bioxyde de manganèse ; il est réduit à l’état de

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protoxyde. Les autres oxydes dont nous venons de parler cèdent aussi leur oxygène, mais ils sont re'duits à l’état métallique. Cette propriété fait que l’on emploie souvent le cyanure de potassium comme réducteur. Quand on chauffe du cyanure de potassium avec des composés oxydants comme un chlorate ou un azotate, il détone violemment. Le permanganate de potasse donne avec une solution de cyanure de potassium divers produits d’oxydations : acide carbonique, formique, oxalique, azoteux, azotique, et en outre de l’urée et de l’ammoniaque (Beaudrimont‘). Le chlorure de chaux donne comme produit d’oxydation du cyanate de potasse, qui se transforme en cyanate de chaux (Zino) Lorsqu’on fond du cyanure de potassium avec du sulfate de potasse, il se forme aussi du cyanate de potasse et en même temps du sulfure de potassium.

5. — La dissolution de cyanure de potassium ne dissout pas le soufre (pour former du sulfocyanate de potasse) ; mais ce corps se forme avec les polysulfures

KCy-l-KS= = KSCyS4-KS.

La dissolution du cyanure de potassium dissout au contraire le sélénium, même à la température ordinaire (Wiggers) Lorsque l’on fond du soufre avec du cyanure ’ de potassium, il se forme du sulfocyanate de potasse.

6. — Le cyanure de potassium, traité par l’iode, reste incolore jusqu’à ce que l’on ait ajouté 2 équivalents d’iode pour 1 de cyanure. Il se précipite alors de la dissolution concentrée une combinaison (Langlois) ou un mélange (Liebig) d’iodure de potassium et d’iodure de cyanogène.

7. — Lorsqu’on fait passer un courant d'acide sulfhydrique dans une solution de cyanure de potassium, il se forme de petites aiguilles jaunes ayant pour composition C®H“Az=S*,

4G®Az -f ions = 4KS -H AzlLS.HS -f C*HsAz'»S‘.

Ce composé, nommé chryséane, a été découvert par Wallach *. Au contact de l’oxyde de mercure, il se dédouble en acide sulfliydrique et acide cyanhydrique.

Lorsqu’on traite une dissolution froide de cyanure de potassium par un courant d'acide sulfureux, l’acide cyanhydrique est en partie déplacé et il se forme un cyanosulfite de potasse ayant pour formule S-0'‘KG*Az -+- 2HO. G’est un corps cristallisé, peu soluble dans l’eau. 11 se décompose par la chaleur en acide sulfureux, sulfate et sulfocyanate de potasse. Lorqu’on traite ce composé par un acide étendu, il se forme un sel acide encore moins soluble, qui se précipite ; il a pour formule S^0*KG^Az,S^0^HG^Az,6H0. Il se forme en même temps une combinaison de bisulfite et de cyanosulfite de potasse (Etard) ^

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