ACIDE BORIQUE ANHYDRE
BoO^
PROPRIÉTÉS PHYSIQUES
L’acide borique cristallisé du commerce est un trihydrate BoO', 3110. Il perd peu à peu son eau sous l’action de la chaleur et, au rouge, il devient anhydre et fond en passant par l’état pâteux, comme le verre, A l’état visqueux il peut être étiré en fds très fins et, à ce point de vue, sa ductilité ressemble plus à celle de la silice fondue qu’à celle du verre proprement dit. M. de Luynes a étudié les propriétés physiques de l’acide borique avec autant de soin qu’il avait examiné celles du verre, et a fait sur la trempe de celte substance des remarques intéressantes (V. de Luynes, Comptes rendus, LXXXI, p. 80, 1875).
L’acide borique est remarquable en effet par l’énergie et la persistance de sa trempe. Si l’on coule une plaque d’acide borique fondu sur une surface métallique froide, on obtient des plaques vitreuses dont la face inférieure, refroidie brusquement, par le métal, est plus dilatée que la couche supérieure; il en résulte une flexion qui peut être assez grande pour déterminer la rupture de la plaque et sa projection en éclats.
Une plaque d’acide borique trempé à faces parallèles agit sur la lumière polarisée comme le verre trempé. Mais par le recuit l’acide borique conserve sa trempe, ce que ne fait pas le verre. Des fragments d’acide borique trempé, maintenus au rouge pendant 15 heures et soumis à un refroidissement lent de plusieurs jours, agissaient aussi énergiquement qu’avant sur la lumière polarisée, tandis que des blocs de verre de 60 kilogrammes, placés à côté d’eux, se fussent complètement recuits.
L’acide borique coulé sous l’eau détone et se réduit en poussière ; mais dans l’huile, on obtient de petites masses à queue courte qui se brisent dans les mêmes conditions que les larmes bataviques.
Lorsqu’on laisse refroidir l’acide borique fondu, la masse se fendille avec projection des fragments et le phénomène est accompagné d’un dégagement de lumière.
L’acide borique fondu en masse s’hydrate lentement au contact de l’eau; mais l’hydratation est rapide s’il est finement pulvérisé. Cette hydratation est accompagnée d’une augmentation de volume et d’une élévation de température qui peut s’élever jusqu’à 100“. L’augmentation de volume que subit l’acide anhydre au contact de l’eau se fait inégalement lorsqu’elle porte sur une matière fondue et trempée ; les parties déjà dilatées par la trempe ne subissent pas la même augmentation de volume que les parties qui ne sont pas trempées. C’est ainsi que si l’on place dans l’eau des pastilles d’acide borique trempé, on remarque que l’hydratation se fait par couches en produisant une véritable exfoliation. Les couches extérieures en s’hydratant augmentent de volume beaucoup moins que les couches intérieures; elles se recourbent en s’exfoliant de dedans en dehors, en sens inverse sur les deux faces, et la plaque d’acide borique présente, après l’hydratation, l’aspect de deux calottes tangentes par leurs surfaces convexes.
La densité de l’acide borique anhydre a été déterminée par M. A. Ditte (*) :
Températures. Densités.
On déduit de là, pour son coefficient moyen de dilatation entre 12“ et 80“ :
L’acide borique se volatilise lentement au rouge vif. Ebelmen a tiré parti de la propriété que possède l’acide borique fondu de dissoudre un grand nombre d’oxydes métalliques, et de sa volatilisation lente à la température des fours à porcelaine, pour obtenir des combinaisons cristallisées, par exemple le spiuelle (MgO,ADO») incolore ou coloré en rose par de l’oxyde de chrome, en bleu par de l’oxyde de cobalt; le cymophane; des aluminates [Ann. de chini. etdephys. (5), Xll, p. 211).
PROPRIÉTÉS CHIMIQUES
L’acide borique n’est attaqué par aucun métalloïde ; cependant, aux températures élevées, le charbon et le phosphore paraissent le réduire. Un mélange de
t. Examens de quelques propriétés de l’acide borique (dn/i. decéïm. (5), XIII, p. 67).
BORE
deux métalloïdes agissant l’un sur l’oxygène, comme le carbone, l’autre sur le bore, l’attaquera au contraire avec énergie. Ainsi, le chlore passant sur un mélange d’acide borique anhydre et de charbon, donnera du chlorure de bore ;
BoO" + 3G + oCA = BoCl= + SCO.
Le brome se comporte comme le chlore. Le soufre, le sulfure de carbone en vapeur passant sur un mélange d’acide borique anhydre et de charbon porté au rouge vif, donnent du sulfure de bore.
L’azote même, en agissant sur l’acide borique en présence du charbon, forme de l’azoture de bore.
Le potassium et le sodium réduisent l’acide borique (préparation du bore amorphe) ; l’aluminium le réduit aussi au rouge vif en donnant dos borures d’aluminium et de carbone (produits cristallisés désignés sous le nom de bore adamantin).
Les hydracides sont sans action, sauf l’acide fluorhydrique. Cet acide concentré attaque l’acide borique, donne du fluorure de bore volatil et de l’eau. Un mélange de fluorure de calcium et d'acide sulfurique donne aussi du fluorure de bore. Chauffé avec du fluorure de calcium, au rouge vif, l’acide borique est transformé en fluorure de bore, i^owFluorure de bore.)
La production de fluorure de bore aux dépens d’acide borique et d’un fluorure métallique en vapeurs a été utilisée par II. Deville et Caron pour obtenir des oxydes métalliques cristallisés, le corindon et toutes ses variétés colorées, la zircoue, le fer oxydulé, le cymophane, etc. (Comptes rendus, XLVI, p. 704.)