huUetin de la Sociêlê géologique de France
K.NCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.
La source de Marte a une température de 58", 5 et dégage du gaz semblable à la précédente.
Les quatre sources de Porretla, désignées sous les noms de Marte, Donzelle, Reale ïromba, proviennent de la montagne délia Groce, située en face du mont Sassocardo, de l'autre côté du rio Maggiore. L’eau de la source de Donzelle contient plus d’hydrogène sulfuré que la précédente, mais moins de sel marin et de bicarbonate de soude.
Il en est encore de même de la source de Puzzola dont la température est de 24". Le dégagement de gaz qui la traverse est peu abondant, il a présenté la composition suivante :
Acide carbonique . 1,84
Azote . 6,68
Gaz des marais . 91,48
L’eau de la source de Porretta-Vecchia est la plus sulfurée de toutes les eaux de Porretta, dont la température est de 52". Le dégagement du gaz est peu abondant, on lui a trouvé la composition suivante :
jVeide carbonique . 2,02
Azote . 7,25
Gaz des marais . 90,75
Au-dessus de Porretta, presqu’à la cime du mont Sassocardo, on observe quatre ou cinq jets gazeux disséminés sur un espace de quelques mètres carrés. Les fentes de Macigno leur servent de conduits naturels.
La composition du gaz est :
Acide carbonique . 1,75
Azote . 9,55
Gaz des marais . 88,70
A trois kilomètres environ de Porretta, en remontant le cours du Reno, on rencontre, sur la rive droite de ce torrent, le ruisseau de Fosso di Bagni. On trouve dans le lit même de ce ruisseau une abondante source de gaz.
La composition du gaz est :
Acide carbonique . 0,61
Azote . 8,04
Gaz des marais . 91,55
Gaggio-Montano est un petit village situé à 7 kilomètres au nord-ouest de Porretta, à une altitude d’environ ooO mètres. Le chemin qui y conduit, à partir de la route qui longe le Reno, est tracé dans le lit du torrent, dont le lit rocailleux est rempli de fragments de roches diverses. Les cailloux roulés de dolomie, d’aragonite, de quartz, d’albérèse, avec veines spathiques, de macigne, de graphitone, de serpentine, d’euphotide, forment le pavé naturel de la route. Les émanations gazeuses jaillissent au milieu d’un champ dont le sol, comme celui de tous les environs, est formé d’argile scaglieuse. A Porretta et dans plusieurs localités voisines, telles que Gaggio, Montano, un dégagement gazeux se manifeste fréquemment lorsque l’on creuse des puits ou que l’on pratique des tranchées. Lorsque l’on a creusé le tunnel situé sur la rive droite du Reno, tout près de la gare de Porretta, un dégagement subit de gaz inflammable, allumé par les lampes des ouvriers, produisit une violente explosion qui causa la mort de plusieurs personnes, et bien d’autres fois, dans la contrée, on a eu à déplorer des accidents de ce genre.
La composition du gaz est :
Acide carbonique . 1,20
Azote . 2,01
Gas des marais . 96,76
Les gaz des lagoni de la Toscane se distinguent de ceux des Apennins par leur température élevée au moment de leur émission (cette température est d’environ 100 degrés), par l’hydrogène libre qu’ils renferment, par les quantités considérables d’acide carbonique et d’hydrogène sulfuré qui entrent dans leur composition. En comparant les résultats des analyses on voit que depuis 1856, il ne s’est produit aucun changement notable dans les émanations.
En résumé, les gaz de l’Italie centrale examinés par MM. Fouqué et Gorceixsont au nombre de vingt-huit. Quatre appartiennent aux lagoni de la Toscane, les vingt-quatre autres proviennent de la région des Apennins. Les premiers seuls renferment de l’hydrogène libre, et parmi les autres, qui tous sont en grande partie composés de gaz des marais, un seul, celui de Sassuno, renferme en outre de ce gaz une certaine proportion d’hydrure d’éthyle.
Indépendamment du point de vue scientifique, on peut ajouter quelques réflexions sur les conclusions industrielles à déduire des analyses. L’étude des gaz des puits pétrolifères d’Amérique, a conduit à penser que des sources de pétrole les plus abondantes étaient celles qui donnaient issue aux gaz les plus carburés de la série Q2iij|2in-a. Je sorte qu’à l’inspection des gaz provenant d’une source naturelle ou d’un forage artésien, on peut prédire à l’avance, avec un certain degré de probabilité, quelle sera la richesse en pétrole du gisement exploré. Or, les gaz des Apennins sont pauvres en carbone : sur 24 gaz examinés, 25 ne renferment aucun autre élément combustible que le gaz des marais. Il est donc très probable que jamais les exploitations de pétrole dans les Apennins ne fourniront une richesse de produits comparable à celle des sources de l’Amérique du Nord. De plus, s’il existe
ivs liNCÏCLOl'ElJlE ElllMlyli;.
un point des Apennins où la vecherche du pétrole puisse être couronnée de succès c’est vraisemblablement à Sassuno que l’exploitation doit être tentée, car c’est lè seul point où l’on ait trouvé l’hydrure d’éthyle mélangé au gaz des marais.
Enfin il importe d’appeler l’attention sur l’alignement régulier des dégagemeiiis de gaz inflammables des Apennins.
Ces dégagements de gaz occupent deux lignes sensiblement parallèles à la crête voisine de l’Apennin. La plus rapprochée de la crête de la chaîne comprend les gisements de Bocca Suolo, de Barigazzo, de Monte-Creto, de Gaggio Montano, de Loretta, de Fosso di Bagni et de Pietra Mala. On y trouve encore les gisements de Frassinoro et de Fanano, indiqués par Spallanzani. Sa direction moyenne est 0. N. 0. Tout le long de cette ligne le terrain est formé d’argile scaglieuse ou de macigno. La nature rocailleuse du sol fait que le gaz s’y dégage sans entraîner de boue argileuse avec lui. Aussi, dans les localités qu’on vient d’énumérer on ne voit ni cônes de boue, comme dans les volcans boueux, ni épanchements argileux comme dans les salses. C’est la zone des terrains ardents ou des fontaines ardentes, suivant que le gaz se dégage à sec ou qu’il est accompagné de sources plus ou moins abondantes.
L’altitude y est généralement fort élevée, elle dépasse 1000 mètres à Barigazzo et à Pietra-Mala, aux deux points extrêmes de la zone, et présente son minimum à Porretta, où elle descend à 575 mètres. Le niveau peu élevé de Porretta, explique l’abondance des eaux que l’on y observe, leur minéralisation plus grande et leur température plus élevée que celle des autres sources de la même bande de terrain. Elle explique aussi dans une certaine mesure les particularités que présente la composition des gaz de celte localité.
La seconde ligne, éloignée des Apennins d’environ 50 kilomètres est dirigée vers 17“ nord, s’étend vers l’ouest, jusqu’aux environs de Plaisance, et peut-être même jusqu’à Voghera. Elle est tout entière située dans les marnes sub-apennines et toujours à une altitude très peu élevée au-dessus du niveau de la plaine de la Lombardie. Elle comprend les gisements de Sassuolo, de San Venanzio, de Salvarola, ceux de San Martine del Pedriolo, de Sassuno, de Bergullo et de Biolo. La nature éminemment argileuse du soi est très favorable à la production des cônes de boues et des salses ; aussi la plupart des gisements que nous venons d’énumérer se présentent-ils sous cet aspect. Il n’y a d’exception que pour ceux dans lesquels le gaz sort précisément au milieu d’une nappe ou d’un courant d’eau. Ainsi, la distribution des dégagements de gaz combustibles des Apennins, les particularités de composition qu’ils présentent, l’aspect physique des bouches qui leur donnent issue, sont intimement liés à l’orographie, et à la constitution géologique de la région dans laquelle on les observe. Quant aux soffioni de la Toscane, leur alignement régulier Il est pas moins remarquable que celui des gisements gazeux des Apennins. Nous rappellerons seulement ici, d’après Murcliison ‘ et d’après Ch. Sainte -Claire Deville (ouvrage cité) que leur direction est N. N. O. à S. S. E. parallèle à celle des Alpes apiennes, et que le prolongement de eette direetinn passe par les volcans romains et par le Vésuve.
1. Qunin'hj Jourunl d/ tkc ÿeulogical Sucieli/.il murs JH-îU, I. VI, j., .Vti/:
UIMBUSTIBMiS MINÉRAUX.
M. Capellini a décrit ea Valacliie des émanations gazeuses qu'il regarde comme dérivant, par altération, des pétroles.
ILB UE ZANïE
On connaît depuis des siècles dans l’île de Zante, à Cliieri, des jets de gaz inflammables.
CALCASE
Les gaz se dégageant des eaux thermales sulfureuses de Jlicba'ilüvv dans le Caucase ont été analysés par M. C. Schmidt sous la direction de M. .t^bicli'. Leur composition est en volume :
Hydrogène protocarboné . 40.14.4
Acide carbonique . . . 15.107
-Azote . 40.397
Oxygène . 0.150
Hydrogène sulfuré . 0.222
On peut observer que ce gaz se distingue de celui qui sort de terre dans les pres- (}u’îles de Kertsch, de Taman et d’Apscheron, et que nous avons mentionnés plus haut à propos du pétrole, en ce qu’il contient de l’hydrogène sulfuré, tandis qu’on n’y trouve ni gaz oléfiant, ni hydrogène.
Les dégagements de gaz sont très fréquents en Chine. Ils sont eu diverses localités utilisés pour l’éclairage et le chauffage.
A.MÉRIQOE ou .NOHI)
Dans une visite îles principaux gisements de pétrole de l’-Amcrique du Nord, Foncou a recueilli les gaz qu’ils dégagent, et leur analyse a été ensuite faite par .M. Fouqué^ Ces gaz sont des mélanges en proportions diverses de carbures d'hydrogène présentant la formule C-''H-'‘ ^ Ils contiennent de l'acide carbonique, mais généralement en petite quantité. On y trouve aussi de l’azote, au plus dans la proportion de 1,55 pour 100. De l’air atmosphérique leur est également mélangé en quantité variable. D’un autre côté ils ne renferment pas d’hydrogène libre, d’acétylène, d’oxyde de carbone, ni aucun carbure de la série du gaz oléfiant.
1. Bulletin de l’Académie de Saint-Pélosbuurf/ , l. \I. |). 591.
ü. Comptes rendus, t. LNYII, p. 1041.
M. Fouqué lait observer, au sujet de ces analyses, que l’hydrogène correspondrait au maximum d’énergie des forces éruptives, tandis que les gaz de la série (ysnjjî.i-t-s indiqueraient au contraire l’épuisement de ces mêmes forces et que le gaz des marais caractériserait un état moyen.
M. Lawrence Smith a publié en 1876 des renseignements sur les puits de gaz de la Pennsylvanie orientale.
Les puits les plus abondants sont ceux de Burus et de Delametcr, situés à r)0 milles de Pittsburg, dans le comté de Bultler, et éloignés l’un de l’autre de moins d’un demi-mille. Le gaz qni se dégage de ces puits est conduit, par des tuyaux à Pittsburg, aux usines de Spang Chalfaut et de Graff Bennett
La profondeur des puits est de 1600 pieds.
Le puits de Dclameter était d’abord un puits à pétrole, qui fournissait 1600 litres de liquide par jour ; creusé plus profondément, il donna un dégagement de-gaz d’une pression énorme.
Ce dégagement gazeux fournit de la lumière et du combustible à tous les environs, y compris la ville de Saint-Yves. 11 émerge du sol, dans une vallée entourée de hautes montagnes, qui réfléchissent et concentrent la lumière produite par le gaz. Plusieurs conduites partent de ce puits ; l’une amène le gaz directement au cylindre d’une machine motrice qui, parla seule pression, acquiert une prodigieuse vitesse. Si on allume le gaz qni s’échappe du tuyau de dégagement il se produit une flamme immense.
Près du hangar de la machine, un autre tuyau alimente une autre flamme qui peut réduire autant de minerai de fer que la moitié des hauts fourneaux de Pittsburg en traitent chaque jour. A 20 mètres plus loin est l'écoulement principal du puits. Une colonne de feu de 40 pieds de hauteur jaillit d’un tuyau de trois pouces avec un bruit qui fait trembler les collines voisines. La ferre est brûlée dans un rayon de 50 pieds. Mais plus loin la végétation est aussi abondante et aussi vigoureuse que sous les tropiques. Par une nuit calme, le bruit peut s’entendre à 15 milles de distance.
A 4 milles on croirait entendre un train de chemin de fer passant sur un pont peu éloigné . Ce bruit augmente au fur en à mesure qu’on se rapproche, et devient semblable à celui que ferait un millier de locomotives laissant échapper toute leur vapeur. A 200 mètres de distance, il ressemble au grondement continu du canon. La voix humaine peut à peine se faire entendre, et la flamme s’élance dans les airs jusqu’à une hauteur de 70 pieds, comme un clocher d’église embrasé.
Le gaz qui s’échappe de ces puits est presque entièrement composé d’hydrogène , carboné, mélangé avec une petite quantité d’oxyde de carbone et d’acide carbonique. Sa puissance éclairante est de sept bougies et demie, celle du gaz de charbon étant à peu près de seize. La puissance calorifique est, à poids égal de 25 pour 100 environ plus forte que celle du bon charbon bitumineux. Au puits, dans un tuyau de 5 pouces, la pression du gaz est de 100 livres par pouce carré. Dans un plus petit tuyau, elle dépasse 200 livres, et si, par un tuvau de 2 pouces, on conduit le gaz ju.squ’à Freepati, qui est à 15 milles du puits, la pression se trouve réduite de 200 à 125 livres. La vitesse ascensionnelle du gaz est de 1700 pieds par seconde. Si Ion multiplie ce chiffre par la surface du tuyau (17 pouces carrés), on trouve un débit de 289 pieds cubes par seconde, ou de 17.5-40 pieds cubes par minute, ou
bien 1 million de pieds cubes par heure. La quantité de gaz fournie journellement est donc de 1408 tonnes.
On estime le rendement du puits, en combustible, à plus de 5 millions de kilogrammes par jour. Des puits ont fourni du gaz pendant douze ans, sans diminution apparente.
§ lU. ORIGINE DES GAZ.
Dans un grand nombre de cas et conformément aux faits exposés plus haut, les hydrocarbures se sont formés sous l’influence des forces cosmiques, soit qu’ils se trouvent en réserve au-dessous des terrains stratifiés, soit qu'ils se produisent encore dans le voisinage des volcans.
Comme conclusions de leurs belles études sur les gaz inllammables de l’ilalie, MM. Fouqué et Gorceix ont publié des considérations qu’il importe de reproduire ici.
Les vingt-quatre gaz des Apennins peuvent être classés en quatre groupes :
Un premier comprend le gaz de Sassuno, caractérisé par l'hydrure d’éthyle, dont seul il renferme une proportion notable.
Un second comprend tous les gaz qui renferment plus de 1,80 pour 100 d’acide carbonique. Dans ce groupe nous trouvons le gaz de Porretta, à l’exclnsion de tous les autres.
La proportion d’acide carbonique s'élève même à plus de 5 pour 100 dans trois de ces gaz, ceux de Marte, de Bovi et de Leone. Les gaz de Porretta forment donc, à ce point de vue, un groupe naturel. Nous devons ajouter ici que ce sont les seuls qui sortent à des températures notablement supérieures à la température ordinaire, et que parmi eux les plus riches en acide carbonique sont aussi ceux qui sont accompagnés de l’eau la plus chaude.
Un troisième groupe renferme les gaz riches en azote. M.M. Fouqué et Gorceix y placent tous les gaz des Apennins, contenant plus de 5 pour 100 d’azote. On y trouve deux des gaz de Porretta, précisément ceux d’entre eux qui sont les moins riches en acide carbonique ; puis le gaz de Fosso di Bagni, qui sort à quelques kilomètres seulement de Porretta et précisément du côté des deux sources précédentes. Ces trois gaz sont remarquables à un autre point de vue; l’eau qui sort avec eux paraît plus riche en sulfures alcalins que celle des autres sources de Porretta. Dans ce même groupe se rencontrent encore deux autres gaz entièrement différents des précédents par leur gisement, par la température de l’eau qui les accompagne, laquelle ne dépasse pas la température ordinaire : ce sont ceux de San- Martino del Pedriolo et de San-Venanzio. Ce dernier contient plus de 10 pour 100 d’azote.
Enfin, dans un quatrième groupe où le gaz des marais prédomine exclusivement, s’observent les gaz de Barrigazzo, de Bocca-Suolo, de Monte Creto, de Sas suolo, de Salvarola, de Bergullo, de Riolo, de Pietra-Mala et de Gaggio. Il est fort remarquable devoir le gaz de Gaggio s’éloigner complètement à tous égards des gaz de Porretta, malgré le grand rapprochement de ces deux localités. Contrairement à
ENCYCLOrÉDIE CHIMIQUE.
ce que montre les gaz de Porrctta, le gaz de Gaggio est pauvre à la fois en azote et en acide carbonique, et l'eau (jiii suinte avec lui est à la température ordinaire.
Malgré ces différences, tous les gaz inllammables des Apennins appartiennent à une même famille naturelle caractérisée par la prédominance du moins carburé des gaz de la série le gaz des marais. Ils sont presque toujours accom¬
pagnés de sources d’eaux minérales plus ou moins abondantes, chaudes ou froides, mais dans tous les cas fortement chargées de chlorure de sodium et fréquemment pourvues d'une petite quantité de carbonate de soude.
Très souvent aussi ils sont imprégnés de vapeurs de carbures liquides de la série C'^“lpn-2^ dont 011 sent fréquemment l'odeur sur le lieu de leur dégagement, et qui y imprègnent quelquefois le sol au point qu’on peut en retirer une certaine quantité à l'aide des dissolvants habituels de ces corps. De véritabies sources de pétrole se rencontrent du reste fréquemment dans leur voisinage. Enfin, il est probable qu’ils renferment encore de faibles proportions des carbures gazeux les plus riches en carbone de la série lesquels auront échappé à l’analyse à cause
de leurs faibles proportions ; MM. i'ouqué et Gorceix pensent en conséquence que la présence de l’hydrure d'éthyle dans le gaz de Sassuno n’est pas une anomalie, mais seulement un cas plus marqué de la règle générale. Ce gaz de Sassuno établit la liaison de composition qui existe entre les gaz des Apennins et ceux des sources pétrolifères d’Amérique; dont la richesse en carbone varie, depuis celle du gaz des marais jusqu’à celle de l'hydrure de .propyle. Les dégagements de gaz combu^tibles des Apennins sont donc les analogues de ceux des puits pétrolifères de l’Amérique; ils offrent comme eux les relations les plus intimes aves les gisements de pétrole et avec les sources salées qui accompagnent ceux-ci.
D'autre part, nous voyons déjà à Porretta la proportion d’azote et d’acide carbonique augmenter dans les gaz, celle du gaz des marais diminuer. Puis l’eau minérale qui surgit avec le gaz n’y est plus à la température ordinaire, elle est à 38°, 5 dans l’une des sources. En même temps l’eau se charge d’acide sulfhydrique ou de .sulfures alcalins. Ainsi, déjà, se rencontrent là des caractères qui rapprochent ces émanations de colles des évents volcaniques secondaires.
Dans les gaz analogues de la Sicile, au moment de l’éruption de l’Etna en 1865, M. Fouqué a constaté la présence de petites quantités d’hydrogène libre, avec prédominance de gaz des marais. Au pied du Vésuve, sur le piolongemcnt delà fissure de 1851, le même observateur avait déjà vu, avec M.M. Ch. Sainte-Claire Deville et Félix Leblanc, l’hydrogène plus abondant encore. Aux Açores, il a aussi observé un fait analogue.
En Toscane, aux lagoni nous trouvons l’hydrogène, tantôt moins abondant que le gaz des marais, tantôt au contraire en proportion deux ou trois fois plus forte. En même temps nous voyons la teneur en acide carboni(|ue et en hydrogène sulfure augmenter considérablement, et la température s’élever jusqu’à 100°.
Enfin nous arrivons aux gaz de Santorin, et ceux d’Islande dans lesquels la proportion de gaz de marais devient très faible ou même nulle, tandis que l’hydrogène libre y joue au contraire le rôle le plus important. Dans ce cas, la leni|icrature s’élève encore, et à Santorin les flammes provenant de la combustion de l’hydrogène se dégagent du sein même des laves incandescentes.
Ainsi, entre le gaz fortement carburé de la source pétrolifère de Pioneer-run, en
Amérique, et les gaz riches en hydrogène libre dégagés du centre même du volcan de Sanloriii, nous trouvons tous les passages de composition. A mesure que la température des émanations gazeu^es naturelles s’élève, le degré de cai’buration des gaz diminue; l’acide sulfhydrique, l’acide chlorhydrique apparaissent successivement et enlin l’hydrogène libre devient de plus en plus abondant au milieu de ces gaz, et finit par venir brûler au contact de l’air au milieu des sels de potasse et de soude volatilisés par la chaleur dès laves.
Il est d’autant plus impossible de faire une dislinetion tranchée entre les gaz des sources de pétrole et ceux des volcans, que, dans une foule de cas, les foyers des dégagements gazeux à basse température présentent des moments d’exacerbation pendant lesquels ils manifestent une élévation de température souvent considérable et des phénomènes violents qui rappellent ceux des véritables volcans à coulées de lave. La salse de Sassuolo a présenté plusieurs fois des manifestations de ce genre, et les descriptions pleines d’effroi qui ont été données par les témoins, montrent quelle en a été l’intensité. La salse de l'alerno, en Sicile, qui en 1865 était dans l’état de calme le plus parfait, a été le siège, un an apiès, d'une ériqilion boueuse violente avec dévelopiiement notable de chaleur et production de phénomènes remarquables dont la description exacte a été donnée par le professeur Silvestri.
Nous pourrions citer un grand nombre d’exemples pareils. D’autre part, on sait qu’il existe un grand nombre de volcans qui n’ont jamais fourni de coulées de laves, et d.mt les cônes sont uniquement formés de débris de toute esi)èee projetés avec de prodigieuses masses d’eau. Enfin, on sait encore que d'autres volcans émettent pendant leurs éruptions de grandes quantités de boue qui produisent d’effroyables désastres.
« En un mot, comme l’a fait remar(|uer Ilumboldt, les transitions sont si parfaitement ménagées dans la nature, qu’on ne saurait découvrir, disent M.\I. Fonqué et Gorceix, de différenee essentielle entre le volcan et la salse, entre celle-ci et la source thei-male. Il n’existe non plus aucune düférence fondamentale entre la salse et le gisement de pétrole. Toute théorie ayant la prétention d’expliquer le plus humble de ces phénomènes devra donc en même temps rendre compte des plus grandioses. Si l’on attribue, avec Volta et avec les géologues de l’Amérique du Nord, une or gine organique aux gaz des saEes et aux pétroles, il faudra regarder les émanations combustibles des volcans en éruption comme dues à la même cause, et réciproquement, si l’on suppose que les produits volatils des volcans sont une provenance purement éruptive, on devra, à l’exemple de Spallanzani, admettre que les pétroles soiit aussi d’origine inorganique. L’étude attentive des faits peut seule amener h;s géologues à se prononcer sûrement pour l’une ou l'autie de ces deux opinions. Nous espérons que nos expériences, en fournissant des données positives sur une pai'lie intéressante de la question, seront de quelque utilité à ceux qui entreprendront de la résoudre. »
Souvent les gaz inflammables proviennent de la distillation naturelle dos combustibles pai faits, plus ou moins riches en bitume, et surtout de la bouille. Celte distillation donne des produits tantôt gazeux, comme l’hydrogène carboné, tantôt liquides ou solides, comme les bitumes et l’asphalte ; elle n’est que dans des cas exceptionnels le résultat de la chaleur; ordinairement, elle s’effectue sous la seule
484 EN'CYCLOPÉDIE CHIMIQUE.
influence des actions chimiques, favorisées par la pression qui s’exerce sur les combustibles comme sur une éponge. Très fréquemment, les calcaires, les grès et les schistes qui accompagnent les bancs de combustible sont bitumineux et renferment même des rognons et des veinules d’asphalte ; les éléments bitumineux contenus dans CCS roches proviennent certainement du combustible, et c’est la pression seule qui a pu les en retirer, puisque, dans le voisinage des points où l’on peut observer ces faits, il n’existe souvent pas de roches éruptives.
11 paraît indispensable de signaler le fait constant que des gaz sont renfermes dans les combustibles minéraux et spécialement dans la houille. Dans beaucoup de cas ils se dégagent d’eux-mèmes et peut-être certains jets naturels décrits plus haut dérivent-ils de cette origine. D’un autre côté ils sont associés intimement à la houille de façon à constituer sous forme de grisou l’un des principaux dangers des exploitations.
Des recherches ont été faites par M. E. Mayer sur les gaz contenus dans les houilles d’Allemagne. Ainsi, il a trouvé pour un échantillon :
Gaz des marais . 20,4
Hydrogène percarburé . 7,7
Acide carbonique . 16,9
Azote . 55,5
Oxygène . 1,7
Cette richesse en azote est des plus remarquables.
D’autres recherches comparatives ont été faites par le même chimiste', relativement aux gaz qui sont contenus dans les houilles de Bochum, suivant qu’elles sont à l’état frais (1) ou bien extraites de la mine depuis une année (II).
11 a obtenu les chiffres que voici :