BORAX DE L’AMÉRIQUE DU NORD
En 1854, MM. Weatsch et Trask constataient la présence de borate de soude dans les eaux de certaines sources thermales des montagnes Rocheuses, dans la Californie et le Nevada. Peu de temps après un chasseur découvrait sur les bords d’un lac de ces régions volcaniques des cristaux de borax.
Le lac de borax (Borax-Lakc) est situé dans une petite péninsule de la Californie, au nord de San-Francisco, dans le Népathal. C’est le cratère d un ancien volcan ; sa surface peut avoir cent hectares, et il communique avec un lac de plus grande étendue (Clear-Lake, lac des Eaux-Claires), dont il est séparé par une masse éruptive d’obsidienne.
Les cristaux de borax sont disposés dans un lit de boue qui occupe le fond de la lagune; la vase, jusqu’à 3 mètres au-dessous de la surlace, contient des matières salines renfermant 15 p. de borax, 28 p. de carbonate de soude et 8,25 p. de sel; à 20 mètres de profondeur cette bouc contient encore 3,5 p. 100 de borax. Pour l’exploiter, il suffit de draguer ces boues ; à cet effet, on immerge dans Teau du lac des caisses de fer, on épuise l’eau à l’aide de pompes, et on relire la lave formant le fond; des ouvriers chinois séparent les cristaux. Quant aux boues, on les fait sécher au soleil, on les concasse et on les sèche à la vapeur. On dissout le borax, on le fait cristalliser et on purifie par une seconde cristallisation.
La quantité de borax qu’on retire du lac est d’environ 500 tonnes par an, mais dans les traitements successifs une moitié environ du minerai est perdue. Les eaux mères de purification du borax renferment d’assez fortes proportions de carbonate de soude et du sel marin. Cette exploitation a été pendant quelques années très prospère, mais elle a dû être abandonnée lorsque, à la suite de la découverte d’autres gisements plus importants et d’une exploitation plus facile, le prix du borax fut descendu à 800 francs la tonne.
Le lac de borax est à 42 milles de Callistoga, où sont des sources thermales sulfureuses. Toute la région est volcanique; non loin du lac sont des geysers et des offio i analogues à ceux de la Toscane, et la formation du borax peut être attribuée
ici, comme au Tibet, à la réaction sur le carbonate de soude des lacs et sources salés, de l’acide borique entraîné par la vapeur d’eau et les gaz divers d’origine volcanique.
Le Borax-Lake n’est pas le seul gisement de borax qui ait été ou soit exploité dans ces régions volcaniques des Cordillières des Andes. En 1868 on découvrait du borax à Kogtovvn et dans d’autres parties du Névada et de la Californie méridionale, à Colombus, à Teal Marsh, à Fisb-Lake.
D’importants gisements de borax ont été découverts plus récemment (1874), dans la Californie méridionale, parM. A. Robottom de Birmingham. Ces gisements, d’une grande étendue, sont des lacs desséchés, dont le lit, sur une étendue de 15 milles en longueur, 6 milles en largeur et sur une épaisseur de 6 à 8 pieds, est formé de cristaux salins. Le borax y est mélangé au sulfate de soude, au sel marin et au borate de chaux. Transporté par chemin de fer au port de Los Angelos, il est en grande partie expédié en Angleterre.
A Colombus et dans le district de Slate Range, l’exploitation est très pénible et quelques-unes des exploitations que l’on a tentées tout d’abord dans ces régions n’ont pas tardé à prendre fin. Le pays est absolument aride et inhabité; le combustible est rare et tout le matériel d’exploitation doit être apporté de San-Francisco, à grands frais. Tout manque, jusqu’à l’eau potable; le froid, excessif en hiver, gêne le travail ; en été, au contraire, une chaleur torride gêne les cristallisations. Aussi, la main-d’œuvre est-elle fort chère, et les ouvriers, malgré des salaires très élevés, consentent difficilement à s’exiler dans ces régions inhospitalières.
Gomme au Tibet, le borax vient s’eflleurir à la surface du sol en petits cristaux ressemblant à de la neige bien sèche, et la couche atteint parfois 30 centimètres d’épaisseur. On l’enlève à la pelle, qui doit être tranchante sur ses bords pour couper les herbes qui poussent abondamment sur le sol. Ce sel a un goût légèrement sucré que le raffinage fait disparaître.
Pour le purifier, on opère de la manière suivante (E. Durand, Société d'encouragement, 9 février 1877) :
De grandes cuves en bois, de 14 mètres cubes de capacité, renferment de l’eau qu un courant de vapeur porte à l'ébullition. On projette le sel brut dans le liquide jusqu à ce que la dissolution marque 28" à l’aréomètre. On sépare ainsi de la boue, du sable, des fragments de borate de chaux, et des herbes qui viennent flotter à la surface et qu’on enlève. La dissolution, convenablement concentrée et aussi claire que possible, s’écoule dans des cristallisoirs, ou grandes cuves de 3 mètres sur 1 mètre et 2 mètres de hauteur.
Dans les cristallisoirs le liquide se refroidit lentement jusqu’à 25", ce qui exige G à 10 jours. Lorsque la température descend au-dessous de 28", on surveille la cristallisation pour enlever les eaux mères avant que le sulfate de soude ne se dépose. Les boues s écoulent avec les eaux mères ; elles contiennent des cristaux octaédriques de borax, que l’on trie, qu’on lave avec les eaux mères d’une cuve suivante et qu’on met de côté pour le raffinage.
Au fond des cristallisoirs s’est déposée une couche de borax de O™,15 environ quon enlèveàla pioche. Le sel est misa sécher et, au bout de4ou5jours, il est mis en sac de 75 kilogrammes. Les cristaux sont de deux sortes: les cristaux octaédriques se sont déposés en premier, et ils ont été recouverts par des cristaux prismatiques.
BORE
Afin d’économiser la main-d'œuvre, on n’exploite que les matières salines renfermant plus de 50 pour d 00 de borax, et les méthodes d’exploitation sont tellement grossières que l’on ne recueille que 30 pour 100 de la quantité que contiennent les sels qu’on exploite. Le borax est, dans ces régions, tellement abondant que l’on peut sans inconvénient ne traiter que les matières riches, et se contenter de ce faible rendement. Le transport du borax, de Colombus en Europe, élève le prix de cette substance d’environ 350 francs, et depuis que le prix du borax s’est abaissé à 800 francs la tonne, les prix de revient ne sont plus assez rémunérateurs. La Société qui exploite les lagunes de Colombus et de Fish-Lake occupe une superficie de 12 000 hectares; elle exploite également le borate de chaux qui se rencontre à la surface ou à une faible profondeur au-dessous.
La Californie a exporté en 1865 du borax pour une valeur de 200 000 francs, et pendant les 9 premiers mois de 1866 pour une valeur de 210 000 francs. Ces exportations eussent été bien plus considérables si les conditions économiques du traitement dans le Nevada eussent été plus avantageuses. Elles ont suffi cependant à arrêter l’importation du borax aux Etats-Unis.