I. Voy. Lnry, Drirriplion tiu Dauphiné
COMBIISTIBI.ES MIKÈRAUX. 471
toile qu'il s’est produit à plusieurs reprises des inllammations dans les travaux. Une détonation de cotte nature, survenue le 16 juin 1845 dans la veine Madeleine, et plus violente que toutes celles qui ont eu lieu depuis un siècle, a causé la mort de cinq mineurs. On évite le retour de pareils accidents en ne pénétrant plus dans les travaux qu’avec la lampe de Davy et en suspendant l’exploitation pendant l’été, époque à laquelle l’aérage est peu actif.
On a pu juger de la violence avec laquelle l’hydrogène protocarboné se dégage quelquefois des couches de Bechelbronn lorsqu’on a percé le puits .loseph au mois d’avril 1849. A une profondeur de 19”, 50 on rencontra un premier dégagemi nt très fort de grisou, qui néanmoins n’arrêta pas le travail; ce dégagement résultait de ce que l’on se trouvait sur le toit d’une couche de sable bitumineux de 0“,60 d’épaisseur dont l’existence était inconnue. Quand on arriva à la profondeur de 32 mètres, le gaz s’échappa du fond du puits plus violemment que jamais, avec accompagnement d’une veine d’eau de 13 litres par minute, qui était projetée à 2 mètres de distance horizontale. Le jaillissement du gaz faisait alors entendre un bruit que les mineurs ne peuvent mieux comparer, pour l’acuité et la force, qu’aux cris de plusieurs pores sous le couteau du boucher ; ce bruit était tel qu’il couvrait totalement la voix des mineurs. Le sol argileux, par les interstices duquel s’échappait le grisou, quoique ayant 1 mètre d’épaisseur, bouillonna pendant deux jours comme la surface d’une chaudière de raffinage de pétrole en ébullition.
En présence d’un tel dégagement de gaz et malgré la légèreté spécilique de l’hydrogène protocarboné qui le fournissait, le tissu métallique de la lampe de Davy devenait immédiatement incandescent ; il fut donc impossible aux mineurs de pousser le fonceraent du puits tant que la roche en ce point ne fut pas éventée. La couche qui provoquait le dégagement du gaz dont il vient d’être question n’avait que 0"', 16 d’épaisseur. Son odeur aromatique très pénétrante rappelait celle du bitume de Schwabwiller, d’où il se dégage aussi de l'hydrogène carboné en ahondance.
Apennins K — Barigazzo est un village situé à 70 ou 72 kilomètres de Modène. L’altitude de ce point est de 1177 mètres, et il se trouve ainsi placé presque au sommet de cette région de montagnes. Sur le versant occidental de la chaîne les dégagements spontanés qu’on observe ont fait l’objet de longues et savantes études de Spallanzani.
Près du village même de Barigazzo se trouvent deux sources très abondantes de gaz.
Dans l’une d’elles le gaz s’échappe par de nombreux jets des parois d’un petit Tour, où la chaleur produite par sa combustion est utilisée pour la fabrication de la chaux. De loin une légère odeur de pétrole se fait sentir. La pression sous laquelle s’échappe le gaz est assez faible.
Le second dégagement de gaz des environs de Barigazzo se trouve dans l’endroit nommé Orto deH’Inferno.
t- Ce qui suit est extrait des grandes recherches déjà citées de MM. Fouqué et GorceLx.
Dans celte dernière source, le gaz, dépouillé préalablement d’oxygène et d’acide carbonique, a été trouvée composée comme il suit d’après l’analyse ciidiométri(|ue :
Azote . 0,7
Daz des marais . 26,7
A quelques milles à l’est de Barigazzo, il existe dans la commune de Sestola un dégagement de gaz qui contient :
Azote . 7,85
Gaz des marais . 92,15
Un autre centre de dégagement gazeux se trouve à lîocca Suolo, village distant de 6 ou 7 kilomètres à l’ouest de Barigazzo.
La composition de ce gaz est :
Acide carbonique . 2,14
Azote . 1,51
Gaz des marais . 96,55
A quelques centaines de mètres de San Venanzio se trouve une mare peu profonde, d’environ 7 à 8 mètres de diamètre, au milieu de laquelle s’échappent par intermittence des jets gazeux au nombre de cinq ou six. Les bulles, fort nombreuses, s’échappent comme par bouffées et s’enflamment facilement à l’approche d’nne allumette,
11 est impossible de voir là un marécage ordinaire, avec un dégagement de gaz provenant de la décomposition de matières végétales en putréfaction. Cette mare ne présente ni joncs ni aucune autre plante aquatique, et le dégagement de gaz y est beaucoup trop abondant pour qu’on puis.se supposer qu’il provient de la putréfaction des boues qui en occupent le fond.
La composition du gaz est :
Azote . 7,8
Gaz des marais . 92,2
La mare de San Venanzio est située sur un terrain argileux appartenant aux marnes subapennines.
A peu de distance de là se trouve une salse curieuse, composée d’un cône boueux de 25 mètres de circonférence et de 3 à 4 mètres de hauteur, autour duquel étaient groupés onze cônes plus petits.
A Sassuolo se présentent des dégagements gazeux tout particulièrement remarquables.
A 1 kilomètre de Sassuolo. au hameau de Salvarola, il existe des sources gazeuses très abondantes.
COMBUSTIBLES MINÉRAUX. «r.
Le gaz s’y échappe d’une source d’eau fortement salée dont l’usage est recommandé dans les affections goitreuses.
Le thermomètre marquait i l degrés dans l’eau, et il en sortait de grosses bulles inflammables.
Le gaz de Salvarola a présenté la composition suivante :
Acide carbonique . ^ . 0,79
Azote . 0,65
Gaz des marais . 95, .58
Sur le versant oriental des Apennins, le petit village de Covigliaglio est, par rapport à Porretta, le symétrique de Barigazzo, situé sur le vei sant occidental. C’est près de là que se trouvent les feux de Pietra-Mala, fréquemment visités par les naturalistes.
En 1780, Volta venait de découvrir le gaz des m.irais. Il pensa que les feux des terrains ardents devaient être produits par la combustion du même gaz, il se rendit à Pietra-Mala, dont il a laissé la description.
Le sol de Pietra-Mala est formé, comme celui de Barigazzo, d’argile scaglieuse, avec fiagments de macigno et d’albérèse. Les cristaux de dolomie y sont fort abondants, tous les ch.amps en sont couverts.
Le plus considérable des feux de Pietra-Mala est connu sous le nom de Yulcano. Ni la pluie ni les vents ne peuvent l’éteindre, tant est grande la masse de gaz qui l'alimente. Le plus petit, appelé Yulcanello, s’éteint au contraire fort souvent à la suite de violents orages. Une odeur pénétrante de pétrole s’en exhale.
Le gaz du feu principal de Pietra-Mala (Yulcano) a présenté la composition sui¬
vante :
Acide carbonique . 1,54
Azote . 2,27
Gaz des marais . 96,19
Le second feu de Pietra-Mala, celui de Yulcanello, beaucoup moins abondant que le précédent, est éloigné de 700 à 800 mètres du principal dégagement.
Le gaz s’y échappe par une fente de 2 à 5 mètres de long, dont le prolongement passerait sensiblement par le feu de Yulcano.
Le gaz de Yulcanello (Pietra Mala) a présenté la composition qui suit :
Acide carbonique . 1,69
Oxygène . 0,68
Azote . 3,27
Gaz des marais . 94,56
Be l’autix* côté du village de Pictr.a-Mala, au-dessus de la route, et à environ
1 kilomètre tle l’église, deux dégagements gazeux se montrent dans une traiiehée laite au milieu d’une prairie.
Le contrefort des Apennins, dans sa partie orientale, aux environs d’Imola, présente des émanations gazeuses non moins remar(p]ables que celles de Barigazzo et de Pietra-Mala,
Près de San-Marlino del Pedriolo, situé à quelques kilomètres de Castel San- Pietro, on trouve un puits d’eau fortement salée, qui est transportée chaque jour dans des tonneaux à Castel-San-Pietro, où l’on utilise sa salure. Le puits est établi dans une gorge creusée dans les marnes subapennines. La surface de l'eau est à
2 mètres au-dessous du niveau du sol. Sa profondeur est de 4 mètres. Sa température était de 11 degrés, le thermomètre marquant 18 degrés à l’ombre. 11 s’en échappe par intermittences, et sans aucune régularité, de grosses et nombreuses bulles do gaz inllammable; non loin de là jaillissent, à côté les unes des autres, trois petites sources, fort peu abondantes, d’eau sulfureuse.
Le gaz du puits est composé comme suit :
Acide carbonique . 1,12
Azote . 6,20
Gaz des marais . 92,68
A 6 kilomètres de San-Martino, près de la Casa-Cabrera et à quelque distance du torrent, sur les flancs de la colline qui le borde à l’est, on trouve une source d’eau douce à la surface de laquelle apparaît une très mince pellicule d’une substance bitumineuse dont l’odeur rappelle celle de la térébenthine. L’eau de la source avait une température de 10°, 5 : tout alentour les marnes subapennines sont fort salées et recouvertes d’efflorescences de sel marin. Aucun gaz n’accompagne ce léger suintement de pétrole. A peu de distance de là sont des salses décrites en 1839 par M. le professeur Bianconi. Le gaz de Sassuno a présenté la composition
suivante :
Acide carbonique . 1,14
Azote . 0,39
Gaz des marais . 80,60
Hydrure d’éthyle . 17,87
Porretta est à 50 kilomètres de Bologne, à une altitude de 375 mètres, près d’un col de la chaîne des Apennins. Cette ville est entourée à l’est par le Reno et dominée de tous les autres côtés par des montagnes, où l’on distingue les pointes de Sassocardo, délia Groce et délia Rochetta.
Le terrain est formé principalement d’argile scaglieuse empâtant de nombreux fragments d’albérèse, de calcaire à fuco'ides, de macigno que l’on rapporte à l’étage éocène. Sur plusieurs points, cette dernière roche recouvre très nettement l’argile scaglieuse ; en d’autres points, elle semble être placée au-dessous. Des veines de dolomie, d’aragonite, pénètrent dans les fragments des roches précédentes, et indiquent qu’après une fracture de ces fragments due à de puissantes actions méca-
C0MBUST1BL15S MINKKAUX,
niques, les débris ont été ressoudés entre eux par suite d’un dépôt geysérien de. ces substances. Au milieu de l’argile, entre les bancs, ou trouve fréquemment dos cristaux de quartz à faces très brillantes, enfermant dans leur masse des gouttelettes d’eau mobiles et des bulles de gaz. Un grand nombre de ces cristaux sont formés de feuillets parfaitement transparents, séparés par des couches d’argile. Leur aspect rappelle celui des cristaux de gypse qu’on trouve au milieu des argiles des environs de Paris, et leur formation par voie aqueuse ne peut un instant être mise en doute.
Ces cristaux de quartz, de dolomie, d’aragonite, les couches de limonite et d’oxyde de manganèse qui recouvrent les fragments d’albérèse, et qui même se sont substituées en partie à la roche, indiquent que de puissantes actions geysérieimes ont dû se faire sentir dans cette région. C’est dans cette action que doit être cherchée l’explication des nombreux cas de métamorphisme qu’on y observe.
En même temps les nombreuses éruptions d’euphotide et de serpentine qui se montrent aux environs sont vraisemblablement liées à la cause mécanique qui a si profondément altéré la stratification de ces terrains.
L’argile scaglieuse, avec le calcaire à fucoïdes et l’albérèse, constitue un horizon parfaitement défini. Cette formation, qui constitue une grande partie des Apennins, est rangée <à peu près par tous les géologues dans l’étage éocène, mais il en est tout autrement du macigno. D’après le professeur Bianconi, le macigno de Porretta serait comtemporain de celui de Vergato, supérieur à l’argile scaglieuse, et par conséquent do formation miocénique. Pour M. Pareto*, il serait de formation éocénique, ou même appartiendrait à une époque plus ancienne.
Les thermes de Porretta comptent huit sources captées dans trois établissements.
L’eau de la source del Leone, qui sort du pied de la montagne de Sassocardo est limpide et transparente. Son odeur est légèrement sulfureuse, son goût salé ; elle a une température de 32", 2. Le chlorure et le bicarbonale de soude sont ses éléments dominants. Le conduit qui l’apporte de la montagne est traversé par un abondant courant de gaz composé ainsi :
Acide carbonique . 3,97
Azote . 'i,61
Caz des marais . 89,42
100,fi0
La source dei Bovi est située à côté de la précédente, et comme celle-ci elle provient du pied de la montagne de Sassocardo. L’eau est un peu plus .sulfurée que celle de la source del Leone; elle possède une température de 35", 5. Elle tient en dissolution une assez forte proportion de bicarbonate de soude.
Le gaz qui s’en dégage a présenté la composition suivante ;
Acide carbonique . 3,72
Azote . 5,06
Gaz des marais . 92,22