BORAX DE L’INDE
Le borax naturel ou tinkal se rencontre en abondance dans le bassin d’un des principaux aifliients de l’indus, le Sing-a-Shab. Dans la partie supérieure de son cours, an nord de rUimalaya, il traverse une partie du Tibet. Le borax se trouve en dissolution dans un grand nombre de lacs salés de ces contrées.
Ces lacs sont d’une grande étendue, mais peu profonds, et les phénomènes qui donnent naissance au borax présentent la plus grande analogie avec ceux dont le sol de la Toscane est le siège. Pendant l’hiver, les lacs se remplissent d’une eau laiteuse, à saveur fortement saline ; au fond de ces lacs débouchent des soufflards volcaniques, analogues aux soffioni de la Toscane, et qui amènent au sein de l’eau des vapeurs entraînant de l’acide borique ; ce dernier, au contact des sels de soude dissou'", donne du borax. L’eau se charge ainsi peu à peu de borax, et lorsque vient la saison chaude, Teau s’évapore et laisse déposer des cristaux de biborate de soude, que l’on recueille.
L’exploitation du borax brut de l’Inde a pei’du un peu de son importance, depuis que Ton exploite méthodiquement les soffioni de la Toscane, et surtout depuis la découverte des gisements importants de borax brut de l’Amérique du Nord, et l’exploitation des immenses gisements de borate de chaux d’Amérique et d’Asie Mineure. 11 y a soixante ans, la majeure partie du borax livré à l’industrie, venait de Tliide, soit par mer, soit par terre, où on le dirigeait par caravanes sur Ispahan ; embarqué sur la mer Caspienne jusqu'à Astrakan, il était conduit à Saint- Pétersbourg. C’était le borax de caravane, le plus estimé dans le commerce.
M. Daubrée, utilisant des renseignements qui lui avaient été communiqués par M. Marcadieu, chargé en 1856 d’une mission du gouverneur général de l’Inde, a donné, dans son Rapport sur les substances minérales fait à la suite de l’Exposition de 1867, des détails inédits sur l’exploitation du borax au Tibet, détails que nous reproduisons textuellement. (Daubrée, Substances minérales. Extrait des Rapports du jury international de l’Exposition universelle de 1867.)
Une des principales circonstances qui entravent l’exploitation du borax naturel des lacs du Tibet n est pas seulement l’éloignement des ports d’embarquement mais aussi l’extrême altitude de ces lacs, qui est de plus de 4000 mètres, dans la région des neiges perpétuelles, et qui sont gelés eux-mêmes pendant la plus gl ande partie de l’année. L’un de ces lacs a 52 kilomètres de tour.
Un des centres de production est situé dans la province de Ladak, non loin de Cachemire, dans la vallée de Pougah.
La vallée de Pougah se trouve à deux journées de marche du lac de Bokchine et est traversée par une petite rivière alimentée par la fonte des neiges.
Les parois de cette vallée sont formées de micaschites et de gneiss, et montrent en un point une soufrière que le rajah fait exploiter pour son propre compte. Le soufre se trouve dans les fissures du gneiss, où il est déposé par des vapeurs chargées d’hydrogène sulfuré et émanant de la profondeur*
C’est le sol constituant le fond de la vallée qui contient le borax ; ce sol est particulièrement abondant dans la partie la plus large, qui a l'‘,002 environ, et cela sur 48 kilomètres de longueur. Le terrain est très poreux, généralement humide et parfois marécageux. Les efflorescences de borax couvrent tout le sol et lui donnent une blancheur de neige qui fatigue la vue. Cette blancheur est interrompue de temps en temps par les bassins de plusieurs mers thermales, les unes alcalines et les autres sulfureuses.
On n’observe autour de ces sources aucun dépôt salin, et les eaux ne contiennent pas trace de borax. La présence du sulfure de sodium et de la barégine les rapproche des eaux thermales dos Pyrénées.
La récolte du borax se fait pendant cinq mois de l’année, de mai à septembre.
La couche exploitée n’a jamais que 6 à 8 centimètres d’épaisseur. Elle est recouverte par une couche saline formée de sesquicarbonate de soude, de sulfate de soude et de chlorure de sodium.
Le borax est d’un blanc grisâtre, confusément cristallin, et comprend, au point de vue industriel, trois variétés. La variété la plus riche contient 76 à 85 pour 100 de borax; la seconde n’en renferme que de 50 à 72 pour 100; le i-este du mélange est formé de sulfate de soude, de carbonate de soude, d’eau, ainsi que de matières terreuses.
Quant à la troisième variété, elle est rejetée sur le sol et se purifie à peu près d’clle-même. Quand une pluie survient, l’efflorescence disparaît, et la dissolution s’infiltre dans le sol poreux ; le beau temps revenu, le sel reparaît après avoir abandonné dans le sol la majeure partie de ses impuretés.
La vallée de Pougah est affermée pour la somme de 750 roupies, soit 1900 francs.
Une fois récolté, le borax est séché à l’air, puis emballe dans de petites besaces faites en général avec une étoffe de laine forte ; 36 000 moutons ou chèvres sont employés au transport du sel ; trois de ces animaux servent à porter 40 kilogrammes. Les moutons et les chèvres sont les seuls animaux qui puissent suivre la route extrêmement difficile, seule issue de la vallée. On ne pourrait employer des yaks aux transports qu’à la condition de construire d’abord trois ponts.
En présence de la difficulté du transport, il y aurait tout avantage à purifier le sel, autant que possible, dans la vallée même. L’absence de combustible rend cependant bien difficile cette purification, que l’on parviendrait peut-être à réaliser à l’aide de la chaleur des sources thermales.
Une grande quantité de borax est pei'due en route par suite des pluies qui assaillent les caravanes, et il serait plus avantageux, n’étaient les difficnltés du transport, de l’emballer dans des fûts hermétiquement fermés.
L’exploitation dont la vallée de Pougah est actuellement l’objet est bien loin de s’épuiser. M. Marcadieu pense, d’après des essais qu’il a faits, qu’on activerait beaucoup l’efflorescence par des arrosages convenablement exécutés, et qu on arriverait peut-être ainsi à faire plusieurs récoltes dans l’année.
Le borax est également exploité en Perse, au lac Ourmiah. La présence de serpenüiies et (Veuphotide, à proximité des sources boratées, est un trait de ressemblance avec la Toscane. L’eau dont on extrait le sel n’en renferme moyennement qu’un demi pour dOO.
Le borax brut de l’Inde nous arrive le plus souvent sous forme de cristaux que l’on a recouverts, pour éviter qu’ils ne s’effleurissent et ne tombent en poussière, d’un enduit d’argile, de chaux et de matière grasse. Cette enveloppe est onctueuse au toucher et e.xhalc une odeur de savon due à la réaction de la soude sur la matière grasse.
RAFFINAGE DU TINKAL.
C’était exclusivement à Venise que se faisait anciennement le raffinage du borax par des procédés tenus secrets. Puis cette opération fut pratiquée dans quelques ports de la Hollande.
L’industrie du raffinage fut importée à Paris par les frères Lécuyer. Dans les premiers temps, le petit volume et le peu de consistance des cristaux obtenus furent un obstacle sérieux à la vente du borax raffiné en France, et firent croire à l’influenee de quelques corps particuliers sur la cristallisation. Il fallut, pour placer dans le commerce le nouveau produit, imiter la teinte brunâtre et l’emballage du borax hollandais, et émousser les angles des cristaux pour iaire croire qu’ils avaient voyagé.
L’addition de chaux à la solution du borax, proposée par Fourcroy, a pour but de former avec la matière grasse qui sert à enrober les cristaux bruts, un savon calcaire insoluble.
On introduit le tinkal dans une cuve et on le recouvre de 8 à 10 centimètres d’eau, on laisse macérer et on brasse de temps en temps. Après 5 ou 6 heures on ajoute environ ^ de chaux éteinte, on brasse de nouveau et on laisse reposer jusqu’au lendemain ; on enlève ensuite le borax au moyen d’un tamis, on agite de façon à froisser les cristaux et on met à égoutter. On transvase l’eau de lavage dans une nouvelle cuve où elle laisse déposer’ les matières étrangères et, lorsqu’elle est claire, au bout d’un quart d’heure, elle peut servir à un nouveau lavage des cristaux précédents, et ainsi jusqu’à ce que l’eau sorte des cuves sensiblement claire. On procède alors à un dernier lavage avec une nouvelle eau, mais employée cette fois en plus petite quantité.
Le borax ainsi lavé et égoutté doit être ensuite dissous dans deux parties et demie d’eau : on ajoute 1 kilogramme de chlorure de calcium par quintal de borax et on filtre dans une chausse. La dissolution est incolore : aussitôt que la filtration est terminée, on chauffe le liquide, et on concentre jusqu’à 18“ ou 20“ de l’aréomètre. On fait cristalliser dans des vases en bois blanc ou en plomb de forme conique. (Robiquet et Marchand, Ann. de Cliim. et de Phys. (2), VIII, p. 559.)
Les lavages à l’eau froide ne causent pas de grandes pertes, car ils n’entraînent que de la matière savonneuse, du sullate de soude et du chlorure de sodium et une très petite quantité de borax. On pourrait craindre cependant qu’il n’y ait perte d’acide borique par suite de la formation de borate de chaux insoluble.
Aussi la soude a-t-elle été substituée à la chaux. Le tinkal pulvérisé est introduit dans des tonneaux à fond percé de trous et on y verse une dissolution de soude caustique de densité 1,034, jusqu’à ce que le liquide s’écoule incolore. On laisse égoutter, on dissout dans l’eau, on ajoute 12 pour 100 de soude, on filtre et on évapore jusqu’à ce que la dissolution marque 20“ Baumé.
BORE
Glouet a proposé un procédé de purification dutinkal tout différent des précédents. On mélange le tinkal broyé avec 10 pour 100 de salpêtre du Chili, et on calcine dans une chaudière en fonte. On traite par l’eau le résidu charbonneux do cette calcination, on filtre eton fait cristalliser.
Quant aux conditions dans lesquelles doivent s’effectuer ces cristallisations nous pouvons nous reporter à ce qui a été dit du borax artificiel obtenu à l’aide de l’acide borique de la Toscane. Il est préférable, lorsqu’on tient à la pureté du produit, d’obtenir une cristallisation rapide en petits grains : ces derniers renferment moins de sulfates alcalins que les gros cristaux.