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PHOSPHORE NOIR

D’après Thénard, le phosphore ordinaire, exposé à la température de 70“ et refroidi brusquement, se transforme en une masse opaque noire qui, par une nouvelle fusion et un refroidissement lent, reproduit le phosphore ordinaire. Cette expérience a donné lieu à beaucoup de discussions. Il nous paraît probable que la couleur noire qui seule distingue cette variété du phosphore ordinaire, est due à la présence de traces d’un corps étranger, consistant soit en phosphores métalliques, soit en phosphore rouge.

Thénard, ayant obtenu cette modification après avoir distillé le même phosphore un très-grand nombre de fois, avait émis l’opinion qu’elle ne se produit qu’avec du phosphore parfaitement pur.

M. Blondlot était arrivé en 1865 à des conclusions à peu près analogues à celles de Thénard. Il obtenait le phosphore noir en purifiant d’abord le phosphore ordinaire par plusieurs distillations successives, puis exposant le produit obtenu au soleil et disiillant de nouveau. Le phosphore, recueilli dans un ballon refroidi très-lentement, se solidifie en une masse blanche qui passe subitement au noir lorsque la température n’est plus qu’à H- 5° ou -I- 6“. (.\I. Blondlot, Comptes rendus de l Académie des Sciences, tome LX, page 850, et Bulletin de la Société chimique, année 1865, tome V, page 415.)

En 1870, le même auteur, ayant de nouveau étudié la question, est arrivé a des résultats bien différents. Il établit : 1° que le -phosphore noir est du phosphore ordinaire qui doit sa couleur à la dissémination dans sa masse d’une sorte de pigmentum excessivement ténu; 2“ qu’il est toujours facile de l’obtenir en distil-

lant, ou même en maintenant longtemps à l'état de fusion du phosphore ordinaire en présence du mercure ou de ses composés, qui produisent ce pigmentum. Ainsi on obtient le phosphore noir en cliauffant sous l’eau à 100», pendant quelques heures, du phosphore ordinaire avec une trace de mercure : on isole la matière colorante avec le sulfure de carbone. Mais il est assez curieux de remarquer que lorsque le phosphore noir a été distillé un certain nombre de fois, le pigment ne récèle jdus de mercure (recherché simplement au moyen d’une lame de cuivre), sans que le phosphore cesse de devenir noir par le refroidissement. [Comptes rendus de L'Académie des Sciences, tome LXX, page 856, et Bidletin de la Société chimique, année 1870, tome XIV, page 196.)

M. Ritter considère l’arsenic comme étant le corps étranger qui donne le plus souvent au phosphore la propriété de devenir noir. On obtient toujours du phosphore noir en suivant le procédé indiqué par Thénard lorsque le phosphore du commerce est arsenical, ce qui est très fréquent. Le composé noir, isolé par le sulfnre de carbone, est un phosphore d’arsenic, As^Ph. En décantant le sulfure de carbone qui a dissous le phosphore noir, on sépare le précipité noir qui met un certain temps à se déposer et l’on o])tient par l’évaporation dans un courant d’acide carbonique du phosphore un peu laiteux qui ne noircit plus par la trempe. (M. E. Ritter, Comptes rendus de l' Académie des Sciences, onnée. 1874, tome LVXXIll, page 192, et Bulletin delà Société chimique, année 1874, tome XXI, page 151.) D’autres métaux, le cuivre par exemple à l’état de sous-chlorure de cuivre, pourraient produire le même effet.

D’après 51. Blondlot, ce ne serait pas l’arsenic qui déterminerait la production du phosphore noir : seulement il ne mettrait pas obstacle à sa formation; le mercure seul en serait la cause déterminante. (M. Blondlot, Comptes rendus de ï Académie des Sciences, année 1874, tome LXXVlil, page 1150, et Bulletin de la Société chimique, année 1874, tome XXll, page 157.)

M. Paul Thénard a cherché à résumer cette discussion en admettant qu’il y a en réalité deux sortes de phosphore noir : dans l’une, la modification est due à la présence de métaux étrangers ; dans l’autre, elle se produit lorsque le phosphore est rigoureusement pur, et alors elle pourrait être due au mélange de quelques traces de phosphore amorphe.

C’est ainsi qu’on produit du phosphore noir en mettant du phosphore ordinaire au contact d’un sel de cuivre; seulement ce corps, maintenu en fusion pendant une heure et demie environ, laisse déposer dn phosphore de cuivre, et, en passant dans une peau de chamois, il redevient tout à fait transparent et d’nne teinte légèrement ambrée.

D’un autre côté, en prenant dn phosphoi’e tel qu’il est livré par les fabricants et le distillant huit à neuf fois dans un appareil en verre qui n’a jamais servi, on obtient, en hâtant le refroidissement, un phosphore brun qui, après quatre nouvelles distillations, devient tout à fait noir et reste tel même après de nombreuses fusions. Traité par Tacide azotique, ce phosphore noir donne un acide phosphorique qui ne prend aucune teinte jiar l’hydrogène sulfuré, tandis qu’avec l’autre espèce de phosphore noir, on a un précipité noir très-net indiquant la présence d’un métal.

« Ne peut-on pas supposer, ajoute M. Paul Thénard, que le véritable phosphoie

noir devait sa couleur à quelques traces de phosphore amorphe qui, après avoir été entraîné dans la distillation, se maintiendrait en dissolution dans le phosphore ordinaire, tant que celui-ci serait en fusion, pour s’en séparer au moment de la solidification, et colorer alors la masse en brun si intense qu’elle semblerait noire? — S’il en était ainsi, la nécessité de ces distillations répétées s’expliquerait : il faudrait attendre du hasard celle qui, réunissant les circonstances favorables, produirait le phénomène*.» [Comptes rendus de l'Académie des Sciences, année 1874, tome LXXVIII, page liai.)

Tout récemment, la production du phosphore noir a été le sujet de quelques observations nouvelles (M. Paul Thénard, Comptes rendus de l'Académie des Sciences, 28 août 1882, page 409; — M. Maumené, Comptes rendus de l'Académie des Sciences, 9 octobre 1882, page 650). — M. Paul Thénard a obtenu, par hasard, en moulant des baguettes de phosphore ordinaire, du phosphore noir teinté dans toute la masse : traité par le sulfure de carbone, il ne laissait que des traces non dissoutes de couleur jaune serin très clair : il devenait blanc par la fusion et restait blanc par un refroidissement brusque : en ménageant la surfusion, il redevenait noir au contact du phosphore blanc ou noir. — D’après M. Maumené, la production du phosphore noir a lieu presque toujours pour les premières gouttes de phosphore qui distillent dans un courant d’hydrogène (préparé par le zinc et l’acide sulfurique) ; les gouttes suivantes restent incolores.

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