L’HYDROGÈNE PHOSPHORÉ SPONTANÉMENT INFLAMMARLE
Nous avons vu déjà que l'hydrogène phosphoré spontanément inflammable n'est pas un corps unique : il doit ses propriétés à une certaine quantité d’hydrogène phosphoré liquide mêlé, soit à l’état de vapeur, soit à l’état de suspension, à
l’hydrogène pliosphoré gazeux. Dans toutes les autres circonstances où le gaz h drogène phosphore pur peut paraître spontanément inÜammahle, il ne le doit qu’à une élévation momentanée de température, produite au contact de l’air par une action chimique.
La véritable nature de l’hydrogène pliosphoré spontanément inflammable a été longtemps méconnue. Elle a fait l’objet de discussions prolongées qui ont donné lieu à de nombreuses expériences, faites par les chimistes les plus éminents. La question s’est ainsi peu à peu éclaircie, grâce à l’acquisition de faits nouveaux; elle a été définitivement résolue par les recherches de M. Paul Thénard.
Nous croyons utile de rappeler ici, dans l’ordre historique, les principaux travaux faits sur ce sujet. Leur ensemble est intéressant à étudier lorsqu’on veut se rendre compte de la marche de l’esprit humain, dans les sciences expérimentales, pour se guider dans la recherche de l’inconnu.
Kxpériences de .41. Dumas {Annales de chimie et de physique, année 1826, 2® série, tome X.\S1, p. 1 13). — On connaissait depuis longtemps déjà et l’on considérait comme deux gaz distincts les hydrogènes phosphorés spontanément inflammable et non spontanément inflammable.
M. Dumas fixa d’une manière définitive la composition de l’hydrogène pliosphoré non spontanément inflammable qui avait donné lieu à diverses contestations. Ses analyses, faites par plusieurs procédés concordants, correspondaient à la formule PhlD. Il la contrôla en déterminant rigoureusement la densité gazeuse.
M. Dumas répéta ensuite les mêmes déterminations sur l’hydrogène phosphore spontanément inflammable, malgré les difficultés et les dangers de cette étude. 11 chercha en vain à obtenir ce gaz pur à l’état d’espèce chimique définie, mais il tenait compte de l’hydrogène libre qui y était toujours mélangé et qu’il dosait exactement. 11 montra que l’hydrogène pliosphoré spontanément inflammable a une densité beaucoup plus forte que celle de l’hydrogène pliosphoré non spontanément inflammable. Il observa, comme on l’avait déjà fait avant lui, que le gaz spontanément inflammable perd son inflammabilité lorsqu’on le garde quelques jours sous l’eau dans un flacon bien bouché; il trouva que dans cette transformation, le volume reste le même; le dépôt qui se forme était considéré comme étant du phosphore. Enfin les analyses, faites par différents procédés, le conduisirent pour l’hydrogène phosphoré spontanément inflammable, malgré quelques anomaliès, à une composition exprimée par la formule PhfP.
A la suite de ces recherches, l’hydrogène phosphoré spontanément inflammable continua à être considéré comme un corps homogène et distinct; comme il renfermait plus de phosphore, on l’appelait hydrogène perphosphoré, réservant le nom à! hydrogène protophosphoré au gaz non spontanément inflammable.
Kxiiéi>iencc.s de Henri Kose {Annales de Poggendorff, t. VI, p. 199; t. yiL p. 191 ; t. XIV, p. 183; t. XXIV, pages 109 et 295; t. XXXII, p. 467; t. XL\1, p. 633).
Henri Rose, à la suite de nombreux travaux, crut pouvoir conclure que les deu* gaz hydrogènes phosphorés sont isomères et ont tous les deux la composition indiquée par la formule Phll'’. Cette théorie a été très longtemps admise en n
magne et elle y avait encore des partisans il y a peu d’années. Elle reposait surtout sur les expériences suivantes.
I. — Le gaz spontanément inflammable obtenu par l'action du phosphore surune dissolution de potasse contient certainement, comme on l’avait déjà montré, une plus grande quantité de phosphore que ne l’indique la formule PhH’. Mais cette différence de composition est due, d’après Henri Rose, à ce que ce gaz est mélangé à du phosphore se trouvant soit à l’état de vapeur, soit peut-être à l’état d’un phosphure inférieur PhlI. Cet excès de phosphore se dépose si l’on fait traverser au gaz une allonge remplie de chlorure de calcium. Le gaz ainsi obtenu peut alors être conservé pendant deux ans, même à une vive lumière, dans des vases bien fermés, sans donner un nouveau dépôt de phosphore et sans perdre sa facile inflammabilité ‘.
II. — Si dans du gaz hydrogène phosphore' non spontanément inflammable, on chauffe du phosphore jusqu’à la température où il se volatilise, le gaz, après refroidissement, ne se trouve pas changé en hydrogène phosphoré spontanément inflammable. (Cependant dans quelques expériences, ce gaz étant gardé longtemps sur le mercure à la pression ordinaire, est devenu spontanément inflammable.)
III. — Le gaz hydrogène phosphoré spontanément inflammable, débarrassé du phosphore en vapeur qui s’y trouve mélangé, a, d’après les déterminations de Henri Rose, la même densité et la même composition que l’hydrogène phosphoré non spontanément inflammable.
IV. — Les deux gaz donnent avec l’acide iodhydrique et avec les chlorures métalliques des combinaisons qui ont la même composition centésimale et qui jouissent des mêmes propriétés. Ce sont les circonstances dans lesquelles on les décompose qui permettent d’en régénérer soit l’hydrogène phosphoré spontanément inflammable, soit l'hydrogène phosphoré non spontanément inflammable.
Expériences de Graiiam. — Graham admettait, d’api’ès les expériences de Henri Rose, que les deux gaz hydrogènes phosphorés avaient la même composition PhIP, mais il attribnait l’inflammabilité spontanée au mélange de corps étrangers. C’est à Graham que l’on doit les expériences si curieuses qui permettent de passer de l’hyijrogène phosphoré spontanément inflammable à l’hydrogène phosphoré non spontanément inflammable, ou inversement. Ces deux gaz étaient préparés, le premier en chauffant le phosphore avec un Iqit de chaux, le second, en chauffant une dissolution d’acide phosphoreux.
De très-petites quantités d’acide azoteux changent le gaz non spontanément inflammable en gaz spontanément inflammable.
L’hydrogène phosphoré spontanément inflammable perd cette propriété dans les circonstances suivantes.
1 . Ces observations dHtenri Rose doivent être inexactes. Peut-être les flacons dans lesquels le gaz était conserve étaient-ils en verre très-épais; dans ces conditions l'absorption des rajons lumineux actifs peut être assez forte pour que la décomposiiion chimique ne se manifeste plus.
418 ESCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.
1“ Le mélange à de très pelilcs quantités d’air. L’inflammabilité disparaît par le séjour un peu prolongé sur l’eau aérée sans qu’il y ait dépôt de phosphore Elle disparaît aussi en laissant le gaz en contact avec un bouchon ou avec du plâtre qui agissent par l’air contenu dans leurs pores;
2“ Le mélange, avec un volume déterminé d’hydrogène phosphoré spontanément inflammable, de certains gaz étrangers : 5 volumes d’hydrogène (?) ; 2 volumes
d’acide carbonique (?) ; 1 volume de gaz oléfiant; ^ volume d’hydrogène sulfuré'
^ de volume d’ammoniaque;^ de volume d’acide chlorhydrique; ^ de volume de
bioxyde d’azote (avec ^ de volume au contraire, il y a inflammation et même détonation quand les bulles de gaz arrivent au contact de l’air).
5" L’inflammabilité spontanée disparaît, à la suite d’une décomposition réciproque, par le contact de différents corps que l’on peut faire réagir en en mouillant simplement les parois des vases où l’on fait arriver le gaz. Les acides phosphorique, sulfurique et arsénique agissent en quelques minutes : une dissolution de potasse, en quelques secondes : l'acide arsénieux et le sous-oxyde de mercure agissent aussi très rajiidement .
4“ Le potassium seul ou à l'état d’amalgame fait disparaître l’inflammabilité en quelques minutes.
5° Le charTion de bois que l’on a préalablement chauffé au rouge blanc et refroidi en le trempant dans du mercure, produit des effets analogues : en le mettant en contact avec 500 fois son volume d'hydrogène phosphoré spontanément inflammable, il en absorbe 10 volumes en cinq minutes environ, et au bout d’une demi-heure, le reste du gaz est devenu non spontanément inflammable.
Au contraire, le charbon de bois simplement refroidi dans l’eau et l'éponge de platine ne font éprouver au gaz spontanément inflammable aucune transformation.
Graham concluait de toutes ces expériences que le gaz spontanément inflammable renferme une substance particulière ù laquelle il doit ses propriétés. Il soupçonnait que cette substance pourrait être quelque combinaison oxygénée inférieure du phosphore.
Expériences de Ee Verrier (Annales de chimie et de physique, année i 855, 2« série, t. LX, p. 174). — Le Verrier, reprenant cette question si délicate et si controversée, lit la découvertede l’hydrure solide de phosphore; il l’obtenait en exposant à la lumière diffuse l’hydrogène phosphoré gazeux spontanément inflammable.
Il analysa ensuite les hydrogènes phosphorés gazeux en les chauffant en présence du cuivre métalli(jiie de manière à recueillir et à mesurer le volume d’hydrogène dégagé. Il trouva ainsi que l’hydrogène phosphoré non spontanément inflammable provenant de l’acide phosphoreux, correspond à la formule PhIP. L’hydrogène phosphoré spontanément inflammable contenait au contraire toujours un petit exces de phosphore, plus ou moins grand selon que le gaz est plus ou moins inflammable. Mais en l’exposant à la lumière du soleil, en présence de l’eau (de maniéré à déterminer le dépôt de l’hydrure solide), on retrouvait la composition du gaz non spontanément inflammable obtenu directement par l’acide phosphoreux. La
composition des hydrogènes phosphores étant ainsi fixée numériquement. Le Verrier essaya de caractériser nettement les circonstances auxquelles se rapporte l’altération du gaz inflammable.
(I II me suffira à cet effet, dit-il, de rétablir l’action d’un agent sur lequel il ne paraît pas qu’on ait porté une attention suffisante; je veux parler de la lumière. On sait depuis longtemps que les rayons directs du soleil peuvent altérer rapidement le gaz inflammable. Or cette propriété doit s’étendre à la lumière diffuse avec quelques modifications, et ce fait si simple fera disparaître de l’histoire du gaz inflammable les anomalies qu’elle présente.
« Prenons deux ballons en verre mince, et remplissons-les d’eau rigoureusement privée d’air, ce qui exige qu’on la fiisse bouillir dans les ballons minces; faisons-y passer ensuite du gaz bien inflammable; plongeons profondément les cols dans le mercure, afin d’éviter toute communication avec l’air, et plaçons aussitôt ces ballons dans une obscurité complète : ils pourront rester dans cette situation autant de jours qu’on le voudra, sans donner le plus léger dépôt d’hydrure, sans que le gaz perde en rien la propriété de s’enflammer spontanément au contact de l’air.
« Mais retirons un de ces ballons, et plaçons-le à une lumière diffuse, même assez faible, tandis que le second restera dans l’obscurité; au bout de deux heures, l’eau du premier sera devenue entièrement jaune. Cette altération qui commencera par le gaz dissous, s’étendra ensuite aux autres portions, et selon que la lumière sera forte ou faible, il suffira de quelques heures ou il faudra plusieurs jours pour que le gaz ait perdu entièrement la propriété de s’enflammer au contact de l’air. Cependant le gaz du ballon qui est resté plongé dans l’obscurité n’aura rien éprouvé dans cet intervalle, et on pourra le conserver ainsi indéfiniment.
« Si la lumière diffuse était trop faible, et si le flacon dans lequel on expose le gaz était en verre un peu épais, l’expérience pourrait ne pas réussir. Ainsi dans un flacon épais, à la lumière diffuse et sur l’eau privée d’air, j’ai conservé en hiver du gaz inflammable pendant trois mois; mais au mois de mai, la lumière étant devenue plus intense, ce gaz a fini par s’altérer.
« Ces diverses remarques montrent que l’eau privée d’air ne peut, sans le secours de la lumière, altérer le gaz inflammable. L’action de la lumière est à son tour singulièrement favorisée par la présence de l’eau, quoique celle-ci ne paraisse pas tout à fait indispensable à la production du phénomène. On sait depuis longtemps que le gaz inflammable bien sec n'éprouve aucune altération à la lumière diffuse. J’ai d’ailleurs, pendant le mois de juin, conservé plusieurs jours, sous une forte lumière directe dont la durée peut être évaluée à soixante heures, du gaz inflammable bien sec, sans qu'il ait subi d’altération. L’intérieur de la cloche se recouvrait cependant d’une légère couche jaune et plus tard le gaz a fini par ne plus brûler, mais il a toujours continué à répandre des vapeurs blanches au contact de l’air, et le soleil n’a pu le purifier entièrement qu’après l’addition d’une petite quantité d’eau. Si, au contraire, on introduit l’eau dès le commencement de l’essai, le gaz peut cesser de brûler au bout de deux ou trois heures; il pourra suffire de huit à dix heures pour qu’il ne donne plus de fumée au contact de l’air; l’influence de l’eau n’est donc point douteuse. Sans la lumière elle ne peut rien, mais sans elle la lumière diffuse ne peut rien à son tour, et la lumière directe n’agit qu’avec difficulté et incomplètement.
En répétant ces expériences, on doit prendre garde que la couche jaune qui tapisse l’intérieur du ballon ne vienne à préserver le gaz de l’action de la lumièrecar, si à cette époque le gaz jouit encore de la propriété de s’enflammer à l'air et qu’on opère à la lumière diffuse, l’altération pourra bien ne pas continuer. Pour remédier à cet inconvénient, qui empêcherait d’opérer avec sécurité dans la préparation de l’hydrure de phosphore, il est convenable de ne pas remplir entièrement les ballons de gaz, mais d’y laisser un peu d’eau. En les agitant alors de temps à autre, l’eau enlève la couche formée, et une autre se dépose. On évite par là des explosions dont le moindre inconvénient serait d’introduire de l’oxyde de phosphore dans la préparation.
« L’action de l’eau aérée dans l’obscurité mérite aussi d’être remarquée. Comme elle ne peut attaquer que les portions successives du gaz qui se dissolvent, elle agit beaucoup plus lentement que la lumière; peu à peu elle brûle une portion de l’hydrure de phosphore et précipite l’autre. Le gaz phosphure trihydrique ne paraît pas attaqué dans cette circonstance.
« Revenant actuellement sur nos pas, rapprochons des analyses des gaz phosphores les circonstances qui donnent lieu à la précipitation de l’hydrure de phosphore, et qui sont les mêmes que celles dans lesquelles s’altère le gaz inflammable. La réunion de ces faits nous portera naturellement à penser que, dans ce gaz, l’inllammation spontanée au contact de l’air est due à la présence d’un phosphure hydrique particulier qui, par l’action de la lumière, laisse précipiter de l’hydrure de phosphore. D’après des expériences dues à M. Gay-Lussac, la lumière paraît agir dans beaucoup de cas comme une température de 150 à 155 degrés, et il semble en être à peu près ainsi dans la question qui nous occupe. L’hydrure de phosphore est d’abord précipité par la chaleur, puis, par une chaleur plus forte, le gaz phosphoré tri-hydrique s’altère lui-même,
« On peut encore se demander si l’hydrure de phosphore prend naissance par l’action de la lumière, ou bien s’il était préalablement formé et simplement tenu on suspension, et comme dissous par du gaz phosphure tri-hydrique. Cette dernière hypothèse nous semble inadmissible. 11 paraîtrait en effet bizarre qu’un corps solide qui se décompose par la chaleur avant sa volatilisation, pût être ainsi, à la température ordinaire, tenu en suspension par un gaz ; et de plus il faudrait supposer que ce même corps qui, dans l’état d’isolement, ne s’enflamme qu’à une température élevée, peut, tenu en suspension, s’enflammer à la température ordinaire. Nous croyons, au contraire, pouvoir admettre que l’hydrure de phosphure n’existe point tout formé dans le gaz inflammable, et qu’il ne prend naissance que par l’action de la lumière. Les considérations suivantes nous semblent, à défaut de preuves directes, donner à celte opinion un grand degré de probabilité.
« L’analyse indiquant toujours un excès notable de phosphore dans le gaz inflammable, il e.st impossible de supposer que ce corps soit un composé unique et homogène : il dérogerait aux lois simples des 'rapports chimicjues. La faiblesse du précipité produit par la lumière vient à l’appui de celte assertion. 11 faut donc que dans le gaz inflammable le gaz phosphure tri-hydrique soit mélangé avec un phosphure moins hydrogéné que lui. Ce phosphure ne pouvant être que le pho^phure
monohydrique qui est solide, on est conduit à penser que ce doit être le phosphure bihydrique dont la formule atomique est lEPIi. Ce phosphure qui correspondrait a
l’acidc hypo-phosphoreiix, strait gazeux et susceptible do s’enflammer au contact de l’air. Soumis à I action de la lumière, il se décomposerait en phosphore monohydrique et en phosphure tri-hydrique. Ce serait donc un composé très peu stable, comme l’oxyde nitrique auquel il correspond.
« 11 ne paraît pas facile d’opérer la séparation des gaz bi-hydrique et tri-hydrique qui sont compris dans le gaz inflammable ; car ces deux composés doivent avoir la plus grande analogie. On peut cependant se former une idée approchée des quantités respectives de ces gaz qui entrent dans le gaz inflammable, en admettant que
celui- ci donne ^ de son poids d’hydrure de phosphure. 11 doit contenir environ ^
de son poids de gaz bi-hydrique, proportion qui varie toutefois suivant la température à laquelle le gaz a été formé. »
Le Verrier concluait en admettant que l’hydrogène est susceptible de former avec le phosphore les combinaisons suivantes :
« 1° Un hydrure solide dont la composition est PhH » (on réalité c’est Ph-H) ;
(( 2° Un gaz altérable à la lumière, spontanément inflammable au contact de « l’air, et qui n'a pu encore être isolé: sa formule atomique est PhlP;
:( 5“ Un gaz inaltérable à la lumière non inflammable au contact de l’air, et (( dont la formule est PhfP;
« 4“ Enfin, d’après Henri Rose, le phosphure de plomb cristallisé donne par la « chaleur un gaz pentahydrique dont la formule est PhH’. » (?)
On voit combien l’illustre astronome avait approfondi la question si difficile de la véritable nature des hydrogènes phosphorés et combien il avait approché de la solution. H ne manquait plus à ce travail que d’isoler le corps PhlU que Le Verrier avait annoncé comme déterminant l’inflammabilité spontanée de l’hydrogène phosphoré et comme étant altérable à la lumière. Cette découverte était réservée à .M. Paul Thénard.
Expériences de M. Paul Thénard {Annales de chimie et de physique, année 1845, 3'= série, t. XIV, p. 1). — M.Paul Thénard reprit d’abord les expériences de ses prédécesseurs en faisant usage d’un gaz dans un état de composition ’si ce n’est tout à fait constant, au moins complètement purgé de vapeurs de phosphore. Il se servait pour cela du phosphure de calcium, dont il fit en même temps une étude particulière. Ce corps bien pur, étant traité par l’eau, donnait 1 hydrogène phosphoré spontanément inflammable. Le gaz ainsi obtenu fut soumis aux expériences suivantes :
I. — « On prit un demi-litre environ de gaz spontanément inflammable bien sec; une partie fut immédiatement employée à doser l’hydrogène libre qu’il contenait ; l’autre fut mise au soleil et abandonnée plusieurs jours. (C’était pendant lété au mois de juillet, par un temps magnifique.)
« Au bout de quelques jours, la cloche fut tapissée d’une matière jaune, très adhérente aux parois et demi-transparente à cause du peu d’épaisseur de la cloche.
« Une petite partie de gaz fut mise dans une éprouvette dont le verre
était bien
m ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.
net; celle-ci ne fut plus tapissée de matière jaune ; le gaz fut essayé ; il n’était plus spontanément inflammable, et la quantité d’hydrogène libre n’avait pas varié.
II. — « Dans 250 centimètres cubes de gaz hydrogène phosplioré spontanément inflammable, bien sec, on fit passer un centimètre cube de gaz chlorhydriqueaussitôt, il y eut un dépôt de matière jaune, et le gaz devint non spontanément inflammable. La quantité d’hydrogène libre n’avait pas varié. Le volume du gaz était resté sensiblement le même ; peut-être était-il un peu augmenté.
Quand, au lieu de gaz spontanément inflammable, on employait du gaz non spontanément inflammable, il n’y avait aucune variation dans le volume, ni aucun dépôt de matière jaune.
« Du reste, après le traitement, les deux gaz se ressemblaient tout à fait, ils avaient les mêmes propriétés....
III. — « Dans de l’acide chlorhydrique liquide, on a fait passer du gaz spontanément inflammable ; il y a eu production instantanée de matière jaune qu’on a recueillie, et le gaz n’était plus spontanément inflammable....
IV. — « On a fait passer un centième de gaz bien spontanément inflammable dans du gaz qui ne l’était pas et qui provenait soit de l’acide phosphoreux, soit de l’abandon du gaz spontanément inflammable à, la lumière solaire ou de son traitement par l’acide chlorhydrique ; aussitôt le gaz devenait spontanément inflammable. »
Tous ces phénomènes semblaient, contrairement à la théorie de l’isomérie de Henri Rose (et conformément à celle de Le Verrier),- s’expliquer en admettant «que le gaz spontanément inflammable était absolument le même que celui qui ne l’était pas, à cela près qu’il contenait une très petite quantité d’un gaz particulier, intermédiaii'e entre le phosphure solide et l’hydrogène phosphoré non spontanément inflammable. Mais pourquoi ce gaz intermédiaire était-il là en si petite quantité? Comiiieut s’y trouvait-il? quand prenait-il naissance? Pourquoi n’était-il pas eu proportion définie, et semblait-il se séparer de toutes les lois générales de la chimie ?
« L’expérience avait appris que un centième de gaz spontanément inflammable suffisait pour communiquer celte propriété à celui qui ne l’était pas. Examinant ensuite les résidus de la préparation des gaz spontanément et non spontanément inflammable, au moyen du phosphure de calcium et de l’eau pour le premier, du phosphure de calcium et de l’acide chlorhydrique pour le second, on retrouva une grande quantité de phosphure solide. Ce corps (découvert antérieurement pai’ Le Verrier), si intimement lié à la cause de l’inflammabilité, ne se formait donc plus en quantités presque microscopiques : il se produisait au contraire en abondance. »
C’est d’après ces remarques que M. Paul Thénard fut conduit à rechercher toutes les circonstances qui se rattachent à la composition et à la décomposition u phosphure de calcium.
U résultait de ses analyses que le phosphure de calcium aurait pour formule : 2(PhO=,2GaO) H- 5Ca*Ph.
Il en résultait également que ce corps, traité par l’acide chlorhydrique, se divise en deux parties : pour 3 équivalents de l’hydrure gazeux PhH% il donne un équivalent d’hydrure solide PyH.
Ces nouvelles expériences le conduisirent à prévoir l’existence d’un phosphure intermédiaire entre le phosphure gazeux et le phosphure solide et produisant l’inflammabilité.
« Il est à remarquer en effet que le phosphure solide, ajouté au phosphure gazeux qui se dégage lorsqu’on traite le phosphure de chaux par l’acide chlorhydrique, donnerait un corps intermédiaire, de composition simple, dans lequel l’hydrogène remplacerait le calcium dans le phosphure de calcium. Une multitude de substances... décomposeraient ce corps par de simples effets de contact, de même qu’ils précipitent instantanément du phosphure solide quand on les met dans du gaz spontanément inflammable et lui font perdre cette propriété.
a ... Quel est l’état probable de ce nouveau corps? S’il était gazeux, il paraît certain que (lorsqu’on décompose le phosphure de calcium par l’eau) il s’eu produirait de grandes quantités, surtout au commencement de l’expérience ; son abondance serait alors accusée par le dépôt d’une grande quantité de matière jaune. S’il était solide, il semblerait trop peu volatil à la température de l’expérience pour être dissous et entraîné par le gaz et lui communiquer des propriétés si singulières. Mais liquide, il remplirait toutes les conditions; sa tension lui permettrait d’être entraîné par un courant de gaz ; cependant il resterait, pour la plus grande partie, exposé à faction décomposante de l’eau, de la chaux, du phosphure de calcium lui-même.
« Si j’ajoute, continue M. Paul Thénard, qu’en projetant peu à peu dans de l’acide chlorhydrique très faible du phosphure de calcium, il se déposait quelquefois une matière poisseuse qui, par le contact de l’air, prenait feu tout à coup, et qui ne pouvait être que du phosphure d’hydrogène, l’admission d’un phosphure intermédiaire et liquide ne paraîtra plus dénuée de fondement; je devais tenter (le le produire et (léterminer les meilleures conditions de sa formation.
(( 11 est évident que le choix d’un lieu obscur devait être favorable; je devais ensuite rechercher le point où le gaz hydrogène phosphoré spontanément inflammable était doué de cette propriété au plus haut degré, afin d’en retirer le nouveau phosphore.
« Pour cela, je préparai du gaz spontanément inflammable, eu chauffant l’appareil producteur à divers degrés : 20° et 100°, 40° et 80°, 60° et 70°, et me mettant d’ailleurs pour chaque changement de température dans des conditions de production tout à fait identiques; puis je détermmai la quantité minimum de gaz qu’il fallait dans chaque cas pour rendre spontanément inflammable un même volume de gaz hydrogène libre. C’est ainsi que je trouvai qu’entre 60 et 70 degrés le gaz possédait cette propriété au plus haut point.
« Je dois dire que dans une de ces expériences, ayant perdu de vue l’appareil pendant un instant, j’aperçus à mon retour un liquide incolore déposé en petites goüttelelles sur la paroi intérieure du tube à dégagement. Ce liquide réfractait si
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vivement la lumière qu’il attira mon altcntiou; bientôt je le vis devenir jaune puis opaque, et finir par faire place à du phosphure solide : c’était le pliosphure d'hydrogène que je cherchais. »
Cette découverte expliquait tout l’enscmhle des phénomènes décrits jusqu’ici • d’ailleurs la moindre quantité de phosphure liquide introduit dans un gaz non spontanément inllammable lui communiquait l’inflammahilité.
Nous arrivons ainsi à examiner en détailles propriétés et la préparation du phosphure d’hydrogène liquide.