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Challeton de Brughat, De la tourbe

où les mouleurs la piétinent de nouveau. Puis ils remplissent des moules avec la main et courent étendre chaque motte sur les pourtours du marais servant d'éteude. Il y a là une dépense de force très grande relativement à la production, et perte de temps ; les produits sont de mauvaise qualité, ayant bien peu d’agrégation ; aussi la bonne tourbe des couches inférieures de certains marais est-elle meilleure souvent dans son état brut et donne moins de cendres que les tourbes travaillées par ces méthodes.

On a tenté bien des fois de perfectionner l’industrie tourbière.

Les tourbes légères, spongieuses, brûlaient trop vite, ne pouvaient alimenter un foyer activé par une soufflerie, emportées qu’elles étaient par le vent de la tuyère, et n'avaient pas assez de consistance pour supporter la charge des minerais. On chercha à obvier à cet inconvénient par la compression, mais ce procédé n’est pas applicable aux tourbes anciennes. On a aussi essayé de sécher la tourbe au moyen d’un appareil chauffé à une haute température, de la réduire en poudre et de la presser à l’instant où la distillation des goudrons commence ; mais on n’y parvient qu’à grands frais, et les produits obtenus n’ont aucune densité, ils se brisent très facilement et se désagrègent au feu, comme tous ceux provenant de la compression. On tenta même des choses folles : on mélangeait à la tourbe des acides, dans le but, disait-on, d’enlever les sels calcaires qui pourraient s’y trouver à l’état de mélange. Espérant donner de la densité à leurs produits, les uns les mélangèrent avec des décoctions gélatineuses; d’autres, avec des décoctions de graines de lin, de la gomme. Des agioteurs cherchèrent à faire de la tourbe une panacée universelle : les uns demandaient des privilèges pour faire du macadam ou du ciment avec les cendres ; d’autres cherchaient à peindre la tourbe en vert pour faire des gazons artificiels, etc. Plusieurs de ces industriels furent condamnés correctionnellement.

Pour réussir il faudrait évidemment ;

1“ Donner à la tourbe une densité très grande, afin d’augmenter son pouvoir calorifique en diminuant son volume;

2“ Diminuer notablement la proportion des cendres, c’est-à-dire l’amener à n’en contenir au maximum que 10 pour 100;

3° Faire disparaître l’odeur désagréable que la tourbe brute dégage en brûlant, ainsi que la fumée;

4“ La rendre susceptible d’être transformée en coke d’une grande densité, devant ne donner ni odeur ni fumée ;

5“ Eviter, par des moyens ou des appareils de carbonisation rationnellement conçus et exécutés, les déchets et les poussiers ;

6“ Piecueillir et séparer, pendant la carbonisation, tous les carbures d’hydrogène liquides et gazeux qui se dégagent, afin d’en tirer parti;

1° Enfin, élever à peu de frais, relativement à leur production, les usines destinées à opérer cette fabrication.

M. Ghalleton, que nous avons déjà nommé, a essayé de remplir ce programme au inoyen de la préparation qu’il fait subir à la tourbe, en en séparant toutes les matières étrangères. La tourbe est ensuite distribuée par des conduits, dans des bassins fixes ou mobiles, sur la surface des marais autour de l’usine. Après avoir

été préparée par divers appareils elle se dépose dans ces petits bassins, où le feutrage s’achève. Puis, par le repos de la masse, les molécules se réunissent, se groupent et s’agrègent. Quand la tourbe a une certaine densité, que la pratique apprend à reconnaître, on la divise au moyen d’un séchoir, qui fait 50 briquettes à la fois sans les comprimer. D’après l’auteur, le pouvoir calorifique de la tourbe serait ainsi notablement augmenté ; il serait double de celui des bois les plus durs, plus grand que celui de la tourbe compacte ordinaire, et différerait peu de celui de la houille et du coke.

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