Cahours, Comptes rendus, t. LXXXI, p. H
cyanogène avec l’éther anhydre. Le composé que l’on obtient ainsi représente un polymère du bromure BrCy, probablement Br^Cy= ; exposé à l’air humide, ou chauffé avec de l’eau à 100“ en tubes scellés, il se convertit en acide cyanurique,
CfO%3HO(‘).
Ce polymère est insoluble dans l’alcool absolu et presque insoluble dans l’éther anhydre. Il fond vers 300°; il bout à une température plus élevée, mais il se décompose en même temps.
lODURE DE CYANOGÈNE
Ce composé a été découvert en 1816 par Humphry Davy.
Préparation. — On ne peut l’obtenir par l’union directe des deux éléments. Dans les divers procédés usités, l’on part, soit du cyanure de mercure, soit de celui d’argent, soit du cyanure de potassium, et de l’iode libre.
Avec le cyanure de mercure et l'iode. — Le cyanure de mercure est décomposé par l’iode et il se forme, à la fois, de l’iodure de mercure et de l’iodure de cyanogène :
HgGy4-P=HgI+CyI.
On emploie, en général, 2 parties de cyanure de mercure pour I d’iode (au lieu de 2 d’iode pour I de cyanure de mercure). Il est, en effet, commode d’employer un excès du sel de mercure pour empêcher le produit d’être souillé par de l’iode en excès. Le mélange des deux corps doit être fait rapidement, pour ne pas perdre par volatilisation une trop grande quantité d’iodure de cyanogène. On l’introduit alors dans une cornue munie d’un ballon, pour recueillir l’iodure de cyanogène qui distille. Il est commode de chauffer doucement le mélange dans une capsule recouverte d’un entonnoir sur les parois duquel l’iodure de cyanogène peut être facilement recueilli. On doit toujours éviter dans ces préparations d’élever trop la température, une certaine quantité d’iodure de mercure pouvant être entraînée aussi avec l’iodure de cyanogène.
L’iodure de cyanogène ne contient pas d’iodure de mercure si l’on ne dépasse pas 135“(d’aprèsWackenroder®). Mitscherlich conseille d’ajouter de l’eau au mélange de cyanm’e de mercure et d’iode; on porte dans ce cas le liquide à l’ébullition; mais, dans ce procédé, l'iodure de mercure est plus facilement entraîné à cause de la présence de la vapeur d’eau, et on obtient un produit moins pur. On doit alors faire subir au corps une seconde sublimation à l’aide d’une chaleur très modérée, ou même, ce qui exige plus de temps, en l’exposant au soleil.
(1) Eghis, Zeitschr. f. Chem. (2), t. V, p. 576
(2) yVackenroder, N. Br. Arch., t. XIX, p. 320.
CYANOGÈNE.
On s’assure de la pureté de l’iodure de cyanogène en décomposant ce corps par la potasse concentrée, puis on neutralise la dissolution par l’acide nitrique : dans ces conditions, si l’iodure de cyanogène contient de l’iodure de mercure, il se forme un précipité d'iodure mercurique.
Par le cyanure d'argent. — Ce procédé donne plus facilement un produit pur, parce que l’iodure formé n’est plus volatil comme dans la préparation par le cyanure de mercure. Wôhler employait ce procédé.
Par le cyanure de potassium. — Liebig employait, pour préparer l’iodure de cyanogène, du cyanure de potassium en solution concentrée, à laquelle il ajoutait de l’iode suivant les proportions équivalentes. La matière s’échauffait pendant l’addition d’iode, puis se prenait en une masse compacte par le refroidissement. On l’introduisait alors dans un appareil distillatoire et on la chauffait légèrement : l’iodure de cyanogène distillait.
Propriétés physiques. — Ce corps se présente le plus fréquemment sous forme de longues aiguilles facilement volatiles. 11 se dissout dans l’eau, l’alcool et l’éther, et on peut le faire cristalliser dans ces dissolutions sous forme de petites tables à quatre pans. La température d’ébullition est mal connue; elle est inférieure à 100"; même à la température ordinaire, il se volatilise sensiblement. Son odeur est pénétrante et rappelle à la fois celle de l’iode et du cyanogène ; son action vénéneuse est énergique comme celle du cyanogène. Ce corps est neutre à la teinture de tournesol.
Propriétés chimiques. — L’iodure de cyanogène est décomposé par la chaleur : quand on le fait passer à travers un tube rouge, ou voit apparaître des vapeurs violettes d’iode. 11 se décompose à la longue, lorsqu'il est en solution aqueuse, et l’atmosphère des flacons où elle se trouve est légèrement colorée en violet.
Le chlore sec ne décompose pas l’iodure de cyanogène.
Lorsqu’on met du phosphore en contact avec de l'iodure de cyanogène, il se fait une réaction violente, souvent accompagnée d’un dégagement de lumière ; il s’est formé de l’iodure de phosphore et le cyanogène a probablement été mis en liberté.
L’acide sulfureux anhydre n’a pas d’action sur l’iodure de cyanogène. En dissolution, il décompose l’eau et transforme l’iodure de cyanogène en acide cyanhydrique et acide iodhydrique, en passant lui-même à l’état d’acide sulfurique :
Cyl-1- 2HO -I- 2SO®= 2SO=H- HCy -+- Hl.
Cette décomposition n’est que partielle, d’après Serullas, et si l’on chasse par l'ébullition l’acide cyanhydrique et l’acide iodhydrique, la liqueur donne encore un précipité vert par l’action du sulfate de fer et de l’acide chlorhydrique (voir plus loin). L’antimoine en poudre, chauffé avec l’iodure de cyanogène, le décompose avec violence en formant de l’iodure d’antimoine.
Le mercure, agité avec une solution aqueuse d’iodure de cyanogène, met en liberté le cyanogène, en se transformant en iodure de mercure.
L’acide suU’hydrique décompose l’iodure de cyanogène : en présence de l’eau, il
se forme de l’acide cyanhydrique, de l’acide iodhydrique et du soufre pre'cipité selon l’équation :
CyI + 2HS = HGy + Hl-H2S.
Lorsqu’on opère sans le concours de l’eau, il se forme seulement de 1 acide cyanhydrique et du sulfure d’iode :
Cyl-t-HS = HGy + Sl.
L’acide sulfurique décompose lentement, à^la température ordinaire, l’iodure de cyanogène, en mettant de l’iode en liberté. L’acide chlorhydrique le décompose aussi en donnant de l’acide cyanhydrique et de l’iode. Suivant Wôhler, cette décomposition n’aurait pas lieu. Elle n’aurait lieu, suivant Herzog, que par l’action de la chaleur.
Il absorbe lentement l’ammoniaque en donnant un mélange d’iodhydrate d’ammoniaque et de cyanamide que l’on a considéré d’abord comme une combinaison particulière G
L’iodure de cyanogène se dissout dans la potasse caustique, en donnant un mélange de cyanure d’iodure et d’iodate de potasse. Il se forme en même temps un peu de cyanate.
Lorsqu’on mélange dans l’ordre suivant des dissolutions d’iodure de cyanogène, de potasse, de sulfate de protoxyde de fer, d’acide chlorhydrique, on obtient un précipité vert. Gette réaction n’a pas lieu avec le chlorure ou le'bromure de cyanogène, dans le cas au moins où l’on fait le mélange dans l’ordre indiqué; car, si on ajoute à une dissolution d’iodure de cyanogène du sulfate de fer d’abord, de la potasse ensuite, puis de l’acide chlorhydrique, on obtient un précipité vert, soit avec le chlorure, soit avec le bromure ou l’iodure de cyanogène.
L’iodure de cyanogène en solution ne précipite pas les dissolutions des sels métalliques analogues à l’argent.
L’iodure de cyanogène se dissout, sans altération, dans l'acide chlorhydrique et dans l’acide azotique.
L’iodure de cyanogène s'unit à l’ortho- et à la paraphénylène diamine en donnant la carbodiphénylimide, dont Huebner et Frerichs* représentent la constitution par la formule :
\Az — G — kz/
Données thermiques. — La chaleur de formation de l’iodure de cyanogène a été déterminée en traitant une dissolution de cyanure de potassium par de l’iode. Il se forme dans ces conditions de l’iodure de potassium et de l'iodure de cyanogène.
d’où.
KGvdi, -1- =Gyidf, -t- Klii, -f- 6 ® ,56,
Cy gaz-1-1 gaz = GyI solide-1-4 *^,2.