ACTION DE LOXYDE DE CARBONE SUR LES MÉTAUX
■1. Potassium. — Liebig a éluclid le premier la combinaison de l’oxyde de carbone avec le potassium. M. Brodie a observé les faits suivants [Quarterly Journ. Chem. Soc., t. XII, p. 269) : En dirigeant un courant d’oxyde de carbone bien privé d’oxygène sur du potassium légèrement chauffé, on voit, vers 80", le métal s’étaler, se reconvrir d’excroissances cristallines, et prendre une teinte d’un gris mat : à ce moment l’absorption est encore faible, mais elle devient bientôt plus rapide, et il se forme une matière rouge, avec élévation de température. 100 p. de potassium donnent environ 171 p. de cette matière, qui contiendrait, par conséquent 58.27 K, et 41.73 CO% et pourrait être représentée par la formule KC^O^ M. Brodie admet que la masse grise formée préalablement renferme le composé K^C-0^ et que KC®U'‘ est un mélange de potasse anhydre et de rhodizonate de potasse. Cette matière rouge détone à l’état sec; elle décompose l’eau avec violence, et agit égalejnent sur l’alcool absolu : avec ce dernier corps elle fournit du rhodizonate de potasse, sous forme d’une poudre rouge : l’identité de ce corps avec le rhodizonate de potasse n’a pas été vérifiée d’une manière précise : il paraît au contraire en différer par sa grande oxydabilité.
Signalons, sur le même sujet, les travaux de M. Lerch (Ann. der Chem, und Pharm., t. CXXIV, p. 20). D’après cet auteur, la combinaison du potassium avec l’oxyde de carbone, obtenue par réaction directe, est une poudre noire ne diflérant pas du produit qui se forme quelquefois'daus la préparation du potassium ; elle se conserve bien dans l’huile deuaphte ou dans le vide sec; elle attire énergiquement l’humidité, en devenant rouge, puis jaune. Avec l’eau, l’alcool ou l’éther, elle donne un dégagement de gaz, et laisse une matière noire, gluante, rougissant à l’air et formant une solution rouge.
En traitant par l’acide chlorhydrique la combinaison d’oxyde de carbone et de potassium, M. Lerch obtient un acide cristallisé en aiguilles blanches au.xquelles il donne le nom d’acide trihydrocarboxylique et la formule Par un trai¬
tement préliminaire à l’alcool, le même corps fournit un autre acide en aiguilles noires désigné sous le nom A'acide dihydrocarboxylique &ÇPHP. Enfin, si la combinaison primitive a subi le contact de l’air, on obtiendrait Vacide hydroearboxylique ou, lorsque l’oxydation à l’air a été suffisante pour que la masse
soit d’abord devenue complètement rouge, l’acide carboxylique, non isolé,
mais dont les sels de potasse répondent à la formule et G-''0-'’rilv’. Si l’on
cherche à isoler l’acide de ces sels, on obtient l’acide rhodizonique, avec fixation d’eau :
L’acide croconique et l’acide oxalique sont les produits finaux de l’oxydation. L’au^ teur de ce travail envisage la eombinaison d’oxyde de carbone et de potassium, comme le sel de potasse, non de l’acide trihydrocarboxylique, mais comme le sel d’un acide renfermant du potassium, l’acide trikalium-carboxylique (voy. Acide rhodizonique, croconique, etc.);
2. Fer. — La présence du fer rend assel: rapide la décomposition de l’oxyde de carbone en acide carbonique et charbon. Stammer a remarqué le premier qu’un courant de ce gaz passant sur de l’oxyde de fer chauffé à une température inférieure au rouge sombre le réduit en donnant lieu à une abondante production d’un charbon léger, contenant quelques centièmes de fer (Pogg. Ânn., LXXXII, p. 136). Des observations du même genre ont été faites par MM. Caron et Lowthian Bell.
M. Deville a vu qu’en faisant agir l’oxyde de carbone sur du fil de clavecin dans un tube de porcelaine chauffé à 1500“ sur une petite partie de sa longueur, le dépôt de charbon avait lieu sur les extrémités du tube où la température était relativement basse, et atteignait environ 400“ ; tandis que les portions du fil de fer fortement chauffées se combinaient au charbon et se transformaient en acier.
Nous .avons dit (voir page 23) que les expériences de M. Grüner l’ont conduit à croire que la réduction de l’oxyde de carbone par le fer n’aurait lieu qu a la faveur d’un peu d’oxyde contenu dans le fer ou d’un peu d’acide carbonique contenu dans l’oxyde de carbone ; en un mot, l’oxyde de carbone pur ne déposerait pas de charbon sur le fer pur. Cependant M. Schutzemberger {Chimie générale, t. 1, p. 475) a répété l’expérience de M. Deville en employant du gaz tout à fait exempt d’acide carbonique, et du fil de fer soigneusement réduit par l’hydrogène : il a obtenu les résultats indiqués par M. Deville ; de sorte que la présence d’un composé oxygéné, soit oxyde de fer, soit acide carbonique, ne paraît pas nécessaire pour produire la réaction ; la décomposition est probablement facilitée par l’affinité du métal pour le carbone, et si le phénomène ne se produit pas au rouge vif, c’est que, même à cette température, une action inverse du charbon sur l’acide carbonique mis en liberté peut avoir lieu et devenir prépondérante.
3. Cuivre. — M. Caron {Comptes rendus, LXIII, p. 1129) a observé l’absorption de l’oxyde de carbone par le cuivre en fusion : les phénomènes sont pareils à ceux que présente le même métal avec l’hydrogène. Pendant la solidification, il se produit une sorte de bouillonnement avec dégagement de gaz et projection de gouttelettes de cuivre : le métal reste spongieux et d’une densité inférieure à la densité ordinaire.