‹ Encyclopédie chimique. Tome II.- Métalloïdes. 2e section (volume 2)Chapitre 55 sur 197 · CS^-1-KS=CS^RS · texte numérisé non relu

CS^-1-KS=CS^RS

CS*-t-KS.HS= HS4CS^KS.

Il joue donc vis-à-vis des sulfures le rôle de l’acide carbonique vis-à-vis des oxydes.

D’après Gélis, le bisulfure de sodium,'NaS^; se combine directement au sulfure de carbone, avec formation d’un sel soluble, NaS^CS®. Le même sel se produit, en même temps qu’un dépôt de soufre, avec le trisulfure de sodium.

15. L’acide sulfurique anhydre décompose le sulfure de carbone en produisant du soufre, de l’oxysulfure de carbone et de l’acide sulfureux :

CS2+SO^>=S-f-SO^-l-COS.

(Armstrong.)

L’acide chlorosulfurique, S-0®HC1, produit à 100° une décomposition du même genre :

2CS^ 4- S^O'. HCI = 280^ + 2 COS -f- HCl -f- S*.

(Dewar et Cranston.)

14. Réaclions avec les composés organiques. — Un mélange de vapeurs de sulfure de carbone et d’alcool fournit, en passantsur du cuivre chauffé au rouge, de l’oxysulfure de carbone, de l’hydrure d’éthylène, et divers produits pyrogénés :

2CS^ -4C*H°0^ -1-Cu^ = 2C0S -f- 2CuS +• GW.

(Carnelley, CAem. Soc. 1875, p. 523.)

L’oxamide chauffée à 180-200“ en tubes scellés avec le sulfure de carbone forme du sulfocyanate d’ammoniaque, de l’oxyde de carbone et de l’oxysulfure de carbone :

CWAz^O» -4 2CS"= C"AzS^ AzH‘ -1- 2COS + 2CO.

(Ladenburg, Zeitschr.f. Chem. (2), t. V, p. 478.)

La réaction est un peu plus complexe avec l’acétamide : il se produit, outre les corps précédents, un gaz non absorbable par le chlorure cuivreux ; si l’on ajoute de l’alcool, on trouve en même temps du mereaptan et du bisulfure d’éthyle.

L’urée décompose le sulfure de carbone à 110“ avec production de sulfocyanate d’ammoniaque et d’oxysulfure de carbone :

CW.AzW-l-2CS^=C^AzS^AzH‘ + 2COS.

(Ladenburg.)

Le sulfure de carbone chauffé en tubes scellés avec une solution alcoolique de nitrobenzine additionnée de quelques gouttes d’ammoniaque la transforme en aniline (Schlagdenhauffen) :

C'HUAzO» -+- 5CS^ 4- 6110 = C‘WAz + 4H0 -t- 68 -t- 3CO^

L’acide nitrobenzoïque et l’acide picrique sont également réduits avec formation d’acides amidés. La nitronaphtaline fournit de la naphtylamine.

Divers alcalis organiques, l’éthylamine, l’aniline, la naphtylamine, mêlés de vapeurs de sulfure de carbone, se détruisent en traversant un tube chauffé au rouge, avec production de charbon, d’hydrogène sulfuré et d’acide siilfocyanique.

Le sulfure de carbone se combine énergiquement à la triéthylphosphine. Lors-

SULFURE DE CARBONE

qu’on mélange les deux corps purs, la réaction a lieu avec explosion ; si l’on a soin de diluer la triéthylphosphine dans de l’éther anhydre, on obtient des paillettes cramoisies, rappelant l’aspect de l’acide chromique ; c’est une combinaison répondant à la formule (C*H®)*.P-t-C®S*. Ce corps est insoluble dans l’eau, peu soluble dans l’éther, soluble dans l’alcool ; il est fusible à 95", volatil faiblement à la température ordinaire, fortement à 100". C’est une base faible, qui se dissout dans l’acide chlorhydrique et peut entrer en combinaison avec les chlorures d’or et de platine,

La triméthylphosphine se comporte de même ; la triéthylarsine, la triéthylstilbine, produisent des réactions analogues.

La triéthylphosphine peut être considérée comme un réactif fort sensible du sulfure de carbone, et inversement. (Hoffmann, Rép. de Chim. pure, 1859, p. 116.) On a pu, par exemple, à l’aide de ce réactif, reconnaître la présence du sulfure de carbone dans les huiles de moutarde (sinapis juncea, sinapis nigra). Il suffit de chauffer les matières au bain-marie dans un courant d’acide carbonique sec, et de faire passer les vapeurs dans une solution de triéthylphosphine.

En ajoutant de l’amylamine à une solution éthérée de sulfure de carbone, Hoffmann a observé la formation d’un corps cristallisé :

2C‘»H‘=Az+2CS®= C^^H^Az^SL

Ce corps est décomposé, par l’acide chlorhydrique, en acide amylsulfocarbonique. {Rep. de Chim. pure, 1859, p. 513.)

Le sulfure de carbone se combine aussi avec la triméthylamine, à basse température ; le composé obtenu répond à la formule :

(C^H-)=Az.C^S‘.

On le prépare en beaux cristaux en saturant partiellement de triméthylamine un mélange de sulfure de carbone et d’alcool, et évaporant. C’est un corps fusible vers 125", soluble dans l’alcool étendu, peu soluble dans l’alcool concentré, l’éther, la benzine ; il se dissocie facilement même aux températures ordinaires : il s’unit aux acides étendus, et est décomposé par les acides concentrés. (Bleunai'd, Comptes rendus, LXXXVIl, p. 1040.)

Frankland, en faisant réagir le sulfure de carbone sur le zinc-éthyle, a préparé des composés sulfurés doués des propriétés des mercaptans. Grabowski {Ann. der Chem. Pharm., CXXXVIII, p. 165) a repris l’étude de ces produits. Le mélange des deux corps donne lieu à une réaction énergique que l’on peut représenter par la formule

2CS^ -1- (CWZn)* = C‘"H‘"S® -|- 2ZnS.

En chauffant en tubes scellés, on obtient une masse brune d’où l’on peut isoler par distillation une substance bouillant entre 130" et 150", présentant la formule C‘"H“S^ Ce sulfure d’amylène se combine avec le bichlorure de mercure, en donnant le composé C‘"H‘"SS2HgCl.

EN'CYCLOPÉDIE CHIMIQUE.

Composition. —Pour déterminer la composition du sulfure de carbone, on dose successivement le soufre et le carbone.

On'peut doser le carbone à l’état d’acide carbonique, en faisant passer la vapeur de sulfure sur du chromate de plomb chauffé au rouge : il se produit du sulfate de plomb et de l’acide carbonique qu’on pèse dans un tube à boules contenant une solution de potasse. D’autre part, on dose le soufre en oxydant le sulfure par un mélange de carbonate de soude et d'oxyde de cuivre ou d’oxyde de mercure, chauffé vers le rouge ■: on reprend le tout par l’eau ; l’acide sulfurique combiné à la soude est pesé à l’état de sulfate de baryte. On établit ainsi que le sulfure de carbone répond à la formule CS^. Il est donc formé de 1 volume de vapeur de soufre et de 1/2 volume de vapeur de carbone.

La densité de vapeur du sulfure de carbone permet de vérifier sa composition. Si, en effet, on ajoute à la densité de vapeur du soufre 2,22, la demi-densité admise pour la vapeur de carbone, 0,41, on obtient la densité de vapeur trouvée pour le sulfure de carbone, soit 2,63.

Analyse. — Les caractères principaux auxquels on peut reconnaître le sulfure de carbone sont les suivants. Il est doué d’une odeur spéciale, tombe au fond de l’eau sans s’y dissoudre notablement ; il est très réfringent, combustible avec une flamme bleue qui produit de l’acide sulfureux ou un dépôt de soufre : il dissout l’iode en prenant une teinte violette; il est très soluble dans l’alcool. Avec la triéthylphosphine, en solution éthérée, il fournit un précipité rouge caractéristique. La potasse aqueuse l’absorbe assez lentement : avec la potasse alcoolique, il se change en xanthate de potasse (voir ces diverses réactions).

Sestini {Bull, de la Soc. chim., XVII, 253) utilise, pour reconnaître le sulfure de carbone, la réaction de ce corps sur les bases, principalement l’eau de chaux : 1“ ou 0",5 de sulfure, mis dans un petit ballon avec '10“ d’eau et 5" d’eau de chaux, produisent, lorsqu’on porte le tout à -f 50“, une coloration rouge, et un dépôt de prismes orangés (voir page 180).

Une réaction plus sensible est la suivante : Des traces de sulfure de carbone chauffées à 50" avec de la potasse donnent un abondant précipité de sulfure de plomb lorsqu’on ajoute quelques gouttes d’acétate de plomb. La réaction est très nette, par exemple, avec 10“ de solution aqueuse de sulfure; elle est encore visible avec 10“ d’une solution dix fois plus étendue que la précédente; on peut donc ainsi déceler la présence du sulfure de carbone dans un liquide qui n’en contient que îô^. ^

On obtient cette réaction immédiatement en versant le liquide dans une solution bouillante de nitrate de plomb additionnée de potasse.

La présence du sulfure de carbone dans le gaz de l’éclairage peut être constatée en faisant passer le gaz, préalablement débarrassé d’hydrogène sulfuré, sur du cuivre chauffé au rouge. S’il y a du sulfure, le cuivre devient irisé à la surface;

SULFURE DE CARBONE

dissous dans l’acide nitrique étendu, ce cuivre fournit un précipité par le chlorure de baryum. (A. Vogel, Zeitschr. f. Chem. (2), t. VI, p. 253.)

Le sulfure de carbone ayant une tension de vapeur considérable, on peut avoir souvent à le manier sous l’état gazeux, mélangé à d’autres gaz.

Nous verrons plus loin comment on peut le distinguer de l’oxysulfure de carbone (voyez p. 201). Si l’on a un mélange d’acide carbonique et de vapeur de sulfure de carbone, l’action de la potasse déterminera une absorption complète ou presque complète, le sulfure prenant l’état liquide à mesure que la potasse fait disparaître le gaz carbonique qui le maintenait à l’état de vapeur ; mais si, une fois l’absorption faite, on introduit un volume connu d’air ou d’un gaz inerte, ce volume augmentera immédiatement, le sulfure de carbone pouvant de nouveau se réduire en vapeur. Avec un véritable gaz, tel que l’oxysulfure de carbone, cette augmentation de volume ne pourrait évidemment se produire. (Berthelot, Ann. de chim. et dephys. (4), t. XXVI, p. 470.)

Dosage. — Les procédés de dosage du sulfure de carbone varient beaucoup selon les cas ; tantôt on aura recours aux procédés ordinaires de dosage du soufre et du charbon, tantôt à des procédés particuliers, comme dans le cas des sulfocarbonates.

Le sulfure de carbone gazeux peut brûler dans l’eudiomètre en présence de l’oxygène ; mais ce caractère est peu pratique, au point de vue quantitatif, la combustion fournissant toujours une dose variable et assez forte d’acide sulfurique anhydre.

La transformation du sulfure de carbone en acide xanthique ou en xanthate de potasse peut servir de caractère qualitatif et quantitatif : on reconnaît le xanthale soluble aux précipités qu’il fournit avec les solutions métalliques, notamment avec les sels de cuivre. E. A. Grete (Bull, de la Soc. chim., t. XXVII, p. 475; Chem. News, t. XXXVI, p. 156) propose d’utiliser cette réaction pour le dosage du sulfure de carbone. On peut en effet titrer le xanthate formé, au moyen d’une solution titrée de sulfate de cuivre : le précipité de xanthate de cuivre se dépose facilement, et l’on reconnaît sans peine la fin de la précipitation. On doit éviter la présence d’un excès d’alcali. Comme le xanthate de potasse contient un excès de potasse, on le sature par de la crème de tartre, ou mieux par du bicarbonate de soude. La solution cuivrique au 1/20 s’obtient en dissolvant dans l’eau 5®‘,168 de sulfate de cuivre, en y ajoutant du sel de Seignette et du carbonate de soude jusqu’à redissolutioq du précipité, et en complétant un litre. (Voyez aussi, sur le même sujet, Macagno, Gazz. chim. ital., t. X, p. 485.)

Cette réaction peut servir par exemple à doser le sulfure de carbone dans le gaz de l’éclairage.

Inversement le xanthate de potasse a pu être employé au dosage des sels de cuivre.

Dosage du sulfure de carbone dans les sulfocarbonates. — Pour doser le sulfure de carbone dans les sulfocarbonates, opération qui présente aujourd’hui dans l’industrie une certaine importance, divers procédés ont été proposés. On a d’abord essayé de convertir le sulfocarbonate en sulfocyanure par le sulfhydrate d’ammo-

niaque ; une autre méthode consiste à décomposer le sel par l’acide oxalique et à recueillir le sulfure de carbone dans l'alcool ; ce procédé présentait quelques incertitudes, qui disparaissent lorsqu’on remplace l’alcool par une huile fixe. Voici le mode opératoire recommandé par MM. Delachanal et Mermet :

On mélange le sulfocarbonate alcalin avec un sel de plomb, de manière à obtenir un précipité rouge de sulfocarbonate de plomb, susceptible de se dédoubler à l’ébullition en sulfure de plomb et sulfure de carbone. Dans un ballon de 500*“, on place 10 grammes de matière ; on y ajoute 150" d’eau, et l’on y verse 150" d’une solution d’acétate de plomb au 1/10, puis 10“ d’acide acétique à 8“. Le ballon est joint à deux flacons laveurs de Cloëz que leur forme permet de chauffer; l’un contient de l’acide sulfurique concentré, l’autre de l’huile d’olive ; ce dernier est taré. On chauffe graduellement le sulfocarbonate de plomb, et l’on élève la température de l’acide sulfurique jusque vers ISO”. De l’air, de la vapeur d’eau, et du sulfure de carbone se dégagent; l’eau se condense dans l’acide sulfurique elle sulfure de carbone se dissout dans l’huile; au bout de peu de temps, le sulfure de carbone est à peu près complètement chassé, et la vapeur d’eau seule se condense dans l’acide sulfurique : on prolonge encore l’ébullition pendant 8 ou 10 minutes : puis on éteint le feu, et on fait passer lentement et pendant quelques secondes un courant d’air pour achever de balayer les vapeurs de sulfure ; enfin on pèse de nouveau le flacon d’huile, dont l’augmentation de poids donne immédiatement la pi-oportion de sulfure contenue dans la matière essayée. Ce procédé qui, pour les usages industriels, donne des résultats très-suffisants et exacts à 1/2 pour 100 près, peut être rendu plus précis en prenant plus de précautions pour l’absorption de la vapeur d’eau, et en recueillant le sulfure de carbone dans une dissolution de potasse. {Bull, de la Soc. chim., t. XXIV, p. 127.)

MM. Finot et Bertrand dosent le sulfure de carbone dans les sulfocarbonates par perte de poids : leur procédé est fondé sur la décomposition du sulfocarbonate de zinc, qui a lieu lentement à froid et assez vite vers 50 ou 60“. 10 grammes de matière sont introduits dans un ballon léger, et additionnés de 25 à 30 grammes d’eau, et de 10" d’une solution concentrée de sulfate de zinc. Le ballon porte un bouchon muni de deux trous; dans l’un est ajusté un tube à ponce sulfurique, dans l’autre un petit tube fermé par un caoutchouc et une pince ; tout l’appareil étant taré, on agite de manière à bien mélanger les liquides, ce qui détermine la production du sulfocarbonate de zinc ; on chauffe alors légèrement : le sulfocarbonate se détruit et le sulfure de carbone se dégage ; l’opération est terminée quand la masse est devenue entièrement blanche ; enfin, on balaye l’appareil par un courant d’air sec, et l’on pèse de nouveau. D’autres sulfocarbonates métalliques (cuivre, mercure) seraient décomposés dans les mêmes circonstances. {Ann. de chim. et de phys. (5), t. IX, p. 142.)

Une autre méthode est fondée sur la décomposition des sulfocarbonates par l’acide arsénieux, à chaud. Le sulfure de carbone qui se dégage est recueilli et mesuré en volume. (David et Rommier, Comptes rendus, LXXXl, p. 156.)

MM. A. Gélis et Thommeret-Gélis ont imaginé un appareil dans lequel on dose le sulfure de carbone des sulfocarbonates, en utilisant la réaction du bisulfite de soude ou de potasse. L’instrument se compose de deux parties ; d’abord un flacon de verre, de 80'' environ, qu’on remplit d’une solution de bisulfite de soude, à 55“

SULFURE DE CARBONE

Baume. Le col de ce flacon porte une garniture de métal munie d’un pas de vis. Au-dessus de cette partie de l’appareil peut se visser un second vase formé d’une boule surmontée d’un tube fermé en haut et gradué : on y verse 50 grammes du sulfocarbonate à essayer. On l’ajuste alors sur la première portion de l’appareil, les deux liquides étant isolés par un robinet. On ouvre enfin ce robinet, les deux liquides se mélangent, la réaction s'établit ; on la modère ou on l’active en plongeant le système dans l’eau froide ou dans l’eau chaude. Le sulfure plus léger se rassemble dans le tube gradué où l’on en lit le volume ; il n’y a qu’à multiplier ce nombre par la densité, et à doubler, ])our obtenir immédiatement en centièmes la dose de sulfure contenue dans le produit. (Comptés rendus, t. XGV, p. 967.)

PROPRIÉTÉS TOXIQUES

Le sulfure de carbone jouit de propriétés toxiques assez marquées. Mêlé d’une dose d’air considérable, il peut être respiré sans inconvénient pendant assez longtemps : toutefois, à la longue, les ouvriers qui manient constamment ce liquide, finissent par subir son influence ; les accidents observés sont de natures diverses : maux de tête, vertiges, vomissements, anorexie, affaiblissement de la vue et de l’ouïe, paralysies ; on attribue aussi au sulfure de carbone la propriété d’affaiblir les fonctions génitales, de diminuer les forces musculaires, et de déterminer des troubles marqués de l’intelligence.

Lorsque la proportion de vapeur contenue dans l’air atteint des doses plus eonsidérables, d/20, par exemple, l’inhalation est promptement suivie de mort (Gloëz, Comptes rendus, LXIII, p. 185) : les oiseaux paraissent être atteints plus rapidement que les mammifères, et les reptiles plus lentement. M. Gloëz propose d’utiliser le sulfure de carbone pour détruire certains animaux nuisibles, tels que les rats.

Les propriétés toxiques du sulfure de carbone sont aujourd’hui l’objet d’une application fort importante : je veux parler de la destruction du phylloxéra : c’est surtout à l’état de combinaison, sous la forme de sulfocarbonate de potasse, que l’on utilise le sulfure de carbone. Ge n’est pas ici le lieu de décrire les innombrables travaux que cette question a soulevés. Nous renvoyons le lecteur aux mémoires qui ont été publiés à ce sujet dans les Comptes rendus, et à l’important article sur le Phylloxéra et les sulfocarbonates, inséré aux Annales de physique et de chimie [(5), t. V)I, p. 5], par M. Dumas. Rappelons que le sulfure de carbone avait été déjà employé par Doyère pour préserver les grains des ravages des insectes (2 grammes de bisulfure pour 100 kilos de grains). IL agit aussi sur les larves et les œufs. Les naturalistes en faisaient usage pour détruire les insectes, et les pelletiers s’en servaient pour préserver les fourrures. Les premières applications du sulfure de carbone à la viticulture ont été faites par M. Monestier et par M. Thénard : ces essais ont montré que ce liquide est un poison d’une efficacité incontestable : ainsi, d’après les expériences de M. Dumas, les mouches ordinaires périssent en 30 secondes dans un mélange de 9 d’air et 1 de vapeur de sulfure; en d minute avec 24 d’air et 1 de sulfure, en 2 minutes et demie avec 33 d’air et 1 de sulfure; en 7 ou 8 minutes avec 75 d’air et 1 de sulfure; en une

demi-heure avec 114 d’air et 1 de sulfure; en cinq quarts d’heure avec254 d’air et 1 de sulfure. Mais c’est aussi un poison pour les végétaux et pour la vigne en particulier; de là, la nécessité de modérer cette action ; l’emploi des sulfocarhonates alcalins se trouvait donc indiqué et présentait de grands avantages ; ce sel en effet contient le sulfure de carbone emmagasiné sous forme solide, est ininflammable, d’un transport facile, et peut régénérer lentement au contact de l’acide carbonique de l’air, la vapeur toxique qu’il contient. On sait le parti que les viticulteurs ont tiré de cet agent : toutefois le sulfure de carbone a été souvent aussi employé à l’état libre.

On a cherché, pour les applications à la viticulture, à rendre le sulfure de carbone d’un maniement plus facile en l’emprisonnant dans une masse solide. Ce résultat peut s’obtenir de diverses manières : ainsi l’on sait que les huiles siccatives, traitées par le chlorure de soufre, se changent en une masse solide, transparente et élastique ; on peut, à cette matière, ajouter au moment du mélange, des quantités considérables de sulfure de carbone et obtenir des produits solides renfermant jusqu’à 70 pour 100 de GS^ L’huile qui fournit les meilleurs résultats est l’huile de lin. La substance préparée de cette façon ne perd que lentement son sulfure de carbone, et est peu inflammable. (Mercier, Comptes rendus, LXXXIV, p. 916.)

M. Cassius emploie pour le même but la gélatine; 100 grammes de cette substance sont dissous dans 1000 grammes d’eau, et l’on y incorpore à la température de 15 à 20°, en agitant vivement, de 25 à 75 pour 100 de sulfure de carbone ; puis on laisse refroidir ; la masse solide est conservée sous l’eau pour empêcher l’évaporation ; exposée à l’air, elle dégage son sulfure de carbone avec une rapidité plus ou moins grande, selon la proportion de sulfure fixé.

M. J. Lafaurie [Comptes rendus, t. XCI, p. 964) a proposé de faire une émulsion de sulfure de carbone avec une solution d’algues [mousse du Japon, singlass) : l’eau à 90° peut dissoudre environ 4 pour 100 de cette matière ; on laisse tomber la température vers 55 ou 40°, et on émulsionne intimement le sulfure de carbone : on obtient ainsi une masse solide à laquelle on peut incorporer jusqu’à 80 pour 100 de sulfure. L’évaporation du liquide à l’air est très lente.

APPLICATIONS

Le sulfure de carbone a reçu de nombreux usages industriels : nous rappellerons brièvement qu’on s’en sert pour l’extraction des corps gras et des huiles essentielles, pour séparer le posphore rouge du phosphore blanc qu’il renferme. Ses propriétés dissolvantes ont encore été utilisées pour la préparation des alcaloïdes, l’extraction des parfums des fleurs, et le traitement de certains grès bitumineux et même pour l’extraction du soufre (manufacture de Swoszowice) (Winkler, Dingl. Polyt.J.,t. CCXXVIII,p. 366; ibid., 232, p. 86). 11 est employé sur une grande échelle dans la vulcanisation du caoutchouc. Nous avons dit quelques mots de ses propriétés toxiques et de son emploi comme insecticide, dans la viticulture. Il a été quelquefois préconisé en médecine, pour produire des anesthésies locales (Simpson, Mon. scient., 1866, p. 272). Enfin il peut avantageusement remplacer le soufre pour

MONOSULFURE DE CARBONE.

Textinction des feux de cheminée, grâce à l’acide sulfureux qu’il dégage par sa combustion.

AUTRES COMBINilSONS SULFURÉES DU CARBONE

MONOSULFURE DE CARBONE

11 est probable qu’il existe un monosulfure de carbone, CS, analogue à l’oxyde de carbone : d’après la volatilité considérable du bisulfure, il est permis de supposer que ce monosulfure est un corps gazeux ; mais il ne paraît pas avoir été obtenu jusqu’ici d’une manière certaine^

D’après Baudrimont (Comptes rendus, XLIV, p. 1000), on préparerait ce monosulfure par divers procédés :

1“ En décomposant la vapeur du bisulfure par l’éponge de platine ou la pierre ponce au rouge ; on obtiendrait ainsi un dépôt de soufre et un corps gazeux, CS ; il” Il s’en formerait encore pendant la préparation habituelle du bisulfure; 3“ parla décomposition au rouge des vapeurs du bisulfure en présence du noir de fumée, du charbon de bois, du noir animal; 4“ par la décomposition au rouge du bisulfure en présence de l’hydrogène ; 5° par la décomposition du sulfure d’antimoine par un excès de charbon ; 6° par la réaction de l’oxyde de carbone au rouge sur l’hydrogène sulfuré ; 7“ par la réaction de l’éthylène sur l’acide sulfureux et sur le chlorure de soufre.

M. Baudrimont recommande le premier de ces procédés comme donnant le gaz dans un état assez pur : il le purifie en le faisant passer dans des solutions d’acétate de plomb et de chlorure de cuivre dissous dans l’acide chlorhydrique ; il le dessèche, puis le recueille sur le mercure. Les propriétés seraient les suivantes : Gaz incolore, d’une odeur éthéi’ée et non désagréable, rappelant celle du bisulfure, soluble avec décomposition dans son volume d’eau, plus soluble dans l’alcool et l’éther; plus dense que l’acide carbonique, combustible avec flamme bleue et production d’acide sulfureux et d’acide carbonique ; lentement décomposé par l’acétate de plomb, rapidement par les solutions alcalines ; donnant avec l’eau de chaux du sulfure de calcium et de l’oxyde de carbone, l’éaction qui établit la composition du gaz; enfin il est décomposé au rouge par l’éponge de platine, par la vapeur d’eau, par l’hydrogène, par le cuivre, et à la lumière solaire par le chlore.

Ces expérienees ont été contredites, en France, par M. Berthelet, et, en Angleterre, par M. Playfair.

M.Playfair (Chem.Soc. Quarterhj Journ.,\\\{, p. 248 ; Rép. dechim. pure, 1861,

t. En distillant un mélange de sulfure de potassium (obtenu par la calcination du carbonate de potasse avec le soufre), et de charbon de bois pulvérisé, Scheele dit avoir obtenu un gaz particulier, rappelant par son odeur l'hydrogène sulfuré, insoluble dans l’eau, inflammable avec production d'acide carbonique et sulfureux, décomposable par le chlore qui en précipite du soufre. (Traité de chimie de Berzélius.)

E^■CYCLOPÉDIE CHIMIQUE.

p. 214), a essayé les procédés de préparation ci-dessus mentionnés : d’après lui, le gaz obtenu par la décomposition au rouge du bisulfure en présence de la pierre ponce n'est autre qu’un mélange d’acide carbonique, d’oxyde de carbone, d’hydrogène sulfuré et d’azote, avec des vapeurs de bisulfure de carbone; il n’a pas observé dans le tube de dépôt de soufre : il attribue la production de ces gaz à l’air et à l’humidité condensés par la pierre ponce, et pense que le gaz dont l’analyse eudiométrique a fourni à M. Baudrimont des volumes égaux d’acide sulfureux et d’acide carbonique, était formé d’un mélange à volumes égaux d’oxyde de carbone et de bisulfure en vapeur.

Monosulfure solide (CS)“. On connaît d’une manière plus certaine un monosulfure solide, probablement un polymère de CS. M. Sidot a obtenu ce corps en exposant le bisulfure de carbone à la lumière solaire ; il se produit ainsi, au bout d’un temps très long, un précipité marron, peu abondant, adhérent au verre. On distille le reste du liquide, on détache le dépôt avec de l’eau, et on le lave avec du bisulfure de carbone pour éliminer le soufre libre; on sèche ensuite à 150° dans un courant d’hydrogène. (Sidot, Comptes rendus, t. LXXXl, p. 52.)

D’après Sergius Kern {Chem. News, t. XXXIII, p. 255; Bull, de la Soc. chim., XXVII, p. 166), on obtiendrait un mélange de sulfure de fer et de monosnlfure de carbone, en laissant pendant quelques semaines des fragments de ül de fer pur en contact avec du sulfure de carbone. Le liquide finit par disparaître en laissant pour résidu une masse brun rouge, dont on sépare le sulfure de fer par des lavages à l’acide chlorhydrique :

CS2-|-Fe = FeS4-CS.

Thomson {Chem. News, XXIV, p. 54) a observé, dans les eaux ammoniacales de la fabrication du gaz, une substance rouge, qui pourrait bien être le monosulfure

(cs)“:

Voici, d’après M. Sidot, les propriétés du monosulfure de carbone : C’est une poudre marron, insipide et inodore, de densité 1,66; le soufre et le carbone y sont unis à équivalents égaux. 11 est insoluble dans l’eau, l’alcool, l’essence de térébenthine et la benzine, un peu soluble à chaud dans le sulfure de carbone et dans l’éther. L’acide nitrique monohydraté l’enflamme; l’acide ordinaire le dissout à l’ébullition avec formation d’un liquide rouge ; les acides chlorhydrique et sulfurique paraissent sans action. La potasse en solution concentrée et chaude le dissout ; mais si l’on sature par un acide le liquide brun ainsi formé, le monosulfure se précipite de nouveau.

La chaleur le détruit, à 200“; il se produit du soufre et du charbon, et aussi un peu de bisulfure : chauffé avec un excès de soufre, le monosulfure reproduit le bisulfure.

SULFURE DE CARBONE C^S

Ce corps a été obtenu par Lœw {Zeitschr. f. Chem. (2), 1, p. 722; II; 175; 14,625), en faisant digérer à une douce chaleur, avec dé l’ammoniaque concentrée) le sulfure de carbone et d’hydrogène G^S^H récemment précipité ; il se produit un

COMBINAISONS HYDROGÉNÉES. 191

liquide rouge dans lequel on fait passer un courant de chlore, jusqu’à ce que le liquide filtré devienne incolore. Le sesquisulfure se précipite : il contient un peu de soufre libre, qu’on enlève avec du sulfite de soude ; on le lave à l’eau chaude, puis à l’alcool, et on sèche.

11 se forme aussi, d’après Lœw, lorsqu’on expose au soleil, pendant longtemps, du sulfure de carbone en présence d’une petite quantité d’eau : la substance ainsi obtenue n’est-elle pas le monosulfure de Sidot?

Le sesquisulfure constitue une poudre amorphe brune, inodore, insoluble dans l’alcool, l’éther et le sulfure de carbone. A 200”, il se décompose en carbone et hydrogène; il se dissout sans altération dans la potasse; l’ammoniaque ne l’altère pas. Oxydé par l’acide nitrique, il fournit un acide, dont le sel de baryte est soluble, dont les sels de plomb et d’argent sont peu solubles, et dont la composition est peut-être C‘H-S*0*, correspondant à l’acide oxalique.

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