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PHOSPHORE BLANC

Le phosphore ordinaire conservé sous l’eau à la lumière diffuse se recouvre d’une pellicule blanche opaque dont la densité à 15“ est 1,515.

Le phosphore blanc luit dans l’obscurité et répand la même odeur que le phosphore ordinaire : sous Faction de la lumière, il rougit plus vite que le phosphore ordinaire.

Nous ne croyons pas que ce phosphore blanc puisse être considéré comme un état allotropique distinct du phosphore : nous le regardons comme provenant d’une altération du phosphore de même ordre que celles qui ont été étudiées jusqu’ici ; sous l’influence de la lumière ou par Faction oxydante de l’air, il se produit à la surface du phosphore une petite quantité de phosphore insoluble qui est d’abord blanc et qui deviendrait successivement jaune et rouge en prolongeant l’exposition à la lumière.

Pelouze considérait le phosphore blanc comme une combinaison de phosphore et d’eau analogue à l’hydrate de chlore [Annales de chimie et de physique, 2' série, année 1832, tome L, page 89). Mais dans ses expériences le phosphore blanc n’était desséché que d’une manière très imparfaite : il trouvait par la fusion une perte de poids de 12 %, tandis que Marchand, en opérant la dessiccation sur de l’acide sulfurique, trouvait seulement 0,4 à 0,7 pour 100. (Marchand, Journal für praktische Chemie, tome XX, page 506.)

Henri Rose fit voir que cette eau n’était qu’interposée : d’après lui [Annales de Poggendorff, tome XXVII, page 563), le phosphore blanc se transformerait de nouveau en phosphore ordinaire par la fusion sans perte de poids : ce ne serait donc pas un hydrate, comme on l’a cru, mais du phosphore pur dans un état d’agrégation particulier : peut-être y aurait-il là une structure demi-cristalline analogue à celle qui rend le phosphore opaque.

Cagniard-Latour a observé que le phosphore n’éprouve pas cette transforniation lorsqu’on le conserve en tube scellé dans de l’eau privée d’air : c’est donc surtout l’action de l’air qui intervient, mais la lumière exerce aussi une influence, car le phosphore conserve sa transparence dans l’obscurité.

Les dernières expériences faites sur le phosphore blanc sont dues à M. E. Baudrimont [Comptes rendus de l'Académie des sciences, tome LXI, page 837 ; Journal de Pharmacie, ¥ série, tome III, page 17 ; Bulletin de la Société chimique, année 1866, tome V, page 206). Il démontre que ce n’est ni un hydrate, ni un état allotropique spécial du phosphore ordinaire : il n’est pas dû non plus à un passage de l’état amorphe à l’état cristallisé. Il le considère comme du phosphore ordinaire irrégulièrement corrodé à sa surface et dépoli, pour ainsi dire, par l’action comburante de l’air dissous dans l’eau ; cette combustion lente serait accélérée par la lumière diffuse et cesserait dès qu’il n’y aurait plus d’ox^ène en dissolution dans l’eau.

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